Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La leçon de climatisation en Chine pour la vague de chaleur meurtrière en Europe

Commerce

La ruée de l’Europe sur les systèmes de refroidissement chinois relève moins d’une question commerciale que d’un avertissement : le changement climatique progresse plus vite que les politiques mises en œuvre. Le parti communiste s’avère le seul parti qui propose un plan climat mais comme en témoigne l’article ci-dessous il a besoin de se réaliser dans une perspective multipolaire. La Chine offre non seulement les climatiseurs les moins chers et refuser cette réalité c’est pénaliser les plus pauvres, mais elle a elle même conscience pour elle et pour le marché des limites de ce triomphe apparent. Et elle met en place des politiques diversifiées contre le réchauffement climatique. Depuis près d’un demi-siècle, la Chine mène l’un des plus ambitieux programmes de reboisement au monde. Une nouvelle étude montre que ces immenses forêts artificielles ne se contentent pas de verdir le paysage. Elles présentent une caractéristique qui pourrait peser dans la lutte contre le changement climatique. Dans un autre article, l’auteur de l’article explique que l’Asie observe avec étonnement les superpuissances miser sur des avenirs énergétiques opposés : l’une la Chine développant une domination grâce aux technologies propres, l’autre les USA s’accrochant aux énergies fossiles(1) .Le dialogue et la connaissance des réalités entre le choix uni ou mulitpolaire mais surtout socialiste planificateur est indispensable si le PCF veut avancer sur la voie esquissée au 40 e congrès et histoireetsociete 3 n’y renoncera pas. (noteettraduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

(1)https://asiatimes.com/2026/06/two-nations-two-exams-one-ai-reckoning/

par Y Tony Yang4 juillet 2026

L’Europe a besoin de plus de climatiseurs chinois. Image : Capture d’écran X

La ruée de l’Europe sur les climatiseurs chinois n’est pas vraiment une histoire liée à la Chine, ni même au commerce. Elle illustre ce qui se produit lorsque les bouleversements climatiques surviennent plus rapidement que les politiques du logement, les infrastructures publiques et la stratégie industrielle ne peuvent s’adapter.

Les chiffres relatifs à la canicule record de cet été sont éloquents. Les exportations chinoises de climatiseurs vers l’Union européenne ont atteint 3,76 milliards de dollars américains au premier semestre 2026, soit une hausse de 43,2 % sur un an, les unités portables enregistrant une augmentation de plus de 70 %. La demande a été la plus forte pour les appareils compacts et faciles à installer, proposés par des fabricants chinois tels que Midea, Haier, Gree et Dreame.

Cette forte augmentation s’explique par un fait simple : seul un cinquième environ des foyers européens sont équipés de la climatisation. Cela creuse un fossé important entre le réchauffement climatique et le cadre de vie dont les Européens ont hérité.

Ce manque est désormais visible dans les rayons des magasins, les salles de classe et les appartements situés au dernier étage. Nombre de logements européens ont été conçus pour des étés tempérés, et non pour des chaleurs prolongées. Les bâtiments historiques limitent les modifications extérieures, les propriétaires refusent de percer les façades, les installateurs sont rares et les coûts d’installation peuvent souvent dépasser le prix de l’appareil lui-même.

Vu sous cet angle, l’attrait des climatiseurs split portables n’a rien de mystérieux. Ce ne sont pas simplement des importations bon marché. Ce sont des solutions pratiques à un problème européen bien spécifique.

C’est là que le discours habituel sur la guerre commerciale se révèle trop réducteur. Bruxelles s’inquiète, à juste titre, des capacités industrielles, de l’emploi, des subventions et de la dépendance stratégique.

Le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine s’est creusé de 15 % l’an dernier pour atteindre 360 ​​milliards d’euros et a continué de s’aggraver début 2026. Aucune grande économie ne peut ignorer les risques liés à une trop grande dépendance envers des fournisseurs extérieurs pour les technologies essentielles.

Mais les climatiseurs compliquent la situation. Biens de consommation, ils deviennent une infrastructure sanitaire essentielle dès que les températures deviennent dangereuses. Un climatiseur dans une maison de retraite, une salle de classe ou un appartement en dernier étage peut prévenir la déshydratation, le coup de chaleur, voire pire.

