Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Editorial : pourquoi je pense que le PCF est le moins mal placé pour en sortir?

Avant toutes choses deux annonces sur lesquelles nous reviendrons Le 26 juin à 11 H à Aix en Provence il y aura une cérémonie autour du renouvellement de la plaque de la rue Pascal Fieschi, mon compagnon, l’organisateur de la résistance dans le bassin minier et à Aix, torturé par la gestapo, à la tête de la révolte de la centrale d’Eysses et à Dachau. La mairie, Toni Genarro au nom des communistes aixois et moi nous prendrons la parole. Tous ceux qui ont connu Pascal sont invités à cette célébration qui rend hommage au rôle des communistes dans la lutte contre le fascisme et leur rôle de rassembleur. Il aurait voulu une invitation sans exclusive à la hauteur des exigences d’aujourd’hui.

Ma deuxième annonce est la fermeture proche cette semaine sans doute d’Histoireetsociete. Le site a atteint une fréquentation qu’il a rarement connu, une audience nationale et internationale la plus haute et c’est dû à ceux qui ont relayé ses articles malgré la censure qui frappait nos livres et nos articles, Merci à vous tous et j’espère que vous continuerez pour la nouvelle formule mieux sécurisé qui s’ouvrira aux alentours du premier juillet. Là aussi cette audience prouve ce que je vais esquisser dans cet éditorial.

LA PREMIERE IDEE C’EST LA CONFIANCE DANS LA FRANCE, PAYS SOUVERAIN ET DE LA LUTTE DES CLASSES

« La lutte des classes, c’est la France. Marx a certes étendu le concept à l’échelle planétaire, mais il ne faisait aucun doute pour lui que le lieu de naissance des luttes de classes modernes, c’était la France. Beaucoup plus que la chasse aux arabes ou aux homosexuels, la lutte des classes est notre identité« . C’est ce qu’on peut lire dans le dernier livre de l’anthropologue et démographe Emmanuel Todd : Les luttes de classes en France au 21e siècle, paru aux éditions du Seuil.

DEUXIEME IDEE : LA FAILLITE DE LA SOCIAL DEMOCRATIE ET DE L’ATLANTISME ALORS QUE LE MOUVEMENT DES FORCES PRODUCTIVES, LES CONTRADICTIONS S’EXASPERENT

Je vous renvoie à d’autres articles d’aujourd’hui sur la manière dont certains partis communistes européens et même mondiaux ont cru pouvoir se développer dans l’acceptation de l’atlantisme, du leadership social démocrate et comment ce mouvement a atteint ses limites dans un contexte de faillite de l’hégémonisme des USA, son renoncement à feindre et même à envelopper sa domination dans un discours moralisateur… Avec la montée au pouvoir de personnages clownesques mais qui aux yeux des travailleurs trahis, divisés paraissent refleter au moins la réalité, celle des intérêts déchaînés. Pourquoi alors que l’impérialisme joue sa survie dans sa guerre contre les pauvres, il réussit à produire les figures les plus improbables et grotesques de leur spoliation comme refuge de la haine et de l’insécurité. Un mixe de la division et de la trahison social démocrate face à laquelle la résistance commence à peine à s’esquisser. On peut considérer que Milei est un cas exotique mais quand on voit le spectacle parisien du G7 on se dit qu’il serait temps de s’intéresser à ce qui peut se commettre au nom du peuple français et le fait qu’il n’y a aucune raison que ça s’arrête. 

Face à la faillite de la social démocratie au spectacle de ses trahisons, le moralisme, les discours sur la démocratie s’effondrent et c’est le spectacle du G 7. Il ne reste plus qu’à renforcer les clientélisme en entretenant les communautarismes et l’anticommunisme primaire.

