On peut considérer qu’il y eu d’autres partis que les partis européens pour être liquidés par l’eurocommunisme, le Japonais a survécu grâce à sa lutte contre la guerre, Hiroshima, mais le mexicain a disparu, pas tout à fait, de ce point de vue il fait songer au Parti communiste Italien en ce sens qu’il a eu des intellectuels pour revendiquer la dimension de classe. Aujourd’hui où le péril qui pèse sur l’Amérique latine et en particulier sur Cuba, ce rappel est d’autant plus important que les dirigeants au pouvoir comme Claudia Sheinbaum revendiquent ce rôle de sentinelle de la patrie de Juarez qui a été celle de son prédécesseur Andres Manuel Lopez Obrador. L’Amérique latine, les Caraïbes sont sur la planète les zones les plus difficiles à défendre face au donroisme mais quand les énergies se tendent et que relèvent les têtes, chacun se souvient des communistes y compris la présidente (enfant de communistes juifs lituaniens fuyant le nazisme) devenant le symbole de la patrie, de sa résistance subtile et digne.Cet article a été publié dans le grand journal de centre gauche la Jordana. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoiretsociete)

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21 juin 2026 00:03
La manière dont nous nous souvenons des moments clés de l’histoire façonne notre compréhension du présent et, souvent, nos aspirations pour l’avenir. Pour une grande partie de l’intelligentsia mexicaine, 1976 reste l’année où une élection n’a compté qu’un seul candidat : José López Portillo. Cette référence, presque un cliché partagé par les historiens progressistes et les producteurs de documentaires néolibéraux, témoigne d’une cécité face à ceux qui, issus des classes populaires et presque toujours réprimés et persécutés, ont consacré leur volonté et leurs efforts à la démocratisation du Mexique.
Ce fut l’année de l’élection d’un candidat unique, si l’on excepte les efforts soutenus des militants qui, issus de divers groupes de gauche, mais surtout du Parti communiste mexicain, ont inlassablement défendu la candidature de Valentín Campa. Sous la bannière « Candidat des travailleurs en lutte », ce dirigeant syndical de 62 ans, fort de plus de quarante ans d’activisme communiste acharné, se présentait comme l’alternative au modèle autoritaire du PRI. Peu de temps auparavant, il avait recouvré la liberté après sa dernière incarcération, suite à la répression brutale par López Mateos du soulèvement prolétarien de 1959.
Campa était un communiste convaincu, inébranlable dans ses convictions et fidèle à ses principes. Homme de parti discipliné, il savait nuancer ses positions si le parti le jugeait nécessaire. Le Mexique de 1976 était radicalement différent du nôtre : un parti unique avait remporté une victoire écrasante, les droits des autres organisations étaient limités, voire totalement interdits, et la contestation sociale était réprimée avec une brutalité extrême. Quelques années auparavant, une frange restreinte mais intense du mouvement de gauche avait pris les armes face à cette situation politique étouffante. Affaibli et meurtri par 1974, le Parti communiste mexicain (PCM), qui avait débattu et résisté à la montée du radicalisme, a su tracer une nouvelle voie avec finesse et intelligence, reconnaissant que, dans l’arène du débat politique, seule la lutte démocratique trouvait un écho auprès de la grande majorité de la population.
Ce n’était certainement pas la première fois que les communistes participaient à des élections. Sans pleins droits, le Parti communiste mexicain (PCM) avait soutenu la campagne de Lombardo Toledano en 1952 et présenté son propre candidat – sans obtenir la reconnaissance légale tant convoitée – en 1958 avec Miguel Mendoza López, puis avec un plus grand succès en 1964 avec Ramón Danzós Palomino. Ce n’est qu’en 1970 qu’ils optèrent résolument pour la promotion ouverte de l’abstention, après la répression brutale de 1968. Cependant, contrairement à leurs participations électorales précédentes, la candidature de Campa en 1976 bénéficia d’une visibilité sans précédent. Les communistes durent apprendre à faire ce que la réalité extralégale du pays les empêchait de faire : apparaître en public, exposer leurs idées, transmettre leur vision de l’avenir – en d’autres termes, devenir une force nationale.
Malgré le mépris affiché par le discours académique à l’égard des milliers de militants de ces organisations, leur rôle dans la formation d’une culture politique progressiste et leur contribution à la démocratisation de la vie collective sont indéniables. La candidature de Valentín Campa exprimait ce profond désir, reflétant à la fois l’expérience classique de la lutte prolétarienne pour l’autodétermination et l’esprit nouveau qui étendait l’expansion nécessaire des droits et libertés aux vastes horizons de l’histoire.
La campagne de 1976 a été riche d’enseignements ; le plus important pour cette force politique fut de prouver que le communisme était une force nationale, ayant le droit d’être prise en considération par les citoyens. Mais elle a également confirmé que le changement démocratique ne pouvait s’obtenir ni par des notions anachroniques d’avant-garde autoproclamée (que le Parti communiste mexicain rejetait depuis les années 1960), ni par les actions de minorités audacieuses ou violentes. C’est l’action collective de masse, mobilisant la société tout entière, qui détenait la clé de la démocratisation. Et il s’agissait d’une vision révolutionnaire de l’ancienne idée de la république bourgeoise, car pour les communistes, la démocratie ne consistait pas à remplacer les élites, mais à garantir l’autodétermination de la société.
La campagne de 1976 a contraint les communistes à se conformer aux exigences de la société : à comprendre le rôle des femmes, des enfants, des figures religieuses et des militaires. Cette démarche préfigurait en grande partie les acquis programmatiques du XIXe Congrès, sans doute la plus grande victoire conceptuelle de la gauche du XXe siècle. Une vision à la fois révolutionnaire, socialiste et profondément démocratique.
Chercheur U
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