Les Amis de la Chine socialiste est « Une plateforme visant à soutenir la République populaire de Chine et à faire connaître le socialisme chinois ». L’organisation a été fondée par un ancien maoïste (de la première heure) et elle entretient d’excellents rapports avec le Parti communiste britannique et son journal The Morning star. Sans négliger un grand nombre d’associations qui donnent un caractère de masse à ses activités, qui se déroulent fréquemment à la bibliothèque-mémorial Karl Marx à Londres ou même à l’Ambassade du Vénézuela ou ailleurs. Elle est riche aussi de ses relations internationales et participe régulièrement à des événements en Chine. L’article ci-dessous traite uniquement de la question du colonialisme et non de la voie chinoise au socialisme, mais il fournit des FAITS et des arguments très forts pour contrer la propagande anti-chinoise. Et si vous rencontrez encore des gens qui traitent la Chine de colonialiste, envoyez-les voir le film Furcy, né libre, ils verront ce qu’est le vrai colonialisme (note et traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société).
Friends of Socialist China / Les amis de la Chine socialiste
Dans l’article suivant publié sur Substack, l’écologiste et anthropologue Jason Hickel s’attaque à un cliché populaire concernant la République populaire de Chine : celui selon lequel elle serait engagée dans une politique colonialiste en Afrique. Hickel démontre que cette affirmation est historiquement inexacte, analytiquement approximative et qu’elle sert à occulter la réalité persistante du pouvoir néocolonial occidental sur le continent.
L’accusation de colonialisme chinois, popularisée dans le discours politique et les médias occidentaux au cours des deux dernières décennies, assimile l’engagement économique de la Chine en Afrique au colonialisme et au néocolonialisme occidentaux. Hickel soutient de manière convaincante qu’il s’agit d’un mensonge à motivation politique qui banalise l’extrême violence de la domination coloniale.
L’article commence par clarifier les caractéristiques réelles du pouvoir colonial et néocolonial : agression militaire, guerres visant à changer de régime, guerres par procuration, déstabilisation politique, coercition économique, sanctions, contrôle financier, conditionnalité des prêts et ajustement structurel. Le contrôle continu de la France sur le franc CFA et le réseau américain de bases africaines illustrent la persistance de la dynamique néocoloniale après la fin de l’ère coloniale.
La Chine, en revanche, n’a jamais envahi un pays africain, ne se livre pas à des actions de déstabilisation, n’orchestre pas de coups d’État ni d’assassinats, ne contrôle pas les devises, n’impose pas de sanctions et n’assortit pas ses prêts de conditions d’ajustement structurel. Rien dans le comportement de la Chine ne ressemble de près ou de loin aux pratiques impérialistes occidentales.
Sur la question de l’extraction des ressources en Afrique, l’auteur observe que les entreprises occidentales dominent largement l’expansion minière et fossile africaine, les entreprises chinoises ne contrôlant qu’une petite part. Concernant les accusations selon lesquelles la Chine tendrait des « pièges de la dette », Hickel note que seulement 12 % de la dette extérieure de l’Afrique est due à la Chine, contre plusieurs fois ce montant dû à des créanciers privés occidentaux, à des taux d’intérêt nettement plus élevés et à des conditions de remboursement moins souples.
Le pouvoir impérial signifie que les États-Unis et leurs alliés peuvent détruire, et détruisent régulièrement, des États entiers à l’autre bout du monde, violant impunément le droit international. Ils peuvent bombarder, et bombardent, toute personne ou tout mouvement qui leur déplaît, n’importe où sur la planète, pour n’importe quelle raison. Ils peuvent imposer, et imposent, des sanctions écrasantes, tuant des millions de personnes et pliant les gouvernements à leur volonté. La Chine ne projette tout simplement pas ce type de pouvoir.
