Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Frida Khalo et le communisme

Ce reflexe de Frida Khalo a été celui de bien des peuples face au schisme entre Trotski et Staline… peut-être serait-il temps de dépasser le temps des schismes et ouvrir le dialogue parce que nous ne pouvons plus nous permettre des logiques groupusculaires face à l’ennemi. Histoireetsociete est un lieu paradoxal, nous avons incontestablement une ligne qui se construit entre les animateurs de ce blog : Danielle Bleitrach, Marianne Dunlop, Jean Jullien (Xuan) et Franck Marsal auxquels s’associent des contributeurs comme Jakline Boyer, Jean-Luc Picker et d’autres, nos lecteurs sont aussi par leurs interventions des contributeurs. Mais cette ligne que certains taxent de « stalinisme » en fait est celle qui permet le dialogue le plus large également parce qu’il reste sur le « fond » théorico pratique réellement anti-impérialiste et pour la paix. Donc ce texte n’est pas celui d’une stigmatisation mais celui de la réflexion sur les « expérimentations ». Je réfléchissais en préparant mes interventions parisiennes aux aspects « subjectifs » de mon livre sur le Zugzwang, à chaque fois il renvoie à une expérience de lutte, celle d’une intellectuelle ayant grandi dans un milieu prolétarien. Celle d’une enfant ayant vécu le traumatisme des bombardements et ses premières années dans la peur et la guerre. Celle d’une femme juive ayant choisi le communisme en reconnaissance du rôle de l’URSS et de Staline et qui le voit nier au sein même d’un parti auquel elle a adhéré, le PCF et qui retrouve le sens de son engagement à Cuba. l’expérience de voir ce peuple juif, auquel elle appartient, dans sa majorité entraîné dans un chauvinisme mortifère et sachant qu’est alors signé la fin de l’expérience sioniste dans les pires conditions, celle de la fuite et du retour dans un « Exodus » de fortune. Celle d’une communiste qui a vécu l’internationalisme à son plus haut niveau. Celle qui a vécu la fuite devant le vrai fascisme celui des nazis et celui devant les milices de Franco. Celle qui a vécu le fait de voir un fusil pointé vers elle à Saint Domingue et qui sait que ce n’est pas grand chose par rapport à la guerre. Celle qui a vu à Haïti des gens manger un mélange de paille et de terre, les seins et la terre asséchés, et qui n’a dû qu’au fait d’être française la survie… Celle qui aime la France et souffre de la voir trahie… Celle qui ne l’a jamais autant aimée cette France qu’en se retrouvant aux côtés du peuple algérien durant cette guerre où les troupes torturaient. Celle, qui, dans sa ville Marseille, poursuit la solidarité, l’intimité méditerranéenne avec le privilège d’être communiste à sa manière au nom de sa liberté. Celle de parler mais aussi de faire de sa parole un acte en étant militante mais aussi en en faisant un métier celui de sociologue… Ce sont ces expériences si paradoxales que je convoque et tous ceux qui en ont vécu une ou plusieurs en connaissant le prix, il ne s’agit pas d’intimité il s’agit de l’essence de l’humain dans le sens d’une vie…

C’est au nom de tout cela qu’en invoquant Frida Khalo j’interpelle les « trotskistes » en confrontant ce qui nous est encore semblable comme je le fais avec les chrétiens et des tas d’autres engagements… si vous appelez cela le « stalinisme » et prétendez nous exclure et nous censurer libre à vous, moi je refuse vos divisions stériles avec cette idée simple : aucune guerre ne vaut la mort d’un enfant ce que l’individu le plus inculte comprend aisément et qui fait qu’il possède le vrai savoir … (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Aujourd’hui, plus que jamais, je ne suis pas seule. Cela fait 25 ans que je suis communiste. Je connais les origines profondes. Je connais les racines anciennes. J’ai lu l’histoire de mon pays et de presque tous ses villages. Je connais ses conflits économiques et de classes. Je comprends clairement la dialectique matérialiste de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Zedong. Je les considère comme les piliers du nouveau monde communiste. J’ai compris l’erreur de Trotsky dès son arrivée au Mexique. Je n’ai jamais été trotskiste.…

