« Entretien avec Manu Pineda, secrétaire aux relations internationales du PCE, dans le Diario del Pueblo »(*) Le Diario del Pueblo est bien sur le Quotidien du peuple publié par Mundo Obrero ce qui me rappelle des souvenirs du temps où sous le franquisme j’ai porté à travers les frontières les matrices de ce journal jusqu’à Mataro, déjà condamnée à la clandestinité et à la censure considérée comme une « criminelle » mais au moins à cette époque là ce n’étaient pas la gauche, et surtout les communistes et l’humanité qui m’interdisaient et me vouaient à des pratiques marginales. Il y a un mouvement en Europe des forces de gauche et des partis communistes, malheureusement encore sans véritable équivalent en France (bien que Franck Marsal et un certain nombre de communistes français soient convaincus qu’il s’agit là d’un des enjeux du 40 e congrès et que la prise de conscience augmente à la base, je demande à voir) qui prend conscience de l’existence d’une alternative multipolaire en renonçant à projeter sur ce mouvement et sur la Chine ses propres idéologies issues de la régression eurocommuniste et des dogmes qui ont lutté contre la collaboration socialdémocrate sur des bases historiquement pertinentes mais dépassées par l’état réel des rapports de force. Il y a un dialogue qui se constitue et qu’il est désespérant de voir repoussé par la France ce qui favorise le fascisme et l’extrême-droite par défaut de perspective. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
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31/05/2026
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Manu Pineda. – Source : Journal du Pueblo.
1. Combien de fois avez-vous visité la Chine ? Lors de ces voyages, quels changements vous ont le plus marqué ? Y a-t-il eu des villes, des entreprises, des communautés ou des détails du quotidien des gens ordinaires qui vous ont permis de percevoir la rapidité du développement de la Chine ces dernières années ? Comment interprétez-vous le sentiment de stabilité et de confiance en l’avenir qui se dégage actuellement de la société chinoise ?
C’était mon premier voyage en Chine et, honnêtement, ce fut une expérience extraordinairement enrichissante. J’ai eu l’occasion d’observer de près la réalité de trois villes emblématiques de la Chine contemporaine, chacune représentant une dimension différente mais complémentaire du développement du pays.
Pékin, capitale de la République populaire de Chine, est le principal centre politique où se prennent les décisions stratégiques qui orientent le développement national. J’ai été particulièrement impressionné par ma visite au Musée d’histoire du Parti communiste chinois. Ce lieu retrace, de manière très pédagogique, accessible et émouvante, plus d’un siècle d’histoire d’un parti qui a joué un rôle déterminant dans la transformation de la Chine. Pour quiconque souhaite comprendre la Chine contemporaine, cette visite est incontournable.
Shenzhen représente une autre dimension fondamentale. C’est un exemple extraordinaire de la façon dont l’innovation, la planification et le développement technologique peuvent transformer une région en quelques décennies seulement. On y observe non seulement une croissance économique, mais aussi le développement de capacités scientifiques, industrielles et technologiques qui ont placé la Chine parmi les leaders mondiaux de l’innovation. Shenzhen illustre clairement comment la modernité se définit dans le processus de construction du socialisme aux caractéristiques chinoises.
Ma visite à Jieyang, en revanche, m’a permis de découvrir une réalité différente, mais tout aussi importante. J’ai pu y constater comment le développement économique coexiste avec la préservation des traditions culturelles, de l’identité locale et des valeurs communautaires. J’ai trouvé que c’était un exemple très intéressant de la manière dont la Chine parvient à se moderniser sans renoncer à son riche patrimoine historique et culturel.
Comme il s’agit de ma première visite, je ne peux pas faire de comparaison directe avec mes expériences précédentes. Cependant, je peux dire que je suis arrivé en Chine avec des attentes très élevées, nourries par des années d’études, de suivi de son développement et de discussions avec des personnes qui connaissaient bien le pays. La réalité a non seulement confirmé ces attentes, mais les a largement dépassées.
