Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La Chine pourrait porter « un coup fatal » à l’économie de l’UE, par Sergueï Savtchouk

Si l’événement révèle la fascisation de l’impérialisme acculé, la véritable question à laquelle nous sommes nous Français confrontés, jusqu’où irons-nous dans l’acceptation de la vassalité à un système qui nous est fatal et dont nous ferons toujours plus les frais. Nul ne peut négliger la nature de ce qui au delà de l’événement nous est posé et qui est décrit ici comme ce que l’on pourra faire payer à l’Occident et à son maillon faible qu’il s’agisse de l’UE ou du Japon. (note de Danielle Bleitrach traduction de Marianne Dunlop pour histoireetsociete)

https://ria.ru/20260104/kitay-2066245522.html

Après une brève pause pour les fêtes de fin d’année, les principaux pays du monde ont poursuivi la mise en œuvre de leurs projets stratégiques. Dans l’Union européenne, de nouveaux mécanismes réglementaires et douaniers sont entrés en vigueur le 1er janvier. Les modifications approuvées dans le cadre du mécanisme dit « Carbon Border Adjustment Mechanism » (CBAM) sont désormais applicables. Le document adopté par la Commission européenne prévoit qu’une nouvelle taxe majorée sera prélevée sur tous les produits étrangers importés dans les pays de la zone euro, en fonction de la nocivité de leur production pour l’environnement. Les premiers produits concernés par cette taxe sont le ciment, les engrais azotés, l’acier et les structures en acier, l’aluminium, l’hydrogène combustible et l’électricité. En décembre, Washington et le Qatar, qui lui a emboîté le pas, ont exigé l’annulation des nouvelles taxes sur leur GNL, menaçant de réduire leurs livraisons. Aujourd’hui, c’est la Chine qui entre en scène avec son poids lourd.

Pékin a officiellement déclaré que le mécanisme CBAM mis en place créait un régime fiscal discriminatoire et injuste pour les produits chinois importés, ce qui entraînait une augmentation injustifiée de leur prix. Cela réduit leur compétitivité et diminue les bénéfices des fabricants chinois qui travaillent pour les marchés d’exportation. La Chine, comme auparavant les États-Unis et le Qatar, a exigé de l’Union européenne qu’elle réduise considérablement ou supprime le mécanisme CBAM, faute de quoi, comme on dit dans les milieux diplomatiques, elle se réserve le droit de prendre des mesures de rétorsion dans le cadre de la défense de ses intérêts nationaux.

La situation est extrêmement surprenante, même au-delà du fait incroyable que Pékin et Washington mènent, pour une fois, sans s’être concertés, une politique commerciale extérieure parfaitement identique, et que le coupable, sur lequel pleuvent les menaces et les revendications des deux côtés, est l’Union européenne.

Il faut dire que la situation actuelle est le reflet d’un long processus de dégradation de la politique européenne dans son ensemble, qui, année après année, s’éloigne de plus en plus de la réalité pour se conformer à la conjoncture politique et à l’agenda à la mode.

Nous avons tous été témoins de l’essor de la mode écologique en Occident. Au départ, c’était l’apanage d’une jeunesse éternellement rebelle, mais les politiciens fieffés et les magnats des grandes entreprises ont très vite compris à quel point c’était un outil pratique pour manipuler et étouffer la concurrence. Grâce à une publicité extrêmement agressive, des slogans sur l’abandon obligatoire des combustibles fossiles, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le concept de transition verte et bien d’autres choses encore ont été élevés au rang de cheval de bataille politique mondial. En quelques années, ces messages, justes dans leur essence, sont devenus des politiques obligatoires pour des pays et des unions entiers. Mais comme d’habitude, on a discrètement ajouté une cuillère de poil de poule dans le gâteau magique.

L’une des innovations les plus douloureuses, à laquelle s’est opposé le secteur réel de tous les pays sans exception, a été l’introduction des taxes dites « carbone ». Elles portaient des noms différents selon les pays et leurs conditions d’application variaient, mais leur essence était la même partout. Les représentants du secteur réel (qu’ils fabriquent des châssis de voitures, transportent du gaz par des conduites ou possèdent des troupeaux de plusieurs milliers de bovins) se sont vu imposer chaque année des taxes de plus en plus élevées. Soi-disant parce que leurs entreprises rejettent des gaz à effet de serre dans l’atmosphère au cours de leurs activités.

Lorsque, à l’automne 2025, la Commission européenne a examiné ses dispositions, les députés ont ouvertement déclaré que cette taxe prétendument purement écologique contribuerait à sauver l’économie stagnante de la zone euro. Il était sous-entendu que les marchandises importées deviendraient beaucoup plus chères, ce qui renforcerait automatiquement la compétitivité des produits européens, dont le coût de production avait atteint des niveaux records en raison de la crise énergétique. À l’époque où les États-Unis et la Chine investissaient massivement dans le développement de sources d’énergie alternatives, saturant leurs marchés de mégawatts supplémentaires, Bruxelles a pris le contre-pied. Comme il était impossible de rendre ses produits moins chers et plus attractifs, l’UE a décidé de renchérir toutes les importations.

