Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

cinq points pour la paix: les initiatives chinoises qui jouent un rôle déterminant se jouent dans la discrétion…

8 avril 2026

Comme en écho au constat russe sur le fait que dans le zugzwang, il faut s’habituer à ce jeu biaisé à trois bande incertain et trouver le chemin le plus sur quitte à multiplier tentatives et expériences alors que l’adversaire s’enfonce dans son propre gouffre. Ou sur le plan théorique Rockhill retrouvant Lénine quand on réellement choisi la lutte et pas la défaite ou le gauchisme illusoire. voici une analyse du rôle de la Chine dans le cessez le feu en Iran comme au conseil de sécurité peuvent décevoir ceux qui rêvent d’une confrontation ouverte mais il s’agit d’une stratégie qui tient compte de la réalité pour aborder la solution en fonction des gains espérés et non de l’idéologie. Au conseil de sécurité lorsque des résolutions sont rédigées de manière à désigner des coupables d’avance et à occulter les origines des conflits, un vote « oui » légitime les rapports de force, tandis qu’un vote « non » risque d’entraîner une confrontation avec la force nucléaire américaine : des États-Unis de plus en plus imprévisibles et politiquement et militairement instables. La Chine choisit donc une troisième voie : ne pas cautionner les cadres imposés ni démanteler l’ordre onusien dont elle dépend encore. Il s’agit d’une résistance discrète, d’une tentative de préserver un espace pour la médiation et le multilatéralisme au sein d’une institution de plus en plus façonnée par une logique unipolaire. (note et traduction de danielle Bleitrach)

Biljana Vankovska

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Source de la photographie : John Samuel – CC BY-SA 4.0

Cinq points pour la paix : pourquoi l’initiative chinoise en Iran est-elle passée inaperçue ?

Le comportement de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU déçoit souvent ceux qui attendent d’elle une confrontation ouverte avec ce qu’ils perçoivent comme une machine impériale américaine débridée. Cette attente s’est particulièrement manifestée par les abstentions de la Chine lors de deux récentes occasions cruciales :  la résolution 2803 du Conseil de sécurité  sur Gaza, qui a de facto permis l’expérience du « Conseil de paix » de Trump et laisse même entendre une volonté de contourner l’ONU, et le dernier vote sur l’Iran ( résolution 2817 ), qui a donné l’impression trompeuse que l’Iran est l’agresseur tandis que les États-Unis et leurs alliés du Golfe apparaissent comme des victimes.

Ce texte n’a pas pour but d’analyser la stratégie à long terme de Pékin. La Chine ne précipite rien ; elle mène une politique de long terme, guidée par des principes et un horizon stratégique qui s’apparente à un échiquier mondial. Un point mérite toutefois d’être souligné : la retenue de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU n’est ni un signe de faiblesse ni une ambiguïté morale. Il s’agit d’un calcul stratégique au sein d’un système où les règles sont loin d’être neutres.

Lorsque des résolutions sont rédigées de manière à désigner des coupables d’avance et à occulter les origines des conflits, un vote « oui » légitime les rapports de force, tandis qu’un vote « non » risque d’entraîner une confrontation avec la force nucléaire américaine : des États-Unis de plus en plus imprévisibles et politiquement et militairement instables. La Chine choisit donc une troisième voie : ne pas cautionner les cadres imposés ni démanteler l’ordre onusien dont elle dépend encore. Il s’agit d’une résistance discrète, d’une tentative de préserver un espace pour la médiation et le multilatéralisme au sein d’une institution de plus en plus façonnée par une logique unipolaire.

Pourtant, la Chine n’est pas un observateur passif, contrairement à l’image qu’on lui donne souvent. Cette perception reflète à la fois la frustration occidentale et les attentes, au sein de certaines régions du Sud global – et même de certains segments de la gauche –, que Pékin agisse avec plus de détermination, voire de manière « révolutionnaire ». Faute d’alternatives, nombreux sont ceux qui recherchent un sauveur géopolitique. La Chine apparaît comme la seule grande puissance économiquement stable, suffisamment ancrée dans la scène mondiale et directement concernée pour justifier une intervention.

Au moins trois initiatives récentes illustrent cette approche.

