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L'Odyssée d'Ulysse, peu de réalisateurs ont su comme Christopher Nolan saisir l'esprit de l'Odyssée
Même si il y aura peu de spectateurs pour avoir la chance d'apprécier le film dans le cadrage qui est celui du réalisateur avec une vraie salle IMAX, il y en a une en France je crois et donc ce qui fait un film, un auteur lui parvient amputé il reste de quoi le percevoir et apprécier le fait qu'il a saisi l'essence de l'Odyssée dans sa relation à la folie impérialiste déjà de ce que fut l'Illiade. Est-ce le britannique qui en lui retrouve comme dans la dialectique de la raison la naissance du sujet occidental à travers les péripéties d'Ulysse ? Il réussit comme Adormo et Horckeimer à transposer la prise de Troie et le saccage de la ville par trahison au coeur des interrogations de notre époque. C'est au prix d'une extraordinaire fidélité à Homère que tous ceux qui ont lu et traduit ces deux épopées apprécieront à la fois la maîtrise et les ruptures assumées. Voici l'analyse de Donetalla Rosetti qui travaille moins sur la langage cinématographique que sur les concepts qui marquent cette actualité et sur le travail indéniable que Christopher Nolan nous apporte lui le Britannique dont la petite île s'empara de la planète pour substituer à la loi de Zeus celle du pillage. Danielle Bleitrach
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.farodiroma.it
Cela transparaît dans les dialogues, à partir du milieu du film, qui clarifient certains concepts pour les rendre plus accessibles, même à un public peu familier avec les épopées, et, vers la fin, de manière même implicite. On note notamment une scène inattendue avec Athéna, qui se prête à une double interprétation, littérale et métaphorique. Par ailleurs, la présence d'un récit de guerre dans un blockbuster américain surprend : une critique de la futilité de la guerre. Elle émerge d'épisodes manifestes de stress post-traumatique, qu'Homère lui-même dépeint lors de la descente d'Ulysse aux Enfers, sur les conseils de la magicienne Circé (Sarah Morton), où il rencontre le devin Tirésias et les héros déchus, ainsi que de la présence même d'Athéna (Zendaya) aux côtés du héros d'Ithaque. En toile de fond, mais crucial pour comprendre toute la poétique de l'Odyssée, se trouve le monde de l'Iliade, où les hommes agissaient pour la communauté, qui se transforme en celui de l'Odyssée, où l'homme agit pour lui-même et où règne le libre arbitre. C'est la transition de l'âge du bronze à l'âge du fer – comme le dit Nolan par la bouche de son protagoniste. Demain, jeudi 16 juillet, « L'Odyssée », le nouveau filmde Christopher Nolan, sortira en salles. Distribué par Universal Pictures, il met en vedette Matt Damon (Ulysse), Anne Hathaway (Pénélope), Tom Holland (Télémaque), Lupita Ngyong'o (Hélène, Clytemnestre), Zendaya (Athéna), Robert Pattinson (Antinoüs) et Charlize Theron (Calypso). Tourné intégralement en IMAX 70 mm, le film est distribué par Universal Pictures et produit par Syncop, la société de Christopher Nolan et de son épouse Emma Thomas. Thomas Hayslip en est le producteur exécutif.
Le retour d'Ulysse.
Après dix ans de guerre pour conquérir Troie et libérer Hélène, épouse de Ménélas, roi de Sparte et frère d'Agamemnon, roi de Mycènes, Ulysse et les survivants de ses soldats peuvent enfin rentrer chez eux. Ils ignorent qu'il leur faudra encore dix ans et qu'un seul d'entre eux survivra au voyage : Ulysse. Durant la traversée vers Ithaque, ils devront affronter Cyclopes, géants, sirènes, monstres et magiciennes. L'île est dominée par les Proques, les prétendants de Pénélope, l'épouse d'Ulysse, qui se trouve seule dans son palais avec son fils Télémaque et ses fidèles serviteurs. Après huit ans d'attente, et pour répondre aux rumeurs persistantes selon lesquelles son père est vivant, Télémaque prend la mer pour rendre visite à Ménélas et découvrir ce qu'il est advenu de son père. Pendant ce temps, Ulysse est abandonné par la déesse et nymphe Calypso sur l'île d'Ogygie, où elle le contraint à manger des fleurs de lotus pour lui faire oublier sa véritable identité. Ulysse parviendra-t-il à rentrer chez lui et à reconquérir son trône et sa femme ?
La peur de la mer.
