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DES ÉTATS-UNIS, DU DOLLAR, DE LA THÉORIE DE LA MONNAIE ET DE L’IMPÉRIALISME CONTEMPORAIN - - Conclusion (4/4), par Jean-Claude Delaunay

Par Danielle Bleitrach 19 juillet 2023
Textes fondamentaux

Nous voici à la conclusion de l'important travail théorique de Jean-Claude Delaunay.

Je me permets à ce stade de proposer un commentaire plus personnel:

Le travail de Jean-Claude fournit un cadre de réflexion marxiste et cohérent pour analyser l'évolution de l'impérialisme depuis le tournant des années 70. Pour moi, c'est une étape très importante dans le travail nécessaire de réorientation que ce blog entreprend depuis plusieurs années. Ce cadre théorique général manque cruellement, depuis plusieurs années, et c'est une des causes à mon sens du trouble et de la désorientation globale du mouvement communiste. Ce n'est pas la première fois que Jean-Claude attire notre attention sur la question de l'impérialisme. Un texte précédent avait déjà mentionné la notion d'impérialisme généralisé pour évoquer le fait Mais le travail mené parvient ici à relier en un schéma général plusieurs traits caractéristiques de l'évolution de l'impérialisme, notamment la question de la financiarisation, l'évolution des structures productives et la question de la monnaie internationale.

Voici pour moi les points clés de ce travail qui changent profondemment notre appréciation de la situation :

Ce travail très intéressant soulève à son tour une série de questions nouvelles :

(note de Franck MARSAL pour histoireetsociete, mise à jour après publication suite à un contre-temps de ma part. Toutes mes excuses. )

CONCLUSION DE L’ENSEMBLE

Je vais conclure ce texte en me situant surtout dans le court terme. Ce faisant, je dirai que le dollar US a été un élément efficace de fonctionnement l’Impérialisme mondialisé au cours des années 1970-2005, soit 35 ans, ce qui n’est pas si mal, du point de vue des dirigeants et bénéficiaires de ce système. Aujourd’hui, ce rôle est en voie de se terminer. Cela dit, la bête n’est pas morte.

Sans doute le rôle du dollar US au cours de ces années a-t-il été plutôt celui d’un complément d’autres moyens que celui d’un moyen principal. Mais dans ce cadre secondaire, il a servi les objectifs qui lui avaient été assignés.

Après 1991, les capitaux monopolistes envahirent avec succès la Russie et ses Etats périphériques. Les populations de l’URSS défunte s’appauvrirent mais les entreprises qui s’installèrent dans ce pays en tirèrent d’importants bénéfices. Enfin, les taux de profit de l’intervalle furent fortement relevés par rapport à leur niveau des années 1970. Tout s’est passé, à cette époque, comme si la crise de suraccumulation durable du capital avait été surmontée.

Puis la situation s’est dégradée. En 2007-2008, la crise de suraccumulation a refait surface et, à partir des Etats-Unis, a ressurgi dans le monde entier. Le Président Obama alimenta généreusement en dollars les banques américaines en faillite. Mais les ennuis commencèrent avec la Russie, qui se mit à vouloir se développer de manière indépendante, en nationalisant quelques grands secteurs de l’énergie. Ses dirigeants ne s’imaginaient pas que cela puisse contredire les intérêts américains. Ils demeuraient confiants dans les promesses du pays frère qu’étaient encore à leurs yeux les Etats-Unis. Quant à la population chinoise, elle croyait encore elle aussi en la sincérité de l’Amérique. Mais ses dirigeants commençaient à s’inquiéter. Le grand financement de portée mondiale auquel procéda Hu Jintao en 2009 se révéla peu efficace et même contre-productif. Lorsque Xi Jinping et son équipe arrivèrent au pouvoir en 2013-2014, ils abandonnèrent les références keynésiennes classiques et cherchèrent à définir une «nouvelle normalité».

