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Chine : que faire quand les enfants ne veulent plus aller à l'école ? la question de la transmission révolutionnaire ?
La relation à l'éducation dans le socialisme mérite au moins un détour par rapport aux stéréotypes de "notre illusion démocratique" , c'est un des problèmes auquel nous sommes tous confrontés: qu'est-ce que la transmission révolutionnaire et antifasciste quand les enfants ont perdu la conscience des combats héroïques et qu'ils ne conservent plus qu'un vague malaise qui les fait éprouver des phobies à l'idée de devoir simplement reproduire? Hier dimanche j'ai essayé d'expliquer ce qui fut l'engagement pour quelqu'un de ma génération. Je me souviens encore de la manière dont mon compagnon, héros de la lutte de la deuxième guerre mondiale accueillait les jeunes qui venaient d'adhérer, avec beaucoup de gravité et il expliquait qu'un tel engagement pouvait le mener jusqu'à la mort, la torture et qu'il était un des actes les plus important de sa vie face auquel il ne pourrait jamais déchoir face aux autres, la charette comme il l'appelait, ceux qui avançaient en défense du plus haut de l'humanité. Pour moi qui avait fui avec ma famille et qui en tant que juive était un enfant gibier c'était facile à comprendre, pour ceux qui deviendront les "soixantehuitards" , ceux qui avaient vécu seulement les "trente glorieuses", le bien être obtenu par la formidable saignée c'était déjà de la parodie et aujourd'hui c'est la rencontre avec un malaise individualiste sur le sens de sa vie avec des gourous sur l'accomplissement de soi...Cet échange que j'ai avec beaucoup de jeunes, prend dans le socialisme convoqué à cette étape de l'hégémon fasciste à nouveau c'est trsè très compliqué en tant que politique d'éducation. Et ici cette réflexion sur la phobie scolaire renvoie au plus grand problème, celui de la transmission...
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.courrierinternational.com
Le refus des enfants d’aller à l’école, loin d’être un signe de paresse, cache souvent un profond désarroi. Dans les grandes villes chinoises, les hôpitaux ont mis en place des unités pour répondre à ce phénomène grandissant, décrit ce reportage du “Zhongguo Qingnian Bao”, ou “Journal de la jeunesse de Chine”.
Source : Zhongguo Qingnian Bao
Lecture 9 min. Publié le 30 août 2026 à 13h42
Des enfants s’exercent à la gymnaqtique dans une école de Nankin, le 13 janvier 2018. PHOTO SEAN YONG/REUTERS
Les symptômes sont très variables. Dans le centre de consultation pour phobies scolaires de l’hôpital pédiatrique de Pékin, les médecins entendent toutes sortes d’explications justifiant un refus d’aller à l’école. Certains enfants sont tétanisés, ont le cœur qui bat la chamade ou ont des sueurs froides dès qu’ils mettent les pieds dans l’enceinte scolaire. Des symptômes qui disparaissent instantanément lorsqu’ils la quittent. D’autres élèves souffrent de vertiges ou de maux de tête à l’approche de chaque examen mineur.
C’est en désespoir de cause que les parents se rendent ici, après avoir emmené au préalable leur enfant se faire examiner des pieds à la tête par toutes sortes de praticiens, sans que ces spécialistes trouvent l’origine du problème. À peine arrivés au centre de phobie scolaire, ils demandent souvent :
“Vous pensez que notre enfant nous fait marcher ? Ou ressent-il vraiment ce genre de choses ?”
Les médecins doivent leur expliquer inlassablement que les sentiments que leur enfant éprouve sont bien réels, et que l’élément déclencheur est de nature affective.
Situations tendues
À Shanghai, l’unité de psychiatrie du service pédiatrique du CHU de Fudan reçoit plus de 4 200 patients par mois. Et, depuis le début de l’année scolaire, les cas d’enfants présentant les signes d’un “refus scolaire anxieux” sont en progression. Le chef de service, Sun Jinhua, explique :
“La société dans son ensemble met beaucoup l’accent sur les études, mais nous devons surtout faire attention aux éléments qui peuvent peser sur un bon apprentissage.”