Frida Kahlo in 1953

Frida Khalo’s : « Self-portrait with Stalin » (1954)

JE NE SUIS PAS SEULE, JE SUIS MA PART D’HUMANITÉ, CELLE DE MON PEUPLE CELUI QUI N’A RIEN A GAGNER A LA GUERRE, CELUI QUI RÉSISTE ET QUI PAYE POUR CEUX QUI DECLENCHENT LES GUERRES, LOIN DE TOUS LES MONDAINS ET BEAUX PARLEURS QUI JUSTIFIENT MA MISÈRE, MON EXPLOITATION ET MA MORT. JE SUIS COMMUNISTE …

Ce réflexe de Frida Khalo est très compréhensible, sans pour autant injurier les trotskistes en les accusant d’être du côté du capital, il y a eu en particulier avec les lambertistes (courant auquel appartiennent le plupart des dirigeants socialistes nés de cet entrisme comme Jospin ou Mélenchon) qui effectivement ont mérité l’étiquette infamante de hitléro-trotskiste et qui sont une secte, mais la plupart des autres trotskistes ne méritent pas cette étiquette et il en est aujourd’hui comme ceux du courant WSWS dont les textes sont très lucides et que nous citons volontiers. Mais comme le soulignait Fidel ce sont des positionnements souvent intellectuels qui à l’inverse de ceux que l’on baptise « staliniens » ignorent trop souvent la dimension de souveraineté nationale, le point d’appui dont le levier de la lutte des classes a besoin. Parce que le patriotisme en particulier pour les pays du sud soumis à l’impérialisme a une toute autre connotation y compris dans les pays du nord où le chauvinisme a pu comme l’a noté Lénine être utilisé pour accepter le colonialisme, le pillage néocolonial et la division de la classe ouvrière et des couches populaires.

On sait que Frida Khalo a été la maitresse de Trotski et que le couple formé avec Diego Rivera a accueilli Trotski au Mexique, mais comme Diego a rompu avec le courant surréaliste et son côté mondain, Frida elle aussi ne supporte pas cette vision d’intellectuels dans de petits cénacles se divisant sans cesse en chapelles et pratiquant l’exclusion entre eux… et elle n’a cessé de le dire. Il faut noter qu’il existe au sein de ce que l’on peut considérer comme le courant « marxiste » du judaïsme le poum, il y a les mêmes ambiguïtés entre stalinisme et trotskisme incarné par un personnage qui a joué un grand rôle dans la définition de la politique internationale de l’URSS à sa naissance et après la fuite de Trotski, Radek. Il a joué un rôle dans la formation à Moscou des dirigeants chinois. Et encore aujourd’hui, ils ont une position originale face à ce que représente Israël devenu fasciste à leurs yeux. C’est sur quoi j’insiste dans mon livre sur le Zugzwang, la méconnaissance des peuples mais aussi de l’histoire et des idéologies, la subjectivité des peuples et des civilisations, mais qui à un moment doit se rassembler autour d’un choix clair et il n’y en a pas d’autre que la PAIX en dénonçant ceux qui veulent la guerre et la fin de l’humanité …

Danielle Bleitrach

PS. Il est évident que nous sommes dans une situation complexe dans laquelle chaque proposition et leur potentielle réalisation doivent être pesées. Ainsi je suis à 100% d’accord avec « l’énoncé » de l’enjeu des prochaines municipales par Léon Deffontaines : reconstruire la base populaire de la gauche: voilà le défi de nos municipales . Pour le PCF c’est un enjeu majeur 06/03/26. C’est bien mais je ne vois pas nécessairement en quoi voter pour certaines listes éclairent les enjeux majeurs comme celui de la paix et de la guerre, de la militarisation de l’économie sinon que les autres sont pires…

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