Histoire et société (archive 2020-2026)

Dieu me pardonne, c'est son métier...

Interview de Laurent Brun dans la Pravda

Par Danielle Bleitrach 26 janvier 2021
Textes fondamentaux

Cet interview à paraitre dans la Pravda et dans l'hebdomadaire des communistes allemands Junge Welt. Voici donc avant sa traduction dans ces deux langues l'original en français de cet important interview. A ma connaissance c'est la première fois que je lis un texte qui a une telle capacité de synthèse sur la plan non seulement des luttes mais de leur perspective politique. Il est très important parce qu'il témoigne aussi de la nature de l'enjeu: quelle sera la force politique qui imposera ses choix et perspectives au monde du travail. Le capital arrivera-t-il à imposer au pays de la lutte des classes qu'est la France, une incapacité pour les travailleurs à accéder à une perspective politique, ce qui a été réalisé en Allemagne et aux USA. (note de Danielle Bleitrach)

L’autre courant, qui est présent d’ailleurs chez les réformistes comme chez les révolutionnaires sont les autonomes. Là ce n’est pas une question de gestion du système économique – c’est plutôt une question d’organisation et de fonctionnement. Ces organisations-là partent du principe que toute forme de structuration nationale est une forme d’une certaine oppression, que chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut, évidemment la problématique de cette logique-là est qu’ils sont complètement inefficaces, parce que dans la même organisation on peut avoir 50 positions différentes, on n’est jamais capable de mobiliser ensemble – c’est un peu stérile comme principe. C’est un peu la logique petite-bourgeoise : globalement je participe à cette décision, mais si elle ne me plaît pas, je reste sur mes positions à moi, parce que c’est mon intérêt à moi qui prévaut sur tout le reste. A c’est des tendances qu’on affronte.

Après la fin de la crise sanitaire de la COVID-19 l'année prochaine : c’est compliqué de prédire ce qui va se passer, on ne sait pas trop à ce moment quand est-ce qu’on va s’en sortir mais ce qu’on sait quand même est que d’abord malgré la COVID-19 il y a de plus en plus de batailles locales, il y a des plus en plus de grèves, encore souvent défensives, c’est par rapport à un plan social, mais il y a aussi des grèves offensives sur les salaires par exemple, il y a beaucoup des gens en France qui ont été privés de leur salaire avec le chômage partiel, et ça mène à des revendications parce qu’il y a des entreprises qui s'en sont très bien sorti pendant la COVID-19, et leur salariés ne voient pas de raison pourquoi leur profit ne soit pas partagé entre les salariés, donc il y a ce type de conflits-là mais il y a énormément de colère dans les entreprises et dans le monde du travail en général, et donc je pense que dès qu’on aura – et d’ailleurs c’est ce que le gouvernement essaie d’éviter – un arrêt franc de toutes ces mesures de limitation de liberté, interdictions de manifester, des gestes barrières etc., même si en ce moment ils sont utiles, une fois que tout ça sera effacé on organisera une vraie mobilisation, et je pense que ça aura du succès. En ce moment il y a aussi la crainte d’être contaminé, on a beaucoup de salariés âgés, même des retraités et ils ne participent plus à rien en ce moment dans la peur de tomber malades. Une fois que cette chape de plomb va être enlevée je pense que toute la colère qui a été accumulée pendant ce moment-là pourrait exploser. Il y a un peu cet effet de la réforme des retraites. Même que si le mouvement contre la réforme des retraites est resté limité dans le temps, aussi le mouvement contre la loi du travail avant – je pense qu’on peut arriver à une mobilisation sociale forte. Le gouvernement voudra évidemment l'éviter, car on s‘approche aussi de la campagne présidentielle, et les deux ensemble ça ne fera pas bon ménage.

