Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

À Vladivostok, les autorités vont démonter la statue de l’écrivain Soljenitsyne

Figure de la dissidence soviétique, l’auteur de “L’Archipel du goulag” avait été expulsé d’URSS en 1974. Le monument qui lui rendait hommage dans cette ville de l’Extrême-Orient russe va être retiré et déplacé dans un quartier périphérique. Une nouvelle illustration du révisionnisme historique à l’œuvre en Russie, jugent « les médias indépendants »selon Courrier international, dont les sympathies antisoviétiques sont bien connues. Mais ce périodique omet de tracer un portrait réel de Soljenitsyne en tant que défenseur de la démocratie. En matière de soutien, il n’en rate pas une, il est partisan des socialistes-révolutionnaires, mais les Russes n’ont pas oublié que ce sont précisément les socialistes-révolutionnaires qui tirèrent sur Lénine. Soljenitsyne exprime avec tendresse sa compassion pour tous les ennemis des russes : les Basmatchi , qui incendièrent et anéantirent des villages entiers en Asie centrale ; les hommes de Bandera, qui martyrisèrent l’Ukraine. L’énumération de tous ceux que Soljenitsyne s’efforce de poser en héros, ou dont il prend la défense, serait longue. En fait, ce sont ceux qui combattirent le pouvoir soviétique. Ce qui suscite surtout la noire indignation d’un peuple dont Staline demeure le personnage favori en tant que figure patriotique, c’est lorsqu’il tente de blanchir les traîtres de Vlassov qui luttèrent contre leur patrie, dans les rangs des fascistes. Et je conseille à ceux qui voudraient en avoir une vision plus réaliste de s’intéresser aux deux volumes « Ensemble » publiés chez Grasset qui dénués de la moindre qualité littéraire se veulent un ouvrage historique sur les Juifs dans leur cohabitation avec les Slaves. La Thèse de Soljenitsyne est simplissime : les Juifs sont à l’origine de tous les maux qui ont accablé les Russes trop naïfs, de l’ivrognerie slave, de la révolution bolchevique et du goulag. C’est stupéfiant de simplification autour de k’antisémitisme forcené de leur auteur qui n’a pas soutenu par hasard Vlassov, soutient pas par hasard les collaborateurs des nazis. Si revisionnisme il y a, ce « barde » porte une lourde responsabilité dans ce domaine dans la description de ce que fut la grande guerre patriotique. Ce qui est intéressant dans la défaveur dont jouit « le barde » c’est qu’elle correspond à une pression populaire surtout dans l’extrême-Orient russe, là où la relation avec la Chine mais aussi la Corée du nord et des peuples d’origine asiatiques a toujours eu une vie autonome et aujourd’hui est une des zones d’influence du parti communiste. Ce n’est pas, comme le laisse entendre l’article, le parti de Poutine qui est à l’origine de cette réhabilitation historique mais c’est un mouvement parti de la base qui aujourd’hui met en cause « la 5e colonne » des oligarques qui trahit le pays On peut dater ce mouvement de la réforme des retraites mais il s’est encore amplifié avec la manière dont l’occident envoie l’OTAN contre le pays en utilisant y compris la réhabilitation des collaborateurs nazis en Ukraine et partout. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Courrier international

 Publié le 10 mars 2026 à 17h39, mis à jour le 10 mars 2026 à 17h59

Le monument en l’honneur d’Alexandre Soljenitsyne à Vladivostok, photographié le 28 juillet 2018. PHOTO ALAMY

“Il faut remarquer que la nouvelle est apparue le 6 mars, le lendemain de l’anniversaire de la mort de Staline”, grince la correspondante de Novaïa Gazeta à Vladivostok, qui rapporte la décision de la municipalité de démonter le monument en l’honneur d’Alexandre Soljenitsyne (1918-2008), situé dans le centre-ville, face à la mer.

Vladivostok, capitale administrative de la région du Primorié, dans l’Extrême-Orient russe. COURRIER INTERNATIONAL

La statue représente l’écrivain en mouvement, “comme s’il débarquait après de longues pérégrinations”, écrit-elle dans ce titre emblématique de la presse indépendante. “Ce n’est pas un hasard, puisque le lauréat du prix Nobel [en 1970] est effectivement rentré au pays le 27 mai 1994 en avion jusqu’à Magadan [ville d’Extrême-Orient marquée par l’histoire du goulag], avant de rejoindre presque immédiatement Vladivostok. C’est de là qu’il a ensuite pris un train pour Moscou.” Soljenitsyne rentrait en Russie après vingt ans d’exil aux États-Unis.

