Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Editorial : l’Histoire et « le réalisme civilisationnel » face à ‘la propagande » politique, l’espérance face à la peur ? par danielle Bleitrach

Mon éditorial d’aujourd’hui est largement la paraphrase d’un article d’un groupe de militaires qui revendiquent le gaullisme, la souveraineté française et proposent un renversement d’alliance vers la Russie et la Chine et une rupture avec l’aliénation imposée par l’UE et un monde anglosaxon (1). Demain nous publierons un de leurs articles : un grand Entretien avec le général Jean-Bernard Pinatel – Guerre Ukraine : La guerre des drones, l’offensive russe à venir et l’impasse des négociations Les publications de ce site ouvrent des perspectives de dialogue au-delà des cadres étroits du politicien. Et cet éditorial insiste sur l’intérêt que l’on peut avoir à multiplier de telles publications. Comment ce dialogue se situe dans au-delà de ce qui est aujourd’hui le champ du politique, les enjeux, les notions, sur lesquels s’entendent ceux qui s’affirment comme les partenaires de la politique et de son système de représentation dit républicain et « démocratique ».

Il y a au-delà de ce « champ politique  » , circonscrit autour de la « représentation » de la « société civile, selon le mode traditionnel du « libéralisme », régime représentatif parlementaire ou régime présidentiel, qui confère à la même « élite » la possibilité de représenter, il y a une interpellation sur ce qui est à la base de ce contrat social, ce qui s’affirme non politique mais « humaniste », le transcende … Comme ce groupe de chrétiens italiens qui relaie le message papal mais dénonce aussi la propagande, le consensus atlantiste au nom de « la souveraineté » et d’un appel aux pauvres et aux démunis contre le surarmement. Il y a ce groupe de militaires inscrivant la politique française dans une tradition millénaire, une aire de civilisation.

Toutes ces « interpellations » s’affirment en distance du « politique » et ouvrent de fait un dialogue avec le communisme, avec l’Histoire et elles le font en prenant appui sur la modernité revendiquée d’institutions millénaires qu’il s’agisse de la nation ou de la défense du territoire français.

La démarche des militaires gaulliens est assez semblable à celle que l’on trouve en Russie chez un Alexandre Doguin, dans l’entourage de Poutine et du club Vadaï. Cette tendance « conservatrice » est à la recherche d’une idéologie fondatrice et d’auteurs. L’appropriation de Fernand Braudel, de son « réalisme civilisationnel » se veut une invite au dialogue avec Marx mais qui refuserait de limiter l’histoire à la lutte des classes. D’ailleurs il est frappant de constater que toutes ces interpellations nient et pourtant retournent à la dimension de classe souvent à travers la notion de peuple. Cela nous vaut une réflexion sur l’actualité de Braudel qui intègre les forces productives, les cycles économiques longs, la domination du capital, mais refuse le déterminisme de classe comme clé universelle.

Ce retour à Braudel serait particulièrement à l’ordre du jour dans le monde multipolaire, dans les conflits comme celui qui se déroule en Ukraine au coeur de l’Europe et surtout pour expliquer ce que représente la Chine. Et les analyses sont très importantes même si le dialogue pour être riche ne doit pas se contenter des analogies mais explorer la force heuristique concrète de chacune des démarches et de ce point de vue le manque d’exprience « politique » concrète demeure criant en France: le vide politique de l’expérience de ce basculement historique fait que le cri est celui d’un amputé qui souffre de son membre disparu donc tous les espoirs sont permis mais pas dans l’immédiat, peut-être y aura-t-il accélération? .

Nous sommes néanmoins partisans de tels dialogues qui nous permettent de prendre de la distance avec les confusions et les limites du « champ politique » français. Mieux ou pire au choix, je suis convaincue qu’il n’y a pas d’autre espace pour histoire et societe : l’expérience du rejet est là, la censure qui s’est déployée de toute part, l’incompréhension. Le caractère général de la censure doit être analysée, et des leçons doivent être tirées, du moins en ce qui me concerne. C’est un échec, celui d’une démarche.

. Il y a un bougé mais celui-ci s’opère dans une confusion « électorale », qui interdit de percevoir la réalité de ce qui nous intéresse en priorité à savoir le monde tel qu’il est déjà là, avec sa mise en mouvement. Il n’y a pas de ma part d’hostilité face à ce monde politicien mais le sentiment intolérable d’être niée à la fois dans l’histoire et dans le présent et donc subir un « no futur » désespérant en rupture totale avec les possibles réels de la situation. Cela fait plus de trente ans que je me débats dans cette impasse et il est impossible de demeurer dans un tel magma sans avoir fait un bilan lucide du caractère transitoire de ce que chaque individu peut espérer et il a fallu toute l’histoire en moi accumulée d’autres temps, d’autres lieux pour que ce blog subsiste, l’apparition d’une nouvelle formule m’invite à la réflexion.

