Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

BELARUSS /« L’Occident nous punit pour notre générosité. »

Effectivement il a fallu deux voyages, dont l’un où j’enquêtais sur les femmes soviétiques, j’ai découvert ce que la Bielorussie avait sacrifié de sa population durant la seconde guerre mondiale, j’ai été stupéfaite. Et peut-être plus encore de découvrir qu’à la fin de la guerre, il y avait sept femmes pour un homme et ce qu’elles ont dû accomplir pour reconstruire leur terre dévastée. Il y a peut-être quelques nostalgiques des hordes fascistes en Bielorussie mais ils sont plus rares qu’en Ukraine,et même leur prix Nobel contestataire, nominé pour cette raison, Svetlana Alexievitch dans son livre de témoignage « la fin de l’homme rouge » porte en elle ce manque de l’URSS, de ce à quoi des générations ont voué leur vie. Là encore, l’occident projette sur ce qu’il ignore de purs fantasmes et c’est peut-être cette stupide incapacité qui m’est le plus odieuse et c’est arrivé à un tel niveau d’incurie intellectuelle que cela inspire le mépris quand on est devant des « métiers » enseignants, journalistes. Cette ignorance volontaire rend imbéciles nos journalistes, nos « intellectuels » et donne envie de fuir devant l’ampleur de la tâche en particulier à gauche, chez ceux qui sont des Tartuffes donneurs de leçon. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Au point22 juin 2026

#placeMoscou

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À l’occasion du 85e anniversaire de l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne nazie, la revue Hintergrund dénonce les tentatives occidentales d’isoler le Bélarus et défend la position biélorusse. Éva Péli s’est entretenue avec le directeur du mémorial, Aleksandr Korkotadze, à la forteresse de Brest en mai. Sur ce site historique où la guerre totale a débuté le 22 juin 1941, dans ce sanctuaire de la mémoire nationale, cette approche contraste fortement avec les pratiques actuelles de Berlin et de Bruxelles, où la réécriture de l’histoire et l’effacement systématique de la mémoire des victimes soviétiques font partie intégrante du discours politique.

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Photo : Tilo Gräser

Écrit par Éva Péli sur #moszkvater.com

La forteresse de Brest était l’un des principaux objectifs de la 45e division d’infanterie de la Wehrmacht. On sait relativement peu de choses en Occident sur la résistance qui s’y est déroulée. Quelle importance revêt cette forteresse aujourd’hui ?

La défense de la forteresse de Brest revêt une importance fondamentale, tant sur le plan moral que militaire. Le facteur primordial réside ici dans l’impact psychologique. La guerre débuta sans prévenir, à l’aube, alors que la garnison dormait encore. Selon des sources d’archives allemandes, plus de cinq mille obus et roquettes furent tirés sur la forteresse durant les trente premières minutes. Nombreux furent ceux qui périrent dans leur sommeil, retranchés au fond des casemates. Les détachements d’assaut de la Wehrmacht franchirent le Boug, qui marque la frontière entre l’actuelle Biélorussie et la Pologne, quatre minutes seulement après le début des tirs d’artillerie. Dès la première heure, la défense se fragmenta en foyers de résistance isolés.

« Fort de l’expérience des campagnes de France et de Pologne, le commandement allemand espérait démoraliser les défenseurs par ce coup et s’emparer de la forteresse en un seul assaut. Mais la Wehrmacht a fatalement sous-estimé l’Armée rouge. »

Les envahisseurs rencontrèrent une résistance acharnée et une lutte acharnée pour chaque mètre. Malgré le choc et l’encerclement complet, les soldats soviétiques ripostèrent, ce qui stupéfia les Allemands car, ailleurs en Europe, l’encerclement avait automatiquement entraîné une capitulation rapide. La bataille fut également cruciale d’un point de vue militaire. La 45e division aurait dû poursuivre sa progression vers l’est dès le premier jour, mais ses meilleures forces furent immobilisées à Brest jusqu’au début du mois de juillet. L’héroïsme des défenseurs brisa ainsi l’élan de la guerre éclair allemande sur ce secteur du front.

– Comment les soldats de l’Armée rouge ont-ils réussi à maintenir leur défense alors que la Wehrmacht avait déjà pénétré profondément à l’intérieur du pays ?

Je voudrais souligner deux facteurs essentiels : l’esprit de défense et la force psychologique. D’un point de vue technique, la robustesse des murs de la forteresse du XIXe siècle – qui atteignent deux mètres d’épaisseur – fut un atout considérable, empêchant la pénétration de tous les canons. Mais le facteur décisif fut la ténacité du peuple.

