Cuba prise pour cible par le nouvel impérialisme. Le siège de la Révolution marque le retour de formes contemporaines de fascisme. L’enseignement de Fidel Castro reste d’actualité (Éditorial de Luciano Vasapollo et Rita Martufi)
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03/07/2026

Le commandant en chef Fidel Castro avait saisi avec une lucidité extraordinaire l’une des transformations les plus profondes du capitalisme contemporain : le fascisme ne se présente plus nécessairement sous les formes historiques du XXe siècle, mais adopte de nouvelles configurations politiques, économiques, médiatiques, voire institutionnelles. Les expressions de la contre-révolution, disait Fidel, changent de langage, d’instruments et de protagonistes, mais leur fonction demeure intacte : défendre la domination du capital contre toute tentative d’émancipation du peuple.
Ce qui se passe aujourd’hui contre Cuba doit être interprété précisément à travers ce prisme. Nous ne sommes pas face à une simple confrontation entre systèmes politiques différents, ni à un simple différend diplomatique. Au contraire, nous assistons à une offensive systématique qui présente les caractéristiques des formes modernes de fascisme impérialiste : un impérialisme prédateur qui utilise le chantage économique, la guerre financière, les embargos commerciaux, la manipulation de l’information et la déstabilisation constante comme instruments d’agression contre un pays qui continue d’affirmer son droit à la souveraineté.
Le blocus imposé par les États-Unis depuis plus de soixante ans, progressivement renforcé par des dizaines de mesures extraterritoriales, n’est pas une simple forme de pression politique. Il constitue une véritable guerre économique permanente, conçue pour infliger des souffrances à la population civile, provoquer des pénuries de médicaments, engendrer des difficultés énergétiques, entraver le développement productif et imposer un isolement financier. C’est une stratégie qui vise à briser la résistance d’un peuple par la privation matérielle, en tentant de transformer les difficultés quotidiennes en un instrument de renversement politique.
Le caractère prédateur de ce modèle est particulièrement flagrant dans le contexte historique actuel. Le capitalisme mondial traverse une crise structurelle profonde, exacerbée par la financiarisation de l’économie, la concentration croissante des richesses et l’intensification de la compétition géopolitique. À ce stade, les grandes puissances économiques tentent de réaffirmer leur hégémonie, principalement en ciblant les pays qui défendent des modèles alternatifs d’organisation sociale, de planification économique et de participation populaire.
Malgré toutes les difficultés, Cuba demeure une expérience politique qui place au cœur de ses préoccupations le droit universel à la santé, à l’éducation, à la culture et à la solidarité internationale. C’est précisément cette alternative qui est intolérable pour un système fondé sur la subordination du travail au profit et l’expansion illimitée du marché.
Le fascisme contemporain ne se cache pas toujours sous un voile noir. Il peut se dissimuler sous les masques de la technocratie financière, de l’autoritarisme néolibéral, du nationalisme agressif ou de la déréglementation économique. Il peut instrumentaliser le discours sécuritaire, celui du libre marché ou celui de la défense de l’Occident, tout en restreignant les espaces démocratiques, en criminalisant la dissidence et en faisant de la guerre un instrument courant de la politique internationale.
En Europe, face à la montée des tensions sociales engendrées par les politiques d’austérité et la précarité de l’emploi, de nombreux gouvernements libéraux ont progressivement normalisé la présence de l’extrême droite. Dans un premier temps, les migrants ont été pris pour cible, devenant les boucs émissaires des contradictions économiques. Par la suite, la répression s’est étendue aux mouvements sociaux, aux syndicats militants, aux étudiants, aux intellectuels critiques et à tous ceux qui remettent en question le paradigme dominant.