Je ne sais toujours pas quelle sera la vocation de la nouvelle formule d’Histoireetsociete, mais le mythe d’un collectif , un de plus pourquoi faire ? mérite d’être interrogé quand au plan national le PCF est passé de 700.000 adhérents à de fait 28.000 votants autour de bases de discussion et il s’agit d’une des forces les plus militantes et même des plus « démocratiques », si là aussi la démocratie c’est la « représentation ». On sait la logique de la « représentation », les votes sur les textes sont secondaires mais les couteaux seront tirés comme dans toute organisation social démocrate quand il s’agira des délégations aux différentes instances du congrès pour arriver avec chaque faction un maximum de représentants aptes à participer aux négociations sur les « places » et les positions de pouvoir que l’on constituera comme telles sur le mode des commissions et leurs relais dans les publications. Il n’y a là personne à accuser, ni à détruire le peu qui se fait, c’est la logique d’un système du représentatif de la dictature de la bourgeoisie que le centralisme démocratique remettait en cause. Les regrets sont le lot des vieillards mais il s’avère que ce mode représentatif ne correspond pas plus à la réalité du monde qui émerge. Et c’est la seule chose qui m’intéresse.

Personne n’a à se substituer aux militants, c’est à eux de régler leur problème. Se donner un pouvoir de transformation que l’on n’a pas est le meilleur moyen de multiplier les souffrances inutiles et de ce point de vue j’ai assez donné, on ne m’y reprendra plus. Je fais mon autocritique, j’ai inventé des collectifs au nom de ce qui a été et il s’avère qu’ils n’existaient pas, parce que ce qui aurait pu leur donner une réalité avait été détruit à la base, celle dont on ne peut faire abstraction sauf en imagination.

Aujourd’hui et dans la semaine, donc ici se poursuit le dialogue en faisant comme si cette propagande n’existait pas. Il y aura simplement les FAITS, par exemple ce qu’est l’horreur de la politique des Etats-Unis par rapport à Cuba, la pression exercée sur les investisseurs européens pour que le colt sur la tempe, ils quittent Cuba. Face à cela ce que représente le forum de saint Pétersbourg, quelle front réel de lutte est en train de se constituer?

Tout cela renvoie à des luttes concrètes, pied à pied en matière économique, diplomatique qui méritent d’être connues, comprises tout en laissant sa propre autonomie au champ politique qui lui vit sur l’erre d’un temps révolu, comme l’erre d’un bateau dont on a coupé le moteur et qui continue à dériver dans le sillage du moteur éteint. Bourdieu parlait également de  l’hystérésis de l’habitus ce qui désigne le phénomène par lequel les dispositions acquises par la socialisation d’un individu dans un espace social défini perdurent dans le temps. et l’on comprend mieux comment une societé en état d’anomie en perte de repères de règles communes pour créer unité se dissout en paraissant concerner une individualisation, en transformant chaque individu en sujet de sa propre aliénation.

Plus de langage commun ? Comment le recréer ? Pourquoi chacun accepte-t-il cette parodie de légitimité de la guerre vers laquelle on nous entraîne ?

Que dire de l a manière caricaturale dont il a été tenté d’occulter la portée de ce forum à travers la minable provocation d’un Zelenski. C’est par ce petit bout de la lorgnette que s’organise le « débat » sur le plan politique et qui en revient toujours à l’élection présidentielle et aux alliances de sommet à qui l’on attribue abusivement le pouvoir d’écarter le fascisme. Alors qu’est quasiment ignoré ce qu’est le fascisme réel, « civilisationnel » déjà là et les combats pour l’endiguer.

Cela pose pour moi la question de l’utilité d’un site comme Histoireetsociete et de mon propre intérêt pour continuer à subir l’asphyxie du champ politique français. En choisissant d’insister sur la dimension historique nous avons revendiqué une autre conception de l’intervention politique et c’est la seule qui pour nous a du sens, dans ses perspectives, dans la nature du rassemblement nécessaire et elle ne saurait se limiter à l’union de la gauche même parée d’un Front populaire gadgétisé en tant que prétexte à court terme électoral. Mais il est inutile de prétendre faire boire un âne qui ne le veut pas, et pour le meilleur comme pour le pire nul n’a la puissance de se substituer à ce qu’il reste de forces organisées, on peut tout au plus se réjouir de voir un bougé et le courage de ceux qui agissent pour le transformer.

