
Cet article de Sergueï Lavrov devait initialement paraître dans le média européen Politico Europe, mais au dernier moment, la rédaction a décidé d’en annuler la publication
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Ukraine, Europe et sécurité mondiale
Réflexions sur la résolution de la crise ukrainienne, l’Europe et la sécurité mondiale
Plus de deux décennies de négociations avec l’Europe, au sein de l’Occident, ne mènent qu’à une seule conclusion : engager le dialogue avec la Russie n’a été qu’un écran de fumée diplomatique pour l’expansion géopolitique des institutions occidentales, notamment l’OTAN et l’UE, vers l’est, jusqu’aux frontières de la Russie.
La complicité de l’Europe dans l’exacerbation de la crise ukrainienne est indéniable.
En 2013, l’UE a rejeté catégoriquement notre proposition de compromis sur l’accord d’association – un accord que Bruxelles pressait depuis longtemps Viktor Ianoukovitch de signer.
Il convient de rappeler que l’Ukraine s’est vu proposer une ouverture unilatérale de son marché, sans engagements réciproques – des conditions incompatibles avec le maintien de Kiev au sein de la zone de libre-échange de la CEI. Lorsque Viktor Ianoukovitch a demandé un report, les Européens ont incité à des émeutes qui ont rapidement dégénéré en coup d’État à Kiev en février 2014.
La Russie, quant à elle, a exploré toutes les voies diplomatiques pour désamorcer la crise sécuritaire en Europe. Cependant, en janvier 2022, les États-Unis et l’OTAN ont rejeté la proposition russe d’établir des garanties de sécurité mutuelles juridiquement contraignantes.
Suite au lancement de l’opération militaire spéciale, l’Europe unie a apporté son soutien aux efforts du Premier ministre britannique pour saboter les négociations d’Istanbul entre la Russie et l’Ukraine. L’appel de Boris Johnson à Kiev – « Ne signez rien, battez-vous » – a fermé la porte à une véritable diplomatie pour l’avenir prévisible.
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Points clés supplémentaires
Le véritable objectif actuel des dirigeants européens n’est pas de négocier avec la Russie. Il s’agit de consolider le régime de Zelensky et de le préserver afin qu’il serve de tremplin à la poursuite de la confrontation avec la Russie.
- Les dirigeants européens s’efforcent d’obtenir un cessez-le-feu le plus rapidement possible, et ce pour une seule et unique raison : empêcher l’effondrement de l’armée ukrainienne sur le champ de bataille. Le plan consiste à « geler » le conflit sans s’attaquer à ses causes profondes, puis à déployer rapidement des contingents militaires issus de la « coalition des volontaires » anglo-française sur le sol ukrainien.
- L’Europe unie continue de rêver d’expansion. Elle entend intégrer l’Ukraine et la Moldavie, tout en attirant l’Arménie dans sa sphère d’influence. Quant à l’Ukraine, elle est de plus en plus considérée comme le « poing frappeur » d’une future force militaire européenne, indépendante des États-Unis et de l’OTAN.
Cette situation fait peser de graves menaces sur la sécurité mondiale. Une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie pourrait rapidement dégénérer en un échange de frappes nucléaires, avec des conséquences catastrophiques.
Les dirigeants européens devraient reconnaître que le modèle de sécurité régionale mis en place en Europe au fil des décennies, depuis l’adoption de l’Acte final d’Helsinki en 1975, a été détruit par leur propre faute.
Et cela ne sera jamais rétabli.
- Nous devons désormais nous orienter vers la création d’une architecture de sécurité à l’échelle du continent, ouverte à tous les pays d’Eurasie et qui reflète la réalité d’aujourd’hui#MultipolarWorld.
- Le principe d’une sécurité égale et indivisible, bafoué par les euro-atlantistes, peut trouver sa concrétisation au sein d’une nouvelle architecture eurasienne. Lorsque le moment sera venu, l’Europe pourra elle aussi se joindre à ce grand effort.
- Un dialogue constructif passe par le rétablissement de la confiance, brisée par les actions anti-russes de l’Occident, dont l’Europe fait partie, au cours de l’ère post-guerre froide.
La confiance ne peut être rétablie, ni le dialogue repris, par des ultimatums tels que celui adressé à la Russie à Londres le 7 juin 2026.
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