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Moscou, l’IA et l’indépendance technologique de l’eurasie…

Moscou accélère ses efforts en matière d’intelligence artificielle : le défi eurasien à la suprématie technologique occidentale. Le Forum eurasien d’Astana et la nouvelle centralité stratégique de l’IA . Là aussi il faut élargir la focale dans le temps et dans l’espace pour comprendre ce monde nouveau déjà là avec les matériaux accumulés de l’Histoire. (C. Meier)

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 équipe éditoriale

29/05/2026

L’intelligence artificielle est devenue un enjeu décisif de la compétition géopolitique mondiale, et la Russie souhaite y jouer un rôle de premier plan. Tel est le message fort qui s’est dégagé du Forum économique eurasien 2026, événement annuel de l’Union économique eurasienne, qui s’est tenu cette année à Astana. Le thème du débat était « L’UEEA dans la course numérique mondiale : focus sur l’intelligence artificielle », avec la participation du président russe Vladimir Poutine.

Le Forum, qui réunit chaque année des dirigeants politiques, des cadres de grandes entreprises, des représentants d’institutions financières, de banques, d’organisations internationales et des experts des pays membres et partenaires eurasiens, est devenu une véritable vitrine de la nouvelle stratégie technologique de Moscou. Il ne s’agit pas seulement de coopération économique régionale, mais d’un projet plus vaste d’autonomie numérique et de souveraineté technologique capable de remettre en question la domination occidentale dans le secteur de l’innovation.

Le programme comprenait une trentaine de sessions thématiques consacrées à la transformation numérique, à l’économie des données, à la coopération technologique et, surtout, au développement de l’intelligence artificielle dans les pays de l’Union économique eurasiatique (UEE). En marge de la séance plénière, le président russe Vladimir Poutine, accompagné des chefs des délégations participantes, a visité l’exposition spécialisée « Le développement de l’intelligence artificielle dans l’UEE », organisée par le centre d’intelligence artificielle alem.ai.

Cinq stands interactifs nationaux et un stand de la Commission économique eurasienne ont présenté les progrès réalisés par différents pays en matière de numérisation de l’économie, d’infrastructures intelligentes et d’applications d’intelligence artificielle dans les secteurs stratégiques. L’exposition a démontré comment Moscou cherche à bâtir un écosystème technologique indépendant pour rivaliser avec les puissances dominantes que sont les États-Unis et la Chine.

Poutine : « L’intelligence artificielle va changer le travail, la politique et la société. »

Dans son discours, Poutine a qualifié l’intelligence artificielle de « technologie stratégique » destinée à remodeler l’équilibre des pouvoirs mondiaux au XXIe siècle. Le président russe a ouvertement évoqué une compétition internationale en cours entre les États et les grandes multinationales pour le leadership dans ce secteur.

« La compétition pour le leadership dans ce domaine est déjà lancée », a-t-il déclaré. « Et la Russie possède certains atouts concurrentiels. »

Selon le Kremlin, ces avantages concernent plusieurs domaines : le patrimoine scientifique et universitaire du pays, la disponibilité des ressources énergétiques nécessaires pour alimenter les gigantesques infrastructures informatiques requises par l’IA, et la capacité de l’État russe à concentrer ses investissements stratégiques sur les secteurs prioritaires.

Une attention particulière a été portée à la question énergétique. Poutine a souligné que le développement de l’intelligence artificielle exige d’énormes quantités d’énergie et, par conséquent, des systèmes de production stables et à haute capacité. Dans ce contexte, le président russe a mis en avant l’avantage concurrentiel que représente l’énergie nucléaire civile russe, tant pour les grandes centrales que pour les nouvelles technologies de petits réacteurs modulaires, en complément de la disponibilité de l’énergie hydroélectrique et des sources d’énergie traditionnelles.

Mais le point le plus significatif de ce discours concerne sans doute les transformations sociales induites par l’IA. Poutine a ouvertement reconnu que des millions de personnes pourraient perdre leur emploi ou être contraintes de se reconvertir professionnellement à cause de l’automatisation.

« Des professions entières pourraient disparaître », a-t-il admis. « L’intelligence artificielle remplace déjà les employés débutants et pourrait à terme remplacer également les employés de niveau intermédiaire. »

Malgré ce scénario, le dirigeant russe a décrit le processus comme « irréversible et inévitable », arguant que les gouvernements doivent se préparer à mener la transition plutôt que de la subir.

La course mondiale à l’IA et le projet de souveraineté numérique de la Russie

Derrière le discours technologique se dessine cependant une vision géopolitique précise. Moscou considère l’intelligence artificielle non seulement comme un outil économique, mais aussi comme un élément crucial de sa souveraineté nationale et de son indépendance stratégique.

Poutine a insisté sur la nécessité de construire des « plateformes souveraines » pour le développement de l’IA, réduisant ainsi la dépendance à l’égard des infrastructures occidentales et créant des systèmes autonomes pour le calcul, le stockage et la gestion des données.

« La Fédération de Russie est peut-être l’un des rares pays capables de créer ses propres plateformes souveraines pour le développement de l’intelligence artificielle », a-t-il déclaré.

Le président russe a également annoncé son intention de renforcer l’Alliance internationale pour l’intelligence artificielle et d’organiser l’année prochaine en Russie une réunion internationale de haut niveau consacrée à la coopération en matière d’IA, avec un accent particulier sur la création d’une infrastructure partagée de puissance de calcul et d’énergie.

Moscou ambitionne donc de construire un modèle alternatif de mondialisation technologique, fondé sur l’intégration eurasienne et la collaboration avec les pays non occidentaux. Cette stratégie s’inscrit dans un processus plus large de redéfinition des équilibres internationaux, accéléré par les sanctions, la guerre économique et la fragmentation de l’ordre mondial.

Ce n’est pas un hasard si le Kremlin a choisi l’intelligence artificielle comme symbole de cette nouvelle phase historique. Car l’enjeu ne se limite pas à la maîtrise des technologies, mais concerne le pouvoir de façonner les modèles économiques, culturels et politiques de demain.

Et dans cette nouvelle course mondiale à l’IA, la Russie veut démontrer qu’elle n’est pas seulement une puissance militaire et énergétique, mais aussi l’un des centres émergents de la révolution numérique mondiale.

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