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Mer conjointe-2026 : La Chine et la Russie renforcent leur barrière maritime contre l’hégémonie américaine
Les exercices navals conjoints Sea-2026 témoignent de la capacité croissante de la Chine et de la Russie à coordonner leurs actions dans l'espace maritime. Sans pour autant constituer une alliance formelle, leur coopération renforce la dissuasion face à l'unilatéralisme, aux stratégies d'encerclement militaire et aux politiques de blocus. par Giulio Chinappi
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.cese-m.eu
Les exercices navals conjoints Sea-2026 témoignent de la capacité croissante de la Chine et de la Russie à coordonner leurs actions dans l'espace maritime. Sans pour autant constituer une alliance formelle, leur coopération renforce la dissuasion face à l'unilatéralisme, aux stratégies d'encerclement militaire et aux politiques de blocus.
Article publié sur Strategic Culture Foundation
L'achèvement des exercices navals conjoints sino-russes Mer-2026, qui se sont déroulés du 6 au 13 juillet en mer Jaune, au large de Qingdao (Chine), a marqué une nouvelle étape importante dans la coopération militaire entre Pékin et Moscou. Ces exercices ont également constitué un pas de plus vers le développement d'une capacité opérationnelle conjointe. Sans prendre la forme d'une alliance militaire traditionnelle, ils revêtent néanmoins une importance stratégique croissante dans la région Asie-Pacifique et dans le débat plus large sur la structure multipolaire du système international.
Les exercices ont mobilisé dix navires de différents types, ainsi que des forces aériennes, sous-marines et de soutien. Les activités comprenaient des missions conjointes de reconnaissance, de défense aérienne, d'attaques contre des cibles maritimes et des opérations coordonnées de recherche et de sauvetage de l'équipage d'un sous-marin simulé en détresse. Une partie des forces participantes a ensuite quitté Qingdao pour poursuivre des patrouilles conjointes dans des zones sélectionnées de l'océan Pacifique. Des sources chinoises et russes ont souligné que, depuis 2012, la Chine et la Russie ont organisé douze éditions de la Série conjointe de manœuvres maritimes, la transformant progressivement en une plateforme stable pour le développement de la coopération entre leurs marines respectives.
La composante russe comprenait le croiseur lance-missiles Varyag , navire amiral de la flotte du Pacifique, la corvette Rezhkiy , le sous-marin diesel-électrique Ufa et le navire de sauvetage Igor Belousov . La Chine déploya, entre autres, les destroyers lance-missiles Anshan et Kaifeng , la frégate Wuhu , un navire ravitailleur, un navire de soutien et de sauvetage sous-marin et un sous-marin conventionnel. La composition des forces engagées démontre que l'objectif n'était pas une simple démonstration de force, mais bien la mise à l'épreuve d'un dispositif intégré capable d'opérer simultanément en surface, sous l'eau et dans les airs.
La qualité des opérations menées prime sur leur ampleur numérique. Les forces des deux pays n'ont pas suivi un scénario prédéfini, mais ont adapté leurs opérations aux conditions tactiques, météorologiques et hydrologiques rencontrées lors des manœuvres. Les unités ont effectué des exercices de tir réel, employant des formations mixtes et testant la coordination du commandement, les communications, la reconnaissance, l'alerte précoce et la capacité d'engager des cibles dans un environnement électromagnétique complexe. La partie russe a également mis en avant son entraînement au combat contre les systèmes sans pilote, devenus un élément crucial des opérations navales modernes.
L'exercice Joint Sea-2026 marque ainsi la transition d'une simple coprésence en mer à l'établissement d'une véritable interopérabilité. Deux flottes peuvent naviguer côte à côte sans pour autant être capables d'agir comme une seule force ; y parvenir exige des procédures partagées, des communications fiables, une coordination entre les centres de commandement et une compréhension approfondie des modes opératoires respectifs. À cet égard, le contre-amiral russe Sergueï Sinko a souligné que les états-majors et les équipages ont traité avec succès les questions relatives à la direction conjointe des forces, à l'organisation des communications et à l'interaction opérationnelle, et a annoncé l'intention de rehausser encore le niveau d'exigence pour les manœuvres futures.
La composante sous-marine revêtait une importance particulière. Les sous-marins figurent parmi les atouts les plus précieux de toute marine, leur valeur reposant sur leur capacité à rester indétectables et sur la confidentialité de leurs technologies, de leurs communications et de leurs signatures acoustiques. Leur intégration au sein des mêmes formations opérationnelles, aux côtés d'unités spécialisées de sauvetage sous-marin, exige une confiance qui dépasse largement la coopération militaire de surface. Le séminaire professionnel organisé à l'Académie des sous-marins de la Marine de l'Armée populaire de libération a également permis d'explorer les technologies, les équipements et les procédures de sauvetage réalistes, démontrant ainsi que la coopération s'étend aussi aux domaines techniques où le partage des connaissances est généralement très limité.