Histoire et societe ne peut se substituer à cette lente prise de conscience mais les articles publiés peuvent introduire d’autres sources, insister sur ce que des chrétiens italiens voient dans la souveraineté cubaine mais aussi la manière dont la Russie reprend l’héritage de l’URSS mais également à la manière dont ces « gaullistes » revendiquent Braudel. C’est le seul véritable apport à la France et à ce qui reste le choix de la défaite du petit monde politico-médiatique pour le reste il suit une logique qui qu’on le veuille ou non devra tout à la lutte des classes.

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Voyons l’histoire et le réalisme civilisationnel et au dialogue fructueux qui s’amorce

Mais revenons en à cette démonstration par des « gaullistes » de leur parenté avec Braudel, ce qu’ils définissent comme un « réalisme civilisationnel » pour aborder le monde multipolaire. Les pistes civilisationnelles se multiplient d’ailleurs et toutes renvoient à la question de la place de l’humanité alors qu’elle est menacée comme elle le fut à la Renaissance de perdre sa centralité face à l’univers, le soleil ne tournait plus autour de la terre, c’était par la connaissance devenue l’unique prière que les êtres humains retrouveraient leur centralité. Aujourd’hui à nouveau il y a un déplacement face à l’univers mais par rapport à sa propre créature que serait l’intelligence artificielle, la encore comment passer de la crainte et de l’autodestruction à un surcroit d’humanité? . Il y a les prises de position papales mais aussi le débat inauguré entre Freud et Einstein sur la guerre, sur le sens de l’espèce ou encore Lacan et le voile fétichiste de notre civilisation. Déjà une critique lacanienne du capitalisme fondée sur la plus-value », Marx est plus d’actualité que jamais.

Les outils analytiques forgés par Braudel tout au long de son œuvre permettent d’éclairer avec une précision saisissante les fractures du monde en 2026, non pas comme des prophéties, mais comme des grilles de lecture dont la rigueur se vérifie à l’épreuve des faits. Le concept de longue durée est le premier outil. Braudel le définit comme le temps des structures quasi-immobiles comme la géographie, le climat, les routes commerciales millénaires, etc. qui pèse sur les sociétés bien plus lourdement que les décisions des gouvernements ou les soubresauts diplomatiques

Les civilisations ne se réduisent pas à leurs modes de production, elles ont une épaisseur culturelle, géographique et religieuse, qui transcende et conditionne l’économie elle-même.Les nations et les États ne sont que des couches superficielles de réalités plus profondes : les aires culturelles, les bassins géographiques, les routes de la soif et de la soie. La Méditerranée n’est pas une frontière entre l’Europe et l’Afrique, mais une unité de civilisation.

Il y a souvent une ignorance du marxisme dans ce genre d’appropriation politique d’un historien ou d’un philosophe quand en l’oppose à Marx, c’est le cas pour Braudel pour Marc Bloch et pour Weber, parce qu’il y a une réduction du marxisme, non seulement en ce qui concerne Marx et Engels mais la plupart de leurs successeurs comme Lénine ou Mao, Gramsci, Fidel Castro. Ce qui est frappant au contraire dans la postérité du marxisme c’est la manière dont les communistes partout ont assimilé les penseurs, écrivains antérieurs et nous en avons encore un exemple en ce qui concerne la référence des communistes russes à Pouchkine, à la langue russe. Comment à la chute de l’URSS, ils ont imposé cette célébration de la littérature et de la langue russe, un patriotisme de longue durée qui n’est pas le chauvinisme mais vise à l’universalité. C’est exactement ce que j’évoque dans le zugzwang face à la forfaiture d’une caste qui trahit la France, d’un côté l’appel à Pouchkine à la langue russe, de l’autre Aragon qui oppose à la forfaiture de la caste de Munch, de la ligne Maginot la France de Matisse, de Victor Hugo et celle de la tempête de « quatre-vingt treize. Pourquoi? Parce que.

Le matérialisme historique a fait la preuve de sa capacité à dépasser le moule occidental dans lequel il a été conçu.

