Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La réédition de l’Anschluss de l’UE de madame von der Leyen vu d’Amérique latine – ombres et lumières de la « résistance française »…

S’ils commettent des actes fascistes, peut-être devrions-nous les qualifier de fascistes. Ce n’est pas un hasard s’ils le font. Voici un texte publié dans la Jornada qui interpelle les « Européens » sur l’attitude de l’UE. Il témoigne de la colère de certains intellectuels de gauche face à ce qu’est l’UE mais aussi à sa manière des illusions de l’Amérique latine sur ce qui est attendu de l’Europe identifiée à l’UE. C’est pourquoi nous faisons précéder cette interpellation d’une brève analyse sur l’état de la « résistance française » telle qu’elle nous est apparue dans « l’instantané « de ce samedi 10 janvier à Paris, en France… Le contexte était celui de la protestation des éleveurs français, du monde agricole, la montée du RN, et aussi ce qui avait été jusqu’ici « contourné » les menaces de guerre, la fascisation des Etats-Unis, l’intervention contre le Venezuela, le kidnapping de son chef d’Etat, semi approuvé sous prétexte de « dictature », l’affirmation des seuls intérêts « pétroliers » et le choc des revendications de Trump sur le Groenland (notons qu’il existe un pays entre les USA et le Groenland qui s’appelle le Canada, qui à l’instar des Européens se débat entre effroi et allégeance, ce qui élargit à un certain nombre de vassaux le mépris dans lequel les tient le suzerain), un bref état des lieux et sa dynamique possible ou non. Pour résumer mon sentiment : hier en contemplant la poignée hétéroclite de braves gens qui avaient bravé le froid pour venir dénoncer l’intervention USA au Venezuela, j’ai pensé « c’est un miracle avec ce qu’ils ont dans la tête, ce qu’on leur a mis de tous côtés, qu’ils soient là encore et toujours ».

LES ÉVÉNEMENTS INTERVENUS EN FRANCE DANS LA JOURNÉE DU 10 JANVIER

Face à ce qui se passe en Europe et en France, on peut tirer quelques enseignements de la journée de mobilisation de hier samedi 10 janvier. « La jacquerie paysanne » et sa répression méritent une analyse que nous tentons dans notre livre à paraître comme d’ailleurs de la plupart des aspects soulevés dans cette notation, la jacquerie est une colère qui n’est jamais en France sans relation avec un sentiment de forfaiture, de trahison de la nation et que la France entend, partage. Il y a eu aussi une tentative, malgré le froid et la faiblesse des arguments pour se rassembler une multiplications de manifestations, celles de Paris mais aussi de multiples en province en soutien à la révélation de ce que représentent les Etats-Unis, le retour de la doctrine Monroe devenue le grotesque, puérile, effrayant Donroe, il y a la nécessité d’un état des lieux. La journée était aussi celle du conseil national du PCF et de la rencontre de Fabien Roussel avec l’ambassadeur de Cuba et du Venezuela. Ces « événements » ne sauraient s’accommoder d’une vision simplificatrice.

Il y a eu il y a peu l’appel lancé par l’économiste Jeffrey Sachs au Parlement européen en mars 2025 « Négociez avec vos homologues. Vous êtes l’Union européenne. Vous représentez 450 millions de citoyens et une économie de 20 000 milliards de dollars. Agissez en conséquence. » Notez que timidement à la même époque nous avons lancé une proposition qui invitait la France – et pas l’UE- à adhérer aux BRICS. Il est évident que notre proposition même préfacée par Fabien Roussel n’a jamais été discutée dans les instances du parti, la censure a été efficace, pas tout à fait, mais elle a bénéficié du verrouillage de la presse et de la commission internationale. C’est « un détail » et il n’a de l’importance que comme un signe parmi d’autres de l’état réel du PCF et de la gauche, du consensus anticommuniste et xénophobe dominant en France. Mais il pose en outre une question essentielle, celle de savoir si on est d’accord sur ce qu’est l’Europe actuellement et en quoi il est vain d’imaginer que les instances de ladite UE puissent répondre à l’invitation de Jeffrey Sachs. Le diagnostic sur l’état politique de la France s’impose également. Hier notre censure m’est apparu moins que jamais le fruit du hasard.

