Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La guerre du capitalisme-fasciste contre les enfants: Cuba

Cuba assiégée : le blocus qui frappe les enfants et les malades. Témoignage de Marlène Vázquez Pérez, directrice du Centre d’études martiennes de La Havane (Alfonso Bruno). Aujourd’hui, date de l’invasion de l’URSS par les nazis, il y a 85 ans, nous voudrions insister sur le fascisme d’aujourd’hui celui qui s’attaque en priorité aux enfants et à tous les gens fragiles : la lâcheté de la fin d’une suprématie..

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 équipe éditoriale

22/06/2026

Marlene Vázquez Pérez, directrice du Centre d’études Martí à La Havane, prend la parole ; sa voix figure dans le manifeste des universitaires espagnols et elle est l’auteure de l’épilogue de « Cuba, la vérité qu’on ne vous a pas dite ».

L’opinion publique internationale oscille comme le regard des spectateurs lors d’un match de tennis : d’abord l’Iran, puis le Moyen-Orient, puis de nouveau Cuba. Mais sur l’île, la crise n’est pas une parenthèse : c’est un problème structurel qui perdure depuis des décennies et qui, aujourd’hui – dans un contexte de sanctions renforcées, de pénuries de carburant et d’isolement financier – prend des proportions dramatiques.

En Espagne, 240 professeurs d’universités publiques et du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique) ont signé un manifeste intitulé « Non à l’agression militaire contre Cuba ». Parmi les signataires figure Marlene Vázquez Pérez, directrice du Centre d’études martiennes de La Havane et l’une des plus grandes spécialistes de l’œuvre de José Martí. C’est elle qui a rédigé l’épilogue de « Cuba, la vérité qu’on vous a cachée », un ouvrage – désormais disponible en version numérique sur Amazon en italien – né de notre voyage sur l’île et construit comme une chaîne de voix cubaines, d’Abel Prieto, président de la Casa de las Américas, à l’économiste Luciano Vasapollo. Nous l’avons rencontrée pour parler de ce livre et de ce qu’il révèle : une réalité qui imprègne les foyers, les hôpitaux, les cuisines et la vie des enfants et des personnes âgées.

Professeur, vous avez écrit l’épilogue de « Cuba, la vérité qu’on ne vous a pas dite », qui paraît actuellement en italien sur Amazon. Quel message souhaitiez-vous transmettre dans ces pages ?

Je suis reconnaissant et ce fut un honneur d’y avoir participé. C’est un ouvrage précieux car il donne la parole à Cuba en Italie, et je le recommande à quiconque souhaite véritablement comprendre la nature du blocus, au-delà des slogans. Dans l’épilogue, j’ai voulu revenir à José Martí : non pas la statue, non pas la citation rituelle, mais la conscience vivante de la nation. Je l’ai intitulé « La dignité comme ultime rempart de la liberté » car tout commence là : sans dignité, il n’y a pas de liberté possible.

Allons droit au but. Lorsqu’on parle de blocus ou d’embargos, le débat reste presque toujours cantonné au domaine politique. Mais qu’en est-il de la dimension humaine ?

Le visage humain de cette situation, c’est celui des personnes qui souffrent au quotidien. Dire « soixante-sept ans » paraît simple, mais soixante-sept ans, c’est soixante-sept ans, et ce poids pèse sur toute une nation. On entend souvent dire que l’embargo vise le gouvernement ; en réalité, il touche tout le monde : les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes, les malades, et même des personnes qui n’ont aucun lien avec la politique. Je pense à ceux qui meurent à l’hôpital en attendant un stimulateur cardiaque, aux enfants hospitalisés en cancérologie qui ont besoin de médicaments produits aux États-Unis même : par avion, le trajet durerait quarante-cinq minutes, et pourtant ces médicaments n’arrivent pas.

Vous-même, dans votre livre et lors de votre entretien avec le professeur Vasapollo, le démontrez clairement : l’enfant diabétique ne meurt pas du communisme, contrairement à ce que prétend la propagande ; il meurt parce que l’insuline est produite par des entreprises opérant dans le système du dollar et ne pouvant vendre à La Havane sans s’exposer à des sanctions américaines. Ce ne sont pas des opinions : ce sont des chaînes de causalité vérifiables, reconnues même par des organisations internationales que l’on ne saurait soupçonner de sympathies révolutionnaires.