C’est ce qui me fait m’opposer à l’invite de Mélenchon, la poursuite de cette stratégie dépassée qui a été celle qui a accompagnée la contredrévolution de Mitterrand à un certain altermondialisme qui nie le marxisme léninisme, et privilégie le mouvement sur le parti. Alors qu’il n’y a jamais eu aucune révolution, aucun socialisme sans un tel parti apte à mener un combat résolu contre le « mur d’argent ». Faire comme le propose Melenchon de l’échéance électorale présidentielle l’alpha et l’omega de toute la stratégie, détruire le parti communiste en priorité et laisser derrière lui un champ de ruine à gauche et les forces du capital plus puissantes que jamais, est de la folie pure et c’est pourtant tout le sens de ce qui est proposé et qui au sein du PCF, des syndicats travaille sans cesse en faction, acquiert des positions pour attaquer de l’intérieur.

IL FAUT CONSTRUIRE DES RASSEMBLEMENTS LARGES AUTOUR D’OBJECTIFS DEFINIS EN COMMUN ET REFUSER LA SOUMISSION AUTOUR DE LA FORCE DU CHEF AU NOM DE QUELQUES AVANTAGES CONSENTIS A CERTAIN D’ENTRE NOUS.

Il faut dénoncer l’aventurisme d’une telle option et ce à quoi elle conduit non seulement le PCF, la gauche mais la France pas dans un esprit partisan mais de rassemblement, en organisant à la fois les rassemblements les plus larges pour la paix en particulier mais aussi sa colonne vertébrale, un parti qui crée l’unité de la classe ouvrière, des travailleurs en particulier dans les entreprises, les établissements et cités populaires. Il faut que cela se fasse dans le calme avec une perspective claire de la seule réponse possible à la guerre hybride de la chute de l’impérialisme.

A ce titre il faut savoir refuser tout ce qui exige de renoncer à cette perspective et ne fait qu’hésiter comme le PS entre social ultra libéralisme et social libéralisme, et revient à la social démocrate aucun doute. Ce qui n’est pas rédhibitoire pour un accord tactique partagé mais le devient pour une allégeance pure et simple . C’est ce qu’exige Jean Luc melenchon et qui le pousse à développer une campagne contre les communistes, à aller installer ses coucous au sein des municipalités qui sont dirigées par des communistes, des bastions qu’il est incapable de tenir et qui passent aisément à l’extrême-droite.

Ce que veut Jean Luc Melenchon au-delà de son emphase et de sa phraséologie c’est un travaillisme, un bipartisme anglo-saxon dont on voit ce qu’il devient aux USA et en Grande Bretagne. On passe aisément dans un tel contexte du discours empreint de radicalisme qui accuse les communistes de tiédeur au compromis sur l’essentiel parce que l’on cède à la pression comme Tsipras.

Le parti communiste français a à peine commencé à le comprendre, il est passé du reflexe de soumission sous trois secrétaires, Robert Hue, MGB et Laurent à une soif d’autonomie encore instinctive et inspiré par la colère à la réflexion et peut être à l’organisation. Le calme, la volonté de comprendre et d’agir est un atout de classe dans un monde où la politique paraît d’autant plus hors de soi que peu de choses autre que les ambitions personnelles opposent les belligérants. Il y a dans le refus du savoir mondain et bureaucratique humiliant le monde ouvrier une arme qui à été utilisé partout y compris au sein du parti communiste dans le remplacement des cadres, c’est en train d’évoluer et c’est l’aspect positif de l’incrédulité qui frappe toute la classe politique et qui peut dans d’autres cas déboucher sur le complotisme, la haine de la science, l’aspect caricatural des moeurs dans leur émancipation nécessaire qui deviennent les boucs émissaires commodes que le capital encourage. Les communistes sont ceux qui aujourd’hui conservent l’équilibre entre retour à la dimension de classe, souveraineté et émancipation nécessaire des individus. Celui qui accorde peut-être un rôle concret à la représentativité républicaine sans le fétichisme populiste et démagogique mais il n’est à l’abri d’aucun de ces aspects de l’idéologie dominante parce qu’il a perdu tout une force théorico-pratique.

Ce parti demeure profondément encombré dans sa revendication la souveraineté et il reste sur ce plan là dans la nasse de l’eurocommunisme, le secteur international est le bastion appuyé sur la presse jadis communiste, les commissions. Et ceux-ci interdisent que le parti, ses adhérents prennent connaissance de la nouvelle donne geopolitique, ils isolent le PCF des autres partis communistes et l’ancrent dans la social démocratie. Ils organisent également le révisionnisme historique et la rupture avec l’histoire du mouvement ouvrier, la formation théorique et pratique.

