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Pourquoi les prédictions alarmistes sur la Chine ne se réalisent pas ?

Asia Times

Un article récent d’un expert Jan Krikke décrit le fait que depuis plus de 20 ans la Chine est au bord du gouffre et va s’effondrer : une erreur de prévision qui en dit plus sur les observateurs que sur la Chine elle-même et sur le fait que ce qui est caractéristique c’est que les éléments de la crise sont bien réels mais ils ne se propagent pas..Ce qui concerne ce qu’ils refusent de voir l’incidence du choix du socialisme et d’un monde multipolaire qui limite la crise non seulement pour soi mais pour ceux en particulier les partenaires stratégiques, les pays du sud entrés dans une autre logique.Cet article comme souvent ceux des sites d’investissement ont le mérite d’alerter sur l’idéologie dominante et son incapacité à percevoir ce qu’implique la Chine, le monde multipolaire devrait inciter à une recherche d’un point de vue du matérialisme historique et des communistes eux-mêmes, nous en sommes encore loin mais si Histoireetsociete a une vocation c’est d’y contribuer. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

par Jan Krikke12 juin 2026

L’économie chinoise n’est pas au bord de l’effondrement. Image : Capture d’écran X

La Chine est au bord du gouffre depuis plus de 20 ans. En 2001, l’avocat et commentateur Gordon Chang publiait « L’effondrement imminent de la Chine ». Cet ouvrage, devenu célèbre, prédisait que le modèle économique chinois s’effondrerait en moins de dix ans.

La décennie s’écoula. La prédiction fut révisée, republiée et intégrée à un genre durable qui a survécu à tous les échéances manquées. La crise, selon Chang et d’autres, était toujours imminente.2

Prenons l’exemple de deux autres figures emblématiques, aux antipodes du spectre de l’effondrement chinois. Nouriel Roubini s’est vu attribuer le surnom de « Docteur Catastrophe » avant même de prédire la crise financière mondiale de 2008. En 2011, il avertissait que la Chine était confrontée à une probabilité non négligeable d’un atterrissage brutal.

Il a pointé du doigt l’endettement galopant, les surinvestissements et les projets d’infrastructure déconnectés de la demande réelle. Selon lui, le krach surviendrait après 2013.

En 2015, alors que le consensus sur un atterrissage brutal atteignait son apogée, Roubini a réévalué les données. Il a rejeté le scénario d’un effondrement et a plaidé pour un « atterrissage en douceur » : un ralentissement de la croissance, mais sans défaillance systémique. La prédiction a évolué au gré des évolutions des données.

Peter Zeihan a adopté une perspective différente. Depuis plus de dix ans, ce stratège géopolitique soutient que l’économie et le système politique chinois sont menacés d’effondrement structurel. L’évolution démographique entraînera une diminution de la population active. La dépendance aux exportations freinera la croissance. Dans ses livres et ses interviews, le calendrier de Zeihan varie, mais sa conclusion demeure remarquablement constante.

Les défis identifiés par Zeihan sont bien réels. La population chinoise vieillit. Les marchés d’exportation sont de plus en plus concurrentiels. Pourtant, l’effondrement qu’il prédit ne s’est pas produit. La Chine a su faire face aux pressions démographiques grâce à l’automatisation et a progressé régulièrement dans la chaîne de valeur industrielle.

Le contraste est révélateur : Roubini a changé d’avis tandis que Zeihan a modifié la date.

Le mur est toujours debout.

Lorsque la bourse de Shanghai s’est effondrée en 2015, les analystes ont prédit un atterrissage brutal. Lorsque le promoteur immobilier China Evergrande Group a fait défaut en 2021, les comparaisons avec Lehman Brothers ont fusé presque aussitôt. Pourtant, l’effondrement n’a jamais eu lieu. La Chine est toujours solide.

