Égalité.
Un nouveau texte vise à “éradiquer” le sexisme et à interdire les comportements allant à l’encontre de l’émancipation des femmes, avec des amendes pour les récalcitrants. Une mesure à contre-courant de la vision traditionaliste et misogyne qui essaime ailleurs dans le monde, analyse “Nikkei Asia”. Plus généralement il faut bien mesurer que les guerres économiques qu’ont lancé les Etats-Unis vont a contrario des efforts gigantesques que fait le socialisme vietnamien pour unir développement dans une économie de marché et justice sociale pour les victimes désignés des moeurs patriarcales encore aggravées par le colonialisme, en ne renonçant pas à imposer des normes dans la famille, l’Etat et les societés qui s’installent pour bénéficier de la main d’oeuvre. note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Réservé aux abonnés Lecture 5 min. Publié le 31 mai 2026 à 13h18

Aux hommes qui disent que la place de leur femme est à la maison, les autorités vietnamiennes répondent désormais : préparez-vous à payer une amende.
En vertu d’un nouveau décret en vigueur depuis le 1er mai, le pays communiste prévoit en effet d’infliger une amende de 10 millions de dongs [environ 320 euros] à toute personne qui essaierait de dissuader les femmes de travailler. Une décision qui contraste avec le phénomène des “épouses traditionnelles” ou tradwives, qui sévit ailleurs dans le monde.
Le décret 76 entend éradiquer le sexisme en interdisant toute une série de comportements, notamment ceux qui viseraient à faire faire les corvées ménagères aux femmes, à leur imposer des choix en matière de contraception, à les empêcher de créer leur entreprise ou à proférer des insultes misogynes contre des femmes occupant des postes à responsabilité. Le nouveau texte renforce également les pouvoirs de la police pour assurer le respect de ces dispositions.
Le Vietnam fait mieux que bon nombre de pays en développement sur la question du travail des femmes, mais reste dirigé par une majorité d’hommes et dominé par une mentalité conservatrice. L’égalité entre les sexes, un des piliers de l’idéologie socialiste, suscite aussi des résistances au sein de la société.
Nous complétons cet article par celui d’extraits de l’analyse d’une ONG (Mekong) qui établit un bilan sur la condition féminine au Vietnam en 2025:
- 24 Mai 2024
La situation des femmes vietnamiennes en 2024 : progrès, défis et rôle des ONG | Mékong Plus
Éditorial
Comme le montre cette étude, la dernière décennie a vu des progrès significatifs pour les filles et les femmes au Vietnam, en termes de protection de leurs droits et d’accès aux opportunités dans plusieurs domaines.
Les femmes et les filles ont constaté une amélioration marquée des niveaux de vie, de l’accès à l’éducation et des opportunités économiques et d’emploi. Néanmoins, la sombre prévalence des violations des droits persiste, avec la violence basée sur le genre, le harcèlement sexuel et la traite des êtres humains affectant principalement les filles et les femmes.
De plus, les filles et les femmes n’ont pas bénéficié de manière égale des progrès réalisés au Vietnam. Et il existe des disparités significatives entre les environnements urbains et ruraux : les filles et les femmes dans les zones rurales souffrent d’une plus grande discrimination et de violations des droits, ont moins d’opportunités éducatives et professionnelles, gagnent des salaires plus bas et, en général, vivent dans une plus grande précarité. Les filles et les femmes dans les communautés rurales supportent de manière disproportionnée le fardeau des soins aux membres de la famille et passent de longues heures à faire les tâches ménagères et des travaux physiques épuisants, ce qui se traduit par un coût d’opportunité élevé. Sans éducation, qualifications et opportunités d’emploi formelles, d’innombrables filles et femmes restent piégées dans la pauvreté, faisant face à des perspectives d’avenir sombres.
(…)
Fondatrice & Présidente de Women’s WorldWide Web (W4)
Membre du Comité Consultatif Stratégique d’ONU Femmes France
Introduction
Loin de l’agitation des villes et de la tranquillité des campagnes vietnamiennes, un récit discret se déroule : celui des femmes. Leurs histoires, intrinsèquement liées à l’identité nationale, racontent un parcours remarquable vers le progrès, mais aussi les défis qui subsistent.