Il ne s’agit donc pas seulement d’économie ou de diplomatie.

Non, il s’agit de vies humaines. Le blocus n’est pas une mesure symbolique : il détermine si un hôpital peut prodiguer des soins, si un enfant peut recevoir une thérapie, si une famille peut cuisiner, si une mère peut faire sa lessive, si quelqu’un peut aller travailler. Quand on parle d’embargos, il faut avoir le courage de regarder ces visages, et pas seulement les statistiques et les déclarations.

Dans votre livre, vous et Vasapollo insistez sur un mot : « blocus » au lieu d’« embargo ». N’est-ce pas une subtilité sémantique ?

Il ne s’agit pas d’une distinction subtile ; c’est une question de vérité, et vous avez raison de le souligner. Un embargo est unilatéral : un pays cesse tout commerce avec un autre. Un blocus est une sanction totale : tout pays au monde qui entretient des relations commerciales, monétaires ou financières avec Cuba risque d’être puni par les États-Unis. Utiliser le mot « embargo », c’est accepter la version de Washington. C’est pourquoi, dans votre livre, vous employez le terme « blocus », avec la plus grande précision.

« Le blocus n’est pas un embargo : c’est une punition mondiale. »

Que signifie concrètement vivre dans ces conditions ?

Cela signifie perdre la maîtrise du temps. La vie est rythmée par le retour de l’électricité. Le quotidien devient un cauchemar : on cuisine la nuit, si le courant n’est rétabli qu’au petit matin ; on fait la lessive une fois l’électricité enfin revenue, car la vie de famille continue malgré tout. Le travail est lui aussi complètement perturbé : tout dépend de l’électricité, des transports, du carburant, de la possibilité de se déplacer et d’organiser sa journée de travail.

Coupures de courant. Quel impact ont-elles sur les familles cubaines ?

Énormes. Ce ne sont pas de simples nuisances : elles affectent la santé, le travail et l’humeur des gens. Dans son livre, le professeur Vasapollo raconte avoir vu de ses propres yeux des quartiers de La Havane plongés dans l’obscurité pendant douze, quinze, voire vingt heures par jour ; des gens cuisinant au feu de bois faute de gaz et d’électricité ; des blocs opératoires où le chirurgien commence une opération en sachant que le courant peut être coupé à tout moment. Et les ordures dans les rues – comme vous le décrivez dans ces pages – ne sont pas seulement un symbole de l’échec du socialisme : elles sont le signe concret d’un pays incapable d’importer des pièces détachées pour ses camions-poubelles. Et pourtant, la population continue à vivre.

Certains qualifient Cuba d’« État failli ». Êtes-vous d’accord avec cette définition ?

Non, c’est un discours idéologique. Un État failli ne dispose ni de système de santé, ni de système éducatif, ni de services sociaux, ni de structures de protection sociale, ni de formes d’organisation populaire. Cuba n’est pas un État failli : c’est un État assiégé. C’est précisément la thèse par laquelle son livre s’ouvre, dans le chapitre « Le siège permanent et le silence du monde ». Si Cuba ne fonctionnait réellement pas, pourquoi s’acharner à la bloquer ? Pourquoi transformer l’achat d’une simple aspirine en un véritable cauchemar bureaucratique ?

Vous utilisez des termes très durs : « siège », « guerre économique », « criminel ». Pourquoi ?

Car lorsqu’une mesure politique affecte les enfants, les personnes âgées, les malades et les femmes enceintes, il ne s’agit plus simplement de diplomatie. Le livre contient une image qui résume parfaitement la situation : celui qui reste silencieux face au blocus tout en pleurant sur la souffrance des Cubains est comme celui qui brise systématiquement les jambes d’un homme et s’émeut ensuite aux larmes en le voyant en fauteuil roulant. Faire payer à tout un peuple le prix d’un choix politique est un crime. Une personne qui attend des médicaments vitaux n’est pas un symbole idéologique : c’est une personne.

Selon vous, quel est le véritable objectif de la politique américaine envers Cuba ?

