Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La seule fois où Pascal Fieschi s’est rebellé contre son parti, hier et aujourd’hui par Danielle Bleitrach

Je n’ai pas parlé de ce moment où Pascal Fieschi, l’homme fort d’Aix en Provence, celui qui était revenu des camps auréolé de toute la gloire de ce qu’il avait réussi à créer et défendu sous la torture et dans l’horreur des camps de concentration, celui qui encore aujourd’hui résonne bien au delà de la politique politicienne, a été remis à la base par son parti, démis de son poste de permanent d’Aix et contraint alors de redevenir cadre municipal. Pourtant c’est un moment qui dit bien ce qu’était la discipline des communistes et les limites d’un tel abandon du libre arbitre parce que l’on est un soldat, il ne s’agit pas d’obéir à un ordre venu d’en haut, il s’agit de la confiance dans la totalité qui est là. Le terme militant vient d’un latin ecclésiastique qui s’est laïcisé mais a conservé la marque de son étymologie : L’Église militante, c’est l’assemblée des fidèles sur la terre, par opposition à l’Église triomphante (les saints, les bienheureux), et à l’Église souffrante (les âmes du purgatoire).C’est un « corps » collectif, le militant sait qu’il n’a pas triomphé, il n’est ni au paradis communiste ni même au purgatoire socialiste, il est sur la terre telle qu’elle est, mais dont il est l’avant-garde qu’il soit cadre ou de base, peu importe: sa gloire est d’être celui qui donne tout et rien pour lui quand cela est exigé, mais qui sait goûter la douceur du repos, de la fraternité, et de l’apaisement., c’est un soldat mais avec un idéal, un transcendance le contraire du conformisme.

Ces hommes et ses femmes qui ne croyaient pas au ciel mais qui disputaient à ceux qui y croyaient ce sens de leur vie et de leur action, le concret et la transcendance, ont durablement marqué la mémoire française. Quand vous rencontrez un travailleur qui s’abstient ou même vote pour l’extrême droite, il est rare qu’il ne manifeste pas une écoute si vous lui dites que vous êtes communistes et en général il vous parle, il faut l’écouter, le laisser raconter, comment enfant, il a rencontré des communistes, des vrais vous dira-t-il. Donc je vais vous raconter ce que signifiait la discipline mais à quel point elle était pensée avec des lilmites: on pouvait comprendre que quelqu’un ne la supporte plus et s’éloigne temporairement mais disait Pascal : « si tu n’es pas d’accord, si tu veux t »éloigner fais-le sans bruit et surveille du coin de l »oeil la charrette du parti, ne la laisse jamais disparaître sois toujours prêt à reprendre ta place.

Donc Pascal était ce militant et voici l’histoire de la manière dont le héros fut ramené à la base pour s’être rebellé. Pascal en bon méditerranéen disait qu’il avait la maladie de la pierre. Il avait à cœur à la libération de s’emparer des lieux prestigieux pour que s’y installent le parti et les associations. A Aix le siège du parti était sur le cours Mirabeau dans un local somptueux avec une immense terrasse sur laquelle était organisé des bals populaires qui donnait sur le riche quartier Mazarin, qui a été un temps le rectorat. Et il avait transformé la géographie de classe de cette ville, traversé le cours Mirabeau. Mais il y a eu à un moment quand sur ordre des USA, les ministres communistes furent chassés du gouvernement, une décision qui fut celle de vendre tous les sièges et bâtiments: la directive était assortie d’une explication qui souffrait de l’absence de Thorez en train de se soigner sur la mer noire : dans 6 mois nous serons dans la clandestinité et le pouvoir les saisira et de toute façon là le peuple nous les donnera. Pascal ne croyait pas à cette analyse mais il a obéi et il a tout vendu sur Aix.

Mais il y avait une colonie de vacances à Sylvanes, qu’Aix partageait avec la ville de Berre, un ancien monastère, dont il était directeur qu’il a refusé de vendre parce que disait-il elle appartenait à la Fédération des déportés Internés et Résistant de France dont il était également le président local. Mais aussi parce que les enfants en avait besoin. N’oubliez pas qu’à cette époque là il y avait de nombreux bidonvilles et à Aix la place des cardeurs proche de la mairie, tout le quartier saint sauveur était un bidonville insalubre où des enfants vivaient dans des conditions dramatiques et dans lequel on ne s’aventurait pas la nuit. Ce furent les communistes, Pascal mais aussi un des plus grands linguiste français Mounin Leboucher qui créèrent le quartier de la Pinette et un HLM salubre pour y accueillir les habitants de ce bidonville. Pas question de les priver d’une colonie pensa Pascal et calmement il déclara ne pas pouvoir vendre puisque cela appartenait à la Résistance, ce n’était pas l’insubordination reprochée à Marty et à Tillon mais on pouvait l’interpréter ainsi puisque la Résistance s’opposait au Parti, et il fut pris dans le lot.

Ceux qui ont imaginé que l’épouse de Pascal Fieschi avait exclu Tillon ignorent tout de cette histoire et plus encore celle qui a suivi : en 1952, Pascal fut démis de son titre de secrétaire d’Aix et de son poste de permanent . La section d’Aix refusa d’obéir et un vent de rébellion se leva. Face à toutes les ignominies qui ont été dites dans ce domaine, j’ai refusé la polémique comme il l’aurait fait, ce grand joueur de poker me disait souvent : dans la vie, il faut savoir passer avec un poker d’as servi…

IL eut une réunion de crise, en présence de la direction fédérale. Ils se connaissaient bien, à Dachau Pascal était enchaîné avec Pierre Doize parce qu’ils étaient les plus grands, et ils trainaient une charrue dans les marais.


Alors Pascal se dressa et quand il se dressait, après avoir patiemment écouté tout le monde, il semblait emplir toute la salle, il réprimanda les militants: est-ce que vous n’avez pas honte et surtout est que vous voulez me déshonorer ? Et il fit sa propre autocritique en expliquant pourquoi il avait été juste de le sanctionner et exigea qu’il n’y ait pas une voix contre la décision de la direction du parti. Ce qui fut fait.

Il redevint employé municipal, j’ai expliqué le sens de son action) et il se lança dans le mouvement de la paix qu’il développa sur Aix, tout en continuant à œuvrer pour la mémoire.

Si je dis cela c’est qu’il me semble qu’il n’aurait pas toléré des dirigeants qui acceptent si peu que ce soit le trafic de cette mémoire et la contribution au négationnisme, je vous laisse juge parce qu’il est impossible de parler à sa place. Ce que je sais c’est que le jour où je ne pouvais pas accepter ce qu’impliquait être membre du parti, militante, je l’ai quitté et tant qu’il sera ce qu’il est par rapport à la mémoire, à la paix, je n’en serai plus membre pour pouvoir marquer mon désaccord sur ce que je considère comme essentiel.

J’ai eu la chance de connaitre tout au long de ma vie des hommes et des femmes de cette trempe et je leur dois à la fin de cette vie l’essentiel ce qui fait de cette vie aventure, là où la vie prend grandeur nature. je vous souhaite un jour de retrouver cela et plus encore.

Et vous qui êtes en Congrès pensez-y et souvenez vous qu’il est des manoeuvres, des transactions de sommet qui coûtent très cher quand on a devant soi des militants communistes. Essayez d’être à la hauteur de ce que furent les communistes et de la mémoire du peuple français.


danielle Bleitrach

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1 Commentaire

  • FRESKO
    FRESKO

    Un grand monsieur, vraiment. Merci.

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