Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Cuba : notre Amérique, un projet en construction

La force de Cuba socialiste, c’est d’avoir su tracer une voie socialiste pour le continent, une voie de paix, de développement, de liberté, de santé, d’éducation et de culture, qui fut tellement forte et cohérente, que l’isolement économique fut combattu sur le terrain politique et diplomatique. Car si peu ont suivi les cubains jusqu’au terme de leur conclusion, le socialisme, les peuples sud-américains et une large partie progressiste de leurs dirigeants eux-mêmes confrontés à l’hégémonie en sont venus à écouter, puis peu à peu à soutenir la démarche anti-impérialiste, la vision humaniste et la stratégie d’unité continentale. N’est-ce pas ce qui manque le plus à l’Europe ? Une voix aussi forte et profonde que celle que représente Cuba socialiste en Amérique latine ? (Note de Franck Marsal pour Histoire&Société)

Notre amérique

Ni annexes ni arrière-cours, notre Amérique est la patrie de ses enfants, et non de ses oppresseurs. Il faut tirer la leçon cubaine, ne pas continuer à développer les facteurs de division mais au contraire créer les conditions de l’unité. Cuba a inventé le monde multipolaire, alors que le monde paraissait dans les années quatre-vingt choisir la voie de la contre-révolution anticommuniste, Cuba au contraire avec la lucidité de Fidel Castro, de ses compagnons et du peuple cubain choisir d’aller a contrario et s’emploie à rassembler toutes les résistances à commencer par celles de l’Amérique latine, va vers la Chine et continue à oeuvrer en défense de l’humanité. (noteettraduction de danielle Bleitrach pour histoireetsocieté)

Auteur: Laura Mercedes Giraldez | internet@granma.cu

29 décembre 2025 18:12:45

Monde
Photo : Illustration tirée de SurYSur

Il ne s’agit pas simplement de coïncidences cartographiques. Ils étaient unis par un passé marqué par l’exploitation coloniale : chaînes, esclavage, expropriation, pillage, barbarie. Ils se sont révoltés contre elle et partagent aujourd’hui une identité forgée dans la force du poing qui s’est dressé contre l’oppression étrangère.

« En cette époque heureuse, tous les Américains se traitaient avec la plus grande fraternité ; nous étions tous amis, compatriotes et alliés dans la cause commune de l’indépendance ; il n’y avait pas de telles différences que celles entre Péruviens, Chiliens, Boliviens, Équatoriens, Grenade, etc., qui ont tant contribué à affaiblir la force de nos sympathies mutuelles. »

C’est ainsi que l’ancien président équatorien Vicente Rocafuerte a décrit les mesures prématurées prises dans le cadre de l’aspiration commune à une coopération régionale en Amérique latine.   

Ce lien allait ressurgir par la suite, non seulement en raison de leur histoire commune, mais aussi en réaction aux manœuvres de nations avides de pouvoir qui ne voient en cette région que leur principal objectif d’expansion. Depuis lors, l’intégration est un combat mené en parallèle de celui pour l’indépendance.

Liées l’une à l’autre, ces deux luttes ont fait de la résilience de l’Amérique latine et des Caraïbes (ALC) un obstacle à la vision impérialiste visant à en faire sa zone d’influence, autrement dit, à institutionnaliser la doctrine Monroe. Il n’est donc pas surprenant que les idéalistes latino-américains d’antan aient aspiré à faire de la région un rempart contre de telles intentions, à l’instar de Simón Bolívar.

« Je souhaite plus que quiconque voir la plus grande nation du monde se former en Amérique, non pas tant pour sa taille et ses richesses que pour sa liberté et sa gloire (…) Que ce serait beau si l’isthme de Panama était pour nous ce que Corinthe était pour les Grecs ! »

ASPIRATIONS IMPÉRIALISTES

La Maison Blanche est consciente des vastes ressources de l’Amérique latine et des Caraïbes, de sa position géostratégique, de ses liens avec les puissances émergentes, et ne souhaite pas que l’Amérique soit, sinon pour les Américains, du moins aux États-Unis.     

Ce ne sont pas les frontières terrestres ou maritimes qui séparent véritablement certaines nations d’Amérique latine, mais plutôt la servilité de ceux qui voient dans la proximité géographique un moyen d’ingérence et non un facteur d’unité et de progrès collectif. Ainsi, ces nations se sont déclarées sous l’emprise de Washington, lui laissant carte blanche pour pénétrer leur territoire.

L’année 2025 a été marquée par plusieurs processus électoraux dans la région, où la montée de la peur pourrait pousser certaines nations vers l’extrême droite – et même rouvrir les portes du fascisme – sous les pressions de l’hégémon, le propriétaire autoproclamé de « l’arrière-cour », dans sa version 2.0 de la doctrine Monroe.