Si je devais retenir une impression générale de ce voyage, je soulignerais la capacité de la Chine à concilier modernité et tradition, développement économique et cohésion sociale, innovation technologique et bien-être collectif. Le contact direct avec les citoyens et les membres du Parti communiste chinois a également été inestimable, car il m’a permis de mieux comprendre la logique d’un modèle de développement qui accorde une grande importance à la stabilité, à la justice sociale et à l’amélioration continue des conditions de vie de la population.
C’est précisément là que je trouve l’une des clés pour comprendre le sentiment de confiance en l’avenir qui émane de la société chinoise. Cette confiance repose sur des transformations réelles et visibles que des centaines de millions de personnes ont vécues, tant dans leur vie personnelle que dans celle de leurs familles. Lorsqu’une société constate que chaque génération vit mieux que la précédente, que des projets à long terme existent et que le développement se traduit par des avantages concrets pour la population, il en résulte un sentiment de stabilité et d’optimisme très significatif. C’est sans aucun doute l’une des impressions les plus profondes que j’ai retirées de mon voyage en Chine.
2. Au cours de cette visite, y a-t-il eu des moments qui vous ont particulièrement touché personnellement ? Ou, par exemple, des conversations avec les citoyens, l’attitude des jeunes, des scènes liées à la technologie, ou des expériences de gestion communautaire et de gouvernance locale ?
Plusieurs moments de cette visite m’ont particulièrement touché et enrichi personnellement. Si je devais en retenir quelques-uns, je commencerais sans hésiter par la visite du Musée d’histoire du Parti communiste chinois.
Ce fut une expérience véritablement impressionnante. Sur un parcours de plusieurs kilomètres et pendant plusieurs heures, on a le sentiment de traverser, et en quelque sorte de vivre de près, certains des moments les plus importants de l’histoire contemporaine de la Chine. On peut alors saisir l’ampleur des défis auxquels le peuple chinois a été confronté : la lutte pour la souveraineté nationale, la résistance à l’agression étrangère, le combat contre le fascisme et l’occupation japonaise, ainsi que le long processus de construction de la République populaire de Chine.
Ce qui m’a le plus impressionné, c’est de constater à quel point toute cette histoire est liée à un objectif constant : améliorer les conditions de vie de l’immense majorité de la population, des ouvriers, des agriculteurs et des plus humbles. L’histoire cesse d’être une succession de dates ou d’événements pour devenir le récit concret de millions de personnes qui, de génération en génération, ont accédé à un niveau de bien-être, de dignité et d’opportunités toujours plus grand. Cette visite m’a profondément touché.
Ma visite à l’Université du Peuple de Chine a également revêtu une grande importance à mes yeux. En tant qu’institution académique de premier plan, elle joue un rôle fondamental dans la formation des cadres et dans l’étude du marxisme et du socialisme aux caractéristiques chinoises. Pouvoir découvrir de visu ce travail intellectuel et éducatif, échanger des idées et observer comment les défis actuels et futurs du pays y sont appréhendés a été une expérience extrêmement enrichissante. On y perçoit clairement l’importance que la Chine accorde à l’éducation, aux études et au développement théorique comme outils pour relever les défis d’une société en constante évolution.
Mais les moments les plus marquants furent sans doute ceux qui ont émergé du contact direct avec le public. Durant ces journées, j’ai eu de nombreuses conversations avec des personnes de générations et d’horizons différents, et un élément est revenu sans cesse : l’idée que l’amélioration des conditions de vie n’est pas une notion abstraite, mais une réalité concrète qui fait partie intégrante du quotidien de millions de familles.
Nombreux sont ceux qui ont raconté comment leurs grands-parents vivaient dans des conditions très difficiles, marquées par la pauvreté et la précarité ; comment leurs parents ont connu une période d’amélioration et de progrès ; et comment leur génération bénéficie aujourd’hui d’un niveau de bien-être, d’éducation, d’opportunités et d’une qualité de vie qu’il aurait été difficile d’imaginer il y a encore quelques décennies. L’écoute de ces témoignages est particulièrement révélatrice car elle nous permet de comprendre l’impact réel des politiques publiques sur le quotidien des citoyens.
