L’Asie observe avec étonnement les superpuissances miser sur des avenirs énergétiques opposés : l’une développant une domination grâce aux technologies propres, l’autre s’accrochant aux énergies fossiles. Il faut mettre en regard cet article avec les interventions brutales de Trump qui non seulement affirme son colonialisme élargi depuis l’Amérique latine à toute la planète et son rêve fou de remplacer le pétrole russe par le pétrole vénézuélien ou nigerian avec l’aide de Macron. Ce coup de sang contre le vassal britannique qui a complètement perdu les pédales et se la joue écologie avec un autre looser le gouverneur de la Californie… Nous avons les mêmes en France avec les verts qui sont capables du même atlantisme et de la même pseudo défense des énergies renouvelables combinées avec une russophobie et une sinophobie, plus quelques gadgets snobs qui les rend odieux aux « masses » invitées à rejoindre avec Trump l’extrême-droite (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
par Y Tony Yang 16 février 2026

Les deux plus grandes économies mondiales font des paris opposés sur la manière de nourrir l’avenir énergétique, et les deux paris comportent d’énormes risques. La Chine s’efforce de dominer les industries des énergies propres tout en restant fortement dépendante du charbon.
Les États-Unis renforcent leur soutien aux énergies fossiles, malgré les investissements massifs de leur secteur privé dans les énergies renouvelables. On pourrait être tenté d’y voir un dilemme moral : d’un côté, les tenants de la clairvoyance, de l’autre, les irresponsables.
La réalité est bien plus lourde de conséquences : nous assistons à une compétition pour savoir qui construira l’infrastructure industrielle du XXIe siècle.
Échelle de divergence
La stratégie chinoise ne se limite pas à la simple transition écologique. Il s’agit d’une stratégie industrielle : solaire, batteries, véhicules électriques, équipements de réseau et matériaux qui les rendent possibles.
En 2025, les technologies propres ont été largement reconnues comme ayant contribué de manière significative à la croissance de la Chine, et la Chine a continué de représenter une part disproportionnée des nouvelles capacités de production d’énergie propre ajoutées dans le monde.
Ses entreprises restent également dominantes dans des segments importants des chaînes d’approvisionnement en fabrication de panneaux solaires et en batteries, et les véhicules électriques chinois se répandent rapidement sur les marchés mondiaux.
La situation aux États-Unis est plus contradictoire. La politique fédérale s’est orientée vers des procédures d’approbation plus lentes et un soutien public plus faible aux énergies renouvelables, tout en mettant l’accent sur l’abondance des ressources nationales en pétrole et en gaz.
Pourtant, les signaux du marché n’ont pas pleinement suivi la politique : les capitaux privés et les mesures prises au niveau des États ont contribué à maintenir les investissements globaux dans les énergies propres à des niveaux historiquement élevés. Il en résulte une situation paradoxale : Washington tire dans un sens, tandis qu’une grande partie de l’économie tire dans l’autre.
L’essor des énergies propres en Chine coexiste avec une vérité gênante : le charbon reste un élément central de son système énergétique.
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Pékin continue d’autoriser de nouvelles centrales à charbon, en partie pour se prémunir contre les coupures de courant et en partie parce que les régions charbonnières et les intérêts provinciaux conservent une influence politique considérable. La Chine tente d’accélérer sa transition vers un avenir électrifié sans renoncer à son filet de sécurité énergétique.
La stratégie américaine est tout autre. Alors même que le discours fédéral penche en faveur des énergies fossiles, de nombreux projets financés ou lancés dans le cadre de politiques antérieures restent en cours, et le déploiement des énergies renouvelables se poursuit dans plusieurs États pour une raison simple : la rentabilité est souvent au rendez-vous.
Les États-Unis n’« abandonnent » pas les énergies propres. Ils refusent simplement d’en être un chef de file constant – et dans les secteurs où l’expérience acquise au fil des ans est essentielle, l’incohérence peut être fatale.
