Histoire et société (archive 2020-2026)

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Egon Krenz : le mouvement de protestation en RDA en 1989 ne voulait pas de l’unité allemande

Par Danielle Bleitrach 11 octobre 2023
Cinéma

L’unité allemande était-elle vraiment voulue par les protestataires en RDA ? Egon Krenz dit « Non ». Un article d’invité. Paul Barbazange nous a envoyé cet important article précédé du commentaire d'une camarade allemande que voici et qui parle du contexte allemand actuel, de la montée de l'extrême droite et s'interroge sur les origines d'une telle résurgence. Comme le disait Heiner Muller, la destruction de la RDA, ça a été la destruction d'une alternative, désormais on va vous vendre la même saucisse, une fois avec de la moutarde, une fois avec du ketchup. Il est clair que nombreux étaient ceux qui ne voulaient pas la fin de la RDA non seulement à l'est, mais à l'ouest. Et elle n'aurait pas pu avoir lieu sans la trahison de Gorbatchev, c'est la thèse défendue par Egon Kenz, le dernier président de la RDA, qui parle rarement pour ne rien dire. La camarade allemande dénonce la politique des sanctions contre la Russie et la désindustrialisation, le fossé des inégalités, derrière les "verts", les habitants de l'est savent ce que cela représente, ils l'ont déjà vécu. (note et traduction -avec deepl- de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)

A l'occasion de la "fête nationale" du 3 oct. la Berliner Zeitung vient de publier plusieurs articles sur la réunification, dont hier un article d'Egon Krenz au titre "Le mouvement de la protestation (en RDA 1989) ne voulait pas la réunification". L'objectif du journal est de déclencher un débat sur les problèmes qui en résultent. C'est vrai que les institutions publiques, les médias et une grande partie des citoyens à l'ouest discréditaient la RDA. Mais il y avait aussi pas mal d'Allemands de l'ouest qui souhaitaient que la
RDA reste et réussisse. A l'époque Il y a même eu certains élites à l'ouest qui se sont opposées à la liquidation de la RDA, voir le meurtre de M. Rohwedder, le premier président de la Treuhand. A mon avis le vrai problème actuellement c'est la politique des sanctions et de la rupture totale avec la Russie par le gouvernement fédéral, représentée avant tout par le parti des Verts. Ainsi Sahra Wagenknecht dans sa Newsletter du 5 oct, "Surmonter les divisions au lieu de les aggraver" : "Nous assistons à une aggravation de la division sociale et politique, pas tant entre l'Est et l'Ouest …. qu'en raison du fossé croissant entre le haut et le bas, du conflit entre une élite d'opinion affinitaire verte d'un côté et la majorité de la population d'autre part. … Et ce qui est peut-être encore pire, c'est qu'ils (les élites vertes) représentent un abandon total de toute politique de détente et poussent ainsi au déclin du pays." Le peuple de la RDA ne veut pas connaitre une deuxième défaite comme celle des années 1990. Contrairement à l'ouest ils comprennent bien mieux ce que signifie la désindustrialisation en cours.

z07.10.2023 | 06 h 08

4 novembre 1989 : Manifestation contre la violence et pour les droits constitutionnels, la liberté de la presse, la liberté d’expression et de réunion, devant le Palais de la République.

4 novembre 1989 : Manifestation contre la violence et pour les droits constitutionnels, la liberté de la presse, la liberté d’expression et de réunion, devant le Palais de la République.Rolf Zöllner/Imago

À l’occasion de la Journée de l’unité allemande, on a beaucoup parlé dans les discours et les interviews du respect des biographies de la RDA. C’est louable, et il faut espérer qu’elle sera enfin mise en œuvre dans la politique pratique.

