Géopolitique.
En Hongrie, l’élection du gouvernement Magyar a été saluée comme une victoire de la démocratie voire de la gauche telle que l’entend l’UE sur l’extrême droite. La réalité n’est pas celle-là, Magyar appartenait au même parti qu’Orban mais il a surfé sur une vague que nous décrivons comme celle qui saisit une clientèle jeune, urbaine (qui est l’objet des révolutions de couleur sans autre programme que le « changement » pour qui l’UE a été constitué un « obscur objet du désir pour un peuple asphyxié économiquement et une jeunesse à la recherche de changement sans savoir très bien avec quel contenu »). Mais ces mouvements, dont le cas extrême est l’Arménie se jetant dans la gueule du « loup gris », ne changent rien aux réalités économiques et politiques du pays et en fait, ils se traduisent rapidement par une déstabilisation grandissante. Adoptée en mai 2024, la réforme de la gestion des flux de demandeurs d’asile entre en vigueur ce 12 juin. À Budapest, où le gouvernement Magyar regrette un accord trop modéré, l’opinion se divise entre “capitulation” devant l’Union européenne et « adaptation nécessaire » selon les technocrates et l’affaire se double de l’alimentation en gaz russe, l’inflation, l’application d’une politique d’austérité pour « mériter » l’UE. Et monte en particulier contre l’euro une contestation « marxiste » des pays du sud, qui refuse y compris l’euro comme moyen d’entretenir une périphérie taillable et corvéable à merci par l’Allemagne et la France (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Lecture 2 min. Publié le 10 juin 2026 à 17h19
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Vendredi 12 juin, le pacte européen sur la migration et l’asile s’appliquera dans tous les États membres de l’Union européenne dont la Hongrie, où l’accord suscite un débat mouvementé. Le nouveau Premier ministre, Peter Magyar, “a capitulé” devant Bruxelles et “trahi voire piétiné” les Hongrois “qui ont confirmé depuis plus d’une décennie qu’ils ne souhaitent voir aucun intrus sur leur territoire”, dénonce un éditorial cinglant du quotidien classé à droite Magyar Nemzet.
Le 5 juin, des centaines de manifestants marchaient à Budapest contre le pacte et accusaient Magyar d’avoir “vendu la souveraineté de la Hongrie pour 6 000 milliards de forints”, soit les 16,4 milliards d’euros de fonds débloqués après l’accord du 29 mai avec la Commission européenne, relate l’agence nationale MTI. La Hongrie “sera envahie de migrants”, et le gouvernement “ne sert pas la nation magyare mais Bruxelles”, considéraient les orateurs.
“Fardeau économique”
“Le renforcement des bases de données et l’accélération du processus de renvoi sont moins discutables”, mais le pacte “fait peser un fardeau économique sur la Hongrie, située à la frontière de l’espace Schengen”, déplore Vilaggazdasag. “La réglementation hongroise est bien plus stricte et moins coûteuse”, et “c’est justement à cause de ces règles strictes que la Hongrie doit verser 1 million d’euros d’amende par jour à Bruxelles”, développe le portail.
Le pacte “n’est pas assez ferme” et “reprend des dispositions qui ont échoué, comme la répartition selon des quotas”, déplore auprès de Magyar Nemzet l’expert Laszlo Dornfeld, craignant la construction de camps. Le pacte “risque de restreindre la marge de manœuvre des États membres”, et “l’un des principaux dangers réside dans l’accueil obligatoire en cas de crise”, complète le chef de l’opposition parlementaire, Gergely Gulyas, repris par le site Origo.
Malgré les réticences de Peter Magyar liées au mécanisme de solidarité, l’Europe “n’adoptera pas une nouvelle réglementation pour faire plaisir à la Hongrie”, car le pacte “implique des obligations de capacités frontalières et d’accueil que tous les autres États membres ont déjà remplies”, tranche HVG. De plus, celui-ci “prévoit précisément de lutter contre la migration illégale que l’exécutif déclare refuser”, souligne l’hebdomadaire libéral.
“Chaos juridique imminent”
“Il n’y aura pas de migrants illégaux sous le gouvernement Tisza”, affirme Peter Magyar, pourfendeur du “laxisme” de l’administration Orban, cité par HVG. Le dirigeant entend également “interdire” les “travailleurs invités”, notamment asiatiques, mais “les entreprises n’achètent pas la poursuite de la rhétorique antimigrants”, car ces derniers “sont indispensables” dans l’agriculture, l’industrie et le bâtiment, notait le même média au début du mois de juin.