Face à ce que représente Trump mais pas seulement lui, l’état de la « première puissance du monde » apparemment « le commerce transatlantique demeure l’un des piliers de l’économie mondiale et de la prospérité américaine ». En clair : 25 % du chiffre d’affaires des grandes entreprises technologiques américaines provient d’Europe. Apple, Google, Meta et la Maison-Blanche auront beau protester à chaque amende infligée par Bruxelles à l’une de ces géants de la tech – dont la taille ne cesse de diminuer –, ils ne quitteront pas le continent. Ils ne renonceront pas à un quart de leurs parts de marché. Bref tous derrière Thierry Breton. Mais même si l’on peut s’interroger sur la capacité dudit Thierry Breton à sauver l’économie et les emplois français, sa défense s’est heurtée à la réalité de l’UE. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a mis six jours à réagir aux mises en demeure de Vance et sa réaction fut pour le moins laconique : « Personne n’est censé s’immiscer dans les affaires européennes. » La haute représentante pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a fait encore pire : « Ce que nous pouvons retenir de cette stratégie de sécurité, c’est que nous restons des alliés des États-Unis. Nous ne serons pas toujours d’accord sur tout. » Et ces gens-là continuent, ils continueront jusqu’au bout, jusqu’à la caricature du Danemark achetant du matériel militaire aux USA alors que celui-ci menace de prendre le Groenland de gré ou de force. La France se déshonorant non seulement face à la Russie en proposant d’envoyer les armées en cas de cessez-le-feu, mais accomplissant des basses œuvres au Bénin pour tenter de créer une coalition contre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ce dont personne ne parle.

Alors on que l’on peut considérer que nous sommes dans un processus, celui de la montée d’un fascisme puissant et celui d’une Europe qui a renoncé à toute résistance en se contentant de suivre un Zelenski qui choisit de plus en plus le terrorisme et en est au stade où il préconise l’enlèvement et l’assassinat de Poutine, ces petits rassemblements dans le froid et la confusion générale des élections ont un aspect miraculeux.

Donc face à cet embryon de résistance que pouvait représenter la réunion du Conseil national du PCF et ces micro manifestations malgré le froid et la pression médiatique, on ne pouvait qu’être partagé entre la nécessité de préserver et d’aider à amplifier ce sursaut de dignité en se disant qu’ils étaient les seuls et qu’il fallait faire avec mais en notant non seulement le caractère hétéroclite des rassemblements où il y avait comme à Marseille presque plus d’organisations que de manifestants, et une absence totale de volonté unitaire entre eux et avec ceux qui dans le monde entier se rassemblaient.

Que fallait-il le plus déplorer ? Sur quoi au contraire tabler ? L’absence totale de liens avec les forces réelles qui peuvent être le vrai point d’appui de Cuba et du Venezuela ? le refus d’adopter une stratégie d’union réelle avec le monde multipolaire, le refus certes et ça paraît positif de mettre en avant « la nature du régime vénézuélien » ce qui peut devenir totalement négatif quand cela va jusqu’à ne pas revendiquer la libération de Maduro qui est pourtant la première revendication du Venezuela. Le tout enrobé dans une vague référence aux « peuples » n’y suffirait pas. Certes là encore il y a un pas important l’OTAN est dénoncée mais sans pour autant aller jusqu’au bout de ce qu’est l’UE et à quel point en est cette « chose ».

L’Europe est un mythe celle d’un capitalisme libéral libertaire qui est justement le propre de l’eurocommunisme et qui ne correspond pas à la réalité pas plus que la social démocratie ne survit à la chute de l’URSS y compris dans ses terres de naissance, la Suède, la Norvège, l’Allemagne.