Cela ne signifie pas pour autant que tout va bien. Le patrimoine des ménages reste étroitement lié à un marché immobilier en déclin. Le chômage des jeunes a atteint un niveau si élevé que les autorités ont cessé de publier ce chiffre. L’accès aux marchés d’exportation s’est complexifié avec la montée du protectionnisme en Occident.

Ceux qui annonçaient des difficultés ne les inventaient pas ; ils constataient des tensions bien réelles. Cependant, leur erreur d’appréciation répétée n’était pas l’existence même de ces tensions, mais leur capacité à se propager.

Une prédiction qui se révèle sans cesse fausse, puis est discrètement reportée, change de nature. Elle cesse d’être une prévision et devient une attente persistante qui survit à sa propre réfutation.

La question n’est plus de savoir si la Chine est confrontée à de sérieux défis. C’est indéniable. La question est de savoir pourquoi les prévisions convergent systématiquement vers la même conclusion erronée. Les erreurs dues à des données erronées se dispersent. Certaines prévisions sont trop optimistes, d’autres trop pessimistes. Avec le temps, elles finissent par se rapprocher de la réalité. La prévision d’un effondrement de la Chine, elle, ne se disperse pas, elle converge.

L’échéance de l’effondrement ne cesse de repousser. 2011 est devenu 2012, puis 2016. L’atterrissage brutal a été de nouveau prononcé après le krach boursier de 2015 et s’est poursuivi sous diverses formes à travers la guerre commerciale, la pandémie et le défaut de paiement d’Evergrande.

Au cours de ces deux mêmes décennies, l’économie chinoise a progressé, les revenus des ménages ont plus que quadruplé et le secteur industriel a régulièrement gagné en valeur ajoutée. Une erreur de prévision qui pointe systématiquement dans la même direction en dit plus long sur l’observateur que sur l’objet étudié.

Pourquoi ce récit persiste

Trois facteurs expliquent la persistance du récit de l’effondrement. Aucun n’implique que quiconque mente.

Premièrement, la conclusion est utile  Un investisseur obtient une raison d’éviter les actifs chinois qui ressemble à une analyse, et non à une source d’inquiétude. Un gouvernement dispose ainsi d’une stratégie de gestion des risques au lieu d’admettre l’arrivée d’un concurrent de taille. Et les médias ont un sujet plus captivant : un rival émergent est complexe ; un rival en déclin génère des clics.

Quand une conclusion est aussi facilement acceptée, les preuves qui la confirment sont acceptées sans discussion, tandis que les preuves contraires sont systématiquement mises en demeure. Se tromper n’entraîne quasiment aucune conséquence professionnelle. Un prévisionniste peut se tromper sur le même point pendant vingt ans et rester une autorité reconnue. Personne ne prend cette décision consciemment. C’est le fruit de l’obsession de vouloir empêcher de chercher.

Deuxièmement, cette hypothèse est dépassée. Une longue tradition de la pensée occidentale soutient qu’une économie ne peut fonctionner sans les institutions que l’Occident a mises en place : banques centrales indépendantes, tribunaux qui encadrent le pouvoir de l’État, libre circulation de l’information. Si l’on s’accroche fermement à cette hypothèse, la croissance chinoise finit par ressembler à une illusion venue d’ailleurs. L’effondrement devient alors une déduction, et non une prédiction.

Cette conviction se manifeste le plus clairement dans l’idée que la Chine pourrait copier mais jamais inventer. Pourtant, les entreprises chinoises sont aujourd’hui leaders dans les véhicules électriques, les batteries et les énergies renouvelables, parmi une liste croissante d’autres technologies de pointe. Ce postulat a persisté malgré l’érosion constante qu’il a subie face à la réalité.

Troisièmement, ces modèles ont été élaborés ailleurs. Les outils d’évaluation de la vulnérabilité économique ont été conçus dans des systèmes où l’État joue le rôle d’arbitre. Ils analysent la dette privée, l’effet de levier et la valeur des biens immobiliers. Ces variables sont importantes en Chine, mais elles ne transmettent pas les difficultés de la même manière.