Les enjeux ne sont pas hypothétiques. La France a enregistré près de 1 000 décès supplémentaires liés à la chaleur durant la vague de chaleur actuelle, et les chercheurs estiment que l’été record de 2022 a causé plus de 61 000 décès liés à la chaleur en Europe. La chaleur n’est plus un simple désagrément saisonnier en Europe ; elle représente un risque pour la santé publique.

La question ne devrait donc pas être « Les climatiseurs chinois : oui ou non ? » mais plutôt : comment l’Europe, la Chine et les autres producteurs peuvent-ils concevoir un système de refroidissement abordable, résilient et adapté au climat ?

La solution consiste d’abord à distinguer trois problèmes souvent confondus. L’Europe a besoin d’un accès immédiat au refroidissement pour les personnes vulnérables.

Il faut une politique industrielle à long terme qui développe ou attire des capacités de production et d’installation. Il faut aussi une réglementation environnementale qui empêche que les solutions actuelles pour le refroidissement ne deviennent le problème des émissions de demain. Traiter ces trois éléments comme un seul enjeu géopolitique aboutira à de mauvaises politiques.

L’Europe doit donc résister à la tentation de répondre à une crise caniculaire par des restrictions brutales. Si les droits de douane peuvent se justifier en cas de concurrence déloyale manifeste, des barrières généralisées à l’entrée sur les produits de refroidissement équivaudraient à une taxe sur le chauffage pour les ménages les moins à même de s’adapter.

Les industriels chinois, quant à eux, devraient éviter tout triomphalisme. Un boom des ventes en pleine crise climatique ne prouve pas qu’un système a vaincu un autre. Il prouve plutôt que chaque système doit s’adapter.

Une idée plus pertinente serait un « pacte de résilience en matière de refroidissement » entre l’Europe et les principaux producteurs asiatiques. Il n’est pas nécessaire qu’il s’agisse d’un grand traité. Un cadre pratique fondé sur des normes, la transparence et une production partagée suffirait.

L’Europe pourrait imposer des exigences strictes en matière d’efficacité énergétique, de fluides frigorigènes à faible potentiel de réchauffement climatique, de réparabilité et de recyclage. Les entreprises chinoises, japonaises, coréennes, turques et européennes pourraient alors se faire concurrence pour les respecter.

L’assemblage local, les coentreprises et les réseaux de services européens pourraient réduire la dépendance sans pour autant prétendre que les chaînes d’approvisionnement peuvent être reconstruites du jour au lendemain.

Une telle approche permettrait également de recentrer l’attention sur le refroidissement plutôt que sur les climatiseurs en tant qu’objets. La meilleure politique de lutte contre le chauffage ne consiste pas simplement à vendre plus d’appareils, mais à en réduire le besoin autant que possible et à les déployer là où c’est nécessaire.

Les villes ont besoin d’ombre, de toitures réfléchissantes, d’arbres, de bâtiments publics frais et de systèmes d’alerte canicule. La politique du logement doit privilégier la rénovation des immeubles d’habitation, des écoles, des hôpitaux et des maisons de retraite anciens. Les réseaux électriques doivent se préparer aux pics de consommation estivaux, et pas seulement aux besoins de chauffage hivernaux.

C’est important car la climatisation présente un paradoxe : elle sauve des vies lors des vagues de chaleur, mais si elle est alimentée par une électricité fortement dépendante des énergies fossiles ou par des équipements inefficaces, elle aggrave le réchauffement climatique qui alimente la demande.

Ce paradoxe ne justifie pas de refuser le refroidissement. Au contraire, il incite à mieux le concevoir, en combinant la force de l’Europe en matière de réglementation et d’urbanisme avec le savoir-faire industriel de l’Asie.

Le climatiseur est donc une petite machine porteuse d’un message fort. Il signifie à l’Europe que l’adaptation au changement climatique ne peut plus être reportée. Il signifie à la Chine que la production à grande échelle engendre des responsabilités, et pas seulement des parts de marché.

Et cela indique aux décideurs politiques du monde entier que la résilience dépend moins de slogans que de détails essentiels et parfois ennuyeux : les normes de construction, les itinéraires de transport de marchandises, les installateurs, les fluides frigorigènes, les prix de l’électricité et les pièces de rechange.