Le véritable enjeu : l’architecture industrielle
Si l’on met de côté le discours climatique, la donne change. Il s’agit de savoir qui conçoit, fabrique et vend les infrastructures essentielles à la vie moderne : production, stockage et transport d’électricité, véhicules électriques, réseaux de recharge et les installations de traitement des minéraux qui les sous-tendent.
La Chine a très tôt compris que la transition énergétique est aussi une transition industrielle. En misant sur l’échelle industrielle à tous les niveaux de la chaîne, elle a réduit les coûts et bâti un écosystème de production que ses concurrents peinent à reproduire rapidement.
Cela crée une attraction irrésistible : pour de nombreux pays, l’énergie solaire et les batteries chinoises ne constituent pas un choix idéologique, mais bien le moyen le plus économique d’accroître rapidement leur production d’électricité.
Les États-Unis possèdent une capacité d’innovation de premier ordre et des marchés de capitaux profonds, mais peinent à transformer l’invention en un avantage industriel durable en raison des fluctuations de leur politique. Le monde admire peut-être les idées américaines ; il achètera ceux qui seront capables de fournir des systèmes fiables et abordables à grande échelle.
L’avantage de la Chine engendre un nouveau type de risque. L’énergie propre est de plus en plus « connectée » : véhicules électriques, réseaux intelligents, systèmes de batteries et réseaux de recharge dépendent de logiciels, de capteurs, de flux de données et de mises à jour.
Lorsque le matériel et les logiciels fusionnent, les chaînes d’approvisionnement deviennent des chaînes de sécurité. Les gouvernements s’inquiètent de l’accès aux données, des vulnérabilités cachées et de la possibilité théorique d’une interruption à distance – une angoisse liée au « bouton d’arrêt d’urgence » qui s’accentuera avec l’électrification croissante.
Ces préoccupations ne sont pas unilatérales. La Chine elle-même a restreint la circulation des véhicules Tesla dans des zones sensibles et a imposé des contrôles des données, suivant la même logique : les machines connectées constituent une infrastructure, et l’infrastructure est source de pouvoir.
Le défi stratégique réside dans le fait que le repli sur soi n’est pas une stratégie de sécurité. Si les pays réagissent aux risques de dépendance en omettant de développer des alternatives compétitives, ils ne réduisent pas leur vulnérabilité ; ils garantissent simplement que d’autres dicteront les règles du jeu.
Quelles sont les conséquences pour l’Asie ?
Pour l’Asie, cette divergence ne se résume pas à un choix binaire entre le modèle de Pékin et celui de Washington. De nombreuses économies asiatiques se situent au cœur de ces chaînes d’approvisionnement : elles sont à la fois des fabricants, des transformateurs de minéraux, des exportateurs et des centres de consommation d’électricité parmi les plus dynamiques au monde.
La voie pratique consiste en une « diversification stratégique » : s’approvisionner en matériel abordable là où il est compétitif, mais insister sur des normes de cybersécurité vérifiables, une gouvernance des données transparente et des règles d’approvisionnement qui empêchent la dépendance à un fournisseur unique.
Cela signifie développer des capacités régionales là où elles sont le plus importantes — résilience du réseau, stockage, normalisation et spécialisation industrielle ciblée — tout en tirant parti de la concurrence entre les fournisseurs pour obtenir de meilleures conditions.
Les membres de l’ASEAN et les principaux fabricants asiatiques peuvent également bénéficier d’un rééquilibrage de la chaîne d’approvisionnement en attirant des investissements et en développant des capacités fiables — notamment dans les écosystèmes de traitement des minéraux critiques et des batteries — afin que la dépendance soit distribuée plutôt que concentrée.
L’opportunité est d’emprunter le meilleur des deux systèmes (l’exécution chinoise, l’innovation américaine) sans importer le pire (l’enracinement dans le charbon, les revirements politiques).
Aucune de ces approches n’est propre ni sans coût. La Chine parie sur le fait que sa domination en matière d’énergies propres lui conférera un avantage économique et géopolitique à long terme, tout en gérant les contradictions politiques et environnementales liées au maintien du charbon.
