Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Chine : Construire un autre monde possible

Renata Wimer est une musicienne du Mexique, elle est plutôt connue pour sa participation à des événements au Népal avec des instruments à corde (voir ci-dessous un de ses concerts). On l’attendait moins dans cette découverte des forces productives chinoises dont elle perçoit le projet civilisationnel, ce que nous appelons la philosophie matérialiste et sa dialectique de la nature… On perçoit mal en France dans nos divisions qui reproduisent celles de la classe dominante en crise, la manière dont au contraire se construit un processus d’unification face à la crise de l’impérialisme, la crise du capital et de la civilisation à laquelle il aboutit. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Visiteurs de l'Exposition internationale commerciale spatiale de 2026 à Pékin. Photo
Visiteurs de l’Exposition internationale commerciale spatiale de 2026 à Pékin. Photo : Xinhua

Renata Wimer*

25 janvier 2026

Face au déclin manifeste de la civilisation occidentale, et alors que l’espoir d’un avenir historique pour l’humanité semblait s’être évanoui, je me suis lancée dans un voyage en Chine. Je ne cherchais pas à confirmer des idées préconçues ; ce voyage était presque fortuit. Pourtant, cette expérience a profondément transformé ma vision du monde contemporain, me révélant qu’un autre projet civilisationnel n’était plus une utopie lointaine, mais une réalité en marche, et que l’histoire peut nous apprendre à envisager des alternatives possibles, même au cœur du chaos mondial. 

La Chine ancienne figure aujourd’hui parmi les forces les plus dynamiques de notre époque. Elle représente la croissance la plus rapide de l’histoire moderne et un système économique et politique unique. Elle a surmonté d’immenses difficultés historiques pour consolider une civilisation qui célèbre son passé millénaire et se projette avec détermination vers l’avenir. 

En 1978, année de ma naissance, Deng Xiaoping a lancé la grande ouverture économique de la Chine sans renoncer aux principes socialistes de ses prédécesseurs Hua Guofeng et Mao Zedong. Il est parvenu à concilier des visions qui semblaient incompatibles d’un point de vue libéral : un État ancré dans une vision socialiste et la mise en œuvre d’un modèle économique stimulé par les investissements étrangers, aboutissant à une économie mixte placée sous le contrôle total du Parti communiste. 

Dans les années 1990, la Chine est passée du statut de principal fournisseur de biens bon marché à celui de centre manufacturier de haute valeur ajoutée. Ce processus, qui s’est consolidé après 2010, a fait d’elle la puissance technologique et industrielle que nous connaissons aujourd’hui. Depuis 2016, elle est la première économie mondiale, selon le Fonds monétaire international. 

Rien de tout cela ne serait possible sans une planification méticuleuse du développement social, politique et économique. Pour les libéraux qui défendent le libre marché sans contrôle étatique – et se présentent comme des ennemis absolus du communisme –, il est bon de rappeler que toute cette organisation est le fruit des plans quinquennaux émanant du Parti communiste, initiés en 1953 avec l’arrivée au pouvoir de Mao. Elle est également rendue possible par l’histoire d’un pays qui a enduré des guerres civiles, des famines et des interventions étrangères. La Chine qualifie le XIXe siècle de « siècle de l’humiliation », une période durant laquelle elle a perdu des territoires stratégiques et a accepté des traités inégaux imposés par les puissances occidentales et le Japon. De cette expérience est né un profond sentiment d’unité nationale, de souveraineté et de protection de ses frontières. 

Deux mille ans d’influence confucéenne ont façonné une perspective politique distincte de la perspective occidentale. Le tissu politique chinois est robuste, fruit d’un long processus historique ; il ne saurait être jugé superficiellement. On dit souvent qu’il n’y a pas de démocratie en Chine, mais la réalité est que le peuple participe bien plus directement à la vie politique qu’en Occident, dans une forme de « démocratie substantielle » exercée par le biais de consultations locales, de syndicats, d’assemblées populaires et de l’Assemblée nationale populaire. Il ne s’agit pas d’un système multipartite – un modèle qui, par son alternance au pouvoir, engendre l’instabilité – mais plutôt d’un système fondé sur la méritocratie : ceux qui ont fait preuve de mérite en tant que penseurs, dirigeants et fonctionnaires gouvernent. 

La Chine a redéfini le socialisme : le marché y est un moyen, non une fin, et des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les transports et la banque dépendent de l’État, qui régule l’économie pour garantir une concurrence saine. De l’époque de Mao à nos jours, on trouve des écoles de marxisme dans toutes les universités, et l’enseignement de la philosophie marxiste, de l’histoire du Parti communiste et de la pensée de Mao, Deng Xiaoping et Xi Jinping est obligatoire. En Chine, le marxisme est étudié et pratiqué ; il ne s’agit pas de propagande. 

J’ai récemment lu un article dans El Economista qui m’a stupéfiée : le fondateur de Huawei, l’une des plus grandes multinationales technologiques, ne possède qu’un pour cent de son entreprise ; le reste appartient aux employés et à un comité syndical qui gère le programme d’actionnariat salarié. Cet exemple concret illustre clairement la différence sociale entre la Chine et l’Occident : bien qu’il existe des personnes fortunées, l’État et le Parti encadrent leurs activités afin d’empêcher un enrichissement sans limites. Ce principe marque l’une des différences structurelles les plus profondes entre la Chine et les démocraties libérales contemporaines. 

La Chine ne se contente pas de créer de la richesse : elle bâtit l’équité, la stabilité et un projet civilisationnel d’une portée historique inestimable. Aujourd’hui, ce processus offre une leçon au monde contemporain : oser l’impossible et se projeter vers un avenir commun, où la coordination entre l’État, la société et la culture permet de construire des alternatives viables et durables. 

* Créatrice de scènes, compositrice et actrice

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