Les politiciens et les journalistes occidentaux affirment souvent que la Chine pratique le « colonialisme » en Afrique. Ce discours trouve ses racines dans le discours du gouvernement américain depuis près de deux décennies, et est illustré par une audience du Congrès américain qui s’est tenue sous le titre « La Chine en Afrique : le nouveau colonialisme ? ». La même année, le magazine économique américain Forbes a affirmé que l’objectif de l’implication de la Chine en Afrique était « d’exploiter les populations et de s’approprier leurs ressources. C’est la même chose que ce qu’ont fait les colons européens… mais en pire. »
Il y a certainement des raisons de critiquer les activités des entreprises chinoises en Afrique, mais affirmer que la Chine exerce un pouvoir colonial sur le continent — en établissant un parallèle direct avec le colonialisme et l’impérialisme occidentaux — est empiriquement incorrect, vide ces termes de leur sens et revient à nier la violence du colonialisme tel qu’il existe réellement.
Qu’est-ce que le pouvoir colonial ?
Examinons d’abord les enjeux de cette accusation. Qu’est-ce qui constitue le pouvoir colonial et néocolonial ?
Le colonialisme européen reposait sur l’invasion et l’occupation militaire, la dépossession forcée et la violence systématique, y compris les famines provoquées par les politiques, les camps de concentration et le génocide. Rien qu’en Afrique, les Britanniques, les Allemands, les Français, les Belges et les Italiens ont tous commis des crimes de génocide, chacun de leur côté. Les colonisateurs allemands ont exterminé la majorité de la population Herero et Nama en Namibie. Les colonisateurs belges ont tué quelque 10 millions de personnes au Congo.
Les Africains ont obtenu leur indépendance politique au milieu du XXe siècle, mais les États centraux ont continué à exercer un pouvoir coercitif sur le continent au cours des décennies qui ont suivi. Les États-Unis disposent actuellement de 58 bases militaires actives en Afrique. Ils sont intervenus dans de nombreuses élections nationales, faussant le processus démocratique en faveur de leurs intérêts, et ont mené quelque 20 opérations de changement de régime. Ils ont imposé des sanctions économiques à la plupart des pays africains (tous sauf 9).
La France, pour sa part, contrôle la monnaie de 14 pays d’Afrique de l’Ouest et dispose de dizaines de milliers de soldats stationnés dans ses anciennes colonies africaines. La France a depuis longtemps l’habitude de truquer les élections africaines et de soutenir les dictateurs, et a collaboré à l’assassinat de plusieurs dirigeants politiques en Afrique depuis la décolonisation officielle. Quant au Royaume-Uni, il a envahi presque tous les pays africains (à l’exception de cinq) et dispose actuellement de 18 bases militaires sur le continent.
Les États occidentaux ont orchestré des coups d’État contre des dizaines de gouvernements progressistes dans les pays du Sud. En Afrique, cela inclut Patrice Lumumba en RDC, Kwame Nkrumah au Ghana et Thomas Sankara au Burkina Faso, parmi beaucoup d’autres, qui ont tous été remplacés par des dictatures ou des juntes de droite plus disposées à servir les intérêts occidentaux. Les États occidentaux ont également soutenu activement le régime d’apartheid en Afrique du Sud.
Le pouvoir néocolonial s’exerce également par le biais des institutions financières internationales. Au sein du FMI et de la Banque mondiale, les États-Unis détiennent un droit de veto sur toutes les décisions importantes et les États centraux contrôlent la majorité des voix. Ils ont utilisé ce pouvoir pour imposer des programmes d’ajustement structurel (PAS) dans les pays du Sud, réorganisant de force la production de ces pays loin des besoins humains locaux et l’orientant plutôt vers les exportations vers les pays centraux, dans des positions subordonnées au sein des chaînes mondiales d’approvisionnement en matières premières. En Afrique, les PAS ont provoqué des décennies de récession économique et de dé-développement afin de garantir que les ressources africaines restent disponibles à bas prix pour l’Occident.