Un an après le début de la guerre en Ukraine, la Chine a publié un cadre de paix en douze points. Ce cadre, normatif et non opérationnel, se résumait à des principes sans application concrète. Pékin s’est positionné en médiateur neutre, rouvrant prudemment l’espace du dialogue entre la Russie et l’Ukraine. L’Occident a réagi vivement. Rappelons que ce même Occident avait déjà sapé le processus de paix d’Istanbul en mars 2022. Comme l’a souligné Aaron Maté, dans les médias proches de l’OTAN, « rien n’est plus controversé qu’une proposition de paix ». Depuis, la diplomatie est perçue comme une trahison, tandis que l’Ukraine est poussée vers une guerre d’usure jusqu’au dernier soldat – un conflit par procuration servant des intérêts extérieurs.

Lors de la conférence de Valdaï en 2024, j’ai constaté de visu ce climat. Ma tentative d’introduire une dimension humaine – en soulignant que les « pions sur l’échiquier » étaient des êtres humains des deux côtés – a suscité de l’irritation. Karaganov a quitté la salle aussitôt après avoir posé une question dont il ne souhaitait pas entendre la réponse. Seuls un collègue chinois et moi-même avons abordé explicitement la question de la paix. La guerre elle-même, entre-temps, est tombée peu à peu dans l’oubli, alors même que ses conséquences mondiales s’aggravent.

La même année, la Chine et le Brésil ont tenté  une nouvelle  ouverture diplomatique. Ce fut un tournant : on est passé de principes abstraits à une architecture institutionnelle, et d’une approche unilatérale à la participation des pays du Sud. La proposition appelait à une désescalade immédiate, à une conférence de paix internationale réunissant les deux parties, à la prévention de toute escalade et à une prise en compte des répercussions mondiales sur la sécurité alimentaire et énergétique.

Puis, fin mars, avant la dernière escalade verbale de Trump sur le fait de « ramener les ennemis à l’âge de pierre », un  plan de paix en cinq points  a émergé, soutenu par la Chine et co-facilité par le Pakistan, avec l’implication en coulisses de la Turquie, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite.

Cela relève du bon sens : un cessez-le-feu immédiat et la cessation des hostilités ; l’ouverture de pourparlers de paix respectant la souveraineté de l’Iran et des États du Golfe ; la protection des civils et des infrastructures, notamment des systèmes énergétiques ; la sécurisation des voies maritimes, en particulier du détroit d’Ormuz ; et un cadre dirigé par l’ONU, fondé sur le droit international et le multilatéralisme.

Ses auteurs étaient probablement pleinement conscients qu’il s’agissait d’une diplomatie symbolique, dans un contexte de quasi-surdité politique, où même les menaces les plus extrêmes (dignes de l’âge de pierre ) émanant des capitales occidentales restent impunies. C’est moins une feuille de route qu’un geste, un pied coincé dans une porte avant qu’elle ne se referme. Il est important ici de souligner un argument souvent avancé par mes collègues chinois. Concrètement, l’asymétrie est flagrante : les États-Unis maintiennent plus de 800 bases militaires sur tous les continents et possèdent une capacité inégalée de projection de force aux quatre coins du globe. La Chine, en revanche, ne développe pas – et ne cherche d’ailleurs pas à développer – d’instruments comparables d’intervention militaire extraterritoriale.

Mais il ne s’agit pas uniquement d’une question de capacités ; cela reflète des logiques d’action fondamentalement différentes. Les États-Unis tendent à exercer leur influence par le contrôle – politique, économique et souvent militaire – des autres États. La Chine, en revanche, conçoit son rôle international autour de la coopération et du développement partagé, privilégiant l’interdépendance à la coercition.

Dans ce contexte, la retenue de la Chine ne doit pas être interprétée à tort comme une absence ou une passivité. Même dans des circonstances difficiles, elle maintient une ouverture étroite mais constante vers la paix. Cette ouverture – le refus d’abandonner la diplomatie même en cas d’escalade – constitue sans doute la valeur fondamentale qui sous-tend ses initiatives.

