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De l'OCS : un tremplin vers le sud, le continent africain par l'Egypte.
Ce qui a été à l'oeuvre durant ce sommet de l'OCS comme la plupart des institutions créées par la monde multipolaire est à la fois limité aux membres fondateurs donc à une aire et aux missions pragmatiques qui y sont résolus mais aussi a une audience beaucoip plus large, en particulier dans les pays du sud. Ce n'est pas un hasard si la Chine est sortie du sommet pour une visite à l'Egypte qui est un des pays qui est en train de payer le plus lourdement les aventures impérialistes et qui pourtant se situe dans l'aire du néocolonialisme de l'impérialisme.... Il est tablé sur les contradictions réelles de chaque pays face à cet impérialisme erratique, belliciste, autodestructeur face à une population qui n'en peut plus et dont la pression est chaque jour plus forte. Tout est à repenser ...
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : francais.cgtn.com
Sommet de l'OCS 2026 : de Bichkek au Caire, Xi Jinping trace les contours d'un multilatéralisme élargi
(Note de l'éditeur : Cet article représente le point de vue de l'auteur Dimas Dzikodo et pas nécessairement celui de CGTN.)
Dans les lignes qui suivent, le journaliste Dimas Dzikodo, directeur de publication du journal togolais « Forum de la semaine », analyse la place de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui s'est imposée en 25 ans comme acteur régional en faveur d'un monde multipolaire. Le journaliste togolais présente également le rôle joué par la Chine en faveur d'un multilatéralisme élargi.
À l'heure où l'Organisation de coopération de Shanghai célèbre un quart de siècle d'existence, le Sommet de Bichkek intervient dans un environnement international marqué par les rivalités stratégiques, les tensions commerciales, les conflits et l'exigence croissante d'une représentation plus équilibrée du Sud global dans la gouvernance mondiale. La participation du président chinois Xi Jinping au rendez-vous kirghiz, suivie d'une visite d'État en Égypte, donne à cette séquence diplomatique une portée qui dépasse largement l'espace eurasiatique. Elle met en lumière l'ambition de l'OCS de renforcer son rôle dans la construction d'un ordre international plus multipolaire, mais également la place singulière que l'Égypte pourrait occuper comme interface entre cette dynamique et le continent africain.
25 ans après Shanghai, une organisation devenue un acteur transrégional
Née à Shanghai en juin 2001, l'Organisation de coopération de Shanghai franchit cette année le cap symbolique de ses vingt-cinq ans. Ce qui apparaissait à ses débuts comme un mécanisme essentiellement centré sur la sécurité et la confiance aux frontières de l'Asie centrale s'est progressivement transformé en une vaste plateforme de concertation politique, sécuritaire, économique et diplomatique. L'OCS compte aujourd'hui dix États membres et représente plus de 3,4 milliards d'habitants, soit une part considérable de la population mondiale. Selon les données de l'organisation, ses membres représentent également environ un quart du PIB mondial.
Cette extension géographique n'est cependant qu'une partie de l'évolution accomplie. En vingt-cinq ans, l'OCS s'est dotée d'une architecture de coopération couvrant désormais la sécurité, la lutte contre le terrorisme, le commerce, les transports, l'énergie, les finances, les technologies, les échanges universitaires et culturels. Le Sommet de Bichkek, dont la réunion du Conseil des chefs d'État, programmé ce jour du 1er septembre, intervient ainsi à un moment où l'organisation cherche autant à consolider son espace historique qu'à approfondir sa capacité d'action dans un monde désormais ouvertement multipolaire.
Xi Jinping, arrivé au Kirghizstan le 30 août, a lui-même inscrit le sommet dans cette perspective historique. Dans son message prononcé à son arrivée, le président chinois a évoqué la nécessité de dresser le bilan des vingt-cinq années de développement de l'OCS, d'examiner de nouveaux projets de coopération et de préparer l'avenir de l'organisation. Son déplacement, prévu du 30 août au 3 septembre, comprend également des visites d'État au Kirghizstan et en Égypte.