Le concept de formation sociale, plus tard celui d’hégémonie disent que l’économie n’est déterminante qu’en dernière instance comme le précisait Engels dans sa lettre à Joseph Bloch. Il y a également chez Marx et Engels dans l’élaboration du matérialisme historique l’intérêt pour les sociétés sans classe, et la revendication à la démarche de Darwin, la volonté de faire de l’histoire comme il a classé la logique du vivant. On en revient à des textes fondateurs comme l’Idéologie allemande mais surtout l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État cet essai de Friedrich Engels publié en 1884 d’après les notes de Karl Marx sur les études anthropologiques des sociétés archaïques de Lewis Henry Morgan.. Toute l’oeuvre de Marx y compris le Capital témoigne de ce « réalisme civilisationnel ». Nous avons introduit notre analyse sur quand la France s’éveillera par des textes de Marx et du péril jaune par des textes sur la Russie et le rôle du climat sur l’ouvrier paysan du mir et sur les différences entre la Chine et l’inde, la manière dont Marx voyait le déplacement du centre de gravité vers le pacifique à partir de la ruée vers l’or et le percement du Panama..

Mais effectivement, il y a propos de ce qu’est le capital une prescience de Braudel qui est tout à fait remarquable pour éclairer ce que représente Trump à ce stade de l’impérialisme : comment il détruit le marché et les règles que le capitalisme aurait imposé pour asseoir sa domination, son hégémonie. Il a compris une chose essentielle c’est que la rupture que paraît introduire Trump est en fait le rapport réel du capitalisme puis de l’impérialisme au « marché » :

La trouvaille de Braudel: le caractère contradictoire du capitalisme par rapport au marché.

Pour Braudel, le marché n’est jamais neutre : il est toujours le territoire politique d’un centre hégémonique. Le capitalisme, dans son œuvre, n’est pas synonyme de marché au contraire, c’est précisément l’anti-marché, la zone opaque et là c’est vraiment parlant les grands opérateurs contournent les règles que subissent les petits.

Ce constat est tout à fait fondamental pour comprendre le stade actuel autodestructeur.

Tout le droit international conçu sous l’hegemon capitaliste et impérialiste, y compris celui qui est en train d’être détruit à partir d’Ormuz , n’est que la traduction de ce constat les grandes puissances néo coloniale établissent des règles pour contraindre les petits pays mais qu’elles contournent elles mêmes, et le blocus de Cuba, le génocide assumé en sont les exemples révoltants. Tout cela apparaît monstrueux, grotesque mais il y a continuité simplement c’est l’exhibition.

De ce constat essentiel découle bien d’autres remarques pertinentes et l’actualité du  » réalisme civilisationnel »

C’est parce que le capitalisme a toujours eu ce mode d’hégémonie que l’on voit aujourd’hui s’exaspérer les questions de frontières alors que théoriquement il y a des Etats indépendants. Les Chinois s’interrogent sur la capacité qu’a l’hegemon occidental non seulement à créer des conflits coloniaux, ceux des avancées de l’OTAN selon le principe énoncé plus haut, mais d’installer partout des problèmes frontaliers qui demeurent durablement des zones opaque engendrant des conflits sur toute la planète alors même que la souveraineté des Etats a été reconnue.

Soyons simples sinon simplificateurs si les lignes de fractures sont géographiques, religieuses, on sait que la chute des empires mêle fréquemment les dévaluations monétaires à l’instabilité politique et aux fanatismes religieux, les fractures que révèlent le conflit ukrainien comme nous l’avons commenté en suivant la doctrine de Primakov qui est celle de la diplomatie post-sovietique : l’impérialisme unipolaire est incapable d’assumer l’aspect pacificateur de l’empire parce que sa logique est justement celle d’exercer sa puissance en viol de sa propre légalité en faisant supporter aux fables son pouvoir extraterritorial. Trump n’est que la parodie de ce qui conduit les USA à revendiquer les aspects parodiques, exhibitionniste de l’exercice solitaire de la puissance.

Les frontières du conflit ukrainien paraissent épouser des lignes de partage civilisationnelles — entre orthodoxie orientale et catholicisme occidental, entre le monde slave de la steppe et l’Europe centrale — que Braudel identifie dans sa Grammaire des civilisations (1963) comme des structures de très longue durée. La grande plaine nord-européenne, terrain d’invasion récurrent depuis des siècles, est précisément l’un des exemples que Braudel mobilise pour illustrer la permanence des contraintes géographiques sur les comportements des puissances continentales. Ce ne sont pas des données nouvelles, ce sont des contraintes de fond que l’euphorie d’après-guerre froide a cru pouvoir effacer en une décennie. L’hypothèse de la fin de l’histoire n’a pas duré plus de quelques décennies.

