En filant la métaphore pongienne, cet immense poète communiste, Francis Ponge, qui avait pris « Le Parti pris des choses », le secrétaire national du PCF Fabien Roussel avait très opportunément intitulé son dernier livre « Le Parti pris du travail ». Nous nous félicitons donc que la base commune « Un communisme de conquêtes » récidive heureusement dans sa partie II en créant là encore trois sous-chapitres déclinant ce même « parti pris », pour le travail, la paix et la république. Actons-le, tout en proposant de compléter ce juste choix par un quatrième parti pris, incontournable aujourd’hui à nos yeux : « Le Parti pris du monde multipolaire », proposé en tant qu’amendement à cette base de discussion commune et à insérer entre les sous-chapitres « Le Parti pris de la paix » et « Le Parti pris de la République refondée » déjà existants.
En effet, dans la suite logique d’un travail écrit entrepris il y a déjà plus d’un an autour de ce monde multipolaire par un collectif d’auteurs dont deux sont membres du PCF et une autre, ex-membre du Comité central du PCF, le tout introduit par le Secrétaire national du PCF, la validation de cet amendement constituerait un premier débouché politique concret à ce travail écrit théorico-pratique salutaire : « Quand la France s’éveillera à la Chine. La Longue Marche vers un monde multipolaire » sur une thématique qui est, contre toute attente rationnelle, l’invraisemblable angle mort du politique en France aujourd’hui. Je reproduis ci-dessous donc l’amendement que je viens d’envoyer à ma section (PCF 13) pour en discuter à l’Assemblée de section de ce week-end, en espérant pouvoir le porter ensuite, démocratiquement, au niveau départemental :
2.2 Le parti pris du monde multipolaire
Le monde est dans une nouvelle ère. L’ordre unipolaire né de la domination néocoloniale capitaliste et apparu comme le vainqueur de la Guerre froide vacille sous nos yeux. La domination sans partage d’une seule puissance et de ses alliés est désormais battue en brèche par l’affirmation de nouvelles souverainetés, la montée en puissance de nations longtemps reléguées aux marges et, plus profondément encore, par l’aspiration des peuples à maîtriser leur propre destin. Cette multipolarité n’est plus une hypothèse ni une option : elle est déjà à l’œuvre. Elle constitue le fait majeur historique au moment où nous cherchons à répondre aux défis de notre temps, aux coopérations possibles, nécessaires.
Les communistes revendiquent le parti pris du ralliement de la France à ce monde multipolaire. À rebours des logiques de dépendance et de subordination, se développent déjà des formes nouvelles de coopérations librement consenties, mutuellement avantageuses, assumées comme des coopérations « gagnant-gagnant », fondées sur la complémentarité des besoins, le partage des savoirs, des technologies et des capacités de développement. Il ne s’agit pas d’un modèle à adopter tel quel mais d’un processus dans lequel la France, les travailleurs, les créateurs sont invités à œuvrer à partir de leurs propres problèmes, de leurs aspirations et de leurs choix de société, alors qu’ils vivent aujourd’hui dans un ordre social bloqué par l’exploitation, les inégalités et le bellicisme, où chacun a le sentiment de subir et de voir ses capacités niées.
Le monde multipolaire porte en lui certes des contradictions. Il est traversé de rivalités, de tentations impériales nouvelles et de conflits, des situations de sous-développement, mais il ouvre des possibles. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, l’idée selon laquelle aucun peuple ne serait condamné à occuper une place assignée dans une hiérarchie mondiale retrouve une force concrète. Des nations longtemps soumises à la domination coloniale, néocoloniale ou financière revendiquent le droit de définir elles-mêmes leurs choix de développement, leurs partenariats et leur avenir. Y compris comment utiliser le développement scientifique et technologique en faveur de l’humanité et non pour la détruire. C’est une vision sur laquelle les communistes retrouvent des croyants et des gens qui ont d’autres orientations : le rassemblement est certes politique mais il va au-delà, il est « civilisationnel ».
Face à cette aspiration à un monde plus équilibré, les forces attachées à l’ancien ordre apparaissent incapables de proposer un horizon désirable. Pour tenter de préserver coûte que coûte la suprématie occidentale et les privilèges accumulés au cours des décennies d’hégémonie, elles privilégient l’escalade, y compris nucléaire : extension des alliances militaires, guerres dites préventives, sanctions extraterritoriales, instrumentalisation du droit, guerres commerciales, courses aux armements, ingérences et déstabilisations. Divisées, elles ne se maintiennent que parce que ne se dressent pas devant elles en France une perspective de rassemblement contraire et à la hauteur de ces enjeux. Et l’esprit de conquête des communistes réside précisément dans la construction de cette perspective, dans ce changement de société qui bénéficie de ce basculement mondial.
Le parti pris du monde multipolaire ne consiste ni à soutenir un bloc contre un autre, ni à substituer une hégémonie à une autre. Il exprime un internationalisme renouvelé. Il affirme qu’aucune nation ne peut prétendre incarner à elle seule l’universel ni décider du destin des autres peuples. Il repose sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le refus des ingérences, la recherche obstinée des coopérations les plus fécondes pour répondre aux besoins humains et la construction d’un multilatéralisme démocratique fondé sur la Charte des Nations unies.
Dans un monde confronté à des défis communs sans précédent – dérèglement climatique, pandémies, sécurité alimentaire, maîtrise des technologies, lutte contre les inégalités –, aucune nation ne peut agir seule. L’avenir appartient à la coopération plutôt qu’à la domination, au partage plutôt qu’à la prédation, à la sécurité collective plutôt qu’aux logiques de blocs : c’est tout le sens de notre base commune, son esprit de conquête. Les communistes soutiennent toutes les initiatives permettant le développement partagé, les échanges scientifiques et culturels, la mise en commun des connaissances et la construction de biens communs mondiaux. Une France souveraine dans laquelle le pouvoir d’intervention populaire est garanti sera en situation de participer à ce mouvement, c’est pourquoi le ralliement à un monde multipolaire, son parti pris, nécessite tous les autres partis pris, celui du travail, celui de la paix. Ils sont complémentaires. Parce que c’est le parti pris d’un processus comme l’est à nos yeux le socialisme aux couleurs de la France, se situant aux antipodes du chauvinisme auquel nous invite l’extrême-droite, notre sécurité, notre développement économique et culturel dépendant de ceux de tous. C’est la seule réponse au fascisme qui menace en tablant sur le désespoir des victimes.
Dans le monde nouveau qui émerge, la France ne doit choisir ni l’alignement ni la nostalgie d’une domination révolue : elle doit contribuer à bâtir un ordre international fondé sur la paix, la justice, la coopération et la souveraineté des peuples.
Prendre le parti du monde multipolaire, c’est finalement faire le choix de l’espérance contre la fatalité des guerres, de l’égalité entre les peuples contre toutes les prétentions suprémacistes et d’un internationalisme vivant qui unit ce que les impérialismes divisent, afin d’ouvrir un chemin d’émancipation pour toute l’humanité.
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