Histoire et société > Civilisation
Fournitures pour la tranchée
En 2025, un jeune adulte sur dix en Allemagne était sans formation ni emploi. Les forces armées allemandes enregistrent une forte augmentation du nombre de candidatures. Cet article du quotidien de gauche Jungwelt est terrible dans son résumé de la situation de ce qui est fait de la jeunesse et aujourd'hui nous nous contentons de montrer ce que nous dit cette gauche allemande sur la montée du fascisme qui va bien au-delà de ses figures politiques consacrées. Par Ralf Wurzbacher
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.jungewelt.de
Photo : picture alliance/SZ Photo
Désavantage systémique : les lacunes de la formation scolaire et professionnelle poussent les jeunes à s'engager dans l'armée.
C’est Angela Merkel (CDU) qui, en 2008, proclamait l’Allemagne « république de l’éducation ». Le genre de discours qu’on entend en tant que chancelière lors des célébrations du 60e anniversaire de « l’économie sociale de marché ». Dix-huit ans plus tard, il n’en reste presque rien, et le nombre de poètes et de penseurs allemands est tout aussi insuffisant. Mais les caisses de l’armée débordent ! Et tout se déroule comme prévu pour la production de chair à canon : comme l’a indiqué lundi l’Office fédéral de la statistique (Destatis), la proportion de jeunes ni en études ni en emploi a augmenté. La Bundeswehr (forces armées allemandes) ne manque pas d’en profiter. Fin juin, elle a enregistré une hausse de 24 % des demandes d’engagement par rapport au même mois de l’année précédente. Désormais, la perspective la plus prometteuse pour ceux qui ont échoué à leur première année de formation militaire de base, ce sont les tranchées.
En 2022, 8,8 % des jeunes de 20 à 24 ans en Allemagne n'avaient ni formation professionnelle achevée ni emploi. En 2025, ce chiffre atteignait 10 %, et la tendance était à la hausse. Parmi les programmes dont les coupes budgétaires sont prévues par l'État fédéral et les Länder figurent le droit légal à l'aide scolaire, le suivi des jeunes adultes dans le cadre des services de protection de l'enfance et les avances sur pension alimentaire pour les parents isolés – autant de mesures qui ne feront qu'aggraver la crise de l'éducation. Cette crise est un problème notoire en Allemagne depuis longtemps : on dénombre une pénurie de 400 000 places en crèche et de 300 000 professionnels dans les structures d'accueil de la petite enfance , ainsi qu'un manque de 35 000 enseignants dans les écoles.
Un quart des élèves ne savent pas lire correctement après la fin du CM1. Chaque année, 50 000 élèves quittent l’école sans diplôme. Les universités sont surchargées : près d’un tiers des diplômés abandonnent leurs études. On constate une pénurie d’apprentissages , et les stagiaires sont souvent exploités et sous-payés. Par ailleurs, des secteurs essentiels à la société, comme les soins infirmiers, manquent cruellement de main-d’œuvre qualifiée.
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Au sein de l'UE, l'Allemagne figure parmi les pays les plus mal classés en matière de taux de jeunes NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation). En Roumanie (22,8 %), en Bulgarie (17,3 %) et en France (16,2 %), la proportion de jeunes exclus du marché du travail est encore plus élevée. La moyenne européenne est de 12,9 %, tandis que les Pays-Bas (5,6 %), la Suède (7,3 %) et la République tchèque (7,6 %) affichent des taux d'exclusion du marché du travail nettement inférieurs.
En Allemagne, les jeunes femmes sont particulièrement touchées. Selon l'Office fédéral de la statistique (Destatis), 10,5 % d'entre elles étaient sans formation ni emploi l'an dernier, contre 9,6 % des hommes. Parmi les personnes concernées, 25 % étaient inscrites comme demandeurs d'emploi, tandis que 66 % appartenaient à la catégorie des « inactifs ». Ces personnes sont dans l'incapacité ou refusent de travailler pour diverses raisons. Pour elles, cela se traduit probablement par un parcours professionnel très chaotique, comme l' a indiqué Bettina Kohlrausch, de l'Institut de recherche économique et sociale de la Fondation Hans Böckler, au Frankfurter Rundschau .
De nos jours, aucun discours politique du dimanche n'omet la phrase « investir dans notre ressource la plus précieuse ». Pourtant, le budget de la ministre fédérale de l'Éducation et de la Famille, Karin Prien (CDU), devrait diminuer de plus d'un milliard d'euros, soit 7 %, l'année prochaine. Par exemple, le gouvernement fédéral prévoit de réduire son financement aux Länder de deux milliards d'euros à 1,5 milliard d'euros via la « Loi sur les opportunités de démarrage et le développement de la qualité de la petite enfance », puis à moins d'un milliard d'euros d'ici 2030. Voici les propos exacts de Mme Prien : « Rien ne sera coupé. Sans nouvelle loi, il n'y aura plus aucun financement fédéral à l'avenir. » De plus, elle affirme qu'il s'agit du « plus grand projet de politique éducative de cette coalition », la « clé d'un tournant dans la politique éducative ». Ce tournant est attendu depuis le « choc PISA » d'il y a un quart de siècle – en vain. Mais pas de plaintes, au contraire : on ne change rien !