NOUS SOMMES ENTRES DANS UN BASCULEMENT HISTORIQUE QUI EST AUSSI LE CHOIX ENTRE SOCIALISME ET BARBARIE

Il Y a la question de l’énergie, y compris le nucléaire, le temps suspendu autour de cette question à travers l’Iran mais pas seulement , il y a le cas d’Israël et de l’Ukraine, parce que l’on n’ose pas poser ce dont est capable les Etats-Unis, ce qu’ils ont déjà fait.

Il y a l’intelligencde artificielle et l’appel du pape, nous présentons aujourd’hui un article du Financial Times qui parle de Milei, l’argentin. bien sur joue sur les aspects sensationnels mais il faut aussi mesurer bien deux choses, la première est l’état des recherches, leurs bailleurs de fond, l’autre jusqu’où ces gens là sont prêts à aller A quel point un développement prioritaire de l’IA avec la complicité active des émirats arabes unis envisagé par Macron comme le résultat d’un G7 dans lequel Keir Stamer le britannique est venu annoncer qu’il offrait le feu nucléaire à Zelenski dans la débâcle de l’armée britannique et de toute l’économie sacrifiée à l’élite des paradis artificiels de la city… Il faut se dire que nous ne sommes pas loin de Milei et de ses fantasmes : simplement il faut tenir compte du développement réel celui des universités et celui du mouvement du capital. On assiste à une révolte essentiellement intellectuelle, universitaire mais qui devra bien faire la jonction avec la lutte des classes telle qu’elle commence à s’organiser.

L’ANTICOMMUNISME, LA SOCIAL DEMOCRATIE, LE MOUVEMENT AUTOUR D’UN CHEF NE SONT QU’UNE ETAPE DE LA FASCISATION : LE PROBLEME N’EST PAS LA SOCIAL DEMOCRATIE, IL EST DANS L’ABSENCE D’UN PARTI COMMUNISTE.

Il y a non seulement cette main mise mais également deux autres aspects qui lui donnent de la force et sur lesquelles nous reviendrons à savoir l’absence de liens avec la classe ouvrière, le monde du travail, les couches populaires, là aussi le problème a été désigné, il est perçu mais l’organisation n’a pas suivi.

Il y a un défaut de « centralité » : il existe à la base et c’est ce dont on témoigné les municipales un peuple et des communistes en lien avec ce peuple qui fait de ce parti une originalité militante malgré son affaiblissement puisqu’il est passé de 700.000 à 28.000 aptes à mener les débats de congrès. Un parti qui reste organisé à la base et qui a des gens compétents sur des questions en prise directe avec la population. C’est le bénéfice de la stratégie électoraliste que cet ancrage à la base. Mais il n’en demeure pas moins que cet ancrage est rarement relayé au niveau fédéral et encore moins au niveau national.

A ce niveau là on retrouve le poids exclusif du politico-médiatique et si Roussel a tranché dans ce domaine en représentant une nouveauté qui ne lui a pas été pardonné, le talon d’Achille est l’absence de parti organisé derrière lui, voir là le poids de l’idéologie adverse. Il est stupéfiant de constater la nature de ce sur quoi est organisé son lynchage y compris par certain membre du PCF, son côté peuple, le fait qu’il fasse du camping, ce sont les mêmes thèmes que ceux lancés contre Marchais dans le contexte de ll’eurocommunisme et de la soumission acceptée. Que personne ne s’interroge sur le droit à représenter les travailleurs de quelqu’un qui parle bien mais fait de l’anticommunisme son cheval préféré tout en ayant accumulé un confortable pactole alors qu’il n’a jamais fait autre chose que de la politique dit l’état de soumission de certains militants. Que personne ne s’interroge sur la manière dont il a appuyé tous les renoncements de la social démocratie y compris au plan international dit surtout l’état des militants communistes.

