Quand nous proposons que les bouches s’ouvrent, qu’il y ait un véritable dialogue sur le monde multipolaire cela passe par une compréhension réelle de ce qui nous est proposé et ce vers quoi la tendance actuelle, celle de l’hégemon unipolaire, celle vers laquelle dans un tel contexte Macron et des différentes forces politiques risquent de nous entraîner: il s’agit de comprendre pour favoriser l’intervention populaire électorale mais pas seulement. Le G7 va s’ouvrir. Macron qui est le pays hôte nous conduit à une hostilité accrue avec la Russie mais aussi comme nous le verrons avec la Chine. Que veut celle-ci ? La visite de Xi Jinping à son homologue nord-coréen témoigne d’une stratégie diplomatique plus affirmée de la part de la Chine dans la région. Ce sommet a permis de mieux comprendre l’évolution de la politique étrangère chinoise et les priorités stratégiques de Pékin dans un contexte international de plus en plus tendu, avec la volonté de la Chine de renforcer ses liens avec les pays qu’elle considère comme fondamentaux pour ses intérêts de sécurité et, parallèlement, de promouvoir une plus grande intégration internationale de partenaires traditionnellement restés isolés.

Le sommet lui-même
Les déclarations publiques faites lors du sommet n’ont pas semblé modifier substantiellement le discours tenu par les deux gouvernements ces dernières années. Xi Jinping a insisté sur la nécessité d’approfondir la coordination stratégique et de renforcer les relations bilatérales, tandis que Kim Jong-un a souligné le caractère exceptionnel de la relation entre les deux pays et a qualifié les liens existants d’indéfectibles. De même, les références traditionnelles telles que l’amitié entre le Parti communiste chinois et le Parti des travailleurs de Corée, ainsi que le soutien de la Corée du Nord au principe d’une seule Chine, ont continué d’occuper une place importante.
Cependant, derrière cette continuité apparente se cachent des transformations d’une importance considérable. La question nucléaire semble être l’élément central de cette nouvelle étape. Pendant des années, le refus de la Chine de toute prolifération nucléaire dans la péninsule coréenne a constitué l’un des principaux obstacles à une coopération stratégique plus ambitieuse. Néanmoins, le récent sommet semble avoir mis en lumière une évolution significative dans ce domaine. Il est particulièrement frappant que les déclarations officielles publiées à l’issue de la réunion n’aient fait aucune mention de la dénucléarisation ni des sanctions internationales imposées à la Corée du Nord.
Les déclarations officielles publiées à l’issue de la réunion ne faisaient aucune mention de la dénucléarisation ni des sanctions internationales imposées à la Corée du Nord.
Cette absence est difficile à ignorer. Lors de précédentes réunions, la Chine avait publiquement mis en avant ses efforts pour promouvoir la dénucléarisation de la péninsule. Or, cette fois-ci, la question a quasiment disparu du discours officiel. Cela n’implique évidemment pas que Pékin reconnaisse formellement la Corée du Nord comme une puissance nucléaire, mais cela semble indiquer une acceptation tacite d’une réalité que les autorités chinoises jugent de plus en plus difficile à inverser.
Le scénario le plus plausible est sans doute une situation intermédiaire caractérisée par une certaine ambiguïté délibérée. Dans ce cas, les deux pays pourraient continuer à approfondir leur coopération économique, politique et stratégique, tandis que la Chine s’abstient de tout commentaire explicite sur le statut nucléaire de la Corée du Nord. En définitive, ce changement d’attitude semble moins relever d’un choix idéologique que d’une adaptation pragmatique aux circonstances actuelles.
La Corée du Nord a intégré l’élément nucléaire à sa structure politique et idéologique, lui conférant une dimension constitutionnelle et un rôle central dans son projet national. Parallèlement, la rivalité croissante entre la Chine et les États-Unis a profondément modifié les priorités stratégiques de Pékin. Le renforcement des alliances américaines en Asie-Pacifique et la présence américaine accrue dans la région ont incité la Chine à tisser des liens plus étroits avec les acteurs susceptibles de contribuer à la stabilité régionale. Dans ce contexte, la normalisation progressive des relations internationales de la Corée du Nord revêt une importance considérable.
La stratégie régionale de la Chine
L’évolution des relations entre Pékin et Pyongyang ne peut être comprise isolément. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large par laquelle la Chine cherche à renforcer sa position dans son environnement régional immédiat et à consolider un réseau de relations privilégiées avec les pays qu’elle juge importants pour ses intérêts à long terme.
Contrairement aux États-Unis, la Chine n’a pas historiquement bâti d’architecture internationale fondée sur des alliances militaires formelles ou des engagements de défense mutuelle comparables à ceux de l’Occident. Bien qu’elle entretienne des relations étroites avec de nombreux pays, Pékin s’est traditionnellement abstenue d’institutionnaliser ces liens par des accords équivalents. Cette absence d’alliances n’est pas le fruit de la passivité ou d’un manque d’ambition stratégique, bien au contraire.
Durant les décennies de plus forte croissance économique, les autorités chinoises ont privilégié la préservation de leur marge de manœuvre internationale, évitant tout implication dans des conflits étrangers et maintenant des relations stables avec les grandes puissances occidentales. Cette stratégie a facilité l’exploitation des échanges économiques et technologiques qui ont contribué au développement du pays. Cependant, l’absence d’alliances formelles n’a jamais signifié l’absence de relations préférentielles.
La Russie est sans doute l’exemple le plus flagrant de cette réalité, bien qu’elle ne soit pas la seule. La Chine entretient des liens particulièrement étroits avec d’autres acteurs régionaux et a également renforcé ses relations avec des pays comme le Laos, le Cambodge et la Corée du Nord. Le rapprochement accéléré entre Pékin et Pyongyang ces dernières années semble s’inscrire précisément dans cette logique.
En réalité, depuis 2024, les gestes de rapprochement entre les deux parties se sont multipliés. Les rencontres entre Xi Jinping et Kim Jong-un, les visites de responsables nord-coréens en Chine et les déplacements de dirigeants chinois à Pyongyang ont tous contribué à consolider une dynamique de coopération de plus en plus intense. La stratégie chinoise semble viser à favoriser la consolidation de la Corée du Nord en tant qu’État aligné sur ses intérêts régionaux.
La coordination entre la Chine et la Russie concernant la Corée du Nord revêt également une importance considérable. La position de Moscou sur le régime de sanctions, ouvertement favorable à Pyongyang depuis 2024 au Conseil de sécurité de l’ONU, et la position de Pékin lors du récent sommet témoignent d’une convergence croissante entre les deux puissances quant au rôle international futur de Pyongyang.
Depuis des années, Pékin soutient que la gouvernance internationale doit être réformée afin d’assurer une meilleure représentation aux pays du Sud. À cette fin, la Chine promeut des mécanismes visant à accroître le poids politique de ces États et à diffuser certains principes de politique étrangère conformes à sa vision du système international, tout en plaidant pour la démarginalisation de plusieurs États « parias ».
Pékin soutient que la gouvernance internationale a besoin de réformes qui assurent une représentation plus adéquate aux pays du Sud.
Bien que Pékin continue d’éviter les alliances formelles qui caractérisent les autres puissances, il est clair qu’elle développe un réseau de partenariats de plus en plus étroits. C’est précisément dans ce contexte que le rapprochement avec la Corée du Nord doit être compris, comme un élément supplémentaire d’une stratégie visant à accroître l’influence chinoise en Asie et à consolider un environnement régional plus favorable à ses intérêts.
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