Les symptômes d’une phobie scolaire doivent alerter : “Lorsqu’il devient impossible d’aller à l’école – laquelle joue un rôle fondamental de sociabilité –, c’est le signe de troubles affectifs assez prononcés, explique Li Ying, du département de médecine psychosomatique de l’Hôpital pour enfants de Pékin. La rescolarisation doit être vue comme un moyen de favoriser la guérison de l’enfant, et non comme un but ultime.”
Durant les consultations pour phobie scolaire, le médecin est souvent confronté à des situations très tendues. Ici, un parent hausse le ton contre son fils qui s’enfonce dans le silence. Là, un enfant a appelé la police pour se plaindre que ses parents le traînaient de force à l’école.
Réparer la communication
Dans une autre situation, une mère et sa fille s’étripent sur le nombre de jours d’école par semaine : la fille ne veut y aller qu’une seule journée, alors que la mère exige cinq jours : “Si tu ne veux plus aller à l’école, autant que tu rentres au village ! Mais enfin, pour quelle raison exactement tu ne veux plus y aller ?” L’enfant baisse la tête et murmure, désemparée : “Je ne sais pas.”
Réparer le pont de la communication brisée entre parents et enfant n’est pas facile. Des médecins ont vu des enfants partir en claquant la porte au beau milieu de la consultation. Ainsi, l’un d’eux, à qui ses parents avaient fait croire qu’il venait consulter un gastro-entérologue, s’est enfui en courant quand on lui a fait passer des tests psychologiques.
Des parents impatients pratiquent le “donnant-donnant”. Une mère de famille a du mal à cacher son mécontentement : “Je l’ai laissée faire comme elle voulait, mais ça n’a rien arrangé pour aller à l’école. Moi, j’ai tenu parole, mais il faudrait qu’elle en fasse autant !”
Lutte intérieure
“Avant de se décider à ne plus aller à l’école, les enfants sont souvent en proie à une très longue et douloureuse lutte intérieure”, souligne Li Ying, à l’Hôpital pour enfants de Pékin. Les praticiens voient souvent arriver en consultation des enfants plongés dans le mutisme, avec des marques d’égratignures récentes sur les poignets. Li Ying explique inlassablement aux parents que leur enfant a besoin d’un certain temps de repos pour pouvoir “recharger” leur énergie psychique :
“Si vous le bousculez, il a toutes les chances de se replier complètement sur lui-même.”
Les enfants qui sont passés par là savent combien une attitude compréhensive de leurs parents est importante. Ainsi, quand elle est entrée au lycée, la jeune Ye Yun s’est rendu compte qu’elle avait du mal à se concentrer en cours et à trouver les mots justes ; elle faisait souvent des cauchemars la nuit. Sa première réaction a été de se demander si elle n’était pas tout simplement idiote.
“Du gâchis”
Au début, elle tentait de cacher ses notes en chute libre. Après s’être renseignée comme elle a pu, elle s’est rendu compte qu’il devait s’agir d’un trouble affectif. Elle s’est discrètement absentée pour aller dans la capitale de la province et consulter un spécialiste, lequel a diagnostiqué une grave dépression, assortie d’un trouble bipolaire. Lorsqu’elle en a parlé à sa mère, la première réaction de celle-ci a été de lui dire de “garder ça pour elle”, de “ne pas trop y penser” et, surtout, de “ne pas en parler aux profs”.
Souvent, les parents qui viennent consulter pour leur enfant ne sont pas assez conscients des difficultés que rencontre celui-ci. Certains mettent en avant les excellents résultats antérieurs de leur enfant : “Il était le troisième meilleur élève de son niveau sur 21 classes !” D’autres sont obnubilés par un projet d’études pour leur progéniture : alors qu’ils ont beaucoup peiné pour faire transférer leur enfant dans un établissement réputé de la ville, ils estiment que “ce serait du gâchis s’il n’allait pas en cours”.
D’autres, encore, ont déjà planifié l’étape suivante, souhaitant faire entrer leur enfant dans une école internationale, et comptent sur le médecin pour persuader leur enfant de passer les tests d’admission écrits et oraux nécessaires. Certains chefs de famille pensent que si leur rejeton ne veut plus aller à l’école, c’est parce que ses notes ne sont pas assez bonnes ; ils espèrent ranimer sa motivation en lui faisant suivre des cours de soutien scolaire – ce qui, généralement, s’avère parfaitement contre-productif.
