28 janvier 2026
Oui et non. Comme en fait le décrit l’article, il est plus juste de noter qu’il y a de fait déjà un affrontement entre commerce et finance, le développement d’une contradiction fondamentale dont nous n’avons cessé de faire état y compris en critiquant le PIB ou en montrant comment les terres rares, ou les problématiques de l’IA base de phénomènes spéculatifs sont en train d’être dépassés par l’innovation chinoise. Cela fait partie du monde multipolaire et des contradictions du processus. Ce qui s’est passé à Davos et que les ridicules commentateurs ont attribué à la résistance de l’UE, voire à Macron, nous l’avons vu comme le signe de ce décrit Lénine, la division profonde de la classe dominante avec deux manifestations : le discours du canadien qui n’est pas un politicien mais un homme de la finance et la baisse non seulement des marchés mais la chute des obligations US. Ce qui est décrit ici et dans d’autres articles que nous publions aujourd’hui est bien cette tourmente qui fait que la finance cherche une zone de stabilité en Chine en renforçant sa pression sur le caractère socialiste de la Chine. C’est dans ce contexte dont se multiplient les signes, y compris comme nous l’avons vu, Starmer au nom de la City, mais aussi le rôle du parti renforcé face à des généraux trop proches des USA, la défense des institutions internationales par la Chine, la charte de l’ONU mais pas seulement, qu’il faut analyser les événements. Toute réflexion sur le socialisme qui ne prend pas en compte cette crise au sein de ce qui a dirigé l’économie de plus en plus contre le « commerce » à travers la domination US a de fortes chances de rater une dynamique essentielle qui pèse lourdement sur « l’inflation » et l’escalade guerrière (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoiretsociete).
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Tours du quartier financier de Détroit. Photo : Jeffrey St. Clair.
C’est la finance, et non le commerce, qui fait tourner l’économie mondiale.
Pendant près d’un demi-siècle, l’étude des taux de change mondiaux a été considérée comme une branche de la physique. Au sein des cercles feutrés de l’économie néoclassique, on croit en un état « naturel » des choses, un équilibre où les balances commerciales et les niveaux de productivité agissent comme une force d’attraction, ramenant les monnaies vers leur valeur fondamentale. Si un pays enregistre un excédent commercial persistant, sa monnaie devrait s’apprécier ; si ses usines deviennent plus performantes que celles de ses voisins, son pouvoir d’achat devrait suivre.
Pourtant, en janvier 2026, ce mécanisme d’une élégance implacable semble s’être détraqué. Le dollar américain, malgré des décennies de déficits commerciaux abyssaux, a défié les lois de la physique pendant une grande partie de l’année écoulée avant de chuter récemment de 10 %. Parallèlement, le renminbi chinois est en « dépréciation interne » depuis près de quatre ans, son taux de change effectif réel ayant baissé d’ environ 16 à 20 % depuis 2022. Ce phénomène s’est produit alors même que les véhicules électriques et les produits électroniques haut de gamme chinois inondaient les marchés mondiaux, signe évident des gains de productivité qui, dans un monde idéal, auraient dû faire s’envoler la monnaie.
Ce décalage suggère que nous utilisons le mauvais angle d’approche. Bien que l’économie réelle des navires et des usines conserve son importance, elle joue un rôle de plus en plus secondaire face à un acteur sous-jacent : le système financier mondial. Pour comprendre les fluctuations des principales devises mondiales, il est indispensable de s’intéresser non seulement aux registres commerciaux, mais aussi à l’univers volatil des flux de capitaux et des cycles financiers.
L’ampleur de ce changement est stupéfiante. Selon les dernières données de la Banque des règlements internationaux, le volume quotidien des transactions de change a explosé pour atteindre environ 9 600 milliards de dollars. Ce chiffre représente près de 70 fois le volume du commerce mondial. Dans un tel contexte, le taux de change reflète moins le prix des biens que celui des actifs. Il constitue un baromètre des « esprits animaux », pour reprendre l’expression keynésienne : il indique où les investisseurs internationaux souhaitent placer leurs capitaux et où ils craignent de les investir.
