Tandis que la vie politique en occident vit au rythme des événements, la situation autour d’Hormuz appartient déjà à une autre temporalité. Si pour la première fois un sous marin nucléaire des USA frappe un navire iranien en face du Sri Lanka pour envoyer un message à la Chine et à ses routes de l’énergie et à son commerce, pour la Chine, qui pense dans d’autres temporalités, mesure à quel point elle peut souffrir de chaque baril de pétrole bloqué à Ormuz mais sait aussi que sur le long terme cela ouvre une fenêtre d’opportunité. Si son apparente inertie peut entraîner un renforcement de la dépendance des pays menacés par les Etats-Unis, sur le long terme c’est l’inverse parce que ce qu’a obtenu Trump est très fragile (1). C’est l’Asie centrale qui de ce point de vue est le plus caractéristique mais les autres continents du sud et des pays de l’aire traditionnelle occidentale seront contraints de se transformer ou s’effondreront économiquement voire deviendront politiquement ingérables. De ce point de vue ce que ne dit pas l’article et qui joue un rôle essentiel est la montée des mécontentements populaires face à cette guerre perpétuelle et ses conséquences. C’est ce qui me fait défendre l’hypothèse d’une nouvelle étape de développement du monde multipolaire dans lequel devra s’affirmer l’originalité de cette multipolarité par rapport à l’égalité dans la souveraineté des nations et des régions, les multiples rapports de coopération et le tout dans l’explosion des revendications populaires que provoquent les guerres (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).
(1) il ne faut pas faire de la Chine un simple acheteur, elle est mêlée au système de raffinage mondial avec des géants comme petrochina et Sinopec et si elle bloque l’exportation du pétrole et du diesel en privilégiant son approvisionnement à partir des raffineries cela peut jouer aussi sur la tendance. reçoivent l’ordre de suspendre TOUTES leurs exportations de diesel et d’essence alors que celui du gaz qui est encore plus sur tension l’est par les désordre au sein du détroit. Sans parler de la manière dont son monopole sur le traitement des terres rares pèse sur l’équipement militaire des USA, d’Israël et des Européens ce qui ne les rend pas moins dangereux au contraire puisqu’ils sont pris par le temps.
par Tom Harper 5 mars 2026

La Chine a réagi aux attaques conjointes américano-israéliennes contre l’Iran par une ferme condamnation diplomatique.
Dans un article publié le 1er mars, l’agence de presse officielle chinoise Xinhua a qualifié les attaques de « violation flagrante » des buts et principes de la Charte des Nations Unies. Le même article a qualifié l’intervention de violation des « normes fondamentales des relations internationales ».
Cette réaction rappelait celle de la Chine suite à la capture par les États-Unis de l’ancien dirigeant vénézuélien, Nicolas Maduro, début janvier. À l’époque, les autorités chinoises avaient condamné ce qu’elles qualifiaient de violation du droit international. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, avait averti qu’aucun pays ne devait se prendre pour un « gendarme du monde » ni « se prétendre juge international ».
Au-delà des condamnations diplomatiques, la contribution la plus significative de la Chine au conflit iranien jusqu’à présent réside dans son système de navigation par satellite, BeiDou. Ces dernières années, BeiDou s’est imposé comme une alternative possible au système de positionnement global (GPS), dominant et détenu et contrôlé par le gouvernement américain.
Durant les douze jours de guerre entre l’Iran et Israël en 2025, le brouillage généralisé du GPS a fortement perturbé les systèmes civils et militaires iraniens. La désactivation du GPS et le passage à BeiDou ont ainsi conféré à l’armée iranienne une plus grande profondeur stratégique. Cela lui a permis, par exemple, de mieux surveiller les moyens militaires américains.
Le conflit en Iran risque d’entraîner plusieurs problèmes pour la Chine. L’Iran est une source d’approvisionnement essentielle en pétrole pour le gouvernement chinois, ayant exporté plus de 520 millions de barils de pétrole brut vers la Chine en 2025. Seule l’Arabie saoudite a fourni à la Chine davantage de pétrole que l’Iran cette année-là.