Les Grecs redoutaient la mer et ne s'y aventuraient qu'en cas d'extrême nécessité. Ils ne s'attendaient pas à y rencontrer des merveilles, comme l'homme moderne, mais plutôt à affronter les dangers qui entraveraient la navigation : les éléments, les animaux et les maladies contractées à bord. Dans l'Odyssée, ces difficultés sont bien rendues, notamment grâce au choix de Nolan de filmer fréquemment en haute mer et de placer les acteurs dans des conditions difficiles pour une interprétation plus authentique. La colère de Poséidon, qui s'abat sur Ulysse et son équipage pour avoir aveuglé Polyphème, l'un des fils du dieu, symbolise l'imprévisibilité de la mer. Mourir en mer signifie ne pas recevoir de sépulture digne dans le monde homérique, ancré dans les rites funéraires garantissant un passage paisible dans l'au-delà. Les hommes du roi d'Ithaque, effrayés par son audace au milieu des flots, lui qui ne craint aucun dieu, les font dévier du tourbillon de Charybde et en livrent certains en pâture au monstre Scylla, semblable à une araignée à têtes de chien.
Dans « Une guerre absurde »,
Nolan interroge le sens de la guerre dans l'Odyssée, faisant fréquemment commenter sa signification par Ulysse, notamment à travers ses souvenirs de la prise de Troie. Le héros révèle d'emblée à Pénélope les véritables motivations d'Agamemnon : la ville est un point stratégique pour les routes commerciales, Hélène n'étant qu'un prétexte. Il éprouve du remords pour la mort de Sinon (Elliot Page), petit-fils d'Autolycos (le grand-père d'Ulysse) et son cousin, qui, dans l'Énéide de Virgile (chant III ; son histoire n'est mentionnée ni dans l'Iliade ni dans l'Odyssée), avait convaincu les Troyens d'introduire dans la cité l'énorme cheval de bois, en offrande de paix à la déesse Athéna. Le récit de la vie à l'intérieur du cheval est saisissant : plusieurs hommes, entassés les uns sur les autres, sont contraints de vivre dans leurs excréments avant de se lancer dans l'action la nuit venue. Ulysse parcourt les rues de Troie, ravagées par ses soldats, frappé par une douloureuse constatation : tout a été fait pour rien. Une grande civilisation anéantie par la cupidité d'une autre. Il souffre d'hallucinations qu'il prend pour la réalité, comme tous les guerriers, et qui sait, peut-être que les aventures de son périple ne sont pas seulement le fruit de son esprit traumatisé. Une nouvelle perspective sur l'utilité de la guerre, toujours présente.
Pénélope, reine d'Ithaque,
règne sur Ithaque depuis vingt ans sans Ulysse. Les personnages répètent sans cesse qu'ils ne peuvent vivre sans leur roi, mais en réalité, la souveraine a su tenir le pouvoir pendant tout ce temps, malgré l'absence de son époux. Nolan souligne ce point dans un dialogue entre la femme et son fils, où Pénélope, à bout de patience, laisse presque entendre qu'elle souhaite régner. Elle est l'égale d'Ulysse et son pendant féminin. Elle est rusée car elle a promis aux prétendants d'épouser l'un d'eux une fois sa toile achevée, qu'elle défait chaque nuit pour empêcher les noces d'avoir lieu. Elle a réussi à tenir ses prétendants à distance grâce à l'autorité et à la protection d'Athéna, sa déesse tutélaire, en confiant à son époux sa broche enveloppée d'un serpent afin qu'il soit toujours protégé par la déesse. Pénélope agit et ne se laisse pas abattre par son destin, qu'elle prend soudainement en main lorsqu'elle apprend d'Ulysse, déguisé en mendiant, que son époux est vivant. Elle promet sa main à celui qui parviendra à tendre l'arc d'Ulysse et à faire passer une flèche à travers les trous alignés de douze haches à double tranchant.
Ce n'est pas une Odyssée pour les puristes.
