Histoire et société3

Tant qu'il n'y a pas d'œuvre commune, il y aura toujours de l'intolérance

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Histoire et société > Culture

Bertolt Brecht et Olivier Neveu

Le théâtre peut-il encore prétendre agir sur le réel ? L’œuvre de Brecht, parfois réduite à quelques concepts, retrouve grâce aux nouvelles générations toute sa force critique, il s’agit alors d’inventer des formes capables de déjouer l’adhésion et de rendre visibles les rapports de domination.

Publié par Danielle Bleitrach

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Source : www.radiofrance.fr

Un spectre pourrait bien de nouveau hanter le théâtre politique : Bertolt Brecht. Non pas identique à ce qu’il a été, mais ajusté aux mauvais temps nouveaux. L'œuvre du dramaturge, poète, metteur en scène et théoricien Bertolt Brecht (1898-1956) engage le théâtre dans la lutte antifasciste et anticapitaliste. Brecht a forgé pour cela des outils comme la distanciation, le gestus ou le réalisme, et travaillé à l’élaboration d’un art populaire et combatif au service du plus grand nombre. Olivier Neveux poursuit son exploration des rapports que peuvent entretenir le théâtre et la politique. Ici, la politique est communiste et elle requiert de trouver ce qui, dans la radicalité du théâtre, lui permet de participer, à sa manière, à la “destruction de l’ordre existant”. Pour Olivier Neveux, professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l'École normale supérieure de Lyon, relire et jouer Brecht aujourd’hui, c’est interroger à la fois la puissance et les limites politiques de la scène :

"Je ne vais pas parler au nom de toute une génération. Brecht nous permet peut-être de nous éloigner d'une certaine forme d'académisme du théâtre politique contemporain. Il y a une espèce d’impératif politique aujourd'hui à faire du théâtre politique sur les scènes, à tel point que le terme politique s'est considérablement neutralisé ou délavé. Brecht lui redonne une dimension offensive. C'est quelqu’un qui, on pourrait dire de manière un peu schématique, a toujours pensé le théâtre de manière historique, en regardant les circonstances, les rapports de force. La question “À quoi bon le théâtre ?” n'est pas une question qui plane dans un ciel étoilé, c'est au contraire une question toujours prise dans des conjonctures et dans des rapports de forces. Brecht sait que ces œuvres peuvent devenir obsolètes, périmées, revenir. Donc d'essayer de penser la question du moment dans lequel on intervient, et ce moment aujourd'hui est particulièrement affolant. La deuxième chose : Brecht est un auteur qui aime la contradiction, sait que les contradictions sont absolument nécessaires, et il n'adopte absolument pas une position puritaine, qui voudrait dire tout ou rien, l’art ou rien, ou au contraire une position de démission par rapport à l'art. [...] Il tente de faire passer le théâtre d'une position morale à une position directement politique, il a donc un goût de la dialectique. C'est très important aujourd'hui de renouer avec cette conscience-là quand la lutte à mort se fabrique avec les fascistes. Savoir repérer des contradictions, savoir repérer le maillon faible, savoir saisir une opportunité, fait partie de l'activité politique."

À écouter

Bertolt Brecht (1898-1956), celui qui cherche

Toute une vie

France Culture

58 min

Présentation par Olivier Neveux de l'ouvrage Brecht et les mauvais temps nouveaux :

À écouter

"La résistible ascension d’Arturo Ui" de Brecht, lu par Johann Chapoutot

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