L’impact final du conflit sur les exportations de pétrole iranien reste à déterminer. Mais il perturbe déjà considérablement le détroit d’Ormuz, principale voie de passage reliant les ports iraniens du golfe Persique et d’autres grands fournisseurs de pétrole de la région du Golfe à l’océan Pacifique.
Les répercussions économiques de cette perturbation devraient être particulièrement douloureuses pour la Chine, qui importe plus de la moitié de son pétrole brut des pays du Golfe.
Dans le même temps, la faiblesse perçue de la Chine, qui n’a pas réagi de manière proactive au conflit, pourrait inciter certains États à la prudence quant à un rapprochement avec Pékin. Certains pays, notamment en Amérique latine, ont déjà cherché à réduire leur dépendance excessive à l’égard de la Chine au cours de l’année écoulée, suite aux pressions et aux menaces du gouvernement américain.
En janvier, par exemple, la Cour suprême du Panama a invalidé un contrat qui autorisait Panama Ports Company, filiale d’une entreprise basée à Hong Kong, à exploiter deux ports sur le canal de Panama. Cette décision est intervenue un an après que Trump a menacé de prendre le contrôle du canal afin de limiter l’influence chinoise sur cette voie maritime.
Toutefois, il est tout aussi possible que cette guerre serve les efforts plus larges de Pékin pour s’imposer comme un contrepoids mondial aux États-Unis. Des pays qui entretenaient auparavant des relations tendues avec Pékin, tels que le Canada, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont déjà cherché à renforcer leurs liens économiques avec la Chine ces derniers mois, face aux inquiétudes concernant la fiabilité des États-Unis en tant que partenaire.
Lors de sa participation à la Conférence de Munich sur la sécurité en février, Wang Yi a insisté sur la nécessité d’une ONU renforcée et d’une coopération internationale accrue. L’imprévisibilité de l’administration Trump, illustrée récemment par sa décision d’attaquer l’Iran, pourrait conforter le message de stabilité véhiculé par la Chine.
Parallèlement, Pékin pourrait instrumentaliser les frappes de représailles iraniennes contre les États du Golfe pour dissuader les pays de s’aligner sur Washington. Cette situation pourrait amener des alliés traditionnels des États-Unis en Asie, tels que le Japon et la Corée du Sud, à s’interroger sur la capacité du système d’alliances régional, longtemps maintenu par Washington, à garantir véritablement leur sécurité.
Pivot vers l’Asie
S’il est difficile de prédire comment le conflit en Iran va évoluer, certains analystes envisagent la possibilité d’une guerre prolongée.
Ce scénario a également des implications pour la Chine, car il pourrait détourner l’attention des États-Unis de leur réorientation stratégique vers l’Asie. Les États-Unis souhaitent depuis longtemps réorienter leur politique étrangère de l’Europe et du Moyen-Orient vers l’Indo-Pacifique afin de contrer la montée en puissance de la Chine.
Les États-Unis ne sont pas étrangers aux guerres prolongées au Moyen-Orient, s’étant enlisés dans les conflits en Irak et en Afghanistan depuis le début des années 2000. Ces deux guerres ont considérablement entravé et retardé le pivot vers l’Asie, conduisant à ce que certains observateurs appellent une « décennie perdue » pour les États-Unis, qui a permis à la Chine d’étendre son influence.
Un long enlisement en Iran épuiserait les ressources qui pourraient autrement renforcer la dissuasion américaine dans la région indo-pacifique, offrant ainsi à la Chine l’opportunité de consolider son rôle de puissance régionale dominante en Asie. Cela pourrait également faciliter la préparation de Pékin à de futurs conflits.
La guerre en Iran offre à la Chine un terrain fertile pour étudier les armements américains et israéliens. Cela pourrait influencer sa future stratégie militaire. La démonstration de la valeur militaire des drones en Ukraine, par exemple, a été déterminante dans la décision de la Chine de développer et de tester de nouveaux types de drones et de technologies d’essaims de drones.
Le conflit iranien pourrait causer des dommages économiques à court terme à la Chine. Mais, avec le recul, nous pourrions considérer cet épisode comme un tournant décisif dans le renforcement de l’influence chinoise en Asie et dans le monde.
Tom Harper est maître de conférences en relations internationales à l’Université de Londres-Est
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