Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La campagne de désinformation contre Cuba s’intensifie. Vous préparez-vous à une invasion ? Entretien avec Luciano Vasapollo (Alfonso Bruno)

Cette campagne c’est à noter est reprise par des gens qui s’affirment hautement de gauche en préalable mais qui aussitôt font part de leur déception sur ce que Cuba serait devenu avec une classe qui aurait profité du tourisme et des investissements étrangers, à leur tête l’armée cubaine et donc Raoul Castro.Il y a eu la même campagne dans la période spéciale avec même un patrimoine fictif attribué à Fidel qui se contentait de reprendre le budget de Cuba et qui aboutissait donc au classement officiel par Forbes de ce dernier dans les principales fortunes du monde. Et il y avait à l’époque ceux qui se prétendaient alors de gauche à savoir Robert Ménard à la tête de reporters sans frontière et déjà financé par la CIA, comme tous ces « vertueux » qui sévissent partout pour faire porter leurs coups contre les victimes de l’impérialisme. On voit comme ça apparaître ces gens là dans les sites anti-impérialistes comme les faux communistes du Venezuela et d’autres. Rien de nouveau sous le soleil sinon que cela est destiné à une invasion ou à faire taire les voix qui protestent contre le génocide. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

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 équipe éditoriale

17 mai 2026

Le 15 mai 2026, le New York Times publiait un long article sur Gaesa, le conglomérat militaire cubain, le décrivant comme un instrument de la famille Castro pour reconquérir la côte du village. Cet article paraissait le lendemain de la visite à La Havane du directeur de la CIA, John Ratcliffe. Coïncidence ? Pour Luciano Vasapollo, économiste et ancien professeur de politique économique pendant quarante ans à l’Université Sapienza de Rome, au PAMI et à l’Université de La Havane, le hasard n’existe pas : il y a un plan. Le père Alfonso Bruno, missionnaire franciscain et directeur de Mediaflighter, l’a interviewé.

Avant toute chose, une question de lexique. Usted insiste pour utiliser le mot « blocus » au lieu d’« embargo ». N’est-ce pas un outil sémantique ?

Ce n’est pas une simple utilité, c’est un constat véridique. L’embargo est unilatéral : un pays doit commercer avec un autre. Le blocus est une sanction totale : tout pays au monde qui entretient des relations commerciales, monétaires ou financières avec Cuba est désormais sanctionné par les États-Unis. Autrement dit, il ne s’agira pas d’élections bilatérales tant qu’une sanction mondiale n’aura pas été imposée. Utiliser le mot « embargo », c’est accepter le discours de Washington. Notre dixième blocus, et le dixième avec une précision chirurgicale.

Le New York Times écrit que les finances de Gaesa sont secrètes, ne figurent pas dans le registre des finances de l’État et que le responsable du contrôle gouvernemental a été démis de ses fonctions après avoir admis ne pas y avoir accès. Quelle est votre réaction ?

C’est faux, et même faux à maintes reprises. Gaesa est accusée d’être une entreprise affiliée aux fermes d’État cubaines simplement parce qu’il s’agit d’une entreprise publique. À Cuba, il existe un plan socialiste : les entreprises d’État, par définition, doivent œuvrer pour le bien de l’État. Il n’y a rien d’extraordinaire à ce que ces entreprises soient publiques. Le New York Times ne fait que reproduire à l’identique le discours de Marco Rubio, selon lequel il s’approprierait tout l’argent produit à Cuba au profit de la famille Castro sans le réinvestir dans des travaux publics. C’est un discours impérialiste qui sous-tend la manière dont le gouvernement cubain perçoit les retombées financières du tourisme. Il n’y a qu’un seul objectif : détruire toute source de revenus à Cuba.

D’après les articles de presse, l’attaque semble viser la famille Castro. S’agit-il d’accusations de crimes graves ?

Historiquement, nous savons que ce sont les soldats castristes qui incarnent toute la passion, l’amour et l’esprit de sacrifice pour le peuple cubain. Par ailleurs, il est absolument démontré que la stratégie impériale, comme toujours, est celle du « diviser pour mieux régner ». Dès lors, il est nécessaire de créer artificiellement des contradictions au sein du peuple cubain et dans les différentes composantes des Forces armées afin de tenter d’imposer les droits des États-Unis, qui sont au service de leurs intérêts. Cela sera impossible car le peuple cubain est uni et les Forces armées représentent l’esprit et l’intérêt populaires depuis plus de soixante ans.

Un économiste cubain de l’Université américaine affirme que le gouvernement devrait s’interroger sur le blocus seulement quand cela l’arrange et, au lieu de cela, construire des hôtels comme si le blocus n’avait jamais existé. En 2024, Cuba misera davantage sur le tourisme que sur l’éducation et la santé. Le blocus est-il la seule cause de ces problèmes ?

