Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Dans sa première encyclique, Léon XIV sonne la charge contre l’IA et la Silicon Valley

Vatican. 

Lundi 25 mai, la première encyclique du pape Léon XIV a été rendue publique. Celle-ci, intitulée “Magnifica humanitas” (magnifique humanité), alerte les croyants contre les implications sociales d’une utilisation incontrôlée de l’intelligence artificielle. La presse internationale y voit un message adressé à la Silicon Valley. Cet article en inaugure d’autres sur cette exigence d’humanité alors que les forces productives paraissent libérer l’être humain de la nécessité du travail et que ce qui devrait être émancipation débouche sur un surcroit de barbarie vaste question déjà d’actualité face à la montée du nazisme. Elle renvoie au socialisme comme un processus. mais je voudrais donner la parole à ceux chrétiens itlaiens qui nous disent la portée de ce message et savent le lier à la défense de Cuba et de gaza menacés de génocides par cette addiction à la puissance militaire comme unique réponse à leur vide abyssal et leur avidité morbide. ( (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Le pape Léon XIV présente son encyclique, au Vatican, le 25 mai 2026.
Le pape Léon XIV présente son encyclique, au Vatican, le 25 mai 2026. PHOTO YARA NARDI/REUTERS

Un document percutant, à la portée politique évidente et qui ne cache pas quel est le nouvel adversaire désigné par l’Église : le technofascisme naissant, théorisé par les courants posthumains et transhumanistes de la Silicon Valley et par une grande partie des idéologues qui entourent Donald Trump.” 

L’encyclique de Léon XIV et le défi de l’humanité à l’ère de l’intelligence artificielle : ne pas perdre notre dignité et notre beauté tandis que le capitalisme et les guerres qu’il engendre tentent de les anéantir. (Éditorial de Luciano Vasapollo)

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 équipe éditoriale

27/05/2026

Je suis convaincu que la première encyclique du pape Léon XIV constitue l’un des textes les plus élevés et les plus profonds de la doctrine sociale contemporaine. Ce document s’inscrit pleinement dans la continuité de l’œuvre du pape François et, surtout, rappelle la force de Fratelli Tutti, plus encore que Laudato Si’, car il place la fraternité, la justice sociale et le destin commun de l’humanité au cœur d’une transformation historique.

L’encyclique aborde la question cruciale de notre époque : le rapport entre l’être humain, la technologie et le pouvoir. Nous vivons un moment historique où le système de production se transforme radicalement, l’industrie évolue vers des formes toujours plus automatisées et numériques, et l’intelligence artificielle s’immisce dans les processus décisionnels, économiques et même relationnels. Il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle technologie : nous assistons à une mutation de la civilisation.

Le pape Léon XIV saisit d’emblée l’essentiel : la technologie doit être au service de la personne et non transformer l’être humain en esclave de la technologie. C’est là le conflit crucial de notre monde contemporain. D’un côté, la centralité de la raison, de la dignité et de la fraternité humaines ; de l’autre, le risque d’une domination technologique guidée uniquement par le profit.

Dès son introduction, l’encyclique met en garde contre le danger de voir l’humanité perdre son horizon spirituel et social. Chaque personne, écrit le Pape, doit pouvoir vivre l’histoire comme un lieu de dignité, préservée dans la fraternité et la justice. Il ne s’agit pas d’un appel abstrait : Léon XIV s’appuie sur la réalité concrète des processus économiques et politiques, soulignant la nécessité de construire un développement intégral capable de placer le bien commun, et non l’accumulation privée, au centre.

Ici, la référence à la tradition de la doctrine sociale de l’Église et à l’ encyclique Rerum Novarum de Léon XIII apparaît avec force . Si, à la fin du XIXe siècle, l’enjeu portait sur les rapports entre le travail, le capital et la révolution industrielle, aujourd’hui, le nœud du problème réside dans la domination de la technologie et des grandes multinationales du secteur. Le pape Léon XIV a le courage de l’affirmer clairement : les moteurs du changement ne sont plus les États, mais des entités privées dotées d’une puissance économique et technologique supérieure à celle de nombreux gouvernements.