L'« Esprit de Shanghai », colonne vertébrale d'un multilatéralisme différent
La longévité de l'OCS tient notamment à un principe fondateur devenu son identité politique : l'« Esprit de Shanghai ». Celui-ci repose sur la confiance mutuelle, le bénéfice réciproque, l'égalité, la consultation, le respect de la diversité des civilisations et la recherche d'un développement commun. Vingt-cinq ans après la création de l'organisation, ces principes continuent d'être présentés comme la matrice intellectuelle et diplomatique de son fonctionnement.
Cette philosophie mérite attention dans le contexte international actuel. Contrairement aux organisations fondées sur une forte homogénéité idéologique ou institutionnelle, l'OCS rassemble des États dont les histoires, les régimes politiques, les intérêts économiques, les cultures et parfois même les orientations diplomatiques diffèrent profondément. Son originalité réside précisément dans cette volonté de rechercher des convergences sans exiger l'uniformité.
Certains essaient de voir en ce modèle quelques contradictions et disent que son efficacité doit naturellement être appréciée à l'aune des résultats obtenus. Mais le maintien, voire l'élargissement, d'un cadre de dialogue réunissant des puissances et des pays aux intérêts parfois divergents constitue déjà un phénomène significatif dans un monde où la fragmentation géopolitique progresse rapidement.
L'OCS entend ainsi se présenter moins comme un bloc opposé à un autre bloc que comme une plateforme de coopération reposant sur la souveraineté des États, la non-ingérence, le dialogue et la recherche d'intérêts partagés. Cette doctrine explique largement l'intérêt qu'elle suscite au-delà de son aire originelle.
De l'OCS à une réflexion plus vaste sur la gouvernance mondiale
Le vingt-cinquième anniversaire de l'organisation intervient également dans le prolongement des initiatives internationales défendues ces dernières années par Xi Jinping. Après les initiatives chinoises consacrées au développement mondial, à la sécurité mondiale et à la civilisation mondiale, Beijing a placé au centre de son discours diplomatique la question de la réforme de la gouvernance internationale.
L'Initiative pour la gouvernance mondiale présentée par Xi Jinping s'articule autour de cinq principes : l'égalité souveraine, le respect du droit international, le multilatéralisme, une approche centrée sur les populations et la recherche de résultats concrets. Beijing la présente comme une réponse aux insuffisances d'un système international confronté à la multiplication des crises, mais aussi aux demandes de représentation accrue des pays en développement.
Il existe à cet égard une continuité intellectuelle évidente entre « l'Esprit de Shanghai » et cette conception de la gouvernance mondiale. Dans les deux cas, la consultation est préférée à l'imposition, l'égalité souveraine est érigée en principe et la coopération économique doit produire des bénéfices partagés.
Pour les pays du Sud, cette réflexion touche à une question essentielle : comment participer davantage à l'élaboration des normes et des priorités internationales plutôt que d'en être simplement les destinataires ? La revendication d'un rééquilibrage des institutions mondiales trouve un écho particulier en Afrique, continent de plus de 1,4 milliard d'habitants dont le poids démographique et économique futur contraste encore fortement avec sa représentation dans plusieurs enceintes décisionnelles internationales.
La qualité du développement, nouveau test de crédibilité de l'OCS
Après vingt-cinq années de développement, l'OCS doit désormais démontrer que l'intégration politique peut se traduire en développement concret. Cette évolution explique l'importance croissante accordée aux infrastructures, à la connectivité, au commerce, aux technologies, aux finances et à l'industrialisation.
Les réunions préparatoires de 2026 illustrent cette orientation. À Bichkek, les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales des États membres ont notamment discuté de stabilité financière, de numérisation des finances publiques, de règlements en monnaies nationales et des consultations concernant la création éventuelle d'une Banque de développement de l'OCS.
La notion de développement « de qualité » prend ici tout son sens. Il ne s'agit plus uniquement de multiplier les échanges commerciaux, mais de construire des corridors logistiques, de sécuriser les chaînes d'approvisionnement, de développer les infrastructures énergétiques et numériques, d'améliorer la qualification professionnelle et de favoriser une industrialisation susceptible de créer durablement de la valeur.