Cependant, c’est une falsification de l’histoire si, en même temps, on prétend que les réalisations des citoyens de la RDA ont été accomplies malgré le régime de la RDA. Au contraire, il est vrai que beaucoup de choses dans lesquelles la RDA était supérieure à la République fédérale, telles que l’égalité des droits pour les femmes, la promotion de la jeunesse, le système éducatif, la garde des enfants et bien plus encore, n’étaient possibles que dans les conditions de la RDA.

C'est également une falsification de l'histoire que d'établir un lien entre les manifestations de l'automne à Leipzig et dans d'autres villes de la RDA et l'unité allemande.

L'automne 1989 n'était pas un prélude au rattachement de la RDA à la République fédérale.

Voici quelques faits qui sont manifestement passés sous silence :

Le 9 octobre 1989, aucune demande d'abolition de la RDA ou d'unification avec la République fédérale n'a été formulée. Même la démission du gouvernement n'a pas été demandée. Le chef d'orchestre Kurt Masur, le théologien Dr Peter Zimmermann, l'artiste de cabaret Bernd-Lutz Lange ainsi que les secrétaires de la direction du SED Dr Kurt Meier, Jochen Pommert et Dr Roland Wötzel avaient appelé la population à la prudence. Il est utile de se rappeler le texte original :


"Notre préoccupation et notre responsabilité communes nous ont réunis aujourd'hui. Nous sommes concernés par l'évolution de notre ville et cherchons une solution. Nous avons tous besoin d'un libre échange d'opinions sur la poursuite du socialisme dans notre pays. C'est pourquoi les personnes citées promettent aujourd'hui à tous les citoyens de mettre en œuvre toute leur force et leur autorité pour que ce dialogue soit mené non seulement dans le district de Leipzig, mais aussi avec notre gouvernement. Nous vous demandons instamment de faire preuve de discernement afin que le dialogue pacifique soit possible".

On a demandé à Wolfgang Ullmann, du mouvement citoyen "Demokratie jetzt" (La démocratie maintenant) : "Sur la question de la souveraineté, l'opposition tire à la même corde que le SED ?" L'historien ecclésiastique a répondu : "Oui, je n'ai pas honte de le dire… D'ailleurs, je fais partie des gens qui ne cachent pas du tout qu'ils se sont toujours su aux côtés des communistes, même dans notre pays, en ce qui concerne la décision fondamentale antifasciste". (Source : interview de Wolfgang Ullmann, taz du 18 novembre 1989).

Zum Autor
Egon Krenz wurde im März 1937 in Kolberg, Pommern, geboren. Krenz war vom 18. Oktober bis zum 6. Dezember 1989 als Nachfolger Erich Honeckers Generalsekretär des ZKs der SED sowie ab 24. Oktober bis zum selben Enddatum Staatsratsvorsitzender und Vorsitzender des Nationalen Verteidigungsrates der DDR.

À propos de l’auteur
Egon Krenz est né à Kołobrzeg, en Poméranie, en mars 1937. Du 18 octobre au 6 décembre 1989, Krenz succède à Erich Honecker comme secrétaire général du Comité central du SED et, du 24 octobre jusqu’à la même date de fin, président du Conseil d’État et président du Conseil de défense nationale de la RDA.



https://www.berliner-zeitung.de/politik-gesellschaft/egon-krenz-die-protestbewegung-in-der-ddr-von-1989-wollte-keine-deutsche-einheit-li.1405566




Commentaires (1)

Bernard Malfon
11 octobre 2023

lu dans Ostrovski : "erreur ou trahison ... " : "Dés la fin du plenum de juillet (1990) du CC du PCUS, Mikhail Gorbatchev disparut de Moscou. On apprit par la suite qu'il avait passé les 15 et 16 juillet dans son pays natal, le village de montagne d'Arkhyz, où, à l'abri des regards indiscrets, il avait rencontré le chancelier de la RFA, H. Kohl ..."
Le livre d'Alexandre Ostrovski nous dévoile l'ampleur de la trahison de Gorbatchev et d'une bonne partie de l'élite de l'URSS