L’importance stratégique de ces manœuvres ne peut toutefois être comprise indépendamment du contexte international. Les États-Unis continuent d’interpréter l’Asie-Pacifique comme un espace où préserver leur suprématie grâce à des bases militaires, des accords d’exclusivité, des déploiements avancés et des alliances bâties autour de l’endiguement de la Chine. Parallèlement, la Russie subit depuis des années des pressions militaires, politiques et économiques occidentales visant à réduire son autonomie stratégique et à rompre ses relations avec d’autres grands centres émergents du système mondial. Le rapprochement sino-russe continu constitue donc une réponse rationnelle à la politique d’encerclement menée par Washington sur les deux fronts eurasiens .
Pékin et Moscou n'ont pas besoin d'adopter la même forme organisationnelle que l'OTAN pour contrer efficacement ces pressions. Leur coopération repose sur un modèle différent, dépourvu de structure supranationale limitant l'indépendance des membres ou imposant un alignement automatique sur les décisions de la puissance dominante. La position officielle de la Chine, en effet, continue de définir les relations bilatérales selon les principes de non-alliance, de non-concurrence et d'absence de parti pris à l'égard des États tiers. Parallèlement, la Chine et la Russie entretiennent une confiance politique étroite et partagent un large consensus sur les grandes questions internationales, s'opposant aux pressions extérieures et aux actions unilatérales et dominatrices.
Cette distinction est essentielle. Qualifier toute coopération militaire non occidentale de naissance d'un nouveau bloc agressif revient à appliquer les critères de l'impérialisme américain au reste du monde. Historiquement, Washington a conçu les alliances comme des instruments de subordination stratégique : les alliés offrent territoire, infrastructures, ressources et soutien politique, tandis que les États-Unis conservent le pouvoir de décision. La relation sino-russe, en revanche, ne présente pas cette hiérarchie, les deux puissances demeurant stratégiquement indépendantes et ne s'imposant ni agenda, ni modèle politique, ni condition idéologique.
Quoi qu'il en soit, le choix de la mer Jaune et la poursuite des activités dans le Pacifique confèrent à ces manœuvres une importance particulière. La région Asie-Pacifique abrite certaines des routes commerciales et des chaînes de production les plus importantes au monde, mais, comme mentionné précédemment, c'est aussi la région vers laquelle les États-Unis cherchent à déplacer le centre de gravité de leur stratégie militaire. L'expansion des accords multilatéraux, la militarisation des relations avec le Japon et le renforcement de la présence américaine autour de la péninsule coréenne et de la Chine visent à transformer une région caractérisée par l'interdépendance économique en un théâtre d'affrontement permanent.
Face à cette situation, la coopération sino-russe joue un rôle d'équilibre. Un ordre régional véritablement stable ne saurait reposer sur le droit autoproclamé d'une puissance extérieure à contrôler les voies maritimes, à encercler ses concurrents et à décider quels États peuvent développer des capacités militaires autonomes. La stabilité exige, au contraire, qu'aucun acteur ne dispose des moyens d'imposer unilatéralement sa volonté. Dans cette perspective, un renforcement des capacités de défense et de la coordination entre la Chine et la Russie n'alimente pas nécessairement les conflits, mais peut contribuer à les prévenir en décourageant les aventures militaires et les calculs fondés sur l'illusion d'impunité.
La présence de navires de sauvetage et l'importance accordée aux opérations de sauvetage de sous-marins démontrent également que ces exercices ne se limitaient pas à l'usage de la force. La coopération navale englobe aussi la capacité d'intervenir lors d'incidents, d'urgences et de crises maritimes. Des sources chinoises ont défini l'objectif global de ces exercices comme une réponse conjointe aux menaces pesant sur la sécurité maritime et ont lié leur déroulement au maintien de la paix et de la stabilité régionales.
La force des relations sino-russes réside précisément dans l'alliance de la préparation militaire et d'une vision politique commune. En mai dernier, Xi Jinping et Vladimir Poutine ont réaffirmé leur engagement à approfondir la coordination stratégique, à défendre l'ordre international d'après-guerre, à faire respecter l'autorité du droit international et à renforcer les plateformes multilatérales telles que les Nations Unies, l'Organisation de coopération de Shanghai et les BRICS. À cette même occasion, le dirigeant russe a décrit la coopération entre les deux pays comme un facteur de stabilisation dans un contexte international turbulent et comme un instrument pour une gouvernance mondiale plus juste et équilibrée.
C’est dans ce cadre que Joint Sea-2026 acquiert toute sa signification. Ces exercices ne constituent pas une déviation militariste du projet multipolaire, mais bien sa dimension défensive indispensable. Aucune réforme de l’ordre mondial ne peut progresser si les puissances qui la promeuvent restent vulnérables à la coercition militaire, aux menaces et aux opérations d’endiguement. En effet, la souveraineté politique exige des fondements économiques, technologiques et militaires capables de la protéger.