C’est peut-être l’une des leçons les plus importantes que je tire de mon expérience en Chine. La politique ne saurait se réduire à un simple débat théorique ou à de bonnes intentions. Elle doit se mesurer à sa capacité à améliorer concrètement la vie des citoyens. Lorsque ces derniers constatent que les efforts collectifs se traduisent par de meilleurs logements, une meilleure éducation, de meilleures infrastructures, davantage de perspectives d’avenir et une plus grande sécurité, la confiance sociale se renforce et un projet commun se consolide.
C’est pourquoi j’ai été particulièrement touché de constater qu’au-delà des progrès technologiques, économiques et industriels impressionnants, il existe un sentiment largement partagé que le développement du pays a été axé sur l’amélioration du niveau de vie de sa population. Cette conviction, exprimée par les citoyens eux-mêmes, est sans doute l’une des impressions les plus profondes et les plus précieuses que je retiens de cette visite.
3. La modernisation de la Chine suscite actuellement un vif intérêt au sein de la communauté internationale. Selon vous, quels enseignements le modèle de développement chinois peut-il apporter au monde d’aujourd’hui, et notamment à la gauche européenne ? Par ailleurs, comment évaluez-vous les progrès de la Chine dans des domaines tels que la réduction de la pauvreté, le développement industriel et les infrastructures ? De même, l’Europe est aujourd’hui confrontée à des défis comme la stagnation économique, la fragmentation sociale et l’anxiété chez les jeunes. Quels aspects de l’expérience chinoise méritent, selon vous, une réflexion plus approfondie en Europe ?
Le premier point que je souhaite souligner est que l’expérience chinoise et le processus de construction d’un socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère ne peuvent être transposés mécaniquement à d’autres pays. Chaque nation a son histoire, ses spécificités, sa culture et ses défis propres. Cependant, précisément en raison des résultats exceptionnels obtenus par la Chine, cette expérience devrait faire l’objet d’études et de réflexions de la part de tous ceux qui aspirent à bâtir des sociétés plus justes, plus développées et plus équitables.
Nul ne saurait ignorer que nous assistons à l’une des transformations économiques et sociales les plus importantes de l’histoire de l’humanité. Les progrès accomplis en matière de développement productif, d’industrialisation, d’innovation technologique, d’infrastructures, d’éducation, de santé et d’amélioration des conditions de vie constituent une réalité objective qui mérite une étude rigoureuse et impartiale.
Il serait toutefois erroné d’expliquer ces résultats par une seule cause. Le succès de la Chine repose sur une combinaison de facteurs savamment intégrés au fil des décennies. Certes, il existe un noyau, une colonne vertébrale fondamentale du marxisme-léninisme, mais non pas dans une perspective dogmatique, rigide ou fermée, mais plutôt grâce à une application dynamique et créative de ces outils pour comprendre la réalité et la transformer.
Parallèlement, il est impossible de comprendre la Chine contemporaine sans tenir compte de l’influence profonde des grandes traditions de la pensée chinoise. Des figures telles que Confucius, les enseignements stratégiques de Sun Tzu et d’autres courants historiques de la pensée traditionnelle chinoise font partie d’un héritage intellectuel qui a contribué à façonner une vision à long terme, une culture de la planification et une conception de l’harmonie sociale qui demeurent pertinentes aujourd’hui.
À cela s’ajoutent les contributions des générations successives de dirigeants. La contribution de Mao Zedong à la libération nationale et à la fondation de la République populaire de Chine, les réformes et l’ouverture promues par Deng Xiaoping, les progrès accomplis sous Jiang Zemin et Hu Jintao, et l’impulsion significative donnée par le leadership et la pensée du secrétaire général Xi Jinping s’inscrivent tous dans un processus historique cumulatif qui a permis à la Chine d’atteindre des niveaux de développement sans précédent.
Les résultats parlent d’eux-mêmes. En 2021, la Chine a annoncé l’éradication de l’extrême pauvreté, couronnant un processus qui a permis à près de 800 millions de personnes de sortir de la misère. Il s’agit là d’une des plus grandes réussites sociales de l’histoire contemporaine. De même, la Chine est passée du statut de simple centre manufacturier majeur à celui de puissance de premier plan dans la recherche, le développement et l’innovation, les sciences et technologies, les infrastructures de pointe et les secteurs stratégiques de l’économie mondiale.