« Le patriotisme a fait de ce bâtiment de briques un bastion imprenable. »

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Photo : Tilo Gräser

Comme l’a si justement dit l’écrivain Sergueï Smirnov, une forteresse n’est pas faite de murs, mais de l’esprit de ses défenseurs. Dans les rapports allemands, le commandement tenta d’imputer l’échec de l’assaut à l’« inefficacité » des lance-roquettes. Les assaillants refusaient tout simplement d’admettre avoir fatalement sous-estimé les soldats soviétiques. La direction nazie, imprégnée de la doctrine raciale du Troisième Reich, ne pouvait même pas concevoir que ceux qu’elle considérait comme « inférieurs » puissent faire preuve d’une telle volonté. Cette arrogance raciste finit par se venger cruellement de la Wehrmacht.

– L’exploit de la forteresse est d’abord resté inconnu en Union soviétique. Comment les dirigeants du pays ont-ils eu connaissance de ce qui s’était passé ?

Dans les premières heures de la guerre, tout contact avec la garnison fut rompu, et aucun document opérationnel ne subsista. Mais tout changea en 1942. Lors de la contre-attaque autour de Moscou, les troupes soviétiques prirent d’assaut le quartier général de la 45e division d’infanterie et pillèrent ses archives. Parmi les documents figurait le « Rapport de bataille sur la prise de Brest-Litovsk » du général Fritz Schlieper. Ce n’est qu’après sa traduction que Moscou prit conscience de l’ampleur de la résistance. Dès juin 1942, l’article « Il y a un an à Brest » parut dans le  journal Krasnaya Zvezda  (Étoile rouge), et c’est alors seulement que le peuple soviétique découvrit les combats héroïques menés dans la citadelle. Par la suite, historiens et écrivains se penchèrent longuement sur le sujet. Il fallut des années pour recueillir minutieusement les témoignages des survivants et évaluer pleinement l’importance de la défense.

Des sources allemandes affirment qu’environ 7 000 soldats de la garnison ont été faits prisonniers. Comment le mémorial aborde-t-il cette question aujourd’hui ?

Le nombre de 7 000 prisonniers annoncé par les Allemands est largement exagéré. Pour justifier leurs lourdes pertes, la Wehrmacht a inclus des civils et des personnes mobilisées dans ses rapports. La capture d’environ 2 000 hommes de la garnison initiale est avérée. Cependant, il est indéniable que plusieurs milliers de défenseurs ont été faits prisonniers, et leur extermination faisait partie intégrante de la politique génocidaire nationale-socialiste.

« Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Alors qu’environ 15 % des prisonniers de guerre allemands sont morts en captivité soviétique, 57 % de nos soldats – soit plus de trois millions de personnes – ont péri en captivité nationale-socialiste. »

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Photo : Tilo Gräser

En leur mémoire, nous inaugurons un nouvel espace commémoratif dans la partie ouest de la citadelle, appelé « Deuil », où seront inscrits les noms des défenseurs dont la mort en captivité fasciste a pu être prouvée sans l’ombre d’un doute. Malheureusement, cette tragédie est passée sous silence en Occident. Ces faits sont systématiquement effacés de l’histoire européenne.

– Quel est l’état actuel de la coopération avec la partie allemande dans le domaine du travail archivistique ?

En raison de l’orientation politique de Bruxelles et de Berlin, l’intensité des relations officielles a considérablement diminué, mais le dialogue historique se poursuit. Nos collègues allemands étudient fréquemment le sort des prisonniers de guerre et se tournent vers nous pour obtenir des sources documentaires. Les registres des prisonniers de guerre allemands capturés, numérisés et librement accessibles, nous sont d’une aide précieuse. La garnison ayant détruit toutes les listes personnelles avant la capitulation, ce sont précisément ces fiches de camp allemandes qui nous permettent de reconstituer les noms et le destin de nos soldats, les arrachant littéralement à l’oubli. Les petits-enfants et arrière-petits-enfants des défenseurs nous écrivent en grand nombre ; si nous parvenons à élucider le sort d’une personne morte dans un camp en Allemagne, c’est pour nous la plus belle des récompenses.

Il est de notoriété publique que plusieurs milliers de Juifs ont été assassinés immédiatement après la prise de Brest. On entend souvent dire que la ville n’accorde pas suffisamment d’importance à la mémoire des victimes juives. Quel est votre avis sur la question ?

