Histoire et société (archive 2020-2026)

Dieu me pardonne, c'est son métier...

Aujourd'hui, à Rome, Cuba a gagné une bataille. Et le contexte rend cette victoire extraordinaire.

Par Danielle Bleitrach 27 juin 2026
Si on vous le dit

Le Conseil d'administration du PAM a voté et approuvé, 29 voix pour, 2 contre, le Plan stratégique pour Cuba pour 2026–2030 qui prévoit près de 116 millions de dollars d'aide alimentaire de l'ONU pour le peuple cubain. Les États-Unis ont voté contre.

En janvier 2026, Trump a signé un décret déclarant l'état d'urgence nationale et imposant un blocus pétrolier contre Cuba, coupant les livraisons de carburant ce qui provoque d'importantes coupures d'électricité dans l'île. Puis en mai, il a signé un second décret élargissant considérablement les sanctions américaines et introduisant des mesures secondaires visant à empêcher les entreprises et banques non américaines de faire des affaires avec Cuba.

Bloquer le pétrole. Bloquer le commerce. Bloquer les banques. Et aujourd'hui, les États-Unis ont tenté de bloquer les livraisons de nourriture.

🍽️ Quel est le programme alimentaire qu'ils ont tenté d'arrêter ? Il touchera 5 millions de personnes. Il comprend des suppléments nutritionnels pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées. Il soutient la production alimentaire locale. Le panier alimentaire national ne couvre actuellement que 46 % des calories quotidiennes recommandées. Une famille cubaine a besoin de dix à onze fois le salaire minimum juste pour pouvoir acheter assez de nourriture pour survivre.

Voilà la réalité créée par la politique américaine. Et la réponse de Washington a été de tenter d'empêcher l'ONU de venir en aide de Cuba.

🌍 Aujourd'hui, 29 nations se sintió prononcées. Elles ont choisi la nourriture plutôt que le politicien.

Le blocus est réel. Les sanctions illégales sont réelles. Mais la solidarité internationale est réelle aussi. 🇨🇺

Tiré de la page facebook de L'ambassade de Cuba au Royaume Uni.

#Cuba#SécuritéAlimentaire#CubaNoEstaSola#VictoriaDeCuba#LetCubaLive#TumbaElBloqueo

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Commentaires (1)

Lafleur
27 juin 2026

Le vote du Programme alimentaire mondial en faveur de Cuba constitue une victoire importante de la solidarité internationale. Au moment où les sanctions américaines se renforcent et où les difficultés d’approvisionnement frappent durement le peuple cubain, voir 29 États soutenir un plan alimentaire destiné à près de cinq millions de personnes rappelle une évidence : les peuples ne doivent jamais être les victimes des affrontements géopolitiques de l’impérialisme.

Pour autant, une analyse communiste ne peut s’en tenir à l’indignation. Comme le rappelait Lénine, il faut toujours partir de l’analyse concrète d’une situation concrète.

La première contradiction est clairement visible. D’un côté, une puissance impériale mobilise son poids économique, financier et diplomatique afin d’isoler Cuba par des sanctions toujours plus étendues. De l’autre, une majorité d’États considère que les besoins fondamentaux d’un peuple – se nourrir, se soigner, vivre dignement – ne peuvent être subordonnés aux rapports de force internationaux.

Cette contradiction n’est pas seulement morale ; elle est profondément matérielle. Derrière les sanctions se trouvent des intérêts économiques, financiers et stratégiques. Derrière la solidarité internationale se trouvent également des intérêts matériels : le développement, la coopération, la stabilité régionale et le respect du droit international. D’où l’engagement diplomatique et réel de la fédération de Russie, de la RPC etc.

La dialectique matérialiste nous enseigne cependant qu’aucune contradiction n’est figée. Les politiques de coercition produisent leurs propres contradictions. En cherchant à isoler Cuba, elles renforcent aussi la prise de conscience internationale de l’illégitimité des sanctions extraterritoriales et favorisent l’émergence de nouvelles formes de coopération entre États et entre peuples. Rubio renforce la Révolution cubaine a son corps défendant par sa piraterie.