Cette exploration nous plonge dans la vie des femmes vietnamiennes d’aujourd’hui. Nous découvrirons leurs contributions essentielles au développement du pays, les obstacles auxquels elles sont confrontées et les organisations qui luttent pour leurs droits et leur autonomisation.
Situation des femmes au Vietnam : Quels progrès ?
Le cas des droits des femmes au Vietnam
Le Vietnam se targue d’un cadre juridique qui défend l’égalité des sexes, évident dans les lois garantissant des droits égaux en matière d’éducation, d’emploi et de participation politique.
La Loi sur l’égalité des sexes (2006) garantit des droits égaux pour les femmes en matière d’éducation, d’emploi, de soins de santé et de participation politique. La Constitution interdit également la discrimination fondée sur le sexe. Ces cadres juridiques forment une base positive pour la promotion des droits des femmes.
Au cours des dernières années, des progrès considérables ont été réalisés dans les domaines suivants :
- Éducation : Les taux d’alphabétisation des femmes ont grimpé en flèche, dépassant ceux des hommes. En 2009, le taux d’alphabétisation des femmes était de 88,7 %, dépassant le taux masculin de 88,4 %. En 2020, les deux sexes ont atteint des taux impressionnants de 97,1 % et 97,7 % respectivement. Cette tendance à la hausse signifie une réalisation remarquable dans la réduction de l’écart entre les sexes en matière d’éducation de base.
- Participation au marché du travail : Les femmes vietnamiennes sont très présentes dans la main-d’œuvre, avec des taux atteignant 75 % de participation, un chiffre bien supérieur aux chiffres de l’APAC et du monde, qui se situent autour de 45-50 %.
- Représentation politique : La présence accrue des femmes en politique est louable. De 20,4 % en 2011, le pourcentage de femmes à l’Assemblée nationale est passé à 30,26 % en 2021, dépassant la moyenne régionale de l’Asie du Sud-Est.
Aires urbaines et rurales : un monde d’écart
L’urbanisation rapide du Vietnam peint un décor dynamique pour les expériences des femmes. Entre 1990 et 2020, la population urbaine a plus que doublé, atteignant 40 %. Cette tendance devrait se poursuivre, avec des prévisions de plus de 50 % de Vietnamiens vivant en ville d’ici 2050. Ce changement dramatique signifie à la fois des opportunités et des défis pour les femmes naviguant dans des paysages divers.
Les conditions des femmes vietnamiennes dans les zones urbaines
Dans des villes animées comme Hanoï ou Ho Chi Minh-Ville, les femmes vietnamiennes sont de plus en plus visibles en tant qu’entrepreneures, dirigeant de petites entreprises dans l’économie informelle. Les études estiment leur contribution aux économies urbaines à un chiffre impressionnant de 70 %. Alors que beaucoup prospèrent dans cet environnement, le tableau financier n’est pas uniforme.
Les zones urbaines affichent généralement des salaires moyens plus élevés. La Banque mondiale rapporte un revenu mensuel moyen de 5,9 millions de dongs vietnamiens (240 USD) pour les résidents urbains, contre 3,8 millions de VND (155 USD) pour ceux des zones rurales. Cela se traduit par un écart salarial de 35 % en faveur des citadins.
Cependant, les environnements urbains entraînent des dépenses plus élevées pour le logement, la nourriture et les transports, réduisant les budgets des ménages. De plus, les femmes des villes peuvent être confrontées à un manque d’options de garde d’enfants abordables. Le manque de services de garde d’enfants abordables force de nombreuses femmes à choisir entre le travail et la famille, freinant ainsi leur participation économique.
Les conditions des femmes vietnamiennes dans les zones rurales
Les femmes rurales, représentant 60 % de la population féminine du Vietnam, rencontrent un ensemble unique de défis qui entravent leur bien-être et limitent leurs opportunités.
Le manque d’enseignants et de professionnels de la santé qualifiés dans les zones rurales impacte significativement leur accès à l’éducation et aux soins de santé, affectant ainsi leur santé générale et leur niveau d’éducation.
