Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La visite de Michoustine au Brésil a déclenché une vague anti-américaine

Aujourd’hui nous analysons la situation créée par la tactique de Trump, une régression face au monde multipolaire déjà là qui prétend recréer des zones d’influence comme instrument de reconquête de l’hégémonie perdue en utilisant à plein la nocivité de ce qu’il reste des piliers de la dite hégémonie, le dollar militarisé en terme de sanctions et de blocus, et toutes les formes de corruption qui peuvent naître d’un tel usage de la monnaie universelle. Outre les deux autres piliers, l’armada et la domination médiatique pour créer l’illusion de la toute puissance. Comment l’ordre multipolaire qui aussi celui d’une émancipation du sud dans la maitrise de ses ressources réagit-il ? Ici nous avons l’exemple de la relation au sein des BRICS entre le Brésil et la Russie (note de Danielle Bleitrach traduction de Marianne Dunlop pour histoireetsociete).

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Par Konstantin Olshansky

La visite du Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine au Brésil et la reprise des travaux de la commission bilatérale de haut niveau après une interruption de 11 ans constituent un événement important, et pas seulement pour ses participants et le BRICS dans son ensemble.

Derrière le discours officiel sur le commerce, les transports et la coopération bancaire se cache un processus profond d’accélération de la formation d’un contour alternatif de la puissance mondiale, échappant au contrôle américain.

« SP » a pu constater que la visite de M. Mishustin était le sujet numéro un dans tous les principaux médias brésiliens, qu’ils soient nationaux ou économiques. Le séjour de cinq heures du Premier ministre russe a été couvert en détail dans des dizaines de publications.

Les déclarations de M. Mishustin sur la nécessité de la dédollarisation, de l’augmentation des règlements dans les monnaies nationales, du développement de la coopération bancaire directe et d’une architecture de paiement indépendante ont été citées de manière particulièrement active.

Tout cela constitue en effet un défi direct au système financier centré sur le dollar. En fait, la Russie et le Brésil affirment publiquement que le modèle actuel de règlements mondiaux n’est plus neutre, mais qu’il a été transformé par les États-Unis et leurs alliés en un instrument de coercition politique.

Pendant des décennies, Washington a utilisé le dollar, le système SWIFT et les banques occidentales comme une arme. Les sanctions, les restrictions secondaires, le gel des avoirs, la pression sur les pays tiers : tout cela est devenu la norme. La dédollarisation est donc une question de survie. Et la Russie et le Brésil, en tant que pays fondateurs du BRICS, sont aujourd’hui à l’avant-garde de ce processus, écrit le journal Povo.

Dans son éditorial, le journal souligne que le président brésilien Lula da Silva ne craint pas que son amitié ostensible avec la Russie puisse détériorer ses relations avec Donald Trump, qui considère l’Amérique latine comme l’arrière-cour des États-Unis.

Le journal Metropoles écrit que le rapprochement avec Moscou a été rendu possible en grande partie grâce à (ou plutôt malgré) la position de Washington, qui a augmenté les droits de douane sur les produits brésiliens l’année dernière.

Cependant, le débat sur les monnaies nationales n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière cela se cache la volonté de construire une infrastructure parallèle de mondialisation, indépendante des États-Unis : ses propres canaux bancaires, ses propres chaînes de production et de logistique, ses propres corridors de transport. C’est précisément pour cette raison que l’ordre du jour de la visite de M. Mishustin comprenait des questions spécifiques, comme le souligne la chaîne de télévision Brasil 247. Par exemple : des vols directs entre la Russie et le Brésil, une ligne de conteneurs au départ de Saint-Pétersbourg, une coopération dans le domaine de la construction de machines agricoles et de la production d’engrais.

Le modèle américain de l’ordre mondial était fondé sur le contrôle des « points névralgiques » : les finances, la logistique, les technologies. La Russie et le Brésil tentent de contourner ces nœuds en créant un tissu géoéconomique alternatif, estime la publication cubaine Prensa Latina (très populaire en Amérique latine, ses analyses sont volontiers reprises dans différents pays).

Ce n’est pas un hasard si les États-Unis et leur écosystème médiatique s’efforcent traditionnellement d’ignorer ces processus ou de les présenter comme « temporaires » et « inefficaces ».

L’aspect politique revêt une importance particulière. La Russie a soutenu la candidature du Brésil à la composition renouvelée du Conseil de sécurité des Nations unies. Il s’agit là d’un coup porté au monopole occidental en matière de prise de décision.

Il ne s’agit pas simplement d’une réforme de l’ONU, mais d’une redistribution de l’influence symbolique et réelle dans un monde où le Sud global n’a plus l’intention de rester en retrait.

Il est important de noter que la coopération entre la Russie et le Brésil ne se limite pas au commerce, souligne Brasil 247. Le potentiel de coopération ne se limite pas à l’industrie, mais s’étend également à la santé, aux technologies et à l’énergie, y compris nucléaire. C’est précisément là que réside une menace sérieuse pour les États-Unis, car il s’agit de la formation de chaînes de production autosuffisantes, indépendantes des brevets, des normes et des restrictions politiques américains.

L’accent est également mis sur les liens culturels et éducatifs, écrit le journal Tribuna do Agreste. Il ne s’agit pas d’un élément secondaire, mais stratégique. Les échanges universitaires, le BRICS Network University et la coopération humanitaire constituent un aspect de confiance à long terme qui ne peut être détruit par des sanctions ou un changement de conjoncture politique.

Il s’agit d’un investissement dans l’avenir, où les élites brésiliennes et russes se développeront non pas selon les coordonnées de Washington ou de Bruxelles, mais selon la logique de leurs propres intérêts, note Tribuna do Agreste.

Dans l’ensemble, comme l’a constaté « SP », tous les commentateurs et les publications sont extrêmement positifs : la visite de M. Mishustin au Brésil a clairement montré qu’il s’agit de la création d’un nouveau pôle de puissance dans l’hémisphère occidental.

Les dernières nouvelles sur le développement du BRICS sont disponibles dans la rubrique « Presse libre ».

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