La psychologie impériale de haine et de mépris à l’égard de Cuba est vieille de plus de deux siècles. La manière dont Cuba, son parti communiste se reconnait dans Marti n’a rien de nouveau, cela a été le cas dès sa fondation par Mella. Et le nouveau parti communiste de Fidel Castro a plus que jamais proclamé cette filiation fondatrice d’un parti unique pluraliste à condition qu’il reconnaisse la révolution, la souveraineté de l’île par rapport à l’avidité de l’ogre du nord. Il y a dans la résistance offensive à travers les valeurs proclamées de « nuestra america » non seulement la spécificité de Cuba mais celle de toute l’Amérique latine, une dimension chevaleresque. Aujourd’hui, dimanche, Histoire et societe met en évidence cette dimension historique, cette profondeur du champ politique qui nous fait dire que nous sommes en plein Zugzwang, que chaque victoire proclamée médiatiquement est un pas de plus vers l’abime. Ce dont le peuple français est privé dans la pathétique opération de décervelage qui est tentée pour l’entraîner dans la guerre derrière un impérialisme fasciste, criminel et autodestructeur, en feignant même d’ignorer tout ce qui caractérise une république, une démocratie, le respect du droit, des constitutions. Nous inventons un monde à notre convenance en suivant la dictature avouée de l’impérialisme. Nous ignorons le dialogue qui existe de nation à nation, de peuple à peuple et qui fait du Venezuela, la patrie de Bolivar, de Cuba, celle de Jose Marti, et du Mexique, celle de Juarez, des « sentinelles » de l’autonomie souveraine avec ses valeurs humanistes contre le monstre avide et mercantile qui règne aux USA (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe).
Auteur: René Gonzalez Barrios | internet@granma.cu
29 janvier 2026

Du fait de sa position géographique et de son importance économique, politique et militaire, dès les premiers instants de la naissance des États-Unis, Cuba a été pour les gouvernements successifs du voisin du Nord un joyau convoité et précieux.
Imbus de la conviction de leur mission divine sur terre, telle que prônait la doctrine du Destin manifeste, animés d’une haine viscérale envers tout ce qui n’était pas anglo-saxon, ils ont exterminé les habitants autochtones de ce qui allait devenir les États-Unis, ont dépouillé le Mexique de la moitié de son territoire, qualifié ses habitants de sauvages et traité avec arrogance, mépris et supériorité les peuples de notre continent.
En 1802, le gouverneur du territoire du Mississippi, William C. Claiborne, informait le président Thomas Jefferson que : « […] dans le déroulement des événements, je ne souhaite rien tant que de voir le drapeau de mon pays flotter sur le château du Morro. Cuba est l’entrée royale du Mississippi, et la nation qui la possèdera pourra à l’avenir diriger l’hémisphère occidental […] ».
Vers 1820, Jefferson déclarait que notre île était « …l’annexion la plus intéressante que pourrait faire notre système d’États », et en s’adressant au Secrétaire à la Guerre, John C. Calhoun, il lui recommandait : « nous devons, à la première occasion, nous emparer de Cuba. »
John Quincy Adams, secrétaire d’état du président James Monroe, le 28 avril 1823 exposerait sa célèbre doctrine du « Fruit mûr » : « Lorsque l’on jette un regard sur le cours que prendront probablement les événements dans les cinquante prochaines années, il est presque impossible de résister à la conviction que l’annexion de Cuba à notre république fédérale sera indispensable pour la continuation de l’Union et le maintien de son intégrité. Mais il existe des lois de gravitation politique, comme il en existe de gravitation physique : de même qu’une pomme séparée de son arbre par la force du vent ne peut, même si elle le voulait, s’empêcher de tomber au sol, ainsi Cuba, une fois séparée de l’Espagne et rompue la connexion artificielle qui la liait à elle, incapable de se soutenir seule, doit nécessairement graviter vers l’Union nord‑américaine, et vers elle exclusivement ; tandis que l’Union elle‑même, en vertu de cette loi, ne pourra s’empêcher de l’admettre en son sein. »
La même année, dans son discours au Congrès de l’Union du 2 décembre 1823, le président Monroe rendit publique la politique des États-Unis sur le nouvel ordre politique qui se dessinait dans le reste des Amériques et le rôle de l’Europe dans l’hémisphère occidental, connue sous le nom de Doctrine Monroe qui avait pour essence « l’Amérique aux Américains », s’appropriant ainsi le gentilé de tout un continent.
Le 10 mai 1825, Henry Clay, Secrétaire d’État du président John Quincy Adams, dans une lettre au ministre des États-Unis en Russie, expliquait le dilemme de ces moments autour de Cuba : « De par la proximité de Cuba avec les États-Unis, de par son commerce précieux et la nature de sa population, votre gouvernement ne saurait être indifférent à tout changement politique auquel cette île pourrait être destinée. La Grande-Bretagne et la France ont également un grand intérêt quant à son sort, ce qui doit les maintenir très attentives à tous ces changements. En un mot, quel État européen n’a pas un intérêt direct ou indirect et quoi que ce soit, dans le destin de la plus précieuse de toutes les Antilles ? »
Ces intérêts ont conduit les différents gouvernements étasuniens à garantir le maintien de Cuba entre les mains de l’Espagne, tant que les conditions économiques et militaires favorables pour la lui arracher ne seraient pas créées. En dépit de leur neutralité déclarée, ils soutinrent par tous les moyens le colonialisme espagnol dans sa lutte contre les indépendantistes cubains qu’ils harcelèrent avec acharnement durant les trente années de lutte pour notre indépendance.