Evergrande en est l’exemple le plus flagrant. Les comparaisons avec la banque d’investissement Lehman Brothers semblaient inévitables. Pourtant, la faillite de Lehman s’est produite au sein d’un système de créanciers largement indépendants. La Chine présente une configuration différente : les banques publiques et les restructurations menées par l’État ont modifié les mécanismes de propagation des difficultés.

Le résultat ne fut pas l’absence de crise, mais une crise d’une autre nature. Les promoteurs ont fait défaut, la valeur des biens immobiliers a chuté et la croissance a ralenti. Cependant, la réaction en chaîne anticipée par de nombreux analystes ne s’est jamais produite. Le modèle a identifié de réelles vulnérabilités. Son erreur d’appréciation a porté sur le mécanisme de propagation.

L’illusion inverse

Pourtant, rien de tout cela ne signifie que le mur est solide. Ceux qui ont mis en garde contre les faiblesses de la Chine avaient raison sur bien des points. Des promoteurs ont fait défaut. La valeur des biens immobiliers a chuté.

La démographie évolue et ce changement ne sera pas facile à inverser. Cependant, l’emploi du terme « imminent »  est inapproprié depuis 20 ans. En revanche, « fragile »  n’a jamais été erroné. C’est la manière honorable de rater son coup, celle qu’a suivie Roubini.

Le même instrument qui révèle le récit de l’effondrement peut être utilisé à son inverse. S’il est utile de croire en une Chine perpétuellement au bord du gouffre, il en va de même pour une Chine infaillible. Ces deux récits reposent sur une attention sélective. Tous deux risquent de confondre conviction et preuve.

Les modèles utilisés pour prévoir l’économie chinoise sont de facto des cartes : des compressions d’une réalité vaste et complexe en une poignée de variables simples et lisibles. Le territoire lui-même demeure bien plus chaotique.

Quand le territoire refuse de se comporter comme la carte le prévoit, la réaction disciplinée consiste à remettre en question la carte. La réaction instinctive, elle, consiste à remettre en question le territoire lui-même : les données sont forcément fausses, la croissance illusoire.

Alors, encore une fois, pourquoi toutes les prévisions d’effondrement se sont-elles révélées si systématiquement fausses ? En partie parce que les prévisionnistes ont observé et pondéré les mauvais indicateurs.

La nouvelle classe moyenne ne s’est pas constituée principalement à Shanghai ou à Shenzhen, mais dans des villes de l’intérieur comme Chengdu, Hefei, Xi’an et Zhengzhou, où la croissance des revenus était stimulée par l’expansion industrielle et les investissements dans les infrastructures plutôt que par des gains spéculatifs dans l’immobilier côtier.

Si un véritable déclin systémique se profile, il apparaîtra d’abord à ce niveau – dans les revenus des ménages et les habitudes de consommation modifiées de la classe moyenne intérieure.

Si ces indicateurs commencent à montrer une contraction durable, la thèse de l’effondrement disposera enfin du mécanisme de transmission qui lui a longtemps fait défaut. En revanche, s’ils restent stables, analystes et critiques devront peut-être revoir leurs hypothèses erronées.

Jan Krikke

Jan Krikke est un ancien correspondant au Japon pour divers médias, ancien rédacteur en chef d’Asia 2000 à Hong Kong et auteur de « The Predictive State: How China Rewires Governance for the AI ​​Century (2026) ».

Chaîne Red Line TV. Reportage spécial : « Le vol du dragon rouge » en prime le reportage enthousiaste des communistes russes en Chine.

Au cours des quarante dernières années, la République populaire de Chine a réalisé une percée socio-économique remarquable dans l’histoire moderne, en mettant progressivement en œuvre les objectifs fixés par le Parti communiste chinois dans ses plans de développement quinquennaux. Le secret réside dans la mission première du Parti : servir le peuple. En Chine, il ne s’agit pas de simples paroles en l’air.

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Chaîne de télévision Red Line

29 mai 2026, 8h4

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