Tout cela a été rendu possible grâce à une caractéristique que je considère particulièrement pertinente : la capacité de planification stratégique. En Chine, rien d’important n’est laissé au hasard. Il existe une vision nationale articulée autour d’objectifs à long terme, de plans quinquennaux et d’objectifs concrets qui permettent la coordination des ressources, l’évaluation des résultats et la correction des écarts. L’aboutissement de la construction d’une société modérément prospère à tous égards d’ici 2020, les objectifs fixés pour 2035 et les objectifs projetés pour le milieu du siècle témoignent d’une forme de gouvernance fondée sur l’anticipation et la planification.
Mais l’expérience chinoise offre des enseignements qui ne se limitent pas au domaine économique. Son attachement au multilatéralisme, au respect du droit international, à la coopération mutuellement avantageuse entre États, à la défense de la souveraineté nationale et à la recherche de solutions politiques et diplomatiques aux conflits internationaux est également particulièrement pertinent. Ces principes revêtent une importance croissante dans un monde marqué par les tensions et l’incertitude géopolitiques.
D’un point de vue européen, je crois que de nombreux problèmes méritent une réflexion approfondie. L’Europe traverse une période marquée par des difficultés économiques, une fragmentation sociale, une perte de confiance dans les institutions et une incertitude croissante chez les jeunes générations quant à leur avenir. De plus en plus, les jeunes prennent conscience qu’ils vivront dans des conditions moins favorables que leurs parents, une perspective qui, pendant des décennies, semblait impensable.
Face à cette réalité, l’expérience chinoise nous invite à réfléchir à l’importance de la planification stratégique, des investissements productifs, du développement scientifique et technologique, de la défense de la souveraineté économique et de la nécessité pour la politique de retrouver sa capacité à orienter le développement au profit des vastes majorités sociales.
À mon avis, l’une des différences fondamentales entre la situation en Chine et celle de l’Union européenne réside dans le fait qu’en Chine, le développement économique semble étroitement lié à des objectifs sociaux précis, tandis qu’en Europe, on observe trop souvent des politiques subordonnées à des intérêts financiers ou à des stratégies géopolitiques sans rapport avec les intérêts de leurs propres populations.
C’est pourquoi je crois que l’expérience chinoise constitue aujourd’hui une référence d’une valeur inestimable pour ceux d’entre nous qui pensent que le développement économique doit être au service du bien-être collectif, que la souveraineté nationale est un élément essentiel du progrès des peuples et que la coopération, la paix et l’intérêt mutuel doivent être les principes qui guident les relations internationales au XXIe siècle.
4. Comment comprenez-vous la différence entre la capacité de planification à long terme du Parti communiste chinois et la logique politique à court terme qui prévaut en Occident ? Ou pensez-vous qu’il subsiste un fossé de perception ou de compréhension concernant la Chine au sein des sociétés européennes ?
Je crois que l’une des caractéristiques les plus importantes et les plus fécondes du socialisme aux caractéristiques chinoises réside précisément dans son extraordinaire capacité de planification stratégique. Au cours de cette visite, j’ai pu constater que derrière chaque avancée majeure se cache une vision à long terme, une définition claire des objectifs et une formidable capacité à coordonner les efforts autour de buts communs.
En Chine, rien d’important n’est laissé au hasard. Certes, la flexibilité nécessaire permet de s’adapter à l’évolution de la situation, de corriger les erreurs et de relever les nouveaux défis, mais cette flexibilité s’inscrit toujours dans une stratégie globale clairement définie. Cette combinaison de planification et d’adaptabilité constitue, à mon sens, l’un des grands atouts du modèle chinois.
Shenzhen en est un parfait exemple. Il y a quelques décennies à peine, ce n’était qu’un petit village de pêcheurs ; aujourd’hui, c’est l’une des villes technologiques les plus avancées au monde, une référence internationale en matière d’innovation, de recherche et de développement industriel. De telles transformations ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le résultat de décennies de planification, d’investissements soutenus, de développement des talents, de construction d’infrastructures et d’une vision stratégique à long terme.