Les États-Unis ne veulent pas d’une Cuba réformée : ils veulent une Cuba soumise. L’île se trouve à cent cinquante kilomètres de leurs frontières, et pour Washington, un pays aligné sur ses intérêts serait idéal. Mais Cuba continue de représenter l’autonomie, la souveraineté et la résistance, et cela les dérange. Le blocus sert à saper la population et à présenter ensuite ses souffrances comme la preuve de l’échec du système. Dans votre livre, vous consacrez un chapitre entier à la fabrication du consensus d’opposition – « Le dissident fabriqué : CIA, dollars et mercenaires » – afin de distinguer la dissidence authentique de celle qui est artificiellement construite contre la souveraineté d’un peuple.

Dans ce contexte international, que représente Cuba aujourd’hui ?

Une cause qui dépasse les frontières de Cuba. Aux États-Unis, des positions agressives, xénophobes, voire fascistes, ont été adoptées. Aujourd’hui, la cible est peut-être Cuba ; demain, n’importe quelle autre nation. C’est pourquoi la cause cubaine est la cause de tous les peuples qui luttent pour la paix, le dialogue, le respect de la souveraineté et la dignité humaine. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement l’avenir d’une île : c’est une conception particulière de l’humanité.

Que doivent comprendre l’opinion publique internationale, et l’opinion publique italienne en particulier ?

On ne peut appréhender Cuba uniquement à travers le prisme de la propagande. Il faut écouter le peuple : les enfants, les hôpitaux, les familles, les personnes âgées, les mères qui cuisinent dès le retour de l’électricité. Cuba ne réclame pas la pitié, elle réclame justice. Elle réclame la fin d’une politique qui pèse lourdement sur le quotidien de millions de personnes depuis des décennies. En Italie, Cuba est presque toujours présentée comme une caricature – ou comme une figure de nostalgie idéologique, ou encore comme une dictature tropicale – et on lui donne rarement la parole. Ce livre a été conçu précisément pour lui redonner cette voix ; c’est pourquoi j’invite nos lecteurs à le découvrir sur Amazon.

De la chronique à la conscience

À un moment donné, le témoignage de Vázquez cesse d’être une chronique et devient une question morale. C’est le fil conducteur de José Martí — non pas la statue, non pas la citation rituelle, mais la conscience vivante de la nation — qui traverse l’épilogue par lequel l’universitaire clôt l’ouvrage : la dignité comme ultime frontière de la liberté.

Pour un lecteur chrétien, ce livre offre de multiples pistes de réflexion. Outre l’analyse économique du siège, il aborde la foi du peuple cubain : la spiritualité complexe de l’île, Notre-Dame de la Charité d’El Cobre, sainte patronne de Cuba, et les relations entre l’Église et les papes, du dialogue avec Jean-Paul II à l’hommage rendu au pape François. On y trouve également une « Lettre d’une mère cubaine à une mère américaine » qui ramène tout à l’essentiel, à la fois simple et profond : deux mères, deux enfants, et la question de savoir si la souffrance d’un peuple peut jamais devenir un instrument de pression.

C’est la même question qui demeure ouverte dans ces pages et qui constitue le meilleur résumé de cette conversation. Cuba – comme on le lit dans les dernières lignes du livre – « n’est pas effrayante parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle refuse d’être possédée. »

Derrière le mot « embargo » se cachent non seulement des stratégies géopolitiques, mais aussi des visages, des hôpitaux, des coupures de courant, des médicaments manquants et des familles contraintes de réinventer la normalité au quotidien. À travers les écrits de Marlene Vázquez – et à travers « Cuba, la vérité qu’on vous a cachée », désormais disponible en italien sur Amazon – la question cubaine devient avant tout une question morale : jusqu’à quel point peut-on punir un peuple pour avoir occulté son histoire ?

Entretien réalisé par P. Alfonso M. Bruno, directeur de Mediafighter.

La post-production du volume est assurée par Marlene Vázquez Pérez, dans le cadre d’une réécriture par Mirella Madafferi (doctorante en études de la paix, Université pour étrangers de Pérouse).

Sur la photographie, Marlène Vázquez à l’Étude internationale de philosophie et de théologie de Rome des Frères franciscains de l’Immaculée.

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