Selon le plan des génies de la Commission européenne, le CBAM devait faire d’une pierre deux coups. Augmenter les recettes budgétaires en augmentant les prélèvements à l’importation, réduire l’afflux de produits étrangers et stimuler ainsi la croissance de la production intérieure. Cette astuce aurait pu fonctionner dans l’ancien contexte, lorsque l’économie des pays de la zone euro était à son apogée, mais au début de l’année 2026, cela ressemble davantage à une tentative de soigner une fracture ouverte par l’autosuggestion.

Après l’investiture de Donald Trump, les États-Unis se sont immédiatement retirés de l’accord de Paris sur le climat, c’est-à-dire qu’ils se sont affranchis de toutes les restrictions en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Ensuite, les quotas similaires pour les productions aux États-Unis ont été supprimés et la mise hors service des centrales à charbon a été suspendue. Tout cela, combiné à la croissance du marché de la production d’électricité, a permis aux Américains non seulement de maintenir le rythme de leur production intérieure, mais aussi de commencer (lentement et difficilement) à inverser la tendance en matière de commerce des matières premières avec l’UE. Rappelons que les États-Unis vendent à l’Europe pour 236 milliards de dollars de marchandises de moins qu’ils n’en achètent.

Dans le cadre du CBAM, des algorithmes types ont été développés pour déterminer la nocivité de la production de certains produits. La question de leur application à la Chine soulève toute une série de problèmes. Premièrement, la Chine occupe aujourd’hui la première place mondiale en termes de volume de sources d’énergie renouvelables. Au cours de l’année dernière, les Chinois ont mis en service plus de centrales solaires et éoliennes que toutes celles dont disposent les États-Unis et l’UE réunis. Deuxièmement, Pékin ne divulgue pas les volumes de production par secteur, ce qui ne permet pas de corréler avec précision les volumes d’émissions de gaz à effet de serre. Troisièmement, les systèmes de production et de protection font l’objet d’une modernisation constante, ce qui permet d’affirmer à juste titre que la Chine réduit ses émissions. En conséquence, les coefficients fiscaux appliqués à leurs produits devraient diminuer, mais selon le CBAM, ils augmenteront encore davantage dans les années à venir.

Et quatrièmement, Pékin pose une question tout à fait logique : chers Européens, nous produisons des marchandises pour vous, mais les usines et les fabriques se trouvent en Chine, ce qui signifie que les émissions restent également ici. Alors pourquoi devrions-nous vous payer un supplément pour avoir détérioré l’environnement chez nous pour vous ?

La situation est encore aggravée par le fait que si l’Europe a un excédent commercial avec les États-Unis, c’est exactement le contraire avec la Chine. À la fin de l’année dernière, le déséquilibre commercial entre l’UE et la RPC s’est encore accru et a dépassé les 300 milliards de dollars. Si le flux de produits chinois vers le Vieux Continent (principalement des produits électroniques, des voitures et des machines-outils) commence à diminuer, tous les points sur lesquels Bruxelles comptait pour sa croissance se solderont par un lourd déficit. Il y aura moins de produits disponibles, les recettes budgétaires diminueront, la compétitivité de la production locale n’augmentera pas, et la tentative de remplacer les importations perdues par des importations en provenance des États-Unis à des conditions commerciales préférentielles ne fera qu’aggraver la situation.

Dehors, c’est l’hiver et la neige tombe, mais dans ma tête, une chanson sur l’île de la malchance tourne en boucle.

Views: 163

Suite de l'article

2 Commentaires

  • rhodine
    rhodine

    C’est complètement niais: « Pékin pose une question tout à fait logique : chers Européens, nous produisons des marchandises pour vous, mais les usines et les fabriques se trouvent en Chine, ce qui signifie que les émissions restent également ici. Alors pourquoi devrions-nous vous payer un supplément pour avoir détérioré l’environnement chez nous pour vous ? »
    Les émissions de carbone sont par nature globales…

    Répondre
  • Franck Marsal
    Franck Marsal

    Oui, mais les émissions de carbone sont déjà comptées dans les quotas de la Chine. Donc, pas besoin de les compter deux fois. Le truc, c’est que la Chine considère comme valables les traités qu’elle a signé et les règles qui leur sont associées. Pas comme l’Europe qui ne prend que ce qui l’intéresse.
    Enfin bon, comme on va vers la guerre mondiale, tout ça va être remis à plus tard …

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d’apparaître.