Lorsque j’observe la réalité européenne, je constate une situation bien différente. Trop souvent, les cycles politiques courts prévalent, dictés par le calendrier électoral. Les projets sont lancés pour être ensuite modifiés, mis en suspens, voire abandonnés au gré des changements de gouvernement. Dans bien des cas, il n’existe aucune vision partagée pour le pays à vingt ou trente ans, ce qui rend extrêmement difficile de relever les grands défis économiques, technologiques et sociaux de notre époque.
Mais il existe un autre aspect que je considère encore plus important. En Chine, l’évaluation des plans, des programmes et des politiques publiques est étroitement liée aux résultats obtenus dans la vie des citoyens. La question fondamentale est de savoir si les mesures adoptées ont contribué à améliorer leurs conditions de vie, à élargir leurs perspectives, à réduire les inégalités et à renforcer le bien-être collectif.
Cette méthode d’évaluation des résultats me semble particulièrement pertinente. En définitive, la légitimité de tout projet politique doit se mesurer à sa capacité d’améliorer la vie des citoyens. La politique ne saurait être une fin en soi ; elle doit être un outil au service du développement humain, de la justice sociale et du bien-être collectif.
En Europe, en revanche, on constate souvent que les principaux indicateurs utilisés pour évaluer la réussite des politiques publiques sont des indicateurs macroéconomiques ou financiers qui ne reflètent pas toujours la réalité quotidienne des citoyens. Il peut y avoir croissance économique tandis que, simultanément, la précarité, l’incertitude ou les difficultés d’accès au logement, à un emploi stable ou à des services publics de qualité augmentent. Ce décalage entre les indicateurs et le vécu de la population constitue l’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontées actuellement de nombreuses sociétés occidentales.
Concernant la perception de la Chine en Europe, je crois qu’il subsiste un important fossé de connaissances. Depuis des années, une intense campagne médiatique et de propagande est menée, s’efforçant de présenter une image simplifiée et déformée de la Chine, réduisant une réalité extraordinairement complexe à une série de stéréotypes qui nous empêchent de comprendre ce qui se passe réellement dans le pays.
J’ai toutefois l’impression que cet écart se réduit progressivement. La réalité l’emporte toujours sur les préjugés. De plus en plus de citoyens européens constatent les progrès technologiques, industriels, scientifiques et sociaux réalisés par la Chine et s’interrogent sur les facteurs qui expliquent ces résultats.
Ils constatent également que la Chine est parvenue à maintenir des niveaux de stabilité, de croissance et d’amélioration des conditions de vie qui contrastent fortement avec les difficultés que rencontrent actuellement de nombreuses sociétés occidentales. Ceci suscite un intérêt croissant pour mieux comprendre l’expérience chinoise et les clés de son développement.
Je ne crois pas que l’avenir réside dans la copie de modèles étrangers, mais plutôt dans l’étude sincère des expériences qui ont démontré leur capacité à générer prospérité, stabilité et bien-être pour une large majorité sociale. En ce sens, je considère l’expérience du socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère comme un point de référence d’un intérêt considérable pour quiconque souhaite réfléchir sérieusement aux défis du XXIe siècle.
5. Dans un contexte international de plus en plus complexe et incertain, comment évaluez-vous le rôle de la Chine sur la scène internationale, notamment en ce qui concerne le multilatéralisme, l’opposition aux sanctions unilatérales et la promotion du développement pacifique ? Comment l’Europe devrait-elle, selon vous, construire une relation plus indépendante, équilibrée et rationnelle avec la Chine ?
Dans un contexte international caractérisé par des tensions géopolitiques croissantes, des conflits armés, une incertitude économique et des défis mondiaux d’une ampleur considérable, je crois que la Chine joue un rôle de plus en plus important en tant que facteur de stabilité, de coopération et de développement.