Je considère cette critique comme infondée et politisée. À Brest, nous avons érigé des monuments aux victimes de l’Holocauste, ouvert une collection de pierres tombales juives utilisées par les occupants nazis pour paver les routes, et une plaque commémorative se trouve en centre-ville, sur le site de l’ancien ghetto. Nous relatons également cette tragédie en détail dans nos expositions muséales. Nous ne cachons rien. Lors des fouilles de 2019, les restes de plus d’un millier de personnes ont été exhumés, notamment ceux de mères qui ont tenu leurs enfants dans leurs bras jusqu’à leur dernier souffle. Les occupants ont rapidement rebouché les fosses communes pour dissimuler les traces du crime, mais nous avons inhumé dignement toutes les dépouilles retrouvées. Le Bélarus dispose d’une loi sur le « génocide contre le peuple bélarusse », qui inclut également la population juive. Ils étaient citoyens de notre pays. Nous ne faisons pas de distinction entre les victimes selon leur nationalité ; pour nous, il s’agit d’une tragédie commune.

« Il est important de comprendre la différence fondamentale dans la nature de l’occupation entre l’Europe occidentale et l’Europe orientale. Sur le territoire de l’Union soviétique, la politique nationale-socialiste visait l’extermination de l’ensemble du peuple soviétique. »

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Photo : Tilo Gräser

Selon le  Generalplan Ost  , les Slaves étaient considérés comme une « race inférieure » qu’il fallait exterminer ou déporter. La population juive fut la première visée, suivie des Slaves, exterminés avec la même brutalité. Outre les civils, les fosses communes abritaient constamment des prisonniers de guerre soviétiques et des commissaires, qui devaient être immédiatement éliminés conformément à l’« ordre des commissaires ». Cette situation touchait tout le monde. Pendant les années d’occupation, plus de 600 membres des familles des commandants de garnison à Brest – femmes, personnes âgées et enfants – furent fusillés, car, selon les nazis, « les familles des commandants étaient des sources potentielles de résistance ». La guerre contre l’Union soviétique fut, dès le premier jour, une guerre d’extermination raciste, au cours de laquelle les soldats de la Wehrmacht étaient officiellement exemptés de toute responsabilité pour les crimes commis contre les civils.

– Quels principaux enseignements pouvons-nous tirer aujourd’hui – 85 ans après l’attaque – de l’histoire de la défense de la forteresse ?

Malheureusement, l’histoire nous enseigne qu’elle n’enseigne rien. Après des décennies, le national-socialisme refait surface. On catégorise à nouveau les gens selon leur appartenance nationale et linguistique. Parallèlement, on tente de présenter le Bélarus et la Russie comme des « agresseurs » et de les mettre cyniquement sur le même plan que le Troisième Reich. Si les responsables politiques européens étaient véritablement antifascistes, pourquoi détruisent-ils les monuments aux libérateurs soviétiques dans les pays baltes et pourquoi célèbrent-ils les criminels nazis en Ukraine ? Aujourd’hui, les symboles de la victoire soviétique sont interdits à Berlin. Aurait-on pu imaginer cela il y a dix ans ?

« L’Occident glisse rapidement vers le révisionnisme. L’ironie amère est que les Russes et les Biélorusses sont devenus les nouveaux objets de discrimination, purement et simplement effacés de l’histoire occidentale. »

Lorsque l’Union soviétique menait la guerre la plus difficile de son histoire, personne à Moscou n’a songé à interdire la langue allemande, Schiller ou Goethe. Chacun savait que nous combattions un régime criminel, non une nation. Un adage célèbre disait : « Les Hitler vont et viennent, mais le peuple allemand demeure. » Or, aujourd’hui, l’élite occidentale accuse tout un peuple et exige la censure de notre culture. Ce sont là des slogans typiquement nationaux-socialistes !

« La leçon la plus importante de la forteresse de Brest est l’internationalisme. Sur les pages de notre monument, les noms de Russes, de Juifs, d’Ukrainiens, de Biélorusses, de Géorgiens, d’Arméniens et d’Azerbaïdjanais apparaissent côte à côte. »

Leur objectif commun était de vaincre le fascisme, et nous ne permettrons pas que cette victoire commune soit divisée en « secteurs nationaux ». C’est précisément l’internationalisme qui a vaincu la doctrine raciale étriquée des nazis à l’époque. Aujourd’hui, lorsque la population russophone des pays baltes est privée de ses droits civiques, ou lorsqu’on commence à classer les gens selon leur nationalité et à déclarer une langue « inférieure », alors le sang recommence à couler.