Les États-Unis font le pari que l’abondance des combustibles fossiles et le dynamisme du marché leur permettront de conserver leur suprématie, même si l’instabilité politique cède l’avenir industriel à leurs concurrents.
L’histoire est sans appel : le pays qui construit les infrastructures dont dépendent tous les autres tend à dicter les règles. Pékin et Washington parient tous deux sur cette vérité, mais dans des directions opposées.
Y. Tony Yang est professeur titulaire à l’Université George Washington à Washington, D.C.
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Franck Marsal
Cet article laisse de côté plusieurs points importants. Le premier, c’est la nature de la bataille que mène la Chine (et le monde) sur le front de l’énergie. Le second, c’est la diversité et l’articulation stratégique dans le temps des réponses qu’elle apporte.
Sur le premier point, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le développement des forces productives entraîne une hausse importante des besoins en énergie. Le développement de l’industrie moderne, l’extension du mode de viie urbain à l’ensemble de la planète, la numérisation et des outils informationnels générent pour les années à venir une hausse importante des besoins énergétiques mondiaux, notamment de la production d’électricité. C’est vrai en Chine, dans le « Sud global » mais également dans les pays occidentaux. Donc la production électrique chinoise augmente rapidement, mais elle est fondamentalement tirée par la consommation qui augmente très rapidement : la consommation électrique chinoise a doublé en 10 ans. Elle a atteint en 2025 plus de 10 000 milliards de kilowatt-heures, un record mondial, supérieure à celles cumulées de l’Union européenne, de la Russie, de l’Inde et du Japon. La Chine doit donc faire face à un double défi : convertir son industrie du charbon vers les productions électriques de nouvelle génération, tout en augmentant massivement ses capacités.
C’est là qu’intervient le second aspect : dès le début des négociations sur le climat, la Chine a été inflexible sur le délai qui lui était nécessaire pour sortir du charbon. Elle a rejeté une sortie trop rapide qui aurait causé une crise énergétique catastrophique. Cela lui a beaucoup été reproché, mais elle n’a pas cédé. La Chine avait planifié son développement technologique et elle savait ce qu’elle pourrait ou ne pourrait pas faire. Le contraire de l’occident, qui s’est fixé des objectifs qu’il est incapable d’atteindre. La Chine est au contraire en avance sur son objectif.
Concernant le charbon, il y a un paradoxe que l’article n’évoque pas : la Chine continue à construire un nombre important de centrales au charbon, c’est vrai. Mais la production d’électricité à partir de charbon baisse et la part de la production électrique basée sur le charbon baisse fortement. La Chine a compris en effet que les énergies dites « renouvelables » sont des énergies intermittentes, et que le réseau électrique doit être équilibré en permanence par des capacités qui peuvent être actionnées à tout moment en fonction des besoins et des capacités renouvelables. Les centrales à charbon sont importantes pour ce rôle en Chine aujourd’hui. Elles ne sont plus autant qu’avant la base de la production. Mais elles sont d’autant plus nécessaires pour équilibrer le réseau que les énergies intermittentes se développent rapidement. Il faut donc davantage de centrales, mais elles ne sont plus utilisées en permanence. La production d’électricité à base de charbon baisse. Et comme la production totale augmente, la part de production à base de charbon baisse encore davantage. Concrètement, les productions des filières solaire et éolienne ont augmenté respectivement de 20% et 10,6% au 1er semestre 2025, alors que la hausse de la consommation chinoise d’électricité s’est élevée de 3,7%. La production électrique des centrales à charbon chinoises a quant à elle reculé en termes absolus, malgré la hausse des capacités de ce parc. Et leur part dans la production chinoise d’électricité a chuté à 51% au 1er semestre 2025, contre 73% en 2016 (https://www.connaissancedesenergies.org/le-paradoxe-du-charbon-en-chine-une-production-en-baisse-mais-toujours-plus-de-centrales).