L’un des aspects que j’apprécie le plus est sa ferme défense du multilatéralisme et du système international fondé sur la Charte des Nations Unies. Face aux tendances unilatérales qui ont cherché à imposer des solutions par la pression économique, les sanctions extraterritoriales, voire la force militaire, la Chine a toujours défendu la nécessité de résoudre les différends par le dialogue, la négociation et le respect du droit international.
J’estime également que leur opposition aux sanctions unilatérales et aux mesures coercitives appliquées en dehors des mécanismes multilatéraux internationalement reconnus est particulièrement importante. L’expérience montre que de telles politiques engendrent souvent des souffrances parmi les populations civiles, entravent le développement des pays touchés et contribuent à l’exacerbation des tensions internationales. À l’inverse, la coopération, le dialogue et les avantages mutuels constituent des voies bien plus efficaces pour bâtir des relations stables et durables entre les peuples.
Le plaidoyer de la Chine en faveur du développement pacifique est particulièrement significatif. Dans un monde où certains considèrent encore la confrontation comme un moyen légitime de préserver son pouvoir, la Chine a opté pour une vision fondée sur la coopération économique, la connectivité, les échanges technologiques et le développement partagé. Cette approche contribue de manière significative à l’édification d’un ordre international plus équilibré et plus juste.
À cet égard, je considère les récentes visites de plusieurs dirigeants européens en Chine comme très positives. Ces initiatives témoignent d’une prise de conscience croissante de la nécessité pour l’Europe de développer des relations internationales plus équilibrées et diversifiées, fondées sur ses propres intérêts stratégiques. Le renforcement des relations entre l’Europe et la Chine peut contribuer de manière décisive à relever les défis mondiaux tels que le changement climatique, la sécurité énergétique, la transformation numérique, la transition écologique et la réforme des institutions internationales.
Du fait de la position que nous défendons au sein du Parti communiste espagnol, et également de notre responsabilité en tant que membres du gouvernement espagnol, nous sommes convaincus que le dialogue et la coopération sont des outils essentiels pour progresser vers un monde multipolaire plus équilibré et plus juste. Nous croyons que l’Europe doit s’engager dans une relation constructive avec la Chine, fondée sur le respect mutuel, l’égalité souveraine des États et la recherche de solutions communes aux grands problèmes qui affectent l’humanité. Par ailleurs, au sein même du gouvernement, nous œuvrons à promouvoir des politiques et des espaces de compréhension qui contribuent à renforcer cette coopération et à consolider un agenda international axé sur la paix et le bénéfice mutuel.
La récente visite du président Pedro Sánchez en République populaire de Chine a mis en lumière d’importants points de convergence entre les deux pays. L’Espagne et la Chine partagent un engagement en faveur du multilatéralisme, du renforcement du rôle des Nations Unies et de la nécessité de promouvoir une gouvernance mondiale plus représentative, inclusive et équitable. Ces points de convergence sont particulièrement pertinents à un moment historique où le renforcement des mécanismes de coopération internationale est essentiel.
Pour notre part, nous prônons une politique étrangère fondée sur la paix, la solidarité, le respect de la souveraineté des nations et la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États. Nous sommes convaincus que les relations internationales doivent viser l’intérêt mutuel, le développement partagé et la recherche de solutions favorisant le bien-être du plus grand nombre.
L’Espagne peut jouer un rôle positif dans ce processus. Forte de sa tradition de dialogue, de ses relations historiques avec diverses régions du monde et de la qualité de ses relations avec la Chine, notre pays peut contribuer au renforcement des liens entre la Chine et l’Union européenne, en favorisant la coopération dans des domaines aussi importants que l’innovation technologique, la transition écologique, le développement durable, les échanges culturels et la recherche scientifique.
Je crois que l’avenir exige davantage de dialogue et moins de confrontation, plus de coopération et moins de blocs d’opposition, plus de respect mutuel et moins d’impositions. Dans ce contexte, la Chine est appelée à jouer un rôle de plus en plus important dans la construction d’un ordre international fondé sur la paix, le développement et le partage des bénéfices.
6. Vous suivez depuis des années les questions relatives aux pays du Sud. Comment interprétez-vous le rôle de la Chine dans la promotion de la coopération entre les pays du Sud ?