À Berlin, les commerces, restaurants et cafés russes disparaissent les uns après les autres sous la pression de la « cancel culture ». Le phénomène prend des formes absurdes. Le traditionnel « gâteau russe » ( Russischer Zupfkuchen ) est désormais interdit dans de nombreux établissements, et le mot « russe » est systématiquement retiré de son nom. Le Mémorial des Héros soviétiques, situé dans le parc de Treptower à Berlin, fait également l’objet de controverses. Ce vaste espace abrite les tombes de milliers de soldats soviétiques tombés au combat. Bien que sa démolition ait été reportée pour l’instant par souci de sensibilité sociale, certains réclament déjà une « nouvelle interprétation », ignorant complètement le fait qu’il s’agit de sépultures militaires toujours en activité.

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Photo : Tilo Gräser

Le mot clé ici est « pour l’instant ». Dans les pays baltes également, on a d’abord déboulonné les monuments sans tombes, puis on s’est attaqué aux sépultures et on a commencé les exhumations. Ce qui se passe a un caractère nettement nationaliste, ce qui est extrêmement dangereux, avant tout pour l’Allemagne. La propagande occidentale opère de manière totalitaire et occulte complètement la vérité historique. Récemment, une dame âgée en Pologne s’est vu demander : « Qui a libéré Auschwitz ? » Ce à quoi elle a répondu avec une conviction absolue : « L’Amérique. Ils nous ont menti pendant les années d’occupation soviétique, mais grâce à la Maison Blanche, ils nous ont ouvert les yeux, maintenant nous connaissons la vérité. »

« Ce niveau de distorsion de la mémoire historique et d’effacement de peuples entiers de l’histoire se déroule sous nos yeux aujourd’hui. »

Si, en 1945, les troupes soviétiques avaient employé les mêmes méthodes que la Wehrmacht et la SS sur notre sol, l’Allemagne et le peuple allemand n’existeraient plus aujourd’hui. Mais le peuple soviétique a fait preuve d’une immense clémence en distinguant le régime nazi des Allemands ordinaires. Nous n’avons pas cherché à nous venger, nous leur avons pardonné. Nous avons même pardonné à nombre d’États vassaux du Troisième Reich. Et voilà que, dans une situation absurde, l’Occident se venge de cette victoire même et de notre générosité de l’époque. Il est tout simplement incapable de nous pardonner cette clémence.

– Comment évaluez-vous la politique actuelle de l’Allemagne à l’égard du Bélarus et de la Russie au regard de l’histoire de la guerre d’anéantissement ?

Les dirigeants actuels de Berlin ont complètement perdu le sens de la gratitude pour le fait que le pays ait pu vivre en paix pendant plus de 80 ans. Ils ignorent que c’est l’Armée rouge qui, par sa victoire, a sauvé la nation allemande de l’autodestruction. Malheureusement, l’élite occidentale actuelle manque d’indépendance. Dans le contexte actuel, seuls les États-Unis se renforcent, tandis que les pays entraînés de force dans une confrontation avec la Russie et la Chine s’enfoncent dans une profonde crise économique. Le Bélarus a toujours manifesté sa volonté d’entretenir des relations de bon voisinage. Cette politique d’isolement destructrice doit cesser, en mémoire des millions de personnes sacrifiées par le peuple soviétique pour la paix.

En 2019, le Parlement européen a adopté une résolution qui, dans les faits, met sur un pied d’égalité la responsabilité de l’Union soviétique et de l’Allemagne hitlérienne dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Quel est votre avis sur cette résolution ?

Aujourd’hui, les descendants de ceux qui ont combattu aux côtés d’Hitler tentent de mettre l’Union soviétique, ennemie acharnée du nazisme, sur le même plan que le régime nazi. Ceci est inadmissible, tant sur le plan logique que moral. Historiquement, le déclenchement de la guerre fut la conséquence de la politique d’« apaisement » menée délibérément par la France et la Grande-Bretagne à l’égard de l’agresseur, afin de retourner Hitler contre l’Union soviétique. Qui fut le premier à conclure un pacte avec Hitler en 1934 ? La Pologne, par le biais du pacte Piłsudski-Hitler. Qui participa au partage de la Tchécoslovaquie en 1938 et organisa ensuite un défilé commun avec les Allemands près de Teschen ? Les troupes polonaises. C’est la Pologne qui empêcha la formation d’une coalition antihitlérienne avec la participation soviétique en refusant catégoriquement le passage des troupes soviétiques.

