Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

FRANCE : « Tout est possible » : La vague de grèves de juin 1936

Les communistes allemands publient cet article il me donne l’occasion de m’interroger sur l’idée d’un « nouveau Front populaire » . Etes vous surs de ne pas vous raconter des histoires sur ce qu’a été l’original et sa capacité à enrayer le fascisme? Commençons par signaler que le Front populaire n’est pas une union au sommet où on se partage les postes ministériels après une élection. Mais c’est une mobilisation sans précédent de la classe ouvrière après une élection ou chacun communiste, socialiste est allé sous son drapeau. les communistes ont soutenu sans participer et ils ont privilégié la lutte à la base, c’est là qu’il y a eu une dynamique antifasciste, celle décrite ici de la vague des grèves, mais quand la classe ouvrière n’a plus été aussi mobilisée, le gouvernement de Front populaire à de rares exceptions près s’est accommodé du fascisme en Espagne, a accepté Munich et l’étrange défaite et pour clore le tout a fini par emprisonner les députés communistes comme Ambroise Croizat ,qui refusaient de condamner l’URSS. Ils ont interdit le PCF et le parti a du rentrer en clandestinité ce qui l’a mis d’ailleurs en situation puisque peu de temps après c’était la débâcle le gouvernement de Vichy, Pétain. Le temps où Mitterrand est devenu ministre de Vichy décoré de la Francisque. Quant aux républicains espagnols beaucoup ont été cueillis dans les camps où les avaient mis le glorieux gouvernement issu du Front Populaire. Si vous avez une autre version ? (note et traduction de danielle Bleitrach)

17 novembre 1993, 

Numéro 673 , 

Shane Bentley

Les semaines de manifestations de rue et de grèves qui ont contraint le gouvernement français à retirer la loi sur le premier contrat de travail en avril se sont déroulées 70 ans après un autre événement historique : la vague de grèves et d’occupations d’usines qui a déferlé sur la France en 1936.

Des années de crise économique et un scandale de corruption au début de 1934 ont ébranlé la confiance dans le système parlementaire français. Le 6 février, des milliers de fascistes, de royalistes et d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale ont lancé un assaut armé contre le Parlement. Quinze personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées avant que la police ne reprenne le contrôle de la situation. Le gouvernement libéral d’Édouard Daladier, chef du Parti radical, a démissionné le lendemain.

À la grande joie des émeutiers, un gouvernement de droite, quasi-dictatorial, fut formé. Ces événements rappelaient l’arrivée au pouvoir d’Hitler en janvier 1933 et incitèrent les ouvriers français à se mobiliser.

La Confédération générale du travail (CGT), fédération syndicale modérée, a appelé à une grève générale d’une journée le 12 février. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (SFIO), de gauche, a soutenu cet appel.

Le Parti communiste (PCF) a appelé à manifester le 9 février. Le PCF adhérait aux idées d’extrême gauche de la « Troisième Période », qui considéraient les socialistes réformistes (qualifiés de « social-fascistes ») et les fascistes comme des « jumeaux », à combattre de concert. La manifestation communiste a été attaquée par la police et six militants ont été tués.

Ce n’est qu’à la dernière minute que le Parti communiste décida de soutenir la grève générale. Le 12 février fut un succès retentissant : plus de 4,5 millions de travailleurs se mirent en grève ; un million d’entre eux descendirent dans la rue, paralysant le pays.

À Paris, des manifestations distinctes de la SFIO et du PCF devaient converger vers le même lieu. Beaucoup craignaient des affrontements entre manifestants à la jonction des deux cortèges. Mais des applaudissements spontanés, des cris de joie et des slogans tels que « Unité ! Unité ! » ont retenti.

Les travailleurs comprenaient que l’action unie les aiderait à vaincre le fascisme et la pauvreté. En juillet 1934, les dirigeants de la SFIO et du PCF signèrent un pacte d’unité, s’engageant à organiser des manifestations antifascistes communes.