En fabriquant des prétextes humanitaires, ils interviennent dans la guerre de 1898 déguisés en libérateurs et amis du peuple cubain, avant de révéler en quelques jours leur vrai visage raciste et méprisant. D’abord présentés comme de courageux soldats, les indépendantistes cubains furent, du jour au lendemain, qualifiés par la presse, les militaires et les interventionnistes étasuniens de sauvages, d’indisciplinés, de hordes de hors-la-loi dépourvus de valeurs, à l’instar des habitants d’une Île qui, après une guerre cruelle comprenant la terrible expérience de la « reconcentration » (les premiers camps de concentration) du capitaine général espagnol Valeriano Weyler Nicolau et les effets directs du blocus naval yankee sur l’Île, étaient traumatisés, après des années de résistance tenace, par le dépouillement de sa souveraineté conquise de haute lutte.
Le général Leonard Wood, second gouverneur militaire de l’Île à la suite de l’occupation en 1899, en se référant aux patriotes qui discutaient à l’Assemblée constituante des destins de Cuba, les présentait avec mépris comme « […] les pires agitateurs et escrocs politiques de Cuba […] », ou encore comme « […] les dégénérés de la convention, dirigés par un négro du nom de Juan Gualberto Gomez, homme d’une réputation répugnante tant sur le plan moral que politique ». Tels étaient la haine viscérale et le mépris du général étasunien envers les indépendantistes cubains.
Le 20 mai une pseudo-république voyait le jour à Cuba, une république mutilée par l’Amendement Platt et le droit d’intervention du voisin du Nord. La classe politique et gouvernementale des États-Unis partageait une psychologie de haine et mépris à l’égard du peuple cubain. Le 9 décembre 1903, le sénateur du Nevada Francis Newsland déclarait sans ambages devant le Congrès que « Cuba serait désirable si elle pouvait être submergée pendant une demi-heure et ensuite émerger lorsque tous ses habitants auraient péri ».
Le sénateur du Dakota du Sud, Richard Pettigrew, proposa une solution similaire pour Cuba : «… l’Île n’aura de valeur pour nous que si elle coulée pendant vingt-quatre heures pour la débarrasser de sa population actuelle ».
En septembre 1906, au cours de la deuxième intervention militaire des États-Unis sur l’Île le président Theodore Roosevelt (aujourd’hui exalté par les annexionnistes de Miami comme « libérateur » de Cuba, devait déclarer : « Je suis tellement en colère contre cette infernale petite république cubaine que j’aimerais effacer son peuple de la surface de la Terre ».
Une pensée partagée par l’entrepreneur Cyrus Duvall, rapportée par le journal Washington Post le 13 août 1900 : « Si, d’abord, l’Île pouvait couler pendant une demi-heure (…) Si toutes les choses vivantes pouvaient être enlevées afin de purifier la terre par le feu et l’eau, et la repeupler avec des nord-américains, alors ce serait un paradis sur terre ».
La psychologie impériale de haine et de mépris à l’égard de Cuba est vieille de plus de deux siècles. Les déclarations récentes du président des États-Unis, Donald Trump, à la suite de l’agression perpétrée contre la République bolivarienne du Venezuela, vont dans le même sens : « Je ne pense pas qu’il soit possible d’exercer beaucoup plus de pression, à part entrer et détruire l’endroit », a-t-il souligné dans un échange avec le journaliste Hugh Hewitt.
C’est le même mépris des peuples que José Marti dénonça dans son article « Défense de Cuba », en 1889, en réponse à l’insultant réquisitoire formulé contre les Cubains par le journal The Manufacturer de Philadelphie : «… Nous, Cubains, n’avons rien à voir avec ce peuple de vagabonds misérables ou de pygmées immoraux que The Manufacturer se complaît à décrire ; ni avec ce pays de bavards inutiles, incapables d’action, et brouillés avec tout rude labeur, que peignent d’ordinaire, ainsi que le font de tous les autres peuples de l’Amérique espagnole, voyageurs suffisants et foule d’écrivains. Nous avons souffert, bouillonnant d’impatience, sous le joug de la tyrannie ; nous avons combattu, en hommes, et parfois en géants, pour être libres…».
Nous sommes un peuple prêt au sacrifice, un peuple héroïque et courageux qui a affronté le plus puissant empire colonial ayant jamais foulé le sol américain ; un peuple qui, sans autre aide que la solidarité d’autres peuples, a obtenu son indépendance absolue le 1er janvier 1959, et qui de manière désintéressée a contribué à celle des pays frères du Tiers monde dans leur lutte contre le colonialisme.
Des amis solidaires, émules des centaines d’étrangers qui ont combattu dans nos guerres indépendantistes, en resserrant les rangs avec Cuba, ont montré au monde quel serait le destin de cette Île et de sa Révolution si une guerre d’extermination lui était imposée.
Le poète britannique Adrian Mitchell a légué, dans son poème Como matar a Cuba (Comment tuer Cuba), une leçon pour les impérialistes étasuniens :
Tu dois brûler les gens d’abord. /
Puis l’herbe et les arbres, puis les pierres. /
Tu dois découper l’Île de toutes les cartes, /
des livres d’histoire, la retirer des vieux journaux /
y compris de ceux qui détestaient Cuba. /
Et brûler le tout, tout brûler /
les peintures, les poèmes et les photos et les films /
et lorsque tu auras tout brûlé, /
tu devras enterrer les cendres /
tu devras protéger la tombe /
Et seulement alors /
Cuba sera morte comme Che Guevara /
Techniquement morte, voilà tout, /
techniquement morte…
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