Pour l’avenir, la Chine est engagée massivement dans le développement de l’énergie hydraulique, avec notamment la construction d’un barrage trois fois plus puissant que celui des Trois Gorges, et surtout nucléaire, avec 29 réacteurs en construction. La Chine développe désormais son propre concept de réacteur nucléaire de 3ème génération, tout en préparant l’industrialisation de nouvelles filières : surgénération, réacteurs modulaires, réacteurs au thorium) et en avançant rapidement dans la recherche sur l’utilisation de la fusion nucléaire.
La Chine a également produit une innovation radicale dans la conversion de chaleur en électricité : Les centrales nucléaires, comme les centrales au charbon d’ailleurs produisent de l’énergie thermodynamique, essentiellement sous forme de chaleur, qui doit être convertie en électricité. Aujourd’hui, dans le monde entier, la conversion de cette énergie thermique en électricité utilise la vapeur d’eau, mais le rendement thermodynamique de cette tehcnologie est bas et une large part de cette énergie reste sous forme de chaleur qui doit être évacuée dans des gigantesques tours de refroidissements (ou vers la mer pour les centrales de bord de mer comme à Gravelines). La Chine est le premier pays a avoir commercialisé un convertisseur d’énergie qui n’est plus basé sur la vapeur , mais utilise ce qu’on appelle le CO2 super-critique avec un gain de rendement d’environ 50% (https://selectra.info/energie/actualites/marche/invention-chine-co2-supercritique-electricite-propre).
Actuellement, le coût de l’électricité d’origine nucléaire est sensiblement équivalent à celui des énergies dites « renouvelables ». Au vu de l’expérience industrielle de la Chine, tant la massification de sa production nucléaire que les innovations technologiques qu’elle est en train de développer indiquent clairement qu’elle sera en mesure dans les prochaines années de faire baisser le coût de production de l’énergie nucléaire au dessous de celui des énergies renouvelables, notamment celui de l’éolien, qui n’a guère de perspectives de progrès technologique.
Or, ces productions dites « renouvelables » ne le sont pas tant que cela. Bien sûr, l’énergie en provenance du soleil va se renouveler jour après jour durant encore plusieurs milliards d’années. L’énergie du vent, qui provient de la transformation par l’atmosphère (et du fait de la rotondité de la terre, qui fait que l’équateur est davantage exposé que les pôles à l’énergie provenant du soleil) de cette énergie solaire. Elle est donc également « durable ». Mais les outils utilisés, panneaux solaires, mats, pales et turbines pour l’éolien, ne sont pas durables et pas véritablement « renouvelables ». C’est donc une source d’énergie qui pourrait donc se révéler une impasse à l’horizon d’une ou deux décennies, après avoir joué un rôle de transition néanmoins important.
On mesure après ce tour d’horizon plus approfondi, que la politique trumpiste (« Drill, baby, drill », c’est à dire « fore des puits, petit ») n’est qu’une politique à encore plus court horizon et ne vise qu’à perpétuer encore quelques années les résidus du système impérialiste colonialiste occidental dont les jours sont inéluctablement comptés. Il appartient, comme nous ne cessons de le répêter, à un pays comme la France de choisir le plus rapidement possible si elle veut se tourner vers l’avenir ou couler avec le passé.
Xuan
Le rejet du nucléaire s’est appuyé sur des accidents très graves, celui de SL-1 (1961) de l’armée US dans l’Idaho, celui de Three Mile Island (1979), celui de Tchernobyl (1986) et celui de Fukushima (2011). Mais comme toutes les technologies nouvelles, le nucléaire présente des risques et impose des solutions. Y renoncer c’est se condamner à long terme.
Les solutions résident dans un investissment conséquent dans la sécurité et des procédés plus sécures. Nos centrales nucléaires avaient bénéficié de tels engagements financiers, si on fait abstraction des entreprises annexes et de la sous traitance chargée de l’entretien.
Mais si on considère la detteaccumulée par les monopoles, le désengagement financier de l’Etat et son détournement belliciste, on peut s’inquiéter de l’avenir du nucléaire en France.
Non seulement « Il appartient…à un pays comme la France de … se tourner vers l’avenir », mais elle ne peut se tourner vers l’avenir que dans le cadre du socialisme. L’exmple de la Chine est là aussi.