Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Au Mexique, la GenZ est l’instrument de l’impérialisme

Traduction du bulletin du 31 décembre de Tricontinental Nuestra América

Novembre 2025. L’opposition de droite organise des manifestations à Mexico se réclamant de la ‘Génération Z’. Ces manifestations mettent en avant un programme d’extrême droite et ont recours à la violence dans l’espoir de faire tomber le gouvernement. Rodrigo Guillot, diplômé de relations internationales et militant du Mouvement de Régénération Nationale[1], nous fournit cette contribution qui nous éclaire sur le contexte de ces événements. (traduction et commentaires de Jean-Luc Picker)

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En novembre, la droite mexicaine a appelé à des manifestations dans toutes les capitales mexicaines.

Comme signe de ralliement, elle a repris la bannière inspirée du dessin animé One Piece, utilisée par les manifestants népalais[2] contre les mesures répressives imposées par le gouvernement. Le choix de ce symbole, déconnecté de la réalité mexicaine, est pour le moins étrange. C’est en fait un symptôme de l’absence de perspectives et d’identité forte dont souffre le camp réactionnaire depuis la victoire, en 2018, de la 4ème transformation.

Les acteurs politiques derrière les manifestations de novembre 2025 sont les mêmes que ceux qui ont lancé de nombreux mouvements de protestation contre l’administration de Andrès Manuel López Obrador (AMLO), entre 2018 et 2024. Leur cible privilégiée était ce qu’ils présentaient comme la destruction des institutions libérales, en réalité le processus de restauration des prérogatives de l’état initié par AMLO contre les principes néolibéraux qui ont régi le pays au cours des 6 précédents mandats présidentiels.

La nature des manifestations contre le gouvernement progressiste de Claudia Sheinbaum a évolué avec le nouveau contexte géopolitique. Nous vivons maintenant dans un monde ou le pari du fascisme apparaît gagnant, entraînant derrière lui des politiques identitaires xénophobes et soutenant une organisation économique basée sur une liberté extrême du marché. La droite mexicaine a donc logiquement abandonné le discours sur la défense institutionnelle en faveur de ce libéralisme extrémiste.

L’homme lige de ce revirement s’appelle Ricardo Salinas Pliego, propriétaire de la Banque Aztèque, de la chaîne de magasins Elektra (célèbre pour proposer des crédits impossibles à rembourser aux secteurs de la population les plus pauvres) et à la tête de TV Aztèque, une des deux plus puissantes chaînes de télévision au Mexique.

La position du grand patron s’est raidie au cours de la dernière période du mandat d’Andrès Manuel et des premiers mois du gouvernement de Claudia. Son opposition au gouvernement mexicain est en partie dictée par un procès qui pourrait le forcer à payer des milliards de pesos en arriérés d’impôts. Une de ses stratégies pour y échapper a été de menacer de poser sa candidature à l’élection présidentielle, une idée qui séduit certains secteurs de la droite.

Alors qu’il est âgé de 70 ans, le richissime magnat a décidé d’intituler les manifestations de novembre « marches de la Gen Z ». Pour faire le buzz, il a recruté une équipe d’influenceurs, rémunérés, créé des faux comptes sur X/Twitter et mobilisé ses présentateurs de télévision. Pendant des semaines, ils ont présenté l’opération comme s’il s’agissait d’un mouvement spontané parti de la société civile appelant à enlever le pouvoir à la gauche.

Alors que les préparatifs de la mobilisation battaient le plein, on a appris le meurtre de Carlos Manzo, maire d’Uruapan, connu pour sa lutte contre le crime organisé dans l’état du Michoacán. Les organisateurs ont alors cherché à placer la question de la sécurité au centre des revendications, brandissant la photo du maire assassiné comme un appel à  l’insurrection. La femme de Carlos Manzo, Grecia Quiroz, à qui revenait la position de maire in Uruapan en remplacement de son mari, a dû publiquement se démarquer de cette mobilisation.

Collectif Subterraneo à Mexico : les cancrelats fascistes (2025)

L’aboutissement de tout cela fut, le 15 novembre, des rassemblements dans un certain nombre de villes du pays, regroupant des groupes et des classes sociales disparates. A part l’appel à renverser la présidente Claudia Sheinbaum, aucun mot d’ordre, aucune cause commune ne les réunissait.

Sur Zócalo, la place centrale de Mexico et plus grande place du pays, des groupes de manifestants encagoulés, armés d’objet métalliques, ont attaqué les forces de police. D’une façon générale, l’opposition n’hésite pas à utiliser le langage de la violence. Mais, tout au long du mandat d’AMLO, aucune de ses manifestations n’a entraîné d’épisodes de violence.

Cette nouvelle donne est à mettre en relation avec le glissement stratégique de la droite mexicaine. L’assemblée de la ville de Mexico a d’ailleurs décidé de lancer une enquête sur des soupçons de financement des agitateurs par deux maires d’arrondissement, membres du Parti d’Action Nationale.

L’opposition mexicaine a certainement considéré cet épisode comme une répétition réussie, puisque dès le jour suivant, elle appelait à manifester de nouveau dans la ville de Mexico le 20 novembre. Alors qu’ils avaient planifié d’emprunter un itinéraire croisant la parade militaire qui se tient chaque année pour célébrer la révolution mexicaine, la présidente a annoncé que le défilé militaire emprunterait une route différente afin d’éviter tout acte de violence. Mais cet incident est une claire indication de la détermination de la droite à provoquer des violences.

Au final, la seconde mobilisation a fait un flop. Non seulement la confrontation avec la parade militaire n’a pas pris place, mais elle a à grand peine rassemblé 200 personnes. Elle a néanmoins démontré les intentions des groupes d’opposition : pousser au-delà des limites pour provoquer une confrontation violente avec l’appareil d’état.

Dans le contexte où le Parti d’Action National (PAN) et le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) appellent ouvertement à l’intervention des Etats-Unis sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue et accusent le gouvernement mexicain d’autoritarisme et même de communisme, le raidissement de la droite et son glissement vers des solutions fascistes et violentes doit être compris comme une tactique destinée à s’intégrer dans la stratégie interventionniste des Etats-Unis.


[1] NdT : Morena, le parti de AMLO et Claudia Shienbaum, au pouvoir depuis 2018

[2] NdT : et avant eux Indonésie

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