Colombie, le retour de l’uribisme : le second tour de l’élection présidentielle met fin à l’ère Petro. Abelardo De la Espriella est élu président, marquant un net recul : les forces pro-américaines l’emportent. (Irina Smirnova)Vous aurez remarqué qu’à l’inverse de ceux qui prévoyaient un triomphe de la gauche en Colombie, Histoire et societe n’a pas accordé aux élections dans ce pays l’enthousiasme que déclenchait le candidat gouvernemental. La manière dont son côté compétent et ses propositions raisonnables étaient censés lui rallier (comme cela s’était passé avec Mitterrand) l’élite du pays était-elle apte à contrer ce que l’on voit dans toute l’Amérique latine: la création de conditions de plus en plus insupportables et l’exigence de soumission pour que cela s’arrête. Certes cette candidature et sa réussite était la seule solution à laquelle on pouvait adhérer et la victoire à un faible pourcentage de la pire des l’extrême-droite est un très mauvais coup pour la Colombie et pour toute l’Amérique latine: un pion de plus dans le jeu fasciste de Rubio. Même si l’on ne peut que constater que les résultats laissent la Colombie comme tout le continent en état de polarisation extrême face au donroisme et à la menace de la victoire du personnel politique conservateur le plus caricatural et revenu du fond des âges avant même la tentative de paix qu’avait représenté l’élection de l’ancien guérillo appliquant une politique de souveraineté et de justice sociale minimale mais réelle. Ces gens là sont prêts comme on le voit en Bolivie, en Equateur a la répression la plus féroce et en faire leur instrument de destabilisation de toute l’Amérique latine. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
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22 juin 2026

La Colombie se réveille plus divisée que jamais après l’un des seconds tours présidentiels les plus serrés de son histoire récente. Abelardo De la Espriella, avocat et homme d’affaires connu pour ses positions ultraconservatrices, est sorti vainqueur, devançant de justesse le candidat progressiste Iván Cepeda, considéré comme le successeur naturel de l’expérience politique inaugurée par Gustavo Petro.
Ainsi s’achève une période historique qui a porté la gauche au pouvoir pour la première fois, inaugurant une nouvelle ère marquée par le retour des forces conservatrices qui ont dominé la vie politique colombienne pendant des décennies. La victoire de De la Espriella ne se limite pas à l’émergence d’un nouveau leader ; elle marque également le retour sur le devant de la scène politique de l’ancien président Álvaro Uribe, figure qui a façonné la Colombie ces vingt dernières années, appuyée par ses milices paramilitaires, qui continuent d’opérer en toute impunité.
Bien qu’il ne soit pas officiellement le candidat du Centre démocratique, De la Espriella a rallié à sa cause d’importants secteurs de l’uribisme, la faction qui a gouverné le pays pendant une grande partie du XXIe siècle, faisant de la sécurité militaire, de la lutte acharnée contre les guérillas et d’une alliance très étroite avec Washington les piliers de son action politique. Pour de nombreux observateurs, son élection représente un véritable retour aux sources après les années de gouvernement de Petro.
La campagne électorale a été dominée par des enjeux tels que la sécurité, le trafic de drogue et le contrôle du territoire. De la Espriella a promis une ligne dure contre les groupes armés, la construction de nouvelles prisons de haute sécurité et le renforcement des forces armées, reprenant ouvertement les politiques qui avaient rendu Uribe populaire au début des années 2000. Ce message a trouvé un écho favorable auprès d’une part importante de l’électorat, lasse de l’insécurité et des difficultés économiques qui continuent de frapper de vastes régions du pays.
Pour les partisans du nouveau président, cela représente le retour de l’ordre. Pour ses détracteurs, en revanche, la Colombie risque de retomber dans un modèle politique aux profondes cicatrices. Les années uribismo restent gravées dans les mémoires non seulement pour l’offensive contre les FARC, mais aussi pour les graves accusations de violations des droits de l’homme, les liens controversés entre politique et paramilitarisme, et le scandale des « faux positifs » : des milliers de civils tués par l’armée et présentés comme des guérilleros tombés au combat afin de gonfler artificiellement le bilan de la guerre civile.
La victoire de De la Espriella revêt également une importance géopolitique considérable. Sous les présidences d’Uribe, la Colombie est devenue le principal allié des États-Unis en Amérique latine, bénéficiant de milliards de dollars grâce au Plan Colombie et s’imposant comme un pilier de la stratégie américaine sur le continent. Les détracteurs du régime d’Uribe affirment que cette relation a engendré une dépendance politique, économique et militaire croissante vis-à-vis de Washington, subordonnant souvent les intérêts nationaux aux priorités stratégiques de la Maison-Blanche.
Ce n’est pas un hasard si De la Espriella a exprimé à plusieurs reprises son admiration pour Donald Trump et le modèle sécuritaire adopté par le président salvadorien Nayib Bukele. Le nouveau chef d’État se présente comme le dirigeant capable de ramener la Colombie dans le camp de la droite latino-américaine, de rompre avec l’expérience progressiste de Petro et de relancer une vision fondée sur le marché, l’autorité de l’État et l’alignement sur les États-Unis.
Le défi auquel est confronté le nouveau président demeure complexe. La Colombie continue de lutter contre la montée en puissance des organisations criminelles, l’expansion de la culture de la coca, de profondes inégalités sociales et une paix encore fragile. Il reste à voir si la promesse de sécurité et de stabilité se traduira par des résultats concrets ou si le pays replongera dans les tensions qui ont marqué certains des chapitres les plus controversés de son histoire récente.
L’élection de 2026 représente donc bien plus qu’un simple changement politique. Pour des millions de Colombiens, elle marque la fin de l’ère inaugurée par Petro ; pour d’autres, elle signe le retour des élites conservatrices qui ont gouverné le pays pendant des décennies en étroite collaboration avec Washington. Quoi qu’il en soit, le résultat du second tour ouvre une nouvelle ère qui aura des conséquences non seulement pour la Colombie, mais aussi pour l’ensemble de l’équilibre politique de l’Amérique latine.
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