Nolan a été très clair : il ne s'agit pas d'une adaptation historique de l'Odyssée, qui évoquait déjà un passé lointain lors de sa rédaction, mais d'une interprétation du récit d'Homère. Le film a suscité de nombreuses critiques, notamment concernant son casting, son langage et ses costumes. Beaucoup ignorent que les œuvres d'Homère se situent à l'époque archaïque, mais nos connaissances sur cette période sont fragmentaires. Nous savons qu'Agamemnon était roi de Mycènes, dans le Péloponnèse ; nous supposons donc que les vêtements ont été influencés par la société mycénienne. Cependant, l'Odyssée se déroulant aux alentours du IXe siècle avant J.-C., il pourrait également s'agir de la société de transition de l'âge géométrique (900-700 avant J.-C.), qui a vu naître les premiers lieux de culte communautaires et les cités-États. Nolan a opté pour des armures similaires à celles des Spartiates pour les Achéens et les Troyens. Le bateau à bord duquel navigue l'équipage d'Ulysse semble être de fabrication viking, et c'est bien le cas : la production s'inspire du Draken Harald Hårfagre, un navire de 35 mètres de long construit entre 2010 et 2012. Les personnages se désignent comme « Grecs » plutôt que comme « Achéens », contrairement à ce qu'affirment les poèmes homériques. Les Achéens sont la première grande civilisation grecque, et le film en est parfaitement conscient, comme en témoigne une phrase prononcée par la Pénélope du metteur en scène, ce qui sonne comme un anachronisme flagrant. Tous les acteurs s'expriment en anglais américain, et Télémaque appelle Ulysse « papa » et Pénélope « maman », des termes qui n'étaient pas utilisés dans l'Antiquité pour s'adresser à ses parents.
Le racisme qui a entouré le choix des actrices pour l'adaptation de l'Odyssée
a particulièrement visé Lupita Nyong'o, qui interprète le double rôle d'Hélène et de Clytemnestre. Le commentateur d'extrême droite Matt Walsh et le magnat de la technologie Elon Musk ont critiqué le choix de Nolan, le jugeant en décalage avec les personnages d'Homère. Pourtant, le poète grec n'a jamais explicitement décrit l'apparence physique de ses personnages, à l'exception de la chevelure de certains héros (Achille ou Ménélas) et d'Ulysse, décrit dans un passage comme « blond » (XIII), « de petite taille » (selon Priam, Iliade, III), et dans un autre comme « à la peau sombre » et à la barbe « sombre » (XVI). On ne sait rien de l'apparence physique d'Hélène. Sa beauté est une perception subjective. Homère accorde une grande importance à l'impression que ses personnages donnent, à leurs valeurs morales, qui se reflètent dans leur comportement. Ce n'est pas une invention de Nolan qu'Agamemnon soit un chef à la stature imposante. Homère l'affirme dans l'Iliade (III) : « un corps imposant et majestueux (Iliade III) car Priam, roi de Troie, dut immédiatement reconnaître le chef de l'armée qui l'attaquait. » C'est aussi ce qui a motivé le choix d'une armure en alliage sombre, qui peut rappeler celle de Batman, mais au final, c'est le réalisateur lui-même qui joue avec sa propre poésie. « Il existe des dagues mycéniennes en bronze noirci », a-t-il confié à Time. « On suppose qu'à l'époque, on pouvait noircir le bronze. On prend du bronze, on y ajoute de l'or et de l'argent, puis du soufre. Ellen Mirojnick, notre costumière, cherche à exprimer sa supériorité par rapport aux autres en utilisant des matériaux très coûteux. »
Le problème de l'IMAX et de son bruit si particulier et perturbant.
Le réalisateur avait déjà utilisé l'IMAX 70 mm pour filmer des scènes d'action, mais cette fois-ci, il a tourné l'intégralité du film avec cette énorme caméra, transportée par hélicoptère. Les caméras IMAX sont extrêmement bruyantes , leur bruit ressemblant à celui d'un mixeur, ce qui peut distraire les acteurs. Deux astuces principales ont donc été mises en œuvre pour atténuer ce bruit. La production a créé le dirigeable, une boîte noire insonorisée d'environ 135 kg, afin d'atténuer le bruit du moteur d'au moins 50 %. La bande son, qui couvrait l'autre moitié du bruit, a été composée par Ludwig Göransson non pas avec un orchestre, mais avec 35 gongs en bronze de différentes tailles, enregistrés au synthétiseur. De nombreux sons sont volontairement perturbants, voire terrifiants, comme Polyphème aveuglé par une braise ardente ou le grondement de la mer pendant la tempête. Ce sont assurément de bonnes solutions, mais tourner en IMAX comporte toujours un risque, car très peu de salles dans le monde sont capables de le projeter au format 1.43:1 choisi par le réalisateur avec des caméras IMAX 70 mm analogiques (40 salles seulement). Sur un écran 35 mm, toutes les scènes apparaissent coupées ou incomplètes, un détail désagréable qui nuit au plaisir de visionner le film.
Donatella Rosetti