Retrospectivement, au vu de ce qui se passe aujourd’hui, on peut penser que le coup d’Etat de 2014 organisé par les Etats-Unis en Ukraine et la mise en place des accords de Minsk avec la volonté explicite, dès le départ, de ne pas les respecter pour faire de l’Ukraine une base de guerre contre la Russie, ne fut pas une coïncidence.

Les faux accords de Minsk furent décidés, j’en fais l’hypothèse, alors que l’Impérialisme commençait à douter de sa capacité à dominer le monde.

Si l’on considère la chronologie, il semble en effet que, après 2010-2015, la grande famille de l’Impérialisme ait perçu que son système de domination était en recul et que la mondialisation monopoliste, reposant sur le dollar, ne tenait plus les promesses des fleurs. Il fallait donc, pour ces dirigeants, mettre en œuvre les moyens «hard» ordinaires, ceux de la guerre. Ce qu’ils ont réussi à faire finalement, avec la perspective ultérieure de s’attaquer à la Chine, devenue trop forte à leur goût.

L’observation des faits montre cependant qu’ils ne sont plus de taille à dominer le monde comme ils l’avaient fait jusqu’alors. Ce sont de dangereux voyous, mais ce sont quand même des voyous affaiblis.

Le temps est sans doute venu de réfléchir à plus long terme sur ce qui pourra et devra remplacer la mondialisation monopoliste. Je reporte cette réflexion à plus tard. On peut cependant déduire quelques indications de l’observation de ce que fut le dollar comme instrument de l’impérialisme. Je vais en énoncer trois.

La première est que l’Impérialisme est incapable d’assurer par lui-même le développement économique des pays industriellement sous-développés. Ce système a pour but la rentabilité maximale du grand capital. Il utilise la monnaie en conséquence, que ce soit dans la phase de socialisation ou dans celle de la privatisation.

Les exigences du développement économique sont différentes de celles de l’impérialisme. D’une part, on peut le souhaiter, le mouvement de socialisation de la monnaie sera tel que des pays en apparence peu rentables en bénéficieront quand même. Le temps du post-impérialisme se doit de faire pleuvoir partout, même là où le sol n’est pas mouillé. D’autre part, la privatisation de la monnaie ne peut s’accomplir uniquement dans l’intérêt des prêteurs. Il faudra trouver de nouvelles règles, clairement écrites et respectées, dont l’application conduira effectivement au développement et non à l’appauvrissement des pays emprunteurs. La privatisation de la monnaie devra aussi se faire à l’avantage des pays en développement emprunteurs et non à l’avantage exclusif des capitaux monoplistes en quête de bonnes affaires.

La deuxième indication est que le fait de confier à la monnaie d’un seul pays le soin d’être monnaie mondiale n’est pas sain. Certes, dans le cas de l’impérialisme on sait que le dirigeants américains sont des voyous et l’on peut penser que les relations seront très différentes, par exemple avec un pays socialiste comme la Chine. Mais même un pays dont les dirigeants sont épris de justice, soucieux du bien commun et respectueux de chaque peuple, peut avoir des préoccupations internes différentes de celles des utilsateurs de sa monnaie. L’avenir se doit de reposer sur l’économie de plusieurs pays et donc sur plusieurs monnaies, voire sur une monnaie multiple et commune, non sur la monnaie d’un seul pays.

Le troisième point est une interrogation que je ne fais qu’énoncer. Est-il nécessaire , outre les monnaies nationales, de ne disposer que d’une seule monnaie, fonctionnant comme monnaie mondiale, pour unir le commerce, les investissements et les prêts des 200 pays du monde, très différents les uns des autres? Ne faut-il pas penser principalement à différents pôles monétaires quitte à ce que la communication soit établie entre eux au plan mondial. Cela signifierait que les monnaies importantes seraient les monnaies zonales et que la monnaie mondiale ne serait qu’un aspect secondaire du processus d’ensemble.


Commentaires (1)

Lemercier Denis
19 juillet 2023

Je trouve dans les travaux de J-C Delaunay des éléments de convergence avec ceux de Samir Amin