Principalement engagées dans le travail agricole, les femmes vietnamiennes font face aux dures réalités des bas salaires, des longues heures et de la dépendance aux conditions météorologiques imprévisibles qui peuvent bouleverser leurs moyens de subsistance. Il convient toutefois de noter que le secteur agricole est actuellement en déclin, au profit des secteurs industriels et des services.
Mais selon ActionAid Vietnam en 2022, la rareté des options d’emploi formelles et diversifiées dans les zones rurales limite leur potentiel de croissance des revenus et d’avancement professionnel, entravant leur liberté économique et leur mobilité sociale.
Comprendre ces défis interdépendants auxquels sont confrontées les femmes rurales est crucial pour formuler des politiques et des
programmes efficaces visant à combler les écarts entre les sexes et à améliorer les conditions de vie des femmes vietnamiennes.
Le rôle essentiel des femmes vietnamiennes dans le développement
Malgré les défis auxquels elles sont confrontées, les femmes vietnamiennes restent l’épine dorsale du développement de la nation.
Moteur économique : générer des revenus et soutenir les familles
Au-delà de leur présence omniprésente dans les rizières animées et les marchés urbains, les femmes vietnamiennes sont des géants invisibles qui dirigent l’économie du pays.
Études réalisées par Oxfam révèlent leur rôle crucial dans le secteur informel , contribuant ainsi à hauteur de 70 % aux économies urbaines et 40 % aux économies rurales. Cela se traduit par des revenus familiaux importants et un soutien vital aux familles, ce qui en fait le moteur caché du développement du Vietnam. Les femmes vietnamiennes excellent dans divers secteurs :
- Agriculture : Ils représentent 70 % de la main d’œuvre agricole , garantissant la sécurité alimentaire de la nation et générant des revenus d’exportation grâce à des cultures comme le riz, le café et les noix de cajou.
- Petites entreprises : Elles sont 90 % de micro-entrepreneurs , dirigeant de petites entreprises dans divers secteurs comme la fabrication de vêtements, les stands de nourriture et l’artisanat.
- Commerçants du marché informel : Ils dominent les marchés informels, vendant de tout, des produits frais aux articles ménagers, fournissant des services essentiels et créer des opportunités d’emploi.
Leur esprit d’entreprise transparaît dans leur ingéniosité, leur adaptabilité et leur résilience. Ils opèrent souvent avec des ressources limitées et évoluent dans un environnement commercial difficile, mais ils persévèrent et contribuent de manière significative à l’économie nationale.
Microcrédits pour les femmes de la minorité Raglay
Catalyseurs du changement : diriger les initiatives communautaires et le progrès social
Au-delà de leurs contributions économiques impressionnantes, les femmes vietnamiennes sont de puissants agents de changement , façonnant activement le tissu social de leurs communautés. Leurs efforts inlassables couvrent divers domaines, laissant un impact durable sur l’éducation, les soins de santé, la protection de l’environnement, les œuvres caritatives et bien plus encore.
Autonomiser la prochaine génération : les championnes de l’éducation et de la santé
Les femmes vietnamiennes comprennent le pouvoir transformateur de l’éducation et des soins de santé. Ils jouent un rôle crucial en tant qu’enseignants, agents de santé et organisateurs communautaires, garantissant que les services essentiels atteignent même les zones les plus reculées. Les statistiques illustrent leur impact :
- Les femmes représentent plus de 70 % des enseignants des écoles primaires du Vietnam, garantissant ainsi des opportunités d’éducation de la petite enfance aux jeunes enfants.
- Les travailleuses de la santé représentent près de 60 % de la main-d’œuvre, jouant un rôle essentiel dans l’amélioration des résultats en matière de santé maternelle. (Organisation mondiale de la santé, 2021)
- Les femmes vietnamiennes consacrent en moyenne deux fois plus d’heures que les hommes aux tâches ménagères telles que : nettoyer la maison, faire la lessive vêtements, cuisine et courses, soins familiaux et garde d’enfants.
Protéger leur environnement : les gardiennes de la durabilité
Conscientes de l’interdépendance des personnes et de l’environnement, les femmes vietnamiennes sont de fervents défenseurs de la protection de l’environnement. Leur leadership se traduit en action :
- 25 % des agricultrices vietnamiennes participent activement à des pratiques agricoles durables, telles que le compostage organique et la conservation de l’eau. (FAO, 2020).