Nous nous trouvons à un tournant historique marqué par la coexistence de deux visions majeures de l’ordre international. D’une part, persiste une vision du monde où l’Occident, sous l’impulsion des États-Unis, maintient une position hégémonique et joue le rôle de gendarme du monde, définissant en grande partie les règles politiques, économiques et sécuritaires internationales. Dans ce contexte, les pays du Sud ont traditionnellement occupé une position subordonnée, avec une capacité limitée d’influencer la gouvernance mondiale et les décisions relatives aux questions qui affectent directement leur développement.
Parallèlement, une vision alternative émerge avec une force croissante, la Chine étant l’un de ses principaux défenseurs. Cette perspective prône un ordre international multipolaire fondé sur le multilatéralisme, des relations plus horizontales entre États, le respect de la souveraineté nationale et la non-ingérence dans les affaires intérieures. Dans cette optique, les pays du Sud ne sont pas des acteurs secondaires, mais bien des protagonistes d’une nouvelle étape des relations internationales visant à une répartition plus équilibrée du pouvoir et à une meilleure représentation au sein des institutions mondiales.
Dans ce contexte, le rôle que joue la République populaire de Chine dans le renforcement et la coordination des mécanismes de coopération dans les pays du Sud est particulièrement significatif. Par des initiatives politiques, économiques et diplomatiques, la Chine a contribué à consolider les espaces de dialogue et de coopération entre les pays en développement, à promouvoir une plus grande convergence des intérêts communs et à favoriser la mise en place de plateformes permettant de défendre des positions partagées dans les principaux débats internationaux.
Dans un contexte international caractérisé par de profondes transformations, des inégalités historiques et une demande croissante pour un ordre mondial plus équilibré, je crois que le rôle de la Chine dans la coopération avec les pays du Sud est de plus en plus pertinent et structurant.
L’un de ses atouts majeurs réside dans sa participation active aux instances multilatérales telles que les BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai et le G77, parmi d’autres forums destinés aux pays du Sud. Ces espaces constituent non seulement des plateformes de coopération économique et politique, mais aussi des tentatives de construction d’une architecture internationale plus pluraliste, où les pays en développement ont davantage leur mot à dire dans la définition des règles mondiales.
À cet égard, la Chine a contribué de manière significative à la promotion d’une logique de coopération fondée sur le développement partagé, la non-ingérence et le respect de la souveraineté de chaque pays. Sa proposition de construire une communauté de destin pour l’humanité incarne une vision des relations internationales orientée vers une interdépendance positive, des avantages mutuels et la recherche de solutions communes aux problèmes mondiaux qui touchent particulièrement les pays du Sud, tels que le financement du développement, l’industrialisation, le transfert de technologies et la lutte contre le changement climatique.
Au-delà des cadres institutionnels, il convient de noter que la Chine a favorisé un rééquilibrage progressif des relations économiques internationales ces dernières décennies, créant des espaces de coopération en matière d’infrastructures, de commerce, d’investissements productifs et de développement technologique dans de nombreuses régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Cette dynamique a contribué à renforcer les capacités de développement de nombreux pays qui, historiquement, occupaient une position périphérique au sein du système économique international.
Dans cette perspective, la coopération entre les pays du Sud n’est pas envisagée uniquement comme une somme d’intérêts nationaux, mais comme la possibilité d’articuler de nouvelles formes de relations internationales plus horizontales, moins hiérarchisées et davantage orientées vers le développement commun. Dans ce processus, le rôle de la Chine a été et demeure un facteur d’une importance capitale.
Cette évolution s’inscrit également dans une transformation plus large de l’ordre international vers une plus grande multipolarité. Dans ce contexte, le renforcement des pays du Sud n’implique pas la confrontation, mais un rééquilibrage ; il n’implique pas l’exclusion, mais une plus grande diversité d’acteurs et de modèles de développement ; et il n’implique pas l’effondrement du système international, mais son adaptation à une réalité mondiale plus complexe et pluraliste.