Les groupes d’extrême droite jouent donc un rôle précis : ils incarnent le visage le plus brutal du pouvoir, tandis que le libéralisme est présenté comme le moindre mal. Il s’agit d’un mécanisme de chantage permanent : accepter les politiques néolibérales, car l’alternative serait pire encore. De cette manière, les espaces démocratiques se réduisent progressivement, jusqu’à ce que les formes historiques mêmes de la démocratie bourgeoise soient vidées de leur substance.
À l’échelle internationale, le phénomène revêt des caractéristiques encore plus manifestes. L’impérialisme contemporain se présente comme un système prédateur et pirate qui cherche à décider quels gouvernements sont légitimes et lesquels doivent être renversés, quelles élections sont valides et lesquelles doivent être contestées, quels droits méritent d’être protégés et lesquels peuvent être ignorés.
Les sanctions économiques unilatérales, le recours systématique aux soi-disant « révolutions de couleur », les pressions financières exercées par le biais des organisations internationales, les campagnes médiatiques coordonnées et la militarisation croissante des relations internationales constituent différents instruments d’une même stratégie de domination.
Dans ce contexte, l’agression contre Cuba revêt une dimension symbolique. Attaquer l’île revient à tenter d’effacer l’un des symboles historiques de l’indépendance et de l’autodétermination des peuples en Amérique latine. C’est attaquer un pays qui, même confronté à un blocus économique sans précédent, continue d’investir dans l’éducation, la santé publique, la coopération internationale et la recherche scientifique.
Les campagnes de délégitimation tentent systématiquement de dissimuler ces aspects, réduisant Cuba exclusivement aux conséquences du blocus économique que ceux qui l’accusent continuent d’alimenter.
Ce n’est pas un hasard si les nouveaux mouvements d’extrême droite internationaux adoptent une rhétorique de plus en plus agressive envers l’île. Des mouvements néolibéraux latino-américains à d’importants secteurs du trumpisme aux États-Unis, en passant par diverses expressions de l’extrême droite européenne, une vision se répand qui perçoit toute forme d’organisation sociale alternative au néolibéralisme comme un ennemi à éliminer.
C’est dans ce contexte que les diverses manifestations du nouvel autoritarisme international prennent toute leur importance, de Javier Milei à Donald Trump, en passant par les multiples expressions de l’extrême droite européenne. Malgré leurs différences, ces expériences partagent une conception du politique fondée sur l’exaltation du marché, la concentration du pouvoir, la criminalisation des conflits sociaux et la subordination des droits collectifs aux intérêts du grand capital.
Défendre Cuba aujourd’hui ne signifie pas simplement exprimer sa solidarité avec un pays sous embargo. Cela signifie défendre le principe fondamental de l’autodétermination des peuples, le droit des nations de choisir librement leur modèle économique et social sans subir de chantage, d’agression ou de tentatives de déstabilisation.
La communauté internationale devrait réfléchir aux conséquences humanitaires d’un blocus économique qui, depuis des décennies, affecte de manière disproportionnée la population civile. Continuer d’instrumentaliser la faim, les pénuries de médicaments, la rareté de l’énergie et l’isolement financier comme leviers de pression politique revient à accepter une logique incompatible avec tout principe authentique de coopération internationale.
La leçon de Fidel Castro reste d’une extraordinaire actualité. Les formes changent, les protagonistes se transforment, les langages évoluent, mais la contradiction fondamentale demeure intacte : d’une part, un impérialisme de plus en plus agressif, prêt à tout pour préserver son hégémonie ; d’autre part, les peuples qui continuent de revendiquer le droit à la souveraineté, à la justice sociale et à la construction d’un ordre international multipolaire fondé sur la coopération et non sur la domination.
C’est précisément pourquoi Cuba continue de représenter bien plus qu’une île des Caraïbes. Elle demeure l’un des principaux laboratoires politiques de résistance à l’impérialisme contemporain et l’un des symboles les plus importants de la lutte pour un monde fondé sur la paix, la solidarité et la dignité de tous les peuples.
Luciano Vasapollo et Rita Martufi
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