Un sondage réalisé par Cluster 17 pour Le Grand Continent avant l’assaut menée contre le Venezuela  témoignait que la France était le pays le moins « européen » et le moins tenté par une coopération à la fois étatique et continentale comme meilleur moyen de se prémunir contre les risques actuels, ce qui est à la base de la force du RN qui tire cette aspiration vers le chauvinisme et le racisme interne et externe. Pour tous les autres pays de l’UE 55 % des personnes interrogées refusent de choisir entre Pékin et Washington en matière de relations avec les grandes puissances, et 48 % considèrent déjà Trump comme un ennemi, contre seulement 10 % qui le voient comme un ami. Si 74 % souhaitent rester membres de l’Union européenne, le chiffre tombe à 65 % lorsqu’on les interroge sur leur attachement à l’euro, la monnaie unique. Cet écart est révélateur : l’idéal d’unité européenne reste le modèle néolibéral qui l’a façonné montre des signes d’érosion irréversible. Au delà des réactions politiciennes à ce que représente le fascisme, il y a la fin d’un modèle libéral dans lequel gauche et droite ont fini peu à peu par s’autodétruire et auquel la gauche y compris les communistes, LFI à sa manière politicienne avec les élections pour seul horizon s’identifient tous et qui est comme aux USA en déclin irréversible.

C’est un phénomène assez comparable à ce qui se passe non seulement aux USA mais y compris a des effets sur les formes de résistance « urbaines », diplômées, dans le Sud et en Amérique latine. C’est un enjeu et il faut faire avec en notant qu’il existe des pays où ils sont une amorce de résistance réelle comme en Espagne et dans des pays d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique, du Pacifique, dans toute l’Eurasie.

Ce qui partout est déterminant reste la défense de la souveraineté nationale, la mobilisation populaire et aussi le choix du monde multipolaire. Il y a une certaine différence entre le Mexique qui n’est pas membre des BRICS, qui mène une politique de « centre gauche », affirme la souveraineté de la patrie et envoie des tankers de pétrole à Cuba et Macron. Chaque force politique va être de plus en plus confrontée à des choix très concrets. C’est à l’aune de ces exigences qu’il faudra apprécier l’embryon de dynamique telle qu’elle existe en France (traduction et note de Danielle Bleitrach).

Trump bénéficie du soutien d'un mouvement de masse suprématiste et solide, enclin à la violence et pour qui la démocratie ne signifie rien. Photo
Trump bénéficie du soutien d’un mouvement de masse suprématiste et solide, enclin à la violence et pour qui la démocratie ne signifie rien. Photo AFP / archives

Beñat Zaldua

10 janvier 2026

Le nom de Kurt von Schuschnigg ne vous dit rien aujourd’hui. Nous allons maintenant comprendre pourquoi. Le 12 février 1938, il arriva en train à Berchtesgaden, en Bavière, déguisé en skieur. Personne n’aurait pu deviner que derrière cette tenue se cachait le chancelier mesquin, raciste et timoré qui gouvernait l’Autriche sans aucun contrôle parlementaire. Adolf Hitler l’avait convoqué dans sa résidence alpine du Berghof. 

Après un repas ponctué de conversations futiles, Hitler alla se reposer. Deux heures plus tard, dans une atmosphère anxieuse, il exposa à Schuschnigg ses conditions pour le « respect » de la souveraineté autrichienne. Il exigeait notamment la nomination d’un nazi autrichien à la tête du ministère de l’Intérieur et l’amnistie de tous les nazis emprisonnés, y compris ceux qui avaient assassiné Engelbert Dollfuss, prédécesseur de Schuschnigg. Il donna à Schuschnigg huit jours pour se conformer à ces conditions, en échange desquelles, selon le document posé sur la table, « l’Allemagne renonce à toute ingérence dans la politique intérieure de l’Autriche ». 