- Des initiatives menées par des femmes telles que le « Mangrove Action Project » ont planté plus d’un million d’arbres dans les zones côtières, atténuer les impacts du changement climatique et protéger la biodiversité.
Thuý élève des vers pour sa ferme biologique
Les luttes des femmes vietnamiennes
Tout en reconnaissant leurs contributions, il est crucial de surmonter les obstacles auxquels les femmes sont confrontées.
Inégalités en matière d’éducation
Bien qu’elles soient plus nombreuses que les hommes en ce qui concerne l’éducation précoce, les femmes sont confrontées à un écart important en matière d’achèvement des études supérieures.
Même si les diplômes de licence peuvent atteindre la parité, seulement 1 diplôme de maîtrise sur 3 et 1 diplôme de doctorat sur 6 sont décernés à des femmes.
Mékong Plus mobilise la communauté pour le fonds de bourses.
Les 2% de filles les plus pauvres reçoivent une petite bourse. En conséquence, ils poursuivent leurs études plus que la moyenne des enfants !
Écart salarial
Atelier : transformation des noix de cajou
Même si les femmes excellent dans l’éducation préscolaire, elles sont concentrées dans des secteurs moins bien rémunérés comme l’agriculture et les industries de services.
De plus, les normes sociétales donnent souvent la priorité aux hommes pour les postes de direction, ce qui entrave l’évolution de carrière des femmes.
Enfin, les pratiques discriminatoires rendent difficile la négociation de salaires équitables, perpétuant ainsi le cycle des inégalités.
Chez Mékong Plus et ses partenaires locaux, 75 % des managers sont des femmes, car elles font très bien leur travail !
Harcèlement sexuel
Au Vietnam, près de 90 % des femmes déclarent avoir été victimes de relations sexuelles. harcèlement, commençant souvent à un jeune âge.
Malheureusement, la plupart manquent de sensibilisation et de compréhension, ce qui les laisse dans l’incertitude quant à la manière de réagir ou de demander de l’aide.
Même lorsqu’elles le font, seulement 20 % des victimes trouvent un soutien adéquat, ce qui entraîne des sentiments de colère, de peur et de vulnérabilité.
Ce problème omniprésent, présent dans les espaces quotidiens, exige une action collective. Nous devons non seulement responsabiliser les victimes, mais également sensibiliser l’ensemble de la société, en donnant à chacun les moyens de prévenir et de répondre efficacement au harcèlement sexuel.
Violences domestiques
Plus de 50 % des femmes mariées au Vietnam font l’expérience violence physique, émotionnelle ou sexuelle de la part de leur partenaire. Cette statistique alarmante reflète le problème omniprésent de la violence domestique.
Les femmes sont parfois abandonnées sans aucun soutien
Les normes patriarcales traditionnelles créent des dynamiques de pouvoir inégales au sein des familles, et la stigmatisation et la peur conduisent à une sous-déclaration.
En outre, des cadres juridiques inadéquats et des services de soutien limités empêchent les victimes de chercher de l’aide.
Traite des êtres humains
Le Vietnam est une source, un transit et une destination pour la traite des êtres humains, les femmes et les enfants étant les plus vulnérables. La pauvreté, l’éducation limitée et la faiblesse des contrôles aux frontières font des femmes et des enfants des cibles faciles pour les trafiquants.
Lte une application plus stricte de la loi, des stratégies de prévention et l’autonomisation des communautés pour des solutions durables.
Conclusion
Même si les femmes vietnamiennes ont pris leur envol, atteignant de nouveaux sommets dans des domaines autrefois inaccessibles, leur voyage est loin d’être terminé.
Les défis auxquels ils sont confrontés, depuis les normes sociales dépassées jusqu’aux inégalités persistantes entre les sexes, nous rappellent brutalement que le progrès exige des efforts continus. Nous ne pouvons pas célébrer leurs réalisations sans reconnaître les obstacles qu’ils doivent encore surmonter.

Views: 43










