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La question de la Nation et la défintion de Staline

Pour Staline, il semble exister une unité indissoluble entre la nation et la bourgeoisie, ou entre la nation et le capitalisme. la référence marxiste à la question nationale est l'analyse de Staline. Mais la montée de nations du sud subordonnées ne poset-elle pas cette question nationale d'une autre manière que dans les pays occidentaux capitalistes dans lesquels le modèle français parait celui qui s'impose à l'analyse stalinienne? C'est ce que ce chercheur mexicain interroge.

Publié par Danielle Bleitrach

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Source : www.jornada.com.mx

Gilberto López y Rivas/ I

26 juin 2026 00:04

La question nationale doit être appréhendée à travers trois éléments fondamentaux : premièrement, la composition de classe de la nation ; c’est-à-dire quels secteurs sociaux exercent une hégémonie, orientent son destin, et comment les groupes dominants parviennent au consensus idéologique et politique de la société nationale dans son ensemble. Cette lutte constante influence la nature des rapports de toutes les classes sociales au territoire, à ses ressources naturelles et stratégiques, à la politique économique, à l’État et à ses institutions, à l’exercice de la violence considérée comme légale, etc. 

Ainsi, la question nationale implique nécessairement une analyse des relations et des luttes entre les classes qui constituent la nation et lui donnent son contenu. Deuxièmement, se pose le problème de la nation et des différents systèmes mondiaux de subordination. Les nations n'existent pas en vase clos économique et social, mais sont inscrites dans le système mondial qui dynamise, façonne et détermine leur destin, comme c'est le cas pour les nations soumises à la sphère d'influence néocoloniale ou impérialiste. Un troisième élément fondamental est la diversité ethnique, linguistique et culturelle de la nation. En ce sens, la grande majorité des nations capitalistes ne sont pas homogènes quant à la composition nationale et ethnique de leur population. Ces trois éléments sont essentiels à une perspective intégrative de la question nationale. 

Le thème central de cette discussion est le concept de nation, que le marxisme a abordé d'un point de vue fondamentalement politique. Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxemburg et Joseph Staline ont développé le débat autour de la nation et de la question nationale en se fondant sur les besoins nés des luttes révolutionnaires concrètes qui exigeaient des solutions immédiates. Ce débat s'inscrivait dans la nécessité d'un programme, d'un nouveau type de projet national qui s'est finalement consolidé avec le triomphe de la révolution soviétique de 1917. 

Il y a quelques années, lorsqu'il est devenu nécessaire d'entreprendre des recherches sur la question nationale, l'ouvrage de Joseph Staline, * Marxisme et question nationale* , constituait une référence essentielle . Ce texte représentait les bases pour le néophyte, notamment grâce à certaines de ses caractéristiques, comme son style pédagogique et scolastique, qui le rendait « facilement accessible » à la compréhension d'un sujet aussi complexe, compte tenu du contexte politique dans lequel Staline a écrit cet ouvrage : une époque de grands conflits nationaux qui menaçaient de fragmenter le Parti social-démocrate en d'innombrables factions nationales. 

Dans la Russie tsariste, plus d'une centaine de nations, nationalités et groupes ethniques coexistaient. Il en résultait une situation politique extrêmement complexe et difficile. Dès lors, il était important de clarifier les caractéristiques essentielles du concept : « Une nation est une communauté humaine historiquement formée et stable, qui se constitue sur la base d'une langue, d'un territoire, d'une vie économique et d'une psychologie partagés, cette dernière se manifestant dans une culture commune. » Malgré les critiques, Staline a mis en avant des éléments fondamentaux, auxquels il convient d'ajouter que la nation a émergé durant la période spécifique d'expansion et de consolidation du capitalisme. 

Quelles critiques peut-on formuler à l'égard de cette définition descriptive ? Staline énumère les caractéristiques de la nation : langue, territoire, économie et culture, sans expliquer leurs interrelations ; sans préciser, par exemple, comment la langue s'articule avec les processus économiques du marché capitaliste ; ni la relation entre la langue et les formes idéologiques et politiques de la bourgeoisie ; ni la relation entre le territoire, les liens économiques et l'intégration culturelle caractéristique du capitalisme. De même, Staline n'envisage pas la possibilité que la nation, en tant que phénomène historique, puisse évoluer et se développer sous d'autres systèmes, comme le socialisme, où se structure un nouveau type de nation. Pour Staline, il semble exister une unité indissoluble entre nation et bourgeoisie, ou entre nation et capitalisme. 

En revanche, la définition stalinienne omet un élément fondamental pour comprendre le phénomène national : la lutte des classes. Même lorsqu’on affirme l’existence d’une culture partagée, il semblerait que les expressions culturelles diverses et conflictuelles soient absentes au sein de la nation ; qu’il n’existe pas, comme le prétendait Lénine, « deux nations » d’un point de vue culturel, opposant une culture prolétarienne à une culture bourgeoise. La nation se forme à partir des classes sociales, de l’établissement d’un système hégémonique et de la lutte subséquente pour instaurer de nouveaux systèmes. Il est indéniable qu’au sein de la nation, coexistent divers projets nationaux, exprimant les intérêts politiques et économiques des classes en conflit.

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