Économies fragiles, violences persistantes, états d’urgence prolongés, creusement des inégalités sociales, imposition de droits de douane comme formes de confinement ou de répression, menaces contre les dirigeants, escalade militaire directe contre le Venezuela avec un retour à l’ancienne politique de la canonnière, tentatives de reprise du contrôle du canal de Panama, persécution des migrants, imposition de nouvelles mesures coercitives unilatérales…

Pressions exercées sur les États membres de l’ONU pour qu’ils modifient leur vote contre le blocus de Cuba, tentatives d’exclusion de nations des sommets régionaux, ingérence dans les élections… Le tableau a été difficile, marqué par la crise, avec un cortège de destruction et de mort partout où la main yankee est passée.

PARLEZ D’UNE SEULE VOIX

Cependant, cette période fut marquée par des efforts diplomatiques opportuns, tels que la célébration du IXe Sommet de la CELAC, du Sommet des peuples, de la COP30 et du XXVe Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’ALBA-TCP, un mécanisme qui fut consolidé, selon les mots du président vénézuélien Nicolás Maduro, comme : « le plus grand projet d’union et d’émancipation de notre époque ».

Par ailleurs, plusieurs organisations et alliances se sont prononcées en faveur du maintien de la région en tant que zone de paix, comme déclaré en 2014. Les mobilisations, les grèves et les manifestations sont devenues la plateforme populaire pour dénoncer les reculs sociaux promus par les gouvernements de droite, comme c’est le cas en Argentine et en Équateur. 

Par ailleurs, des efforts concrets ont permis de distribuer plus de 20 000 tonnes de matériel commercial et solidaire de diverses natures grâce au Vaisseau de l’Aube, établissant ainsi la norme pour la création d’une flotte régionale qui permettra une nouvelle émancipation.

La victoire de Cuba, une fois de plus, à l’ONU, avec la demande de levée du blocus imposé par le gouvernement américain, vient s’ajouter aux lauriers qui, à ce stade, ont défini la voie de l’unité à suivre. 

Sans aucun doute, un autre « non », celui du peuple équatorien contre les tentatives d’installation de bases militaires américaines sur son territoire, fut l’un des signes les plus convaincants que l’idée inspirée par Martí persiste dans la conscience populaire selon laquelle « ni le livre européen ni le livre yankee ne donnent la clé de l’énigme hispano-américaine ».

Le Mexique, pour sa part, a défendu son droit et celui du continent à l’autodétermination, sachant que les solutions importées ne sauraient en aucun cas faire taire les besoins pressants de l’Amérique latine et des Caraïbes.

« Un rêve que je porte dans mon cœur, et je crois que tous les hommes d’Amérique latine le partagent, serait de voir un jour l’Amérique latine entièrement unie, qu’elle ne forme qu’une seule force, car nous avons la même race, la même langue, les mêmes sentiments (…) de nombreuses statues ont été érigées à Bolívar et très peu d’attention a été accordée à ses idées. »

C’est ce qu’a déclaré Fidel en janvier 1959, et par ces mots, il a décrit l’avenir nécessaire.

DÉFIS DU NOUVEL AN

Des élections sont prévues au Pérou, au Brésil, en Colombie, en Haïti et au Costa Rica en 2026. Parallèlement, certains gouvernements ont officiellement lancé des exercices militaires en coordination avec les États-Unis qui, sous prétexte de sécurité nationale, tentent de gagner du terrain. 

La CEPALC prévoit que les principaux moteurs de l’activité économique de ces dernières années, à savoir la consommation privée et la demande extérieure, s’essouffleront. Selon les prévisions de la Commission, la région devrait poursuivre sa croissance modérée.

Il appartient à leurs États de renforcer leur économie nationale, de faire face aux incertitudes des marchés financiers internationaux et de consolider et d’élargir leur politique macroéconomique, afin d’évoluer vers un développement plus productif, inclusif et durable.

Et surtout, affronter les négociations sous pression, qui se sont révélées être le nouvel ordre trumpien des relations commerciales, sociales et politiques, afin d’asseoir son leadership régional et mondial et de freiner l’influence de la Russie, de la Chine, des BRICS et des pays du Sud.  

N’oublions pas que, face aux ambitions de domination continentale, une action ferme et décisive – comme l’histoire l’a démontré – est le meilleur remède. Ni annexes ni arrière-cours, notre Amérique est la patrie de ses enfants, non de ses oppresseurs ; et à ce titre, le destin commun d’unité de ses peuples doit être défendu avec ténacité.          

Parallèlement, l’intégration régionale demeure un chantier en cours qui, pour prospérer, doit être renforcé par une coopération hémisphérique accrue, l’autonomie, la résistance à la domination étrangère et des structures socio-économiques garantissant la souveraineté, le développement et le bien-être. 

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