Histoire et société > Si on vous le dit
Cuba et le riz chinois défient l'embargo : la cruauté d'une politique qui affecte un peuple (Irina Smirnova)
Oui c'est un défi non seulement à la dignité, au droit de l'humanité mais au simple bon, sens : comment peut-on, tolérer er appeler démocratie un pays qui ose asphyxier une petite île en obligeant la Chine à des milliers de kilomètres de transporter riz et panneaux voltaïques à s'opposer à ce déni de droit; Où se trouvent les dictateurs ? Cuba tous les jours démontre ce qu'est la liberté, la fraternité et l'égalité face à la tyrannie qui ne trouve que trop de complices.
Publié par Danielle Bleitrach
le
Source : www.farodiroma.it
La scène est simple, et c'est précisément pour cette raison qu'elle revêt une importance politique considérable : 15 000 tonnes de riz arrivent de Chine à Cuba en tant qu'aide alimentaire d'urgence. Il s'agit du troisième envoi de ce type, et le vice-Premier ministre cubain a exprimé sa « profonde gratitude » à Pékin.
Mais derrière cette cargaison de riz se cache bien plus qu'un simple rapprochement entre la Chine et Cuba. Elle révèle une île soumise depuis des décennies à des pressions économiques et financières qui affectent aujourd'hui dramatiquement le quotidien de sa population. Et une question s'impose : est-il moralement acceptable de continuer à utiliser un instrument de pression économique qui, au final, aggrave la situation de millions de personnes ?
L'embargo américain contre Cuba est l'une des politiques de sanctions les plus longues de l'histoire moderne. En 2026, Washington a encore étendu ce cadre de sanctions, notamment en prenant des mesures contre des personnes physiques et morales étrangères effectuant certaines transactions avec des entités cubaines. Les autorités américaines reconnaissent elles-mêmes que ce système de sanctions repose sur un ensemble complexe de lois, de règlements et de décrets présidentiels.
Le problème le plus grave concerne cependant les effets indirects. Même lorsque les produits alimentaires et les médicaments bénéficient officiellement d'exemptions, le risque de sanctions secondaires, conjugué aux difficultés financières, d'assurance et logistiques, peut rendre le commerce avec Cuba extrêmement complexe. Ce mécanisme ne nécessite pas d'interdire chaque sac de riz pour créer des pénuries : il rend simplement son transport vers l'île de plus en plus risqué et coûteux.
Une étude publiée en juillet 2026 a analysé l'impact de l'embargo sur les secteurs agricole et alimentaire cubains, confirmant que le problème ne peut être considéré comme un simple différend géopolitique entre Washington et La Havane.
Dans ce contexte, l'arrivée du riz chinois revêt une importance qui dépasse la simple question de l'urgence alimentaire. Pékin comble un manque dû à l'isolement économique de l'île, en apportant une réponse concrète à un besoin fondamental : l'alimentation. Il ne s'agit pas seulement de géopolitique ou de rivalité entre puissances. Il s'agit d'une population qui a besoin de nourriture, de médicaments, d'énergie et de biens essentiels.
C’est précisément en cela que l’embargo devient particulièrement odieux. Car, quelles que soient les opinions que l’on puisse avoir sur le gouvernement cubain, sa politique économique ou ses institutions, rien ne justifie moralement d’instrumentaliser la détresse de la population civile à des fins de pression politique.
L’Union européenne, par ailleurs, est parfaitement consciente de cette contradiction. En juillet dernier, lors de son intervention à l’Assemblée générale des Nations Unies sur l’embargo américain, l’UE a reconnu l’impact humanitaire négatif des mesures américaines et a déclaré que les effets extraterritoriaux de l’accord Helms-Burton portaient également atteinte aux intérêts économiques européens. Bruxelles a également rappelé que le droit de l’UE protège les opérateurs européens contre l’application extraterritoriale de la législation américaine.
Mais reconnaître le problème ne suffit pas.
L’Europe doit avoir le courage d’aller plus loin : se démarquer clairement d’une politique d’asphyxie économique qui contredit le discours européen sur les droits humains et la place centrale de l’individu. Il ne suffit pas d’allouer une aide humanitaire pour endiguer une crise tout en acceptant, même indirectement, les conditions qui contribuent à l’alimenter.
La Commission européenne a récemment alloué 10 millions d'euros supplémentaires à l'aide humanitaire à Cuba, principalement pour les soins de santé, les médicaments, l'alimentation, l'eau potable et le soutien aux communautés les plus vulnérables. Cette intervention est nécessaire, mais elle révèle aussi l'absurdité de la situation : tenter de remédier aux effets d'une crise sans véritablement remettre en question le cadre international qui contribue aux difficultés de l'île.
Alors que Cuba est confrontée à des coupures de courant, des pénuries de carburant, des difficultés d'approvisionnement alimentaire et des problèmes d'accès aux médicaments, la Chine envoie des milliers de tonnes de riz. De plus, début août, des pannes répétées du réseau électrique ont privé d'électricité une grande partie du pays, affectant également l'approvisionnement en eau.
Le contraste est saisissant. D'un côté, un système de sanctions qui prétend modifier les choix politiques d'un gouvernement par la pression économique ; de l'autre, un pays qui envoie de la nourriture à une population dans le besoin.
La question n'est donc pas de savoir s'il faut applaudir la Chine ou défendre aveuglément le gouvernement cubain. La question est bien plus fondamentale : **les droits fondamentaux des citoyens ne sauraient être instrumentalisés à des fins géopolitiques**.
Si les États-Unis et l'Europe ont véritablement l'intention de défendre les droits de l'homme, ils devraient partir d'un principe universel : aucun enfant, aucune personne âgée, aucune famille ne devrait payer le prix d'un différend politique international en raison des difficultés d'accès à la nourriture, aux médicaments ou à l'énergie.
L’arrivée du riz chinois à Cuba révèle donc une réalité qui dépasse le cadre des relations entre La Havane et Pékin. Elle témoigne de l’échec d’une stratégie fondée sur l’isolement et la punition collective. Et surtout, elle pose un problème de cohérence pour l’Europe : si Bruxelles reconnaît que l’embargo a des conséquences humanitaires et que ses composantes extraterritoriales nuisent également aux intérêts européens, il est temps de passer des paroles aux actes.
L’embargo contre Cuba doit être levé, et non simplement allégé. L’Europe, au lieu de se contenter d’envoyer une aide d’urgence, devrait contribuer à l’édification d’un système de relations économiques ouvert, indépendant des pressions extraterritoriales de Washington et fondé avant tout sur le droit des peuples à vivre et à se développer.
Car lorsque le riz destiné à une population doit être acheminé de l'autre bout du monde, le problème ne se limite pas aux pénuries de riz. Il s'agit d'un ordre international qui a perdu tout sens des responsabilités.
Irina Smirnova