L'exemple du chemin de fer Chine-Kirghizstan-Ouzbékistan, cité par Xi Jinping à son arrivée à Bichkek, traduit cette volonté de transformer la coopération politique en connectivité physique. Dans une Eurasie immense mais longtemps fragmentée par les contraintes géographiques, chaque liaison ferroviaire, énergétique ou numérique nouvelle contribue à réduire les distances économiques.
Le Caire, étape stratégique d'une séquence diplomatique très observée
C'est précisément ce qui donne à la visite d'État de Xi Jinping en Égypte une importance particulière. Le déplacement intervient à l'invitation du président Abdel Fattah al-Sissi et doit permettre aux deux chefs d'État d'examiner le renforcement de leur partenariat stratégique ainsi que plusieurs questions régionales et internationales. La présidence égyptienne a officiellement confirmé cette perspective quelques jours avant le voyage.
Le choix de l'Égypte possède une profonde cohérence géopolitique. Peu de pays occupent simultanément autant d'espaces stratégiques. État africain, puissance arabe, pays méditerranéen et acteur majeur du Moyen-Orient, l'Égypte contrôle en outre l'un des passages maritimes les plus importants de la planète à travers le canal de Suez. Elle constitue ainsi une interface naturelle entre l'Asie, l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Europe.
Dans une période où les chaînes logistiques mondiales sont régulièrement perturbées par les conflits, les tensions géopolitiques et les rivalités commerciales, cette position acquiert une valeur supplémentaire. Pour Beijing, l'Égypte représente à la fois un partenaire politique majeur, une plateforme économique potentielle et l'un des points d'articulation entre les nouvelles routes commerciales eurasiatiques et les marchés africains.
L'Égypte, passerelle possible entre l'OCS et l'Afrique
Cette fonction de pont n'est plus seulement théorique. L'Égypte a obtenu le statut de partenaire de dialogue de l'OCS par une décision prise en 2021, avant la signature du mémorandum correspondant à Tachkent en septembre 2022. Les domaines de coopération prévus couvraient notamment la sécurité, le commerce, les investissements et l'énergie.
Signe d'une volonté d'approfondissement, le 31 août 2026 à Bichkek, le secrétaire général de l'OCS, Nurlan Yermekbayev, s'est entretenu avec le vice-Premier ministre égyptien Hussein Eissa. Les échanges ont porté sur le développement économique, les transports et la logistique, l'énergie, la gestion des ressources hydriques, l'enseignement supérieur, la formation professionnelle, le tourisme, les infrastructures et la lutte antiterroriste. L'Égypte a également manifesté son intérêt pour les consultations entourant la future Banque de développement de l'OCS. Ce sont précisément des domaines qui correspondent aux priorités de nombreux États africains.
Dès lors, le rapprochement entre l'Égypte et l'OCS pourrait dépasser le seul intérêt bilatéral du Caire. Parce qu'elle appartient pleinement au continent africain tout en disposant d'un accès direct aux espaces méditerranéen, arabe et asiatique, l'Égypte peut devenir un laboratoire d'interactions économiques et institutionnelles entre l'OCS et l'Afrique.
Pour l'Afrique, l'enjeu n'est pas de choisir un camp mais d'élargir ses possibilités
La principale leçon que l'Afrique pourrait tirer de l'évolution de l'OCS tient précisément à la diversification des partenariats. Le continent n'aurait guère intérêt à substituer une dépendance à une autre ou à inscrire son développement dans une logique de confrontation entre grandes puissances. Une vision qui est celle de la Chine aussi d'ailleurs. Et l'intérêt stratégique de l'Afrique consiste davantage à mettre les différentes offres internationales en concurrence et à négocier vraiment le modèle chinois qui est très efficace et porteur de résultats probants !
L'OCS peut, de ce point de vue, offrir des possibilités nouvelles en matière d'investissements, d'industrialisation, d'énergie, de transport, de technologies ou de formation. « Mais l'Afrique ne bénéficiera réellement de cette ouverture que si elle dispose elle-même de stratégies nationales et continentales suffisamment solides en s'inspirant de la Chine », a déclaré un professeur d'université de Lomé, grand observateur de la scène politique internationale qui poursuit : « La question fondamentale ne doit donc pas être seulement : combien de financements peut-on obtenir ? Elle doit devenir : combien de valeur pouvons-nous produire localement grâce à ce partenariat ? » Il est pertinent.