Permettez-moi de comprendre comment ce blocus fonctionne concrètement. La persécution systématique des putschistes était en partie due aux revenus et aux réserves de change du pays. Le tourisme était la seule soupape de sécurité qui restait en place. Les inversions fiscales dans les hôtels constituaient une tentative désespérée d’obtenir des capitaux étrangers via un système bancaire international qui nous était totalement inaccessible : nous étions incapables d’effectuer les transactions commerciales, financières et monétaires les plus simples. Parallèlement, les États-Unis ont attaqué les revendications des migrants et anéanti leurs engagements de longue date en matière de coopération médicale, stoppant ainsi les progrès que Cuba avait entrepris dans les domaines de la santé publique, de la médecine, de l’éducation et des conditions de vie. La détérioration du système de santé ne dépend pas de décisions internes : elle est exclusivement due au blocus, aux sanctions et à cette restriction systématique de l’entrée sur le territoire.

Trump et Rubio sont qualifiés de criminels préparant une invasion. Or, Ratcliffe était à La Havane pour négocier, non pour envahir. Si l’objectif était la guerre, pourquoi dialoguer ?

Parce que les États-Unis sont habitués à ce schéma : d’abord, ils créent une justification médiatique, puis ils envahissent. On l’a vu avec l’Iran, on l’a vu avec le Venezuela, où ils ont prétexté le trafic de cocaïne pour justifier l’invasion. À Cuba, ils suivent la même stratégie : accusations de terrorisme international, de guerre cognitive et hybride, de guerre de communication. La visite de Ratcliffe n’est pas de la diplomatie : c’est un ultimatum. C’est l’idée que le temps est compté. Rubio lui-même a déclaré explicitement que n’importe quel pays aurait succombé en une semaine face à un blocus aussi intense – énergétique, de communication et de carburant. Et surtout : n’allons pas plus loin, ne nous demandons pas si la seule chose qui se passe est une invasion militaire. Non, je plaisante : c’est ce qu’ils disent.

Le New York Times rapporte qu’en 1996, des avions civils non armés, transportant des volontaires à la recherche de migrants en mer, ont disparu en eaux internationales. Quatre personnes sont décédées, dont trois citoyens américains. Du point de vue catholique du respect de la vie humaine, comment un tel événement a-t-il pu se produire ?

Ce que le New York Times qualifie de journalisme indépendant concernant cet épisode s’inscrit dans la guerre de communication menée contre Cuba. Il s’agit de José Basulto, fondateur de Brothers to the Rescue, ancien agent de la CIA et vétéran de la bataille de la baie de Cochinos, disparu avec un canon près d’un hôtel cubain. Cette organisation a commis des actes que Cuba a considérés comme prémédités et non comme relevant du civisme, violant ainsi sa souveraineté territoriale. Le gouvernement cubain a déposé des plaintes officielles auprès des États-Unis depuis des mois. La question est bien plus complexe qu’il n’y paraît, et il est essentiel de la clarifier aujourd’hui, trente ans plus tard, précisément au moment où l’on cherche un prétexte pour renforcer la présence militaire à Cuba.

Usted affirme que les manifestations à Cuba sont dirigées contre le blocus américain et non contre le gouvernement. Sur quoi se fonde cette conclusion ?

J’entretiens des relations directes avec des Cubains. Les manifestations à Santiago et à La Havane sont circonscrites, extrêmement limitées et expriment ouvertement une agitation politique et émotionnelle contre le blocus américain. Les sites dits indépendants – soutenus et bien financés par les gouvernements européens, et dont le quartier général se trouve principalement à Miami – se sont transformés en une rébellion politique contre le gouvernement cubain, dissimulant délibérément la véritable cause : le blocus pétrolier. Ce blocus provoque des perturbations importantes dans l’approvisionnement des gisements, avec des interruptions de production de trois heures par jour, et détériore les conditions de vie des Cubains, déjà fortement impactés par leur propre gouvernement. Il s’agit d’une stratégie précise : créer des contradictions au sein du peuple cubain et provoquer une rupture, y compris au sein de l’armée. Tel est l’objectif impérialiste de ces opérations de propagande extrêmement violentes.

On ressent des années de blocus, les réserves de pétrole épuisées, des coupures qui durent une journée entière. Et un directeur de la CIA terrorise La Havane avec un ultimatum, tandis que les agents du fisc de Miami préparent une accusation contre Raúl Castro. Pour Vasapollo, la question cubaine n’est jamais humanitaire : elle est géopolitique, elle est idéologique, c’est la démonstration que Washington ne tolère pas que sur 90 000 kilomètres de ses côtes subsiste un pays qui a choisi une autre voie. Le peuple cubain résiste. Jusqu’à présent, personne ne le sait.

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