Dans le contexte de cet article, l’élément le plus frappant n’est pas le plan lui-même, mais son accueil : le silence. Concernant la sphère politique iranienne, comme l’explique mon ami iranien, deux réactions contrastées se sont manifestées. Certains ont salué la déclaration, y voyant une reconnaissance implicite du droit de l’Iran à superviser le détroit d’Ormuz, source d’un optimisme prudent. D’autres, en revanche, ont fait valoir que toute tentative de rétablissement de la paix dans la région qui omet de nommer, de condamner et de traduire en justice les responsables de l’agression est, en définitive, vaine.

Les médias occidentaux, pourtant saturés de la moindre provocation et insulte des élites politiques, l’ont largement ignoré. Au mieux, il a fait l’objet d’une brève mention dans quelques médias triés sur le volet  au Moyen-Orient , en Turquie,  en Inde ,  au Pakistan , etc. Même les  médias chinois lui ont accordé une place limitée. Il ne s’agit pas simplement d’un manque de couverture médiatique ; cela révèle une hiérarchie plus profonde de la pertinence narrative.

Les explications rationnelles pointent du doigt des problèmes structurels. En théorie de la médiation, un « dilemme de crédibilité » bien connu existe : une médiation efficace requiert à la fois neutralité et influence. La Chine possède la neutralité et une influence économique, mais pas le pouvoir de faire respecter la sécurité. Contrairement aux acteurs occidentaux, elle n’impose pas ses décisions par la force militaire. Cela crée un décalage : sans instruments de coercition, ses initiatives apparaissent symboliques plutôt que concrètes.

La seconde contrainte est politique. Les principaux acteurs ne sont pas alignés. L’Iran se méfie du Pakistan, malgré son rôle de co-parrain et sa double orientation envers la Chine et les États-Unis. Téhéran rejette également les négociations directes avec Washington, qui, parfois, en nie même l’existence. Le contexte est donc défavorable : les deux camps pensent pouvoir tenir bon et éviter l’échec. Par ailleurs, parmi les États qui soutiennent cette proposition, une profonde méfiance règne.

Du point de vue occidental, ce silence n’a rien d’étonnant. La maîtrise du récit prime sur le compte des faits. Le discours dominant continue de déshumaniser l’Iran et de justifier l’escalade par des clichés éculés. Les initiatives de paix, qui perturbent cet ordre établi, sont de ce fait marginalisées.

Un autre aspect est stratégique : permettre à un discours de paix mené par la Chine de gagner du terrain saperait le monopole narratif occidental à un moment où la lassitude du public face à un conflit prolongé s’accroît.

L’initiative chinoise est-elle donc sans importance ? Ce serait une  erreur . La Chine ne pratique pas la diplomatie de la force. Elle attend, construit et réajuste sa stratégie. Son approche est souvent décrite comme le « pouvoir de ne pas utiliser le pouvoir » : elle privilégie les réseaux à la coercition et la stabilité au spectacle.

À l’inverse, la culture politique occidentale fonctionne à la vitesse de l’éclair : interventions rapides, récits expéditifs, sorties de route rapides – et mémoire courte.

Un autre facteur entre en jeu : la visite attendue de Trump à Pékin. À elle seule, cette visite exige une grande retenue diplomatique afin d’éviter des chocs systémiques plus importants.

En définitive, ce plan en cinq points ne doit pas être perçu comme un échec, mais comme un signal : même dans un contexte d’escalade des tensions, des alternatives existent. La souveraineté, le multilatéralisme, la protection des civils et la retenue humanitaire restent des principes fondamentaux, même s’ils sont de plus en plus ignorés.

La Chine ne menace pas de guerre. Elle ne promet pas de salut rapide et universel. Mais elle continue d’insister sur le fait que, même à une époque où la retenue s’effrite, la guerre n’est pas la seule issue possible.

Et parfois, cela suffit à lui seul. On peut espérer qu’avec le temps, d’autres en comprendront le sens. Le simple fait que, après une longue période, la Chine, la Russie et la France se retrouvent du même  côté  au Conseil de sécurité de l’ONU pourrait bien n’être que le début de l’opposition aux agissements tyranniques et destructeurs des États-Unis.

Cet article a été produit par  Globetrotter .

Biljana Vankovska est professeure d’études sur la paix et directrice du Centre pour le changement global à Skopje, en Macédoine.

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