C’est précisément là que l’internationalisme prend tout son sens. Comme le rappelait Che Guevara, la solidarité n’est pas une posture sentimentale ; elle ne provient que d’une pratique politique concrète.

À cet égard, les initiatives conduites depuis des années par les communistes français méritent d’être saluées. Les campagnes de solidarité en faveur de Cuba – collecte de médicaments, de matériel médical, de fournitures scolaires, de lait infantile ou encore d’équipements destinés à soutenir la production – montrent que la fraternité entre les peuples ne relève pas d’un discours abstrait. Elle devient une force matérielle lorsqu’elle s’organise collectivement. La résolution déposée à l’assemblée nationale aussi. Sur ce point André Chassaigne a beaucoup œuvre et Charlotte Balavoine anime avec conviction et efficacité.

Mais cette solidarité populaire ne saurait dispenser l’État français de ses responsabilités.

La France n’est pas un observateur extérieur. Elle est une puissance caribéenne. La Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et la Guyane font de notre pays un acteur directement concerné par la stabilité de cette région. Les routes maritimes, les approvisionnements énergétiques, les infrastructures portuaires et la liberté de navigation constituent également des intérêts français, de souveraineté populaire des départements des Caraïbes et d’Amerique.

À ce titre, la France pourrait adopter une politique conforme à ses responsabilités internationales :

• soutenir publiquement les opérations humanitaires du Programme alimentaire mondial à destination de Cuba ;

• renforcer la protection des entreprises françaises contre les effets extraterritoriaux des sanctions lorsqu’elles commercent légalement avec Cuba ;

• développer les coopérations sanitaires, scientifiques, universitaires, agricoles et culturelles entre Cuba et les collectivités françaises de la Caraïbe ;

• mettre les capacités logistiques disponibles dans les Antilles françaises, lorsque le droit international et les accords multilatéraux le permettent, au service des opérations humanitaires régionales ;

• défendre activement, dans toutes les enceintes internationales, la liberté de navigation dans la mer des Caraïbes, principe essentiel du droit international dont dépend également la sécurité des territoires ultramarins français ;

• poursuivre son engagement diplomatique en faveur de la levée du blocus, conformément aux résolutions régulièrement adoptées par l’Assemblée générale des Nations unies.

Cette orientation ne relèverait pas d’une logique d’affrontement entre blocs. Elle traduirait au contraire une politique étrangère indépendante, fondée sur le droit international, la coopération entre les peuples et le refus que des populations civiles supportent le coût des rivalités géopolitiques.

Enfin, la dialectique matérialiste nous invite à regarder plus loin que la contradiction immédiate.

Le blocus est l’expression d’un rapport de force. Mais toute contradiction porte aussi en elle les conditions de son propre dépassement. Plus les sanctions cherchent à isoler Cuba, plus elles révèlent, aux yeux des peuples, les limites d’un ordre international fondé sur la coercition économique. À l’inverse, elles nourrissent le besoin d’un ordre international reposant sur la coopération, le respect de la souveraineté des peuples et le développement mutuellement avantageux.

Rien de tout cela n’advient spontanément. Les contradictions de l’histoire n’engendrent pas automatiquement le progrès. Elles ouvrent un champ de possibilités dont l’issue dépend du rapport de forces entre les classes sociales, entre les projets politiques et entre les peuples.

C’est pourquoi la solidarité concrète, l’organisation collective, le rôle du parti communiste capable d’unir les luttes sociales et le combat internationaliste ne relèvent pas seulement d’un choix moral : ils constituent les instruments par lesquels une perspective d’émancipation peut l’emporter sur les logiques de domination, de contre-révolution et d’impérialisme.

La solidarité n’est donc pas seulement un devoir de conscience. Elle devient une force matérielle lorsqu’elle s’organise, se structure et s’inscrit dans un projet politique de transformation sociale. C’est dans cette articulation entre la lutte quotidienne, l’internationalisme concret et la perspective d’émancipation que réside, aujourd’hui encore, toute l’actualité de la dialectique matérialiste comparé au populisme et au citoyennisme.