Une forme de vitalité
Les parents aussi peuvent être anxieux. Avec des symptômes comme de l’hypertension, des nodules thyroïdiens… Certains parents consultent pour leur enfant le matin, et repassent devant le même spécialiste, pour eux, l’après-midi. La première chose à faire est de les rassurer : bien qu’ils viennent tous pour permettre à leur enfant de retourner en cours, “l’école n’est pas le cœur du problème”. L’objectif principal, insiste Li Ying, est le rétablissement physique et psychologique du jeune :
“Lorsque l’enfant retrouve assez d’énergie pour faire face aux défis du monde extérieur, le retour à l’école se fait tout naturellement.”
Selon le spécialiste, il faut aussi voir dans la phobie scolaire l’expression d’une certaine forme de vitalité : “C’est une manière de résister à une pression extérieure excessive qui se fait, en partie, aux dépens des résultats scolaires. Il faut donc trouver un juste équilibre.” Il arrive qu’un enfant soit déjà en grande souffrance, mais qu’il aille quand même en cours pour ne pas décevoir ses parents. Dans ce cas, le médecin lui conseille de “ne pas se forcer”, mais de régler d’abord ses problèmes affectifs.
Émotions refoulées
“Mais pourquoi les autres enfants ne sont pas comme ça ?” C’est la question que les parents posent le plus souvent lors des consultations sur les cas de phobie scolaire.
Pour autant, la “goutte d’eau qui fait déborder le vase” n’est pas la même selon les enfants. Cela peut être une altercation avec un professeur, un devoir raté, l’impossibilité de joindre ses parents par téléphone depuis un bon moment, ou un programme extrascolaire trop chargé… En fait, on néglige souvent de prendre en compte les émotions depuis longtemps refoulées de l’enfant.
Pour Li Ying, le refus scolaire est la conjugaison de plusieurs facteurs : il y a d’abord certains traits de caractère, comme la sensibilité ou la précocité ; ensuite, des facteurs familiaux tels que la relation parent-enfant ou les conflits intergénérationnels plus enfouis ; et troisièmement, des facteurs liés plus proprement à l’école, comme la pression scolaire ou les relations avec les autres élèves.
La faute à Internet !
Mais, avant de venir consulter, les parents ont bien souvent le réflexe de rejeter la faute sur…
Internet ! Afin de détourner leur enfant des écrans, certains parents coupent toute connexion ; d’autres ont déjà cassé cinq ou six tablettes… Mais Li Ying estime qu’Internet ne peut pas, à lui seul, expliquer une phobie scolaire : “D’une certaine manière, les téléphones portables permettent aux enfants de bénéficier d’un point de vue neutre – contrairement à leurs parents, qui portent des jugements de valeur sur ce qu’ils font.”
En fait, ce genre d’addiction aux écrans montre, par la négative, que les parents ne sont pas assez présents. Li Ying compare la “guerre” des parents contre Internet à une “lutte d’autorité” : “Le mieux, c’est de pouvoir se substituer presque naturellement au téléphone portable ; les parents doivent essayer de se rendre intéressants aux yeux de leurs enfants, pour que ceux-ci se sentent bien à leurs côtés.”
Des jeunes diplômés de la prestigieuse École de Tsinghua à Pékin, le 29 mai 2023. PHOTO GILLES SABRIE/THE NEW YORK TIMES
Les médecins du refus scolaire sont confrontés à de nombreux cas d’enfants scolarisés dans leur région natale, tandis que leurs parents travaillent dans une grande ville, comme Pékin. Certains sont internes dès le collège, et ne rentrent dans le cercle familial qu’une fois par mois. Le stress est parfois tel, pour ces jeunes en manque de repères, qu’ils perdent même l’idée ou le réflexe de téléphoner à leurs parents. En pareil cas, le corps médical préconise généralement un changement d’établissement pour qu’ils deviennent externes.
“Donne-toi du temps”
Ye Yun est la deuxième d’une fratrie de trois. Quand elle était petite, ses parents n’étaient jamais là, à cause de leurs affaires professionnelles ; ils ont divorcé lorsqu’elle était au collège. Dès son plus jeune âge, on lui a inculqué qu’il ne servait à rien de pleurer et qu’il fallait “être forte”. Elle se souvient :
“Les adultes veulent toujours que les enfants gèrent leurs émotions comme des adultes, alors qu’eux-mêmes sont souvent incapables de gérer les leurs.”
