Piotr Akopov n’est pas un communiste mais disons un partisan du président Poutine, et un observateur trés fin de la réalité internationale, son article montre que, comme le KPRF, bien des Russes patriotes proches du pouvoir, ne se laissent absolument pas séduire par l’idée du partage du monde en zone d’influence. Un deal passé entre dictateurs sur le dos des « démocraties »… Encore une « rumeur » qui tient lieu d’analyse des réalités, avec la complaisance de nos politiciens et journaleux à inventer des « dictateurs » là où ils ne sont pas pour mieux éviter d’avoir à combattre la seule qui les opprime réellement. Il y a des spécialistes de « l’objectivité » qui prétendent quand la réalité est trop manifeste renvoyer les ‘autocrates » dos à dos avec une sympathie marquée néanmoins pour la grande démocratie que serait les Etats Unis dont on attend le salut. Alors que les pays qui sont socialistes (le vrai socialisme) ou l’ont été sont toujours soupçonnés de « tyrannie »… Ce consensus n’est pas seulement celui de la droite mais il est devenu celui de toute la gauche sans exception, la voie de sa marginalisation et de la montée de l’extrême droite. (note de danielle Bleitrach traduction de Marianne Dunlop)
https://ria.ru/20260110/ssha-2067043442.html
L’Amérique du Nord va diriger la moitié du globe : Donald Trump l’a clairement annoncé lorsqu’il a fait état de l’enlèvement de Nicolas Maduro. « La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », a déclaré le président américain, formulant ainsi le principe clé de la doctrine Donro, comme il appelle désormais la version actualisée de la doctrine Monroe vieille de deux cents ans. Le Venezuela doit être le premier exemple de sa mise en œuvre, suivi de Cuba, du Mexique, de la Colombie et de tous les autres pays qui n’écoutent pas les Américains, complotent contre eux et servent de tremplin (anti-américain, bien sûr) aux puissances de l’autre hémisphère.
C’est une bonne doctrine, et surtout une doctrine nouvelle : ce que Monroe a formulé il y a deux cents ans a ensuite été utilisé par les États-Unis à la fin du XIXe siècle lors de la création de l’Union panaméricaine, également connue sous le nom d’Union internationale des républiques américaines, transformée après la Seconde Guerre mondiale en Organisation des États américains. En d’autres termes, les États-Unis ont toujours voulu dominer leur hémisphère et ont même créé à cette fin la première organisation régionale au monde, afin de garder leurs voisins du sud sous contrôle. Aujourd’hui, l’histoire se répète, mais sans les faux-semblants de l’égalité sous le couvert d’unions interétatiques. Dictature brutale et loi du plus fort : que peuvent faire les pauvres Latino-Américains ?
Bien sûr, la supériorité américaine sur ses voisins du sud est énorme, mais elle l’était tout autant il y a deux cents, cent et cinquante ans. Et qu’est-ce que ça a donné ? L’Amérique latine est devenue de plus en plus anti-américaine, a revendiqué son indépendance, et au cours de ce siècle, son principal partenaire commercial est devenu la Chine (qui n’est en fait pas si loin, juste de l’autre côté de l’océan).
De plus, il y a cent ans, les États-Unis n’étaient pas la puissance hégémonique mondiale, alors qu’aujourd’hui, ils sont la puissance mondiale la plus forte, revendiquant leur hégémonie (ou plutôt son maintien) dans le monde entier, de l’Atlantique à la région indo-pacifique. En d’autres termes, les États-Unis ont plusieurs régions prioritaires d’égale importance, et le choix de l’une d’entre elles comme étant la plus importante semble très étrange. Plusieurs tentatives ont été faites pour expliquer les motivations d’une telle décision.
Les États-Unis veulent progressivement renoncer à leur domination mondiale et se concentrer exclusivement sur les régions qui les entourent. C’est pourquoi l’hémisphère occidental est prioritaire, tandis que l’Europe et le confinement de la Chine en Asie deviennent des tâches secondaires. D’ailleurs, le confinement de la Chine doit commencer par son propre « ventre mou », c’est-à-dire l’Amérique latine. Cette version est commode, mais elle ne correspond en rien à ce que veulent les partisans de Trump, à savoir que l’Amérique domine toutes les régions clés, y compris l’Europe (qu’ils comptent simplement remodeler en profondeur), l’Asie de l’Est et le Proche-Orient. Mais la domination américaine doit servir à renforcer, et non à affaiblir, son statut d’État et sa nation. C’est pourquoi, au lieu de la mondialisation (c’est-à-dire la domination des élites atlantiques supranationales), il faut des États-Unis superpuissants qui dirigent tout le monde, dictent leur loi à tout le monde et contraignent tout le monde.