La Hongrie “va maintenir et même rénover la clôture” sur la frontière serbe, “rejette tous les types d’immigration illégale” et “ne soutient aucun quota”, déclarait le 26 mai au Parlement le ministre de l’Intérieur, Gabor Posfai, relayé par Telex. Le ministre dénonçait ensuite la “libération de trafiquants d’êtres humains condamnés” et les bons de résidence qui “ont contribué à l’installation de dizaines de milliers d’étrangers” sous les gouvernements Orban.
“Le gouvernement Orban n’a pas bougé d’un pouce alors que les États membres avaient deux ans pour se préparer” au pacte sur la migration et l’asile, tonne Valasz Online, prédisant un “chaos juridique imminent”. La Hongrie “aurait tout intérêt” à s’adapter “pour mettre fin à l’amende de 1 million d’euros par jour infligée par la Cour de justice de l’Union européenne” en 2024, et éviter que “la sanction actuelle soit suivie d’une nouvelle”, juge le média en ligne.
Mais derrière ces luttes au sein du même parti d’extrême-droite monte une contestation franchement anti-européenne y compris contre l’euro et ses mirages.Voici ce qu’un site qui ne cache pas ses sympathies communistes et qui voit son avenir dans un mouvement qui se développe dans le sud, les Balkans, la Bulgarie, la Grèce entre autres dénonce comme le piège pour les travailleurs.
LE PIÈGE DE L’EURO : LA NOUVELLE ARME DE CAPITAL POUR EN FINIR AVEC LE DEVELOPPEMENT DES TRAVAILLEURS HONGRES
La presse bourgeoise une fois de plus, – avec cet article de HU- est pleine du discours préféré des technocrates néolibéraux : la marionnette de l’introduction de l’euro en Hongrie. L’article analyse des indicateurs économiques objectifs (niveaux des salaires, inflation, manque de ménages d’État), mais en réalité il fait écho aux intérêts du groupe transnational et des banquiers bruxellois. L’analyse crée la fausse illusion que l’introduction de la monnaie commune est une question technique ou disciplinaire, tout en faisant taire le caractère impérialiste réel de la zone euro.
Répondre aux critères à Maastricht, c’est étouffer la classe ouvrière.
L’article affirme en grande partie qu’en raison de l’inflation élevée et du manque de « discipline » face à la redistribution de l’Etat pour les ménages, la Hongrie est à des kilomètres du seuil d’entrée. Ce que les économistes civiques appellent « discipline financière » n’est, selon l’analyse marxiste, rien de plus qu’une pression impitoyable des classes
Les critères de Maastricht attirent des zombies artificiels forcés dans les pays périphériques. Pour ajuster le déficit aux attentes de Bruxelles, les gouvernements doivent démanteler les réseaux de santé, d’éducation et de sociaux. Ainsi, la poursuite de l’euro n’apporte pas la prospérité mais des restrictions permanentes pour équilibrer le ménage de l’État de la capitale.
Le mensonge de la capture des salaires
Un 24. Les auteurs de HU regrettent que le niveau des salaires hongrois soit encore loin de la moyenne de la zone européenne et que la productivité ne soit pas suffisante non plus. Ce récit typique avec le capital met la responsabilité sur les travailleurs.
La réalité est que les pays occidentaux (en particulier les capitalistes allemands et français) ont besoin de ce statut de pays semi-périphériques : la Hongrie est l’usine de montage d’une main-d’œuvre bon marché, exploitable mais bien formée. L’introduction de l’euro n’augmenterait pas les salaires ; au contraire, elle enlèverait le dernier moyen d’indépendance monétaire, cimentant définitivement l’esclavage salarial des travailleurs hongrois sous les diktats de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort.
L’euro n’est pas une garantie pour la prospérité, mais s’en est une pour le capital transnationale et l’arme des pays du centre pour annuler la souveraineté économique de la périphérie. L’exemple de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal a déjà montré que la monnaie commune sert à appauvrir le travail du sud et de l’est et à dominer le capital d’exportation allemand. Les travailleurs hongrois n’ont pas besoin de rejoindre la zone européenne, ils ont besoin de l’intégration du capital et du rejet radical de la dictature bancaire bruxelloise.
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