Le désir d’unité a également contraint la CGT et la CGTU, fédération syndicale d’origine communiste, à surmonter leur scission vieille de quinze ans. Le processus d’unification, entamé en octobre 1934, a abouti à la réunification des deux fédérations en mars 1936.

De mars à mai 1936, plus de 250 000 personnes se sont précipitées pour rejoindre la CGT réunifiée. Au cours de la vague de grèves, le nombre d’adhérents à la CGT est passé de 1 million à 2,5 millions, pour atteindre 5 millions en 1937.

Cependant, le désir d’unité ouvrière fut instrumentalisé pour former le « Front populaire », une alliance électorale entre les partis ouvriers et les partis patronaux libéraux. Les dirigeants communistes réclamèrent l’intégration du Parti radical, le plus ancien parti bourgeois de France, au sein du Front populaire.

Un récent virage à droite de la politique communiste, qui visait désormais à défendre l’Union soviétique contre l’Allemagne nazie par le biais d’alliances avec les « démocraties » occidentales, a convaincu les radicaux de se joindre à eux.

Le Front populaire a été proclamé le 14 juillet 1935 — jour de la Fête nationale française — et son programme a été publié en janvier 1936.

Les dirigeants du PCF ont insisté — contre l’avis de nombreux dirigeants du Parti socialiste — pour que des revendications radicales telles que la nationalisation des banques et des industries ne soient pas intégrées au programme du Front populaire. Le programme politique du Front est resté fidèle à la politique capitaliste du Parti radical.

Le pacte d’unité SFIO-PCF, la réunification des syndicats et l’accord du Front populaire reflétaient un changement dans le climat politique français.

Le 3 mai, le Front populaire remporta une victoire électorale écrasante. Les socialistes obtinrent 146 sièges, devenant ainsi le premier groupe parlementaire ; les communistes en obtinrent 72. Les radicaux perdirent plus de 400 000 voix.

Le dirigeant socialiste Léon Blum forma un gouvernement avec les radicaux. Les communistes soutenaient ce gouvernement sans y participer.

La victoire du front redonna confiance aux ouvriers. Des grèves éclatèrent au Havre et à Toulouse quelques jours après les élections. Les ouvriers exigèrent la réintégration des syndicalistes licenciés pour avoir participé aux manifestations du 1er mai. L’occupation des usines par l’ensemble du personnel permit d’obtenir des victoires rapides.

Le 28 mai, plus de 32 000 ouvriers occupèrent l’usine Renault. Rapidement, 100 000 autres occupèrent les principales usines de construction mécanique de la région parisienne. Les ouvriers réclamaient des augmentations de salaire substantielles, la semaine de 40 heures, des congés payés et la reconnaissance de leur syndicat.

En juin, la France a été dévastée par une vague de grèves : des immenses usines automobiles aux petits ateliers, des mines, des docks, du bâtiment et des transports, secteurs fortement syndiqués, aux employés de grands magasins totalement non syndiqués, aucun secteur n’a été épargné. Deux millions de travailleurs ont participé à 12 000 grèves et occupations distinctes.

Blum a pris des mesures pour endiguer la vague de grèves. Il a proposé une nouvelle législation instaurant la semaine de 40 heures, les congés payés et des conventions collectives, et a organisé des négociations entre les syndicats et la direction.

L’accord Matignon a été signé les 7 et 8 juin. Des augmentations de salaire de 7 à 15 % ont été obtenues. Cependant, les dirigeants de la CGT ont eu du mal à convaincre les salariés et à mettre fin à la vague de grèves.

Les ouvriers réclamaient de nouvelles augmentations de salaire. Les usines les mieux organisées s’engageaient à poursuivre la grève jusqu’à ce que leurs revendications soient pleinement satisfaites.

Une deuxième série d’accords de Matignon a eu lieu le 10 juin. Au lieu de rétablir le calme, ces accords ont encouragé les travailleurs les moins bien organisés à se mettre également en grève.