En résumé, l’expérience récente montre que la coopération Sud-Sud, dans laquelle la Chine joue un rôle central, est devenue l’un des axes les plus dynamiques de la politique et de l’économie internationales contemporaines, et constitue un élément clé pour comprendre l’évolution du monde dans les décennies à venir.
7. Ces dernières années, les relations sino-espagnoles ont connu une évolution stable. Selon vous, dans quels domaines existe-t-il le plus grand potentiel de coopération entre les deux pays ? Quels changements en Chine suscitent actuellement le plus d’intérêt au sein de la société espagnole ? Ou, à votre retour en Espagne, quel aspect de l’histoire de la Chine souhaiteriez-vous particulièrement partager avec le public espagnol ?
Les relations sino-espagnoles ont connu une croissance constante ces dernières années et un potentiel croissant dans de nombreux domaines. Selon moi, plusieurs dimensions particulièrement pertinentes permettent à cette coopération de continuer à se développer de manière significative.
Premièrement, je crois qu’un élément important entre en jeu dans la perception sociale. Les Espagnols manifestent un intérêt croissant pour la Chine et une appréciation grandissante des progrès accomplis dans divers domaines. En ce sens, le développement économique, la modernisation technologique et scientifique, ainsi que la capacité à planifier et à répondre aux grands défis mondiaux, ont contribué à forger une image de plus en plus positive et nuancée de la Chine.
Un exemple significatif en est la gestion de la pandémie de COVID-19, perçue par une grande partie de la société espagnole comme une démonstration de capacité organisationnelle, de mobilisation des ressources et d’efficacité dans la protection de la population. Au-delà des débats politiques spécifiques, cet épisode a marqué un tournant dans la façon dont de nombreux Espagnols ont commencé à percevoir la situation en Chine.
À cela s’ajoute la reconnaissance croissante des progrès technologiques, industriels et scientifiques de la Chine, qui n’est plus perçue uniquement comme un grand centre de production, mais comme un moteur d’innovation dans de multiples secteurs stratégiques.
Sur un plan plus politique et réflexif, il me semble particulièrement pertinent de constater que le développement économique de la Chine s’est accompagné d’énormes progrès sociaux, ainsi que d’une approche du développement axée sur le bien-être collectif. De même, la défense du multilatéralisme, le respect du droit international et l’engagement en faveur de relations fondées sur la coopération et l’intérêt mutuel suscitent un intérêt croissant au sein de larges secteurs sociaux et politiques en Europe.
Les relations institutionnelles entre l’Espagne et la Chine, notamment les visites de haut niveau qui ont eu lieu ces dernières années, témoignent précisément de cette volonté d’approfondir le dialogue politique, économique et culturel. Ces rencontres renforcent les liens bilatéraux tout en véhiculant un message clair d’ouverture, de respect mutuel et de recherche d’un terrain d’entente.
Du point de vue du Parti communiste espagnol, il nous paraît essentiel de poursuivre notre action, tant institutionnelle que politique et sociale, afin de bâtir des liens solides entre nos deux pays. L’objectif doit toujours être le bénéfice mutuel, la coopération dans des domaines stratégiques tels que la transition écologique, l’innovation technologique, le développement durable et les échanges culturels, ainsi qu’une contribution commune à un ordre international plus juste et plus équilibré.
Depuis mon retour en Espagne, « l’histoire de la Chine » que je continue de transmettre est avant tout celle d’un pays qui a su mener à bien une transformation historique d’une profondeur considérable en un laps de temps relativement court, en plaçant l’amélioration des conditions de vie de sa population au cœur du processus de développement.
Je tiens également à souligner l’importance de comprendre la Chine de son propre point de vue, sans simplification excessive ni idées préconçues, et de reconnaître la valeur d’une expérience qui a su conjuguer planification, innovation, stabilité et objectifs sociaux ambitieux. Enfin, il me semble essentiel de souligner que les relations entre l’Espagne et la Chine, et plus largement entre l’Europe et la Chine, doivent reposer sur le respect, le dialogue et la coopération, dans un monde qui a besoin de plus de compréhension et de moins de confrontation.
Interview tirée du Diario de Pueblo .
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