.L’analyse de ces « gaullistes » après les conflits de frontières témoignent de la longue durée, et de ce qu’avait été le capitalisme fait référence à un autre concept braudélien, celui d’économie-monde, deuxième outil, et peut-être le plus opératoire selon pour comprendre 2026. Dans le troisième volume de Civilisation matérielle, économie et capitalisme, Braudel établit que tout système économique dominant s’organise autour d’un centre qui capte la valeur, d’une semi-périphérie qui relaie sa puissance, et d’une périphérie qui en subit la dépendance. Il montre également, par l’histoire, que ces centres sont mortels : Venise cède à Anvers, Anvers à Amsterdam, Amsterdam à Londres, Londres à New York. Chaque bascule provoque une période de turbulence systémique durant laquelle les périphéries se réorganisent, souvent dans la violence. La recomposition actuelle de l’ordre mondial avec le retrait relatif des États-Unis comme garant de l’économie-monde atlantique, le réarmement européen contraint, et la montée de Pékin comme centre alternatif, correspond exactement à ce schéma de transition hégémonique décrit par Braudel. 

le monde multipolaire : une nouvelle économie monde oui mais le retour d’une structure immémoriale se fait avec le socialisme à la chinoise. Ce n’est pas l’éternel retour du temps long c’est un processus.

Certes mais comme nous l’avons montré dans la première partie de notre livre quand la France s’éveillera à la Chine, le marxisme et ce qu’il a développé dans diverses nations est lui aussi dans sa définition des phases de l’impérialisme dans une problématique semblable, nous avons même fait référence à la méditerranée de Braudel pour comprendre certaines formes de développement des zones côtières chinoises et nous avons insisté sur ce que l’école de Braudel avait méconnu de la Chine en s’inspirant des sources des lettrés plutôt que de celles des comptes des marchands et des capitalistes chinois. Il n’y avait pas d’opposition entre la puissance impériale et les marchands.

La Chine, qu’il analyse dans sa trilogie comme une économie-monde en puissance, dotée d’une cohérence civilisationnelle plusieurs fois séculaire, n’est pas une anomalie de l’histoire contemporaine, mais le retour d’une structure que cinq siècles de domination occidentale avaient temporairement mise en sommeil. Les textes de Marx bien plus antérieurs ne disent pas autre chose et les débats entre Staline et Mao témoignent du la prise en compte à la fois de l’histoire sur une longue durée que des contraintes du présent dans la mobilisation dans une guerre prolongée des classes sociales et du peuple tout entier. C’est cette réalité de la décolonisation par le socialisme qu’Henri Alleg opposait en 1983, aux thèses sur l’empire éclaté, le temps long n’est pas nié il est réinterprété en terme d’émancipation, ce n’est pas parfait mais dans un temps aussi court c’est un tsunami. Il est impossible de retourner en arrière.

Enfin, la distinction braudélienne entre marché et capitalisme, l’une des ruptures les plus originales de son œuvre, éclaire d’un jour cru les tensions économiques de 2026. Braudel insiste, le marché, celui des petits échanges transparents et concurrentiels, n’est pas le capitalisme. Le capitalisme, c’est la zone opaque du grand négoce, des monopoles, des États au service d’intérêts privés, c’est la zone où les règles que subissent les uns ne s’appliquent pas aux autres. Cette lecture rend intelligibles les guerres commerciales, les sanctions extraterritoriales, les subventions massives déguisées en politique industrielle : autant de manifestations de ce que Braudel avait théorisé comme la face cachée, anti-concurrentielle, du capitalisme réellement existant. En 2026, à l’heure où chaque puissance instrumentalise ouvertement l’économie à des fins stratégiques, la grammaire braudélienne retrouve une actualité qu’elle n’a jamais vraiment perdue.  

C’est pour moi le seul apport d’un site comme histoireetsociete et cela pose effectivement la question d’une articulation avec la vie politique. Non seulement ce projet n’est dans la perspective d’aucune force politique actuellement mais il est repoussé par les protagonistes tels qu’ils sont et cette inadaptation redouble la censure dont il ne peut être que victime comme les FAITS le prouvent.

Danielle Blleitrach

(1) https://lediplomate.media/portrait-fernand-braudel-historien-longue-duree-prophete-involontaire-monde-fracture-2026/

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