Si l’on en reste ici aux leurres médiatiques, aux « sondages », à la manière dont on fabrique le vote utile, les véritables présidentiables on risque de ne pas voir l’essentiel: le fait que Melenchon a raté son entrée en lice parce qu’il n’a pas lui non plus tenu compte de ce qui était révélé y compris à travers Ormuz, le surarmement et l’inflation, un retour à la réalité. Il ne peut que savoir qu’il a mal calculé son coup en forçant à être le seul candidat : il a fait partie d’une foule y compris à droite qui dispute le terrain au RN et au vu de ce qu’est la gauche telle qu’il l’incarne il n’a plus aucune chance. Ce qui rend son discours partisan et dirigé en priorité contre la gauche révélateur, il est repris sous une forme désespérée par ses partisans dans les réseaux sociaux , ce qui n’arrange rien parce qu’il devient insupportable et suscite l’indignation devant tant d’engouement sans motif politique avéré autre que la passion de l’élection de leur leader bien aimé.

Il est évident que le 40 ème coingrès du PCF a refleté tout ce que nous venons de décrire mais de bonne façon en portant presque jusqu’à la connaissance et à l’action, dans le calme et la réflexion. Il est peu probable que cela aille en tant que congrès plus loin et les « liquidateurs », d’autres vont certainement jouer sur les délégations et sur les désignations de cadres pour conserver les « positions ». Mais ce qui a créé les conditions de cette première prise de conscience demeurent et vont s’amplifier.

Peut-être seront-ils capables comme ils le furent dans d’autres temps de partager ce discours et son esprit face à la Paix dans la servitude qui leur est proposé, l’abandon de tout le sens de l’histoire du pays dans cette nouvelle collaboration dont la caricature sera le défilé du 14 juillet et retrouveront-ils cette protestation . Il étrange que partout nous soyons soumis au même langage, celui du vice président Vance aux Iraniens dans i une série d’interviews dans les médias au sujet de l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran, il est apparu sur Fox News pour déclarer que l’Iran était à même de tirer de « réels avantages » de cet accord, mais seulement si le pays « se transformait fondamentalement », rapporte Al-Jazira. C’est partout le même discours, de Trump à Melenchon, lui même, il n’est pas question pour ces gens là d’alliances librement consentie autour d’objectifs politiques désignés, il est question de se soumettre au plus fort au nom de quelques avantages que certains d’entre nous en retireront pour le malheur de tous. Ce à quoi il me revient la réponse de ce chef celtes à la paix romaine:

Vous n’avez pas goûté à la servitude. Il n’y a pas de terre au-delà de nous et même la mer n’est pas un refuge sûr lorsque nous sommes menacés par la flotte romaine… Nous sommes le dernier peuple sur terre, et les derniers à être libres : notre éloignement même dans une terre connue seulement par ouï-dire nous a protégés jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, les limites les plus reculées de la Bretagne sont ouvertes – et tout ce qui est inconnu se pare d’une valorisation gonflée. Mais maintenant, il n’y a plus de peuple au-delà de nous, rien que des marées et des rochers et, plus mortels que ceux-ci, les Romains. Il est inutile d’essayer d’échapper à leur arrogance par la soumission ou la bonne conduite. Ils ont pillé le monde : quand la terre n’a plus rien pour les hommes qui ravagent tout, ils écument la mer. Si un ennemi est riche, ils sont cupides, s’il est pauvre, ils convoitent la gloire. Ni l’Est ni l’Ouest ne peuvent rassasier leur appétit. Ils sont le seul peuple sur terre à convoiter la richesse et la pauvreté avec une égale avidité. Ils pillent, ils massacrent, ils violent, et appellent cela du nom mensonger d’« empire ». Ils font une désolation et l’appellent « paix ».

C’est dans ce processus là dans lequel les communistes vont devoir jouer un rôle qui est le leur ou disparaître que s’inscrira le nouveau histoire et societe. Il va perdre sans doute une partie de l’audience de ce blog et il faudra au moins une année pour la reconstituer. Nous vous invitons à cette aventure.

danielle Bleitrach

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