Rien de ce que la Chine a fait en Afrique ne s’approche de tout cela. La différence morale et matérielle est énorme. La Chine ne maintient pas d’occupations militaires en Afrique. Elle ne mène pas d’opérations de changement de régime, d’assassinats ou de coups d’État. Elle ne contrôle pas les monnaies africaines. Elle n’impose pas de sanctions ou de programmes d’ajustement structurel aux économies africaines. La Chine n’a pas commis de génocide en Afrique. Elle n’a jamais envahi un pays africain.
En effet, la Chine n’a envahi aucun pays au cours des 46 dernières années. Au cours de cette même période, nous avons vu les États occidentaux envahir et bombarder une longue liste de pays du Sud, avec une violence spectaculaire, dont sept pays rien qu’en 2025.
Assimiler les activités de la Chine en Afrique au colonialisme européen et à l’impérialisme occidental contemporain est non seulement empiriquement incorrect, mais cela banalise également la violence extraordinaire de ce dernier. Il s’agit en fait d’une forme de négationnisme colonial.
Évaluation des allégations
Les accusations de « colonialisme » chinois en Afrique reposent sur trois allégations principales. La première est que les entreprises chinoises commettent des abus en matière de travail et provoquent des conflits sociaux et environnementaux en Afrique. La deuxième est que la Chine domine les industries extractives en Afrique. La troisième est que la Chine piège les pays africains dans la « dette ».
Concernant la première allégation : oui, la Chine a des entreprises capitalistes qui opèrent en Afrique et exploitent les travailleurs. Mais c’est ainsi que fonctionnent toutes les entreprises capitalistes, quel que soit leur siège social. Une étude récente sur l’Angola et l’Éthiopie n’a révélé aucune différence systématique entre les salaires versés par les entreprises chinoises et ceux versés par les entreprises occidentales. Si le comportement abusif des entreprises capitalistes devient la définition du « colonialisme », alors ce terme perd toute valeur analytique. Nous pourrions tout aussi bien dire que les entreprises indonésiennes ou brésiliennes opérant en Afrique sont coloniales, mais alors ce terme perdrait clairement tout son sens.
Quant aux entreprises chinoises à l’origine de conflits, une étude récente sur les entreprises minières chinoises opérant à l’étranger a révélé qu’elles ne créent pas plus de conflits que les autres entreprises étrangères. En fait, une étude portant sur plus de 3 300 conflits liés à la justice environnementale dans le monde a révélé que, lorsque des entreprises étrangères sont à l’origine de conflits en Afrique et dans le reste du Sud, ces entreprises ont dans leur grande majorité leur siège social en Occident plutôt qu’en Chine. Dans la même base de données (l’Atlas de la justice environnementale), les entreprises françaises sont responsables de 50 fois plus de conflits environnementaux en Afrique que les entreprises chinoises par habitant.
En ce qui concerne la deuxième affirmation, relative à l’extraction des ressources : l’idée selon laquelle la Chine domine les industries extractives africaines n’est pas étayée par des preuves. En 2022, 72 % des fonds d’exploration minière consacrés à l’Afrique appartenaient à des entreprises canadiennes, australiennes et britanniques, et seulement 3 % à des entreprises chinoises. Les données de 2018 montrent que les entreprises chinoises contrôlaient moins de 7 % de la valeur totale de la production minière africaine, soit moins de la moitié de la valeur contrôlée par une seule multinationale britannique, Anglo American.
Si l’on se concentre sur les combustibles fossiles, les projets des entreprises occidentales visant à développer l’extraction de pétrole et de gaz en Afrique dépassent ceux des entreprises chinoises d’un facteur neuf. Sur les 23 plus grands investisseurs institutionnels dans le développement des combustibles fossiles en Afrique, 92 % des investissements sont détenus par l’Occident ; parallèlement, 74 % du financement du développement est fourni par des banques occidentales. Ces chiffres indiquent que c’est l’Occident qui contrôle et tire profit de manière écrasante de l’extraction des combustibles fossiles en Afrique.