Autre version : Trump veut partager le monde, c’est pourquoi il s’approprie l’hémisphère occidental, tandis que l’Orient s’apprête (sera contraint) à se soumettre à Xi Jinping, et l’Europe ira à Poutine. C’est une crainte très répandue chez les Européens — Macron a d’ailleurs déclaré récemment que les États-Unis se détournaient progressivement d’une partie de leurs alliés et s’éloignaient des règles qu’ils avaient eux-mêmes promues : « Le monde est entré dans une ère de rivalité entre grandes puissances, où la tentation de partager le monde est grande. »
Emmanuel n’accuse pas directement Donald, mais l’Europe est vraiment très inquiète face à la doctrine Donroe. Les craintes européennes sont compréhensibles : les Américains vont maintenant s’entendre avec Poutine sur l’Ukraine, puis renoncer à leurs garanties de sécurité, laissant le Vieux Continent seul face à la Russie. C’est pourquoi des voix s’élèvent déjà en Europe pour dire : « Donnons à Trump ce Groenland afin qu’il nous donne en échange des garanties fermes sur l’Ukraine. » Un plan intéressant, n’est-ce pas ? En réalité, c’est une folie : Trump ne donnera rien en échange du Groenland, car il est convaincu qu’il pourra s’en emparer de toute façon. Et il ne promettra certainement pas à l’Europe de se battre contre la Russie pour l’Ukraine, même si les Européens lui offrent autre chose en plus de l’île enneigée.
Est-ce que Trump cherche réellement à partager le monde ? Pas tout à fait, car il souhaite que les États-Unis occupent la première place non seulement en termes de politique pour ses propres citoyens, mais aussi sur la scène internationale. Il n’a pas l’intention de céder quoi que ce soit à qui que ce soit, même s’il comprend que les États-Unis ne pourront pas conserver longtemps ce qui n’est pas à eux. De plus, il estime que le monde est en mouvement et qu’il est impossible de définir de manière stricte les limites des sphères d’influence : alors pourquoi se précipiter pour les reconnaître chez les autres ? La Chine revendique sa domination en Asie du Sud-Est et en Asie de l’Est, mais les États-Unis ne veulent pas s’y résigner, espérant continuer à contenir Pékin (de plus en plus par l’intermédiaire d’autres pays) pendant encore de nombreuses décennies. La Russie regagne tant bien que mal ses positions, ce que Trump pourrait en principe accepter, mais que se passera-t-il si, comme le disent les Européens, elle souhaite ensuite dominer l’Europe ? De plus, les conceptions russe, chinoise et américaine de la domination sont très différentes, et Trump est tenté d’évaluer les idées de Poutine et de Xi à leur maximum, où la domination ne diffère en rien de la possession. Bien que pour la Chine et la Russie, cette conception ne s’applique qu’à Taïwan et à l’Ukraine, tous les autres territoires sont simplement considérés comme une sphère d’influence, qui n’est d’ailleurs pas toujours exclusive.
Mais Trump veut se montrer intraitable, en particulier aux yeux de Xi et de Poutine, qu’il considère comme des « conquérants ». D’où la doctrine Donroe : moi aussi, je peux proclamer une zone d’influence exclusive (même si ni Poutine ni Xi n’ont fait quoi que ce soit de tel), et j’ai les moyens de la mettre en œuvre en écartant la Russie et la Chine. Cela semble séduisant, mais en réalité, Trump devra composer avec une région immense dans laquelle les capacités politiques, économiques et humaines des États-Unis sont bien inférieures à ce qu’elles étaient il y a seulement un demi-siècle. Trump ne pourra rien faire avec la seule force militaire et les sanctions économiques : l’Amérique latine est fortement liée aux États-Unis, mais ses relations avec le reste du monde ne sont plus comparables à ce qu’elles étaient il y a encore peu de temps. Non seulement la Chine et la Russie, mais aussi l’Union européenne, le Japon et les pays du monde islamique ont des intérêts sérieux et à long terme dans la partie sud de l’hémisphère occidental.
Donald Trump ne parviendra tout simplement pas à soumettre l’Amérique latine, alors que les États-Unis eux-mêmes sont déjà peuplés pour un quart de Latino-Américains. Une seule chose est certaine : la latino-américanisation des États-Unis se poursuivra même après que la doctrine Donroe aura été reléguée aux oubliettes, y compris à Washington.
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