Au deuxième semestre de son année de première au lycée, elle a informé ses parents de son intention d’arrêter les études. Au début, son père et sa mère l’ont incitée, plus ou moins lourdement, à retourner en cours… Jusqu’à ce qu’elle se mette à s’automutiler et ne soit plus capable de rien avaler, ou presque. Sa mère a alors suspendu son travail pour rester auprès d’elle, espérant la faire manger davantage.
Mais c’est plutôt quand ses parents ont compris qu’il fallait justement relâcher la pression qu’elle a retrouvé le goût de vivre. “Ne prends pas ça trop au sérieux, donne-toi du temps pour guérir…” C’est le type de phrase qui a permis de débloquer la situation. “Le cycle de croissance de chaque famille est différent, et l’hôpital ne peut qu’offrir une fenêtre d’expression et de percée”, sourit Li Ying.
Étape après étape
Dans de nombreuses familles, les parents ont du mal à prendre conscience de ce genre de problèmes. Wang Yiyong et sa femme “avaient bien tracé la voie pour leur petit poussin” : ils ont acheté un logement qui, selon la carte scolaire, garantissait que leur fille serait scolarisée dans un bon établissement. Ils lui ont fait suivre deux cours de soutien par matière. Et comme leur fille était quelqu’un de “bien sage”, avec de très bons résultats, elle a été facilement admise dans un collège réputé du district de Haidian, à Pékin. Mais à partir de ce moment-là, elle a commencé à souffrir d’insomnies, à fondre soudainement en larmes quand elle n’arrivait pas à terminer ses devoirs et, finalement, son corps se mettait à transpirer abondamment dès qu’il était question d’aller à l’école.
Le couple Wang a alors couru à droite et à gauche pour interroger des spécialistes, consulter des psychologues et suivre des formations à l’éducation des enfants. Ce qui, peu à peu, les a amenés à repenser leur système familial… Ils ont compris qu’ils devaient améliorer leur relation de couple, les différents motifs de ressentiment de la femme envers son époux l’ayant poussée à vouloir tout contrôler chez son enfant.
Ils ont progressivement “appris à se taire”, à “accepter sans conditions” leur enfant, à la respecter sans pour autant lui passer ses quatre volontés. Étape après étape, leur fille a fini par renoncer à s’enfermer dans sa chambre pour jouer à des jeux, et par venir dans le salon pour le faire… Avant de finalement consentir à sortir se promener avec eux.
Trouver le bonheur par soi-même
Le parcours qu’a dû suivre le couple Wang pour aider leur fille les a amenés à rencontrer beaucoup d’autres parents dans la même situation. Wang Yiyong a d’ailleurs créé un groupe d’échanges et de soutien mutuel à Pékin, qui organise régulièrement des rencontres où chacun partage son expérience et en discute avec les autres.
Tous constatent que leur objectif a évolué au fil du temps : il n’est plus de ramener leur enfant sur les bancs de l’école, mais juste de lui “donner la capacité de trouver le bonheur par lui-même”.
Mais le parcours de rescolarisation n’est pas toujours une sinécure. Comme le soulignent les médecins, certains objectifs apparemment simples ne sont pas faciles à atteindre pour les enfants ; tout est donc question, pour les parents, de patience et d’accompagnement.
Certains parents se plaignent souvent d’un chamboulement des temps de travail et de détente chez leur adolescent, qui peut par exemple veiller tard la nuit. Mais Li Ying explique que le jeune compense ainsi le fait qu’il doit se forcer pour aller en cours : un coucher tardif lui procure une sorte d’effet psychotrope. Le médecin a souvent besoin de rassurer les parents à ce sujet : “Au moins, s’il peut encore s’amuser, c’est qu’il reprend goût à la vie. Il faut d’abord le laisser exprimer sa vitalité, en lui permettant de faire ce qu’il veut dans les limites du possible, explique Li Ying. Ce n’est qu’après avoir passé cette étape qu’on pourra évoquer avec lui un retour à l’école.”
Zhongguo Qingnian Bao (Pékin)
«Le Journal de la jeunesse chinoise» est l’organe de la Ligue de la jeunesse. Plutôt réformateur, il est à l’écoute d’une société chinoise en pleine mutation. Il rivalise cependant difficilement avec son concurrent pékinois et d’autres journaux plus audacieux.