La RDC constitue un cas intéressant. En 2008, des entreprises chinoises ont signé un accord avec la RDC pour entreprendre le développement d’infrastructures en échange de minerais d’une valeur pouvant atteindre 50 milliards de dollars sur 25 ans. Les institutions occidentales ont qualifié cela de « colonialisme chinois ». Plus tard, en 2025, les États-Unis ont signé un accord avec la RDC pour obtenir 2 000 milliards de dollars de droits miniers en échange de la fin des attaques des milices soutenues par le Rwanda contre la RDC, attaques que les États-Unis auraient soutenues. L’accord américain est 40 fois plus important que l’accord chinois. Mais les institutions occidentales n’accusent pas les États-Unis de colonialisme ; au contraire, elles ont tendance à adhérer au discours d’un « accord de paix ».
Enfin, venons-en à la question des « pièges de la dette ». Les données existantes montrent que seulement 12 % de la dette extérieure de l’Afrique est due à la Chine, tandis que 35 % — soit trois fois plus — est due à des créanciers privés occidentaux, et que les dettes de l’Afrique envers les créanciers occidentaux portent des intérêts deux fois plus élevés que celles envers la Chine.
Une étude approfondie des prêts accordés par la Chine à l’Afrique entre 2000 et 2019 a révélé que la Chine n’a jamais saisi d’actifs et n’a jamais eu recours aux tribunaux pour obtenir le paiement. En outre, pendant la pandémie de Covid, la Chine a suspendu un volume nettement plus important de dettes des pays à faible revenu que les créanciers occidentaux.
Peut-être plus important encore, la Chine n’impose pas de conditions d’ajustement structurel pour financer ses prêts. En revanche, les créanciers occidentaux ont déjà utilisé des programmes d’ajustement structurel pour forcer les gouvernements africains à vendre des actifs publics.
La Chine dans la perspective du système mondial
Il est important de garder une certaine perspective ici. La puissance impériale signifie que les États-Unis et leurs alliés peuvent détruire et détruisent régulièrement des États entiers à l’autre bout du monde, violant le droit international en toute impunité. Ils peuvent bombarder et bombardent tout individu ou mouvement qui leur déplaît, n’importe où sur la planète, pour n’importe quelle raison. Ils peuvent imposer et imposent des sanctions écrasantes, tuant des millions de personnes et pliant les gouvernements à leur volonté.
La Chine n’exerce tout simplement pas ce type de pouvoir. Il s’agit d’une économie semi-périphérique, dont le PIB par habitant est inférieur de 80 % à celui du centre, équivalent à la moyenne latino-américaine. Ses dépenses militaires par habitant sont inférieures de 40 % à la moyenne mondiale et représentent 1/20e de celles des États-Unis. La Chine peut résister dans une certaine mesure aux diktats des États centraux, mais elle ne peut pas imposer sa volonté au reste du monde comme le font les États centraux.
Cela ne veut pas dire que les entreprises chinoises n’exploitent pas les travailleurs et les ressources en Afrique. Mais on ne peut pas qualifier cela de puissance coloniale ou impériale sans vider ces termes de leur sens analytique et nier la violence du colonialisme tel qu’il existe réellement.
Les pays semi-périphériques comme la Chine jouent un rôle d’intermédiaire dans le système capitaliste mondial. Ils fournissent des produits manufacturés bon marché au centre dans des industries hautement concurrentielles où les marges bénéficiaires sont extrêmement faibles. Les capitalistes opérant dans ces industries sont soumis à la pression d’obtenir des intrants matériels au prix le plus bas possible, ce qui les pousse à exploiter les ressources de la périphérie (comme l’Afrique), où les interventions impérialistes des États centraux ont affaibli les gouvernements et réduit le coût de la main-d’œuvre et des ressources.
Dans ce système, le centre extrait de la valeur de la semi-périphérie — y compris de la Chine — ainsi que de la périphérie via la semi-périphérie. Le comportement des capitalistes semi-périphériques dans la périphérie doit être compris avant tout comme une fonction du système mondial impérialiste plutôt que comme une expression de l’impérialisme lui-même.
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