Cela suppose d'exiger des projets créateurs d'emplois, des transferts de compétences, une transformation locale des matières premières, des infrastructures véritablement structurantes et une intégration accrue des économies africaines. Sans ces exigences, même les investissements les plus importants risquent de reproduire les vieux schémas d'une économie essentiellement extractive.
De l'infrastructure à la souveraineté économique africaine
L'une des grandes inspirations que l'expérience eurasiatique peut offrir au continent réside également dans la conception des infrastructures comme outils d'intégration plutôt que comme simples réalisations nationales. Les grands corridors ferroviaires et routiers, les interconnexions énergétiques, les réseaux numériques et les plateformes logistiques n'atteignent leur véritable potentiel que lorsqu'ils relient plusieurs économies. L'Afrique, qui construit progressivement son marché continental à travers la Zone de libre-échange continentale africaine, a précisément besoin d'accélérer cette connectivité.
Dans cette perspective, les relations avec la Chine, l'OCS ou toute autre plateforme internationale devraient pouvoir servir une ambition africaine préalablement définie : s'appuyer sur le modèle chinois pour produire davantage, transformer localement, et accéder collectivement aux marchés mondiaux dans de meilleures conditions. Le véritable enjeu n'est donc pas simplement le financement de routes, de ports ou de chemins de fer, mais la transformation de ces infrastructures en instruments de souveraineté économique.
De Bichkek au Caire, un élargissement du centre de gravité diplomatique
Le voyage de Xi Jinping entre Bichkek et Le Caire dessine donc une géographie politique particulièrement révélatrice. Il commence au cœur de l'Eurasie, dans une organisation née il y a vingt-cinq ans autour de quelques États, et s'achève en Égypte, à l'une des grandes portes d'entrée du continent africain. Ce parcours symbolise une transformation plus profonde des relations internationales. Les frontières traditionnelles entre espaces régionaux deviennent plus perméables. L'Eurasie dialogue davantage avec le Moyen-Orient. Le Moyen-Orient se connecte davantage à l'Afrique. L'Afrique elle-même devient progressivement l'un des espaces centraux de la compétition économique et diplomatique mondiale. Dans cette recomposition, l'Égypte dispose d'atouts exceptionnels pour rapprocher l'OCS du continent africain. Mais cette dynamique pourrait à terme concerner bien d'autres États africains, notamment ceux qui cherchent à diversifier leurs relations économiques et à renforcer leur capacité d'action internationale.
Vingt-cinq ans après, le véritable défi commence
L'OCS peut légitimement regarder avec satisfaction le chemin parcouru depuis Shanghai en 2001. Elle a survécu aux crises internationales, élargi son espace géographique et développé un réseau dense de coopérations. Son « Esprit de Shanghai » continue de lui fournir une doctrine reposant sur la confiance, la consultation, la diversité et la recherche du développement partagé.
Mais le deuxième quart de siècle sera probablement plus exigeant que le premier. La crédibilité future de l'organisation dépendra de sa capacité à transformer ses principes en résultats : davantage de connectivité, davantage de commerce, davantage d'investissements productifs, davantage de coopération technologique et surtout davantage de bénéfices perceptibles pour les populations.
C'est également à cette aune que l'Afrique devra apprécier les opportunités offertes par l'émergence de nouveaux centres de puissance. À Bichkek, l'Organisation de coopération de Shanghai célèbre ses vingt-cinq années d'existence. Au Caire, la visite de Xi Jinping pourrait contribuer à ouvrir un chapitre supplémentaire : celui d'une OCS davantage connectée au monde arabe et à l'Afrique. Pour le continent africain, l'enjeu dépasse donc largement une visite présidentielle. Il pose une question beaucoup plus décisive : dans le nouvel ordre multipolaire qui se construit, l'Afrique entend-elle réellement contribuer à redéfinir les règles ?
(Photo : VCG)