Marceau Pivert, chef de l’aile gauche radicale du Parti socialiste, proclamait : « Tout est possible ». « La Révolution française a commencé », écrivait le révolutionnaire russe exilé Léon Trotsky.

Mais il n’en fut rien. Les ouvriers furent peu à peu convaincus de mettre fin aux occupations d’usines et de reprendre le travail. La direction du PCF collabora avec les dirigeants du SFIO et de la CGT pour reprendre le contrôle du mouvement et rétablir l’autorité du Front populaire.

« Nous devons savoir comment mettre fin à une grève », tel était le mot d’ordre du leader du PCF, Maurice Thorez. Sa modération fut accueillie avec enthousiasme par la presse patronale.

Alors que la vague de grèves s’essoufflait, les employeurs et le gouvernement commencèrent à rogner sur les acquis que les travailleurs venaient d’obtenir. Le Front populaire commença à se désagréger. À la mi-1937, Blum fut remplacé. Puis, en avril 1938, le Front s’effondra. Le dirigeant radical Daladier reprit le pouvoir, décréta des baisses de salaires et interdit le PCF en 1939, après la signature d’un pacte entre Staline et Hitler.

Le Front populaire a fini par démoraliser la classe ouvrière et à renforcer les partis patronaux de droite.

Tout n’est pas perdu. Les acquis de juin 1936 — congés payés, reconnaissance syndicale et conventions collectives — ont été rétablis après la Seconde Guerre mondiale et sont toujours en vigueur aujourd’hui.

Mais la vague de grèves aurait pu avoir une ampleur bien plus grande. La situation, potentiellement révolutionnaire, a été désamorcée car la direction de la lutte était entre les mains des bureaucraties de la CGT, de la SFIO et du PCF.

Trotsky soutenait que ce problème aurait pu être surmonté grâce à la formation de « Comités d’action » — des comités de représentants élus des comités de grève et des groupes de sympathisants du Front populaire issus des banlieues, des casernes et des villages, capables de mener la lutte.

Les ouvriers de l’usine Hotchkiss organisèrent une initiative similaire : un comité de grève regroupant des représentants de 33 usines voisines. Si les occupations s’étaient prolongées, l’initiative Hotchkiss aurait pu s’étendre à toute la France.

La vague de grèves de juin 1936 nous offre à la fois inspiration et enseignements pour notre lutte actuelle contre les lois « Work Choices » de John Howard.

[Shane Bentley est membre du Syndicat maritime d’Australie et publie régulièrement un bulletin d’offres d’emploi pour l’industrie maritime de Sydney. Consultez <http://www.vigilancebulletin.org> .]

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1 Commentaire

  • Lafleur
    Lafleur

    La vision trosko-pivertiste (le mélenchonisme de l’époque) me désole encore et toujours. L’analyse de la situation concrète est absente comme des processus historiques.

    Cela en fait des commentateurs passifs et moralistes ; d’autant que les trotskistes adhèrent à la SFIO principalement à partir de 1934, dans le cadre de la stratégie dite de l’« entrisme » recommandée par Léon Trotski. L’idée était de militer à l’intérieur des grands partis socialistes afin d’y gagner les éléments les plus combatifs. Leur échec n’est toujours pas analysé. Il semble même une vertu. Merci à Danièle pour le paragraphe introductif et la mise en perspective.

    Il faut cependant garder à l’esprit que le POI (le parti trotskiste pendant le Front populaire) reste une organisation très petite : quelques centaines de militants au plus. Son influence est limitée par rapport à celle de la SFIO, du PCF ou de la CGT. L’influence de Trotsky est donc faible et n’existe par sa haine de l’URSS qu’il a dû quitter. Son importance est surtout politique et idéologique : cela représente une critique populiste du Front populaire « par la gauche », limite anarchoïsante et qui peut plaire ayant une forme de romantisme détaché des rapports sociaux.

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