C’est là l’un des passages les plus importants de l’encyclique. La technologie n’est pas neutre. Elle porte le visage de ceux qui la conçoivent, de ceux qui la financent, de ceux qui la contrôlent et de ceux qui l’utilisent. Dès lors, le choix ne se situe pas entre accepter ou rejeter la technologie, mais entre deux modèles de société : l’un fondé sur la domination et la concentration du pouvoir, l’autre orienté vers la coexistence humaine, la paix et la fraternité.

L’encyclique dénonce ouvertement ce qu’elle appelle « l’idolâtrie du profit », susceptible de sacrifier les plus faibles et de créer de nouvelles formes d’exclusion. Le risque est que le langage numérique devienne un mode de pensée monolithique, réduisant l’être humain à des données, un algorithme, une fonction productive. Il s’agit d’une critique radicale de la déshumanisation contemporaine.

Le pape Léon XIV ne condamne pas la science. Au contraire, il reconnaît la valeur extraordinaire de la recherche scientifique et du progrès technologique lorsqu’ils sont orientés vers le bien commun. Mais il établit une distinction claire entre science et technologie : la première étudie et comprend les phénomènes, la seconde les applique concrètement à la société. Et c’est précisément dans leur application que se joue le destin de l’humanité.

L’intelligence artificielle, la robotique et la révolution numérique peuvent améliorer la vie des gens ou aggraver des inégalités déjà criantes. Elles peuvent créer des services collectifs et de nouvelles opportunités, ou devenir des instruments de contrôle social, d’exploitation et de concentration des richesses. Ceci nous amène à la question centrale posée par le Pape : quelle voie l’humanité souhaite-t-elle emprunter ?

La réponse proposée par l’encyclique est profondément politique et spirituelle. Il nous faut reconstruire les relations humaines sur la base de la coopération, du dialogue et de la solidarité. Liberté et responsabilité doivent aller de pair. Le progrès ne saurait se mesurer uniquement en termes quantitatifs ou financiers, mais aussi à l’aune de notre capacité à garantir la dignité de chaque personne.

En ce sens, Léon XIV réaffirme avec force l’héritage du pape François. Le véritable progrès ne saurait se réduire au développement de quelques-uns, tandis que des milliards de personnes restent privées des biens essentiels. Un développement sans justice ne fait qu’engendrer de nouvelles formes de pauvreté et de nouvelles luttes sociales.

C’est pourquoi l’encyclique appelle chacun·e – scientifiques, entrepreneurs, travailleurs, éducateurs, mouvements sociaux – à une responsabilité partagée. Nul ne peut rester spectateur face au bouleversement historique que nous vivons. La coopération entre les générations, les peuples et les cultures est indispensable à l’édification d’un modèle de développement véritablement humain.

L’un des plus beaux passages du texte est l’invitation à « mettre la main à la pâte sur le chantier de notre époque ». C’est une expression forte. Elle signifie qu’il ne suffit pas d’observer ou de dénoncer : nous devons agir, participer, transformer la réalité. Et ce sont précisément les moins importants – les pauvres, les migrants, les malades, les exclus – qui deviennent la mesure de la vérité de tout projet humain.

L’encyclique conclut ainsi sur une vision profondément évangélique et historique : la technologie doit être maîtrisée, comprise et mise au service du bien commun, et non subie comme une force incontrôlable. L’intelligence artificielle ne doit être ni diabolisée ni idolâtrée. Elle doit être gouvernée avec sagesse, en plaçant toujours la personne humaine au centre.

Le pape Léon XIV adresse ainsi un message clair : l’humanité ne doit pas perdre sa beauté. À l’ère des algorithmes, le véritable progrès demeure celui qui préserve l’écoute, le dialogue, la fraternité et la dignité de chaque être humain.

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