Condamné sous Staline à huit ans de détention dans un camp de travail, Soljenitsyne est l’auteur d’une œuvre monumentale – L’Archipel du goulagLa Roue rouge – qui documente en particulier les répressions politiques du système soviétique. Accusé de trahison en 1974, il fut déchu de sa nationalité et expulsé d’URSS.

La statue qui lui rend hommage à Vladivostok avait été érigée en 2015 en présence d’Ermolaï, l’un de ses fils, à l’initiative de l’administration du maire alors en fonction, Igor Pouchkariov. Le destin de ce dernier, rappelé par l’agence d’État Tass, illustre une certaine réalité de la Russie actuelle : condamné depuis à quinze ans d’emprisonnement pour corruption, Pouchkariov a été libéré en 2024, ayant signé un contrat avec le ministère de la Défense pour aller combattre sur le front ukrainien.

Vandalisme

Depuis cette inauguration, “le temps a passé. Dans la deuxième ville du Primorié, Nakhodka, un monument à Staline a été érigé. À Vladivostok, avec le soutien du FSB local et des autorités régionales, le monument à Félix Dzerjinski a été restauré, se désole Novaïa Gazeta, qui fait référence au fondateur de la Tchéka, la redoutable police politique soviétique. Et ‘Félix de fer’ [le surnom qui lui est habituellement associé] est même devenu une ‘mascotte’ des supports de communication de la commission régionale antiterroriste.”

“La sculpture a suscité la controverse dès le départ et a été vandalisée à plusieurs reprises”, fait cependant remarquer Govorit NeMoskva. Ce média indépendant rappelle que deux jours seulement après son inauguration, un jeune militant communiste – devenu plus tard député – avait pendu au cou du dissident l’inscription “Judas”.

“Il avait alors déclaré qu’il fallait le démonter et s’était indigné qu’il n’y ait pas de place en ville pour un monument à Staline à l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire”, formule qui désigne la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie, en 1945. En 2023, un habitant avait intenté une action en justice pour obtenir le déboulonnage du Soljenitsyne de bronze, mais sa demande avait été rejetée.

“Présence inappropriée”

Le monument va quitter la baie de Zolotoï Rog, au cœur de la ville, pour être reléguée dans un square en périphérie de celle-ci. S’y trouve déjà une stèle à la mémoire des victimes des répressions politiques en URSS.

À lire aussi : Liberté d’expression. La dissolution de l’association Memorial, un coup de massue pour la société civile russeAjouter aux favoris

Dans son édition locale, le tabloïd Komsomolskaïa Pravda (KP) approuve le retrait de la statue décidé par les autorités. “L’emplacement du monument a été initialement mal choisi. Soljenitsyne est arrivé à Vladivostok en avion, et sa présence parmi des équipements militaires était jugée inappropriée”, écrit ce journal pro-Kremlin. La ville, qui abrite la flotte du Pacifique, est restée fermée aux étrangers pendant plusieurs décennies durant la période soviétique et jusqu’en 1992. “Le monument n’est pas classé au patrimoine culturel” et “l’écrivain n’est passé qu’une seule fois à Vladivostok, en transit”, insiste KP.

Le média Govorit NeMoskva, qui concentre son attention sur l’actualité en dehors de la capitale, s’inquiète au contraire du fait que “le sujet du goulag et des répressions staliniennes fait l’objet, dans la Russie d’aujourd’hui, d’une révision ‘tranquille’ de plus en plus fréquente”. Dans une publication sur son compte Telegram datée du 4 mars, il rapportait l’abandon du projet de musée qui devait voir le jour à Magadan, aux confins de l’Extrême-Orient, région tristement célèbre pour ses camps de travail. À la place “un complexe historico-patriotique va être construit”Govorit NeMoskva mentionne également la fermeture du musée de l’Histoire du goulag, à Moscou, l’unique institution du pays qui lui était consacrée.

Views: 30

Suite de l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d’apparaître.