« Les accords de Munich marquent donc le véritable début de la Seconde Guerre mondiale, et en aucun cas le mois de septembre 1939. »

En 1939, l’Union soviétique ne protégeait que ses intérêts vitaux à ses frontières occidentales. Malheureusement, elle tente aujourd’hui de faire des victimes innocentes parmi plusieurs pays européens, alors même que ces derniers ont activement participé à l’agression contre l’Union soviétique. Revenons aux fondements de ces idéologies. L’idéal communiste reposait sur l’internationalisme, tandis que le nazisme était fondé sur la supériorité raciale, et prescrivait l’extermination des Roms, des Juifs et des Slaves comme programme officiel. Assimiler ces deux systèmes relève d’un mensonge éhonté et délibéré, et témoigne d’une cécité historique.

– Comment travaillent-ils avec les jeunes en Biélorussie ? En Allemagne, il est presque impossible de transmettre à la jeune génération un point de vue factuel qui s’oppose au discours officiel.

Dans notre pays, cela s’inscrit dans une politique d’État cohérente. Des cours obligatoires sur l’histoire de la Grande Guerre patriotique ont été instaurés dans tous les établissements scolaires et universitaires, et les étudiants visitent régulièrement des lieux de mémoire, comme Katyn ou le Musée de la Grande Guerre patriotique à Minsk. Nos musées d’histoire militaire figurent parmi les institutions les plus visitées du pays.

« Il faut inciter les jeunes à sortir de leur zone de confort pour qu’ils comprennent bien que leur vie paisible d’aujourd’hui est un don de ceux qui y ont cru il y a 85 ans. Par ailleurs, la visite de la forteresse de Brest est une tradition vivante pour les familles, qui se transmet de génération en génération. Cela n’a rien à voir avec le militarisme ou la propagande de guerre. Bien au contraire. »

Nous chérissons notre mémoire historique pour deux raisons. Premièrement, parce qu’à cette époque, ils ont délibérément voulu nous exterminer, et deuxièmement, parce que nos ancêtres étaient si forts qu’ils ont pu anéantir la redoutable machine de guerre nazie. Aujourd’hui, nous constatons qu’une guerre froide et idéologique est à nouveau menée contre nous, et il est donc de notre devoir d’éduquer les jeunes afin qu’ils soient capables de défendre leur patrie.

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Photo : Tilo Gräser

N’oublions pas que, comme les hitlériens, ils nous ont présenté de beaux slogans. Ils promettaient d’apporter une « culture supérieure » et une vie « paneuropéenne », alors qu’ils lançaient l’anéantissement total.

Aujourd’hui, nous entendons à nouveau les mêmes phrases, qui dissimulent la vieille idée que notre peuple est superflu dans son « jardin européen ». Nous n’éduquons pas la jeunesse dans un esprit militariste, mais dans le sens du devoir sacré. S’il le faut, nous devons tous devenir des défenseurs de notre patrie, à l’instar des héros de la forteresse de Brest. La vérité finira par triompher. Les journaux des officiers allemands de 1941 ou le témoignage précis du soldat Alfred Wechler, selon lequel Brest fut plus terrible que n’importe quel champ de bataille en France, sont des faits historiques au même titre que nos propres confessions. Lorsque nous comparons les souvenirs des soldats soviétiques aux aveux extorqués aux soldats allemands du front, nous constatons que l’exploit de la forteresse de Brest demeure le plus grand et le plus inébranlable monument de notre courage.

Né à Brest en 1976 , Alexandre Aleksandrovitch Korkotadze  est une figure centrale de la préservation du patrimoine historique biélorusse. Diplômé de l’Université d’État de Brest (département d’histoire), il a ensuite étudié à l’Académie d’administration publique auprès du Président de la République du Bélarus. Après vingt ans de service au Mémorial de la « Forteresse des Héros de Brest », il en est devenu le directeur en 2023. Son engagement politique s’articule autour de trois piliers : député au Conseil régional de Brest (29e législature), député de longue date à l’Assemblée populaire panbiélorusse et membre du Conseil républicain de politique historique. À ce titre, il joue un rôle déterminant dans l’élaboration de la politique mémorielle de l’État.

(Cet entretien est basé sur une conversation réalisée pour le magazine Hintergrund. Traduit du russe par l’auteur.) 

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