Ceci nous amène au cœur de la critique (post-)keynésienne. Contrairement à la vision néoclassique, qui postule que les marchés sont rationnels et autorégulateurs, la perspective keynésienne reconnaît que les anticipations peuvent devenir des prophéties autoréalisatrices. Dans un monde profondément financiarisé, les flux de capitaux ne se contentent pas de refléter la réalité ; ils la créent. Si les investisseurs anticipent une dépréciation de leur monnaie, ils la retirent, provoquant ainsi la dépréciation même qu’ils redoutaient, indépendamment de l’état de la balance commerciale sous-jacente.
L’expérience de la Chine en 2025 en est une illustration frappante. Pendant des années, l’hypothèse Balassa-Samuelson, pilier de la théorie néoclassique, a prédit que la modernisation industrielle rapide de la Chine entraînerait un renforcement du renminbi. Mais la réalité du cycle financier s’est avérée plus convaincante. Alors que le secteur immobilier chinois subissait un désendettement douloureux, contraignant même des géants étatiques comme Vanke à restructurer leur dette cet hiver, l’environnement du crédit intérieur s’est durci.
En période de récession financière, les règles habituelles d’appréciation du renminbi alimentées par le commerce sont suspendues. La faiblesse de la demande intérieure et la chute des prix de l’immobilier ont engendré un frein déflationniste que l’économie réelle, aussi productive soit-elle, n’a pu surmonter. Le manque d’intérêt qui en a résulté pour les actifs libellés en renminbi a maintenu les capitaux en retrait, préservant ainsi la faiblesse de la monnaie malgré des excédents commerciaux records, atteignant officiellement 1 200 milliards de dollars pour l’année civile 2025. De nouvelles données douanières, publiées il y a six jours, indiquent que les exportations de décembre 2025 ont bondi de 6,6 %, dépassant largement les prévisions des analystes.
Alors que le quinzième plan quinquennal, prévu pour 2026, approche à grands pas, certains signes indiquent que le cycle financier chinois approche de son point bas. Ces dernières semaines, le renminbi a atteint son plus haut niveau en 14 mois face à un dollar en repli. Cette évolution n’est pas due à une modification soudaine de la balance commerciale, restée solide pendant des années, mais à un réajustement des anticipations financières. Avec la modération progressive des taux d’intérêt américains et la stabilisation du marché obligataire chinois, les capitaux internationaux recherchent à nouveau un point d’entrée.
L’engouement pour les obligations « dim sum », ces titres de créance libellés en yuans émis à Hong Kong qui ont atteint des sommets historiques ce mois-ci, en est un parfait exemple. De grandes entreprises technologiques comme JD.com envisagent des introductions en bourse massives pour bénéficier de financements à bas coût. Ce phénomène témoigne d’une confiance dans la stabilité du yuan, peu liée au prix de l’acier chinois et davantage à la recherche de rendement dans un contexte de resserrement monétaire.
La leçon principale à tirer pour les décideurs politiques et les investisseurs est que l’ère de la neutralité monétaire est révolue. La finance n’est pas un instrument passif au service de l’économie réelle ; elle la domine souvent. L’insistance néoclassique sur la parité de pouvoir d’achat comme ancrage à long terme des taux de change relève de plus en plus d’une illusion nostalgique. En réalité, les taux de change s’écartent de ces équilibres théoriques depuis des décennies, sous l’effet des fluctuations de la liquidité mondiale et des décisions changeantes des analystes obligataires internationaux.
En 2026, l’architecture financière mondiale connaît une profonde restructuration. Le dollar demeure la monnaie de référence mondiale, présente dans 89 % des transactions, mais son avantage structurel est mis à l’épreuve par un monde qui ne se contente plus de dépendre d’une source unique et volatile de liquidités. Les efforts de la Chine pour approfondir sa coopération financière avec des places financières comme Singapour et le recours croissant au renminbi comme actif de réserve s’inscrivent dans une démarche plus large visant à construire un cycle financier moins dépendant des décisions de la Réserve fédérale américaine.
Pour ceux qui tentent d’anticiper les prochaines fluctuations majeures des marchés des changes, le conseil est clair : il faut cesser d’analyser les manifestes de chargement et se tourner vers les bilans. Au XXIe siècle, le taux de change est le prix d’un actif, régi par les lois de la finance et non par celles du commerce international. Ignorer le cycle financier, c’est s’exposer à être pris au dépourvu par les mouvements de l’économie mondiale.
Imran Khalid est analyste géostratégique et chroniqueur en affaires internationales. Ses travaux ont été largement publiés par de prestigieuses agences de presse et publications internationales.
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