Tout d’abord il y a notre passé révolutionnaire : même si la révolution française date de très long temps, le principe de la contestation reste très ancré chez nous. Puis le Parti communiste a joué un rôle énorme dans l’histoire du pays parce que dans les grandes périodes de la conquête sociale en France même presque dans toutes les grands luttes (des mines etc.) le Parti communiste a été en tête. Et dans les grandes périodes de la lutte sociale comme par exemple 1936 lorsqu'on s’est battus pour les congés payés, le Parti communiste a été au cœur de ça. Les nationalisations et d’autres acquis sociaux après-guerre, la participation au mouvement de la Résistance, la création de la Sécurité Sociale – partout les communistes ont joué le rôle de l’avant-garde. Ce qui fonctionne chez nous en France c’est cette idée de l’appropriation collective des moyens de production. Le système ne fonctionne pas comme on veut ? – il faut qu’on ne reste pas là tant que spectateurs, il ne faut pas qu’on fasse du lobbying dessus - il faut qu’on prenne le pouvoir. Mais il n’y a pas seulement la révolution française qui a pesé dessus - il y a aussi la révolution russe, parce que c’est quand même les deux mamelles, sur lesquelles le mouvement ouvrier français s’est appuyé. En France par exemple la construction des chemins de fer qui n’est pas liée à la guerre (la SNCF a été créée en 1938) s’est basée sur la nationalisation du réseau ferroviaire – parce que les capitalistes qui gèrent sans réfléchir dans une perspective globale, de la manière de tirer un profit maximum n’ont pas été capables de créer un réseau ferroviaire qui puisse répondre aux besoins du pays. Tout ça se termina en faillite et l’état était obligé de reprendre le réseau. Et comme en parallèle il y avait un mouvement social dur et un mouvement des cheminots qui ont été unifiés, les autorités d’état ont été obligés de créer des formes d’appropriation collective, y compris des nationalisations. Les militants ont été pour l’appropriation collective des moyens de production – c’est là où les chemins de fer ont été nationalisés. Et dans la situation d’aujourd’hui avec la réforme de la SNCF de mon point de vue il faut revenir en arrière sur la question d’appropriation collective mais – ce qui est différent de l’époque – les usagers doivent aussi avoir la possibilité d’y participer. L’essentiel c’est la conscience de classe, et la conscience de classe a beaucoup d’échos en France aussi ; parce que justement la révolution française nous a donné une bonne leçon d’affrontement des classes.


Commentaires (3)

Michel BEYER
26 janvier 2021

Pas une seule question sur l'UE, sur la CES....bizarre!!!!

drweski
27 janvier 2021

Intéressant, mais pourquoi aucune question sur la CES ni sur la CSI. Aucune mention non plus du syndicalisme de classe international et de la FSM, malgré la résolution votée lors du dernier congrès de la CGT. Pourtant, ce sont les positions prises sur l’international à l’heure de la mondialisation capitaliste qui entraînent la plupart des décisions sur le plan intérieur. A l’heure des 250 millions de grévistes en Inde, de la pandémie, et quand la FSM a dépassé 100 millions d’adhérents, ces questions ne peuvent plus être évacuées. Il faut aussi faire le bilan de tout le « syndicalisme rassemblé » ou « syndicalisme d’accompagnement » promu par la CES et la CFDT mais suivi par la confédération CGT depuis. Quelle position par rapport aux Assises de Martigues et aux mobilisations qui ont précédé organisées par les fédérations et les UD CGT les plus combatives sur une ligne de classe ...mobilisations qui vont se poursuivre ?

jean claude MOLLARD
29 janvier 2021

Je suis militant à la CGT depuis 1969,plus particulièrement à l'UFICT-CGT de la Métallurgie jusqu'en 2002 Chez DUCELLIER, puis VALEO, SAGEM. Aujourd'hui, je milite dans le Cantal dans ma Section MULTIPRO CGT.
Je suis syndicaliste révolutionnaire convaincu, il n'y a pas d'autres solutions que le changement fondamental de la société capitaliste dans lequel on vit, et qui détruit tout.
Il faut mettre en place une véritable Sécurité Sociale Citoyenne. SANTE: 100% GRATUIT POUR TOUS. FAMILLE: EGALITE DES CHANCES POUR TOUS. TRAVAIL: après les études, quelques soient l'âge, GARANTIT D'UN TRAVAIL? A VIE?JUSQU'A SA MORT.
On peut mettre en place les dispositifs nécessaires pour que cela soit réalisable, encore faut-il y croire et le dire et l'écrire.
En ce qui concerne les partis politiques et la CGT; pour moi, chacun à son rôle, mais la CGT doit absolument être indépendante des partis et surtout, bien évidemment des PATRONS et du système capitaliste dans lequel on vit?!!!
Même si nous avons souvent été ensemble avec le parti communiste dans les luttes, notamment dans notre entreprise Chez DUCELLIER aujourd'hui VALEO (pour ce qu'il en reste, 7000 aujourd'hui environ 2000)
Salutations fraternelles.
Jean Claude MOLLARD.
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