La vague de chaleur qui frappe l’Europe ne doit pas devenir un symbole de plus dans une lutte géopolitique déjà exacerbée. Elle doit servir d’avertissement : l’ère climatique punira les pays qui confondent interdépendance et faiblesse, autosuffisance et résilience.

L’Europe n’a pas besoin de renoncer aux climatiseurs chinois, ni de sombrer dans une dépendance passive à leur égard. Elle doit saisir cette opportunité pour bâtir une économie du froid plus intelligente, qui privilégie la protection des populations, encourage les technologies propres et considère le commerce comme un outil d’adaptation plutôt que comme un champ de bataille.

Dans un monde qui se réchauffe, la question la plus importante n’est pas de savoir qui remportera le marché des climatiseurs, mais plutôt qui peut assurer la sécurité des populations en les rafraîchissant sans contribuer davantage au réchauffement climatique.

Y. Tony Yang est professeur titulaire à l’Université George Washington à Washington, D.C.

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1 Commentaire

  • Lafleur
    Lafleur

    L’intérêt de cet article est qu’il dépasse largement la question des climatiseurs. Il met en lumière une contradiction fondamentale : le changement climatique fait émerger des besoins sociaux objectivement nouveaux et impose un développement des forces productives — infrastructures, logement, énergie, transports, industrie, recherche, maintenance — alors que les logiques de rentabilité immédiate, de désindustrialisation et de fragmentation des politiques publiques freinent précisément cette adaptation.

    La ruée européenne vers les systèmes de refroidissement chinois n’est donc pas d’abord une affaire commerciale ou géopolitique. Elle révèle que le changement climatique progresse désormais plus vite que notre capacité collective à adapter les infrastructures, les services publics et l’appareil productif. Le climatiseur devient ici le symbole d’une transformation plus profonde : certaines productions qui pouvaient hier être considérées comme des biens de confort deviennent progressivement des équipements nécessaires à la protection de la vie.

    Un climatiseur dans un EHPAD, un hôpital, une école ou un logement mal adapté n’est pas comparable à une consommation ostentatoire. À mesure que les canicules se multiplient, il relève d’un besoin social essentiel, au même titre qu’un système de chauffage, un réseau d’eau, un transport public fiable ou une infrastructure sanitaire. Le changement climatique oblige ainsi à repenser ce qui relève de l’intérêt général.

    C’est pourquoi le débat ne peut pas être réduit à une opposition entre consommation et sobriété.

    La véritable question est : que devons-nous produire, pour quels besoins, avec quelles infrastructures et selon quelle organisation collective ?

    Certaines dépenses ne sont plus de simples dépenses de consommation mais des investissements nécessaires à la reproduction de la vie sociale.

    L’exemple du ferroviaire illustre parfaitement cette contradiction. Les difficultés rencontrées lors des épisodes de chaleur extrême ne sont pas seulement la conséquence d’un phénomène naturel exceptionnel. Elles révèlent aussi les effets de décennies de sous-investissement, de vieillissement du matériel, de dégradation des infrastructures et de fragmentation d’un service public essentiel. Un réseau ferroviaire qui devient vulnérable à la chaleur comme au gel, aux tempêtes ou aux autres aléas climatiques montre que le problème n’est pas la nature du mode ferroviaire, mais l’état dans lequel les choix économiques et politiques l’ont placé.

    Au fond, ce ne sont donc pas les climatiseurs qui sont au cœur du sujet. C’est l’infrastructure. Le logement, le rail, l’hôpital, l’école, le réseau électrique, l’industrie, les chaînes logistiques et les capacités de maintenance constituent les véritables enjeux. La crise climatique révèle moins un manque d’équipements qu’un déficit de planification, d’investissements et de capacités productives.

    Dans cette perspective, la dépendance européenne aux équipements chinois doit être analysée avec méthode. Elle ne doit être ni dramatisée ni idéalisée. La Chine dispose aujourd’hui d’une capacité industrielle considérable dans de nombreux secteurs, alors que l’Europe a progressivement abandonné une partie de ses capacités de production. Refuser cette réalité au nom d’une logique de confrontation commerciale reviendrait surtout à pénaliser les ménages populaires qui ont besoin d’accéder à ces équipements.