Schuschnigg tente de négocier, mais Hitler réplique : « Je ne changerai pas une virgule. Soit vous signez, soit il est inutile de poursuivre ces pourparlers. » Les généraux de la Wehrmacht observent la scène, l’air interrogateur. Deux officiers SS servent le café. L’Autrichien, un homme de petite taille, finit par signer. Mais il y a un hic, comme il le raconte dans ses mémoires : « Cette signature ne vous mènera nulle part. Selon notre Constitution, seule la plus haute autorité de l’État, à savoir le président de la République, peut nommer les membres. » 

Éric Vuillard, auteur du livre *L’Ordre du jour * dont sont tirées ces lignes, ne fait preuve d’aucune indulgence envers le pusillanime Schuschnigg : « Il ne se contentait pas de céder à Adolf Hitler ; il lui fallait aussi se rallier à quelqu’un d’autre. » L’Allemand, agacé, se retire avec un général. Schuschnigg croit avoir marqué un point. Quarante-cinq longues minutes plus tard, il rappelle l’Autrichien : 

« J’ai décidé, pour la première fois de ma vie, de revenir sur ma décision. J’espère que cet accord entrera en vigueur d’ici trois jours. » Cette manœuvre procédurale a coûté cinq jours à Schuschnigg. Il accepte l’accord sans un mot, ramasse les fragments de souveraineté autrichienne éparpillés sur le sol et rentre dans son pays, qui, un mois plus tard seulement, sera envahi par les chars allemands. 

C’est le moment idéal pour relire Vuillard, qui conclut son livre par une épitaphe sublime : « On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, avec un mélange de ridicule et de terreur. » 

Hitler était Hitler et Schuschnigg était Schuschnigg, tout comme Trump est Trump et Ursula von der Leyen est Ursula von der Leyen. Il faut éviter les clichés, certes, mais, sur la pointe des pieds et profitant du fait que personne n’écoute, je me demande si la scène sur le terrain de golf écossais du président américain, où Ursula von der Leyen a cédé une bonne partie de la souveraineté européenne à Washington cet été, est si différente de cette rencontre au Berghof. Tout en reconnaissant les différences, qui sont significatives, les parallèles sont assez faciles à établir, à commencer par le lieu lui-même. Du refuge alpin du Führer au terrain de golf de Trump. 

Mais les comparaisons historiques ne sauraient se limiter à un simple exercice littéraire. Il nous faut creuser un peu plus pour vérifier leur fondement. Ce qui se passe aux États-Unis mérite-t-il d’être qualifié de fasciste ? 

Dans son ouvrage *Anatomie du fascisme*, Robert Paxton explique que le fascisme se caractérise moins par un cadre idéologique précis que par ses actions. Ce sont ces actes qui lui donnent substance, des actes où la fascination pour la violence transparaît avec force. L’attaque contre le Venezuela peut s’expliquer par un impérialisme renouvelé, mais non par les déclarations de Trump : « Vous auriez dû voir cette vitesse, cette violence, c’était vraiment incroyable. » La rhétorique anti-immigration n’est pas l’apanage du fascisme, mais les agissements de l’ICE, et pas seulement le récent meurtre d’une femme dans le Minnesota, ne peuvent guère être décrits autrement. 

Paxton lui-même, réticent à qualifier Trump de fasciste durant son premier mandat, a changé d’avis après la prise de contrôle du Congrès en 2021. Depuis, il est clair : c’est du fascisme. Mais pas seulement parce que Trump est un fasciste comparable à Hitler ou Mussolini, ajoute-t-il, mais surtout parce qu’il bénéficie du soutien d’un solide mouvement de masse suprématiste, enclin à la violence et pour qui la démocratie ne signifie absolument rien. 

Ce chercheur n’est pas un cas isolé, loin de là. Jason Stanley, un autre chercheur du même domaine à Yale, a annoncé en avril qu’il partait s’installer au Canada : « Nous sommes déjà un régime fasciste. » 

Il est crucial d’appeler les choses par leur nom, et surtout, de le faire à temps. En les qualifiant de fascistes, nous pourrions mieux appréhender le danger qu’ils représentent. Et de toute façon, mieux vaut se tromper maintenant que de le regretter plus tard. Le livre de Vuillard est une compilation de moments où l’on aurait pu agir pour arrêter Hitler et où l’on ne l’a pas fait. Espérons qu’on n’écrira pas un livre similaire sur nous dans quelques décennies. 

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