    Mais cette situation doit surtout conduire à interroger les choix industriels européens. Pourquoi importer massivement des équipements essentiels ? Pourquoi manquer d’installateurs, de filières de production, de capacités de maintenance ? Ces questions renvoient aux conséquences de décennies de désindustrialisation organisée notamment par des traités de libre-échange inégaux et de primat donné à la rentabilité financière sur l’investissement productif.

    Une approche matérialiste conduit donc à étudier les expériences qui produisent des résultats, sans idéalisation ni rejet dogmatique. À ce titre, les politiques conduites en Chine méritent d’être observées : développement massif des technologies bas carbone, électrification, programmes de reboisement d’une ampleur exceptionnelle, investissements industriels de long terme, recherche dans différentes filières énergétiques. Ces expériences comportent leurs propres contradictions, mais elles constituent un objet d’étude pour tous ceux qui cherchent à répondre concrètement au défi climatique.

    La question n’est donc pas de choisir entre dépendance passive et autarcie. Elle est de reconstruire des capacités productives tout en développant des coopérations internationales adaptées à un problème qui dépasse les frontières nationales. La transition écologique ne peut réussir que par une combinaison entre maîtrise industrielle, coopération scientifique et solidarité entre les peuples.

    C’est précisément dans cette perspective que le Plan climat, porté par le PCF et le travail de la commission écologie animée par Amar Bellal, apporte une réflexion originale. Il articule planification écologique, réindustrialisation, développement des capacités productives et réponse aux besoins sociaux. Il refuse à la fois l’illusion technocratique selon laquelle le marché réglerait spontanément la crise climatique et une vision de la décroissance qui ferait porter principalement l’effort sur les comportements individuels et les classes populaires.

    La question n’est pas de produire moins en soi, mais de produire autrement, de transformer les finalités de la production et de mettre les capacités scientifiques, industrielles et techniques au service des besoins humains et de la préservation du vivant.

    Cette planification suppose également de ne fermer aucune porte technologique. Nucléaire de nouvelle génération, recherche sur les réacteurs à sels fondus utilisant notamment le thorium, électrification, stockage de l’énergie, rénovation thermique, réseaux intelligents, développement du ferroviaire, reforestation et adaptation des villes doivent être envisagés comme des composantes complémentaires d’une stratégie globale. Aucun outil ne constituera seul une réponse suffisante. C’est leur articulation dans une politique cohérente qui permettra de relever le défi, sous contrôle et décision des producteurs.

    La crise écologique ne se développe pas indépendamment des contradictions de l’économie mondiale. La concurrence entre grandes puissances pour les ressources, les technologies, l’énergie et les chaînes de valeur renforce les tensions internationales alors même que la préservation des conditions de la vie exige une coopération sans précédent. L’enjeu du XXIᵉ siècle est donc de construire des formes nouvelles de coopération permettant de répondre aux besoins sociaux tout en respectant les équilibres de la biosphère.

    La contradiction entre capital et travail demeure centrale, mais elle s’inscrit désormais dans une contradiction plus large : celle entre un mode d’accumulation fondé sur la rentabilité à court terme et les exigences de la reproduction élargie de la vie humaine et non humaine. Le travail, l’énergie, l’alimentation, l’eau, le logement, la santé, les transports et la biodiversité deviennent des dimensions inséparables d’une même question : comment organiser collectivement les conditions matérielles de notre avenir ?

    La multiplication des canicules montre que les besoins sociaux évoluent avec les transformations du réel. Le droit au refroidissement, comme l’accès à une mobilité ferroviaire fiable, à des logements adaptés ou à une énergie décarbonée, devient progressivement une composante de la sécurité climatique. Cette dernière peut être comprise comme une nouvelle dimension de la sécurité sociale : protéger les populations contre les nouveaux risques liés aux transformations environnementales.

    Répondre à cette exigence suppose non pas une politique de restriction, mais une nouvelle étape de planification démocratique des capacités productives. C’est précisément dans cette perspective que le Plan climat adopté par le PCF lors de son 40ᵉ congrès ouvre une réflexion féconde : articuler réindustrialisation, souveraineté productive, coopération internationale et satisfaction des besoins sociaux pour répondre aux défis du XXIᵉ siècle.

    Étudier les expériences menées ailleurs, notamment en Chine relève d’une démarche matérialiste consistant à comprendre le processus réel pour mieux le transformer.

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