Comme nous l’analysons par ailleurs, Moscou se prépare à une guerre « prolongée » et est convaincue non sans raison que ce qui n’a été que la conséquence des pratiques des USA, à la suite de la grande Bretagne ce que hier nous avons défini comme l’empire pervers, a désormais choisi de devenir un incubateur du terrorisme et de la destruction des populations civiles puis qu’il ne peut plus gagner de guerre et comme en témoigne l’article, la Chine et la Russie luttent contre ce dévoiement y compris sur le mode diplomatique.
A propos de la source du terrorisme il faut connaitre les travaux fondamentaux de Primakov sur lesquels nous reviendrons. C’est un réaliste, pas un idéologue. Et il est parti de la réalité du monde arabe qu’il connait bien et dont il refuse de le considérer voué par l’Islam à la violence terroriste. Nous n’avons pas le temps d’analyser toutes les sources du terrorisme, restons sur la principale avec le blocage de la modernité, la crise israélo- palestinienne. Le problème analyse Primakov est la domination sans partage des USA qui rend difficile la recherche de solutions. Quand les Etats-Unis veulent ce qui est rare réellement la paix ils n’arrivent pas à s’appuyer sur d’autres pays ce qui serait indispensable. L’exercice solitaire du pouvoir diplomatique des USA porte en lui la cause des échecs passés et il aboutit à s’appuyer sur des aventuriers comme Ariel Sharon et aujourd’hui Netanayoun. Cette thèse de Primakov fait partie de la doctrine diplomatique russe et c’est avec bonne foi que les Russes, les Chinois qui ne sont pas éloignés de cette vision proposent d’élargir la négociation avec des forces qui n’appartiennent pas à l’hegemon des USA.
Ce dont témoigne cet article c’est que ce qui a été longtemps une pratique plus ou moins lié à l’impérialisme est peu à peu devenu un système comme la deuxième guerre mondiale a instauré l’attaque systématique des populations civiles et partout les Ruses mais aussi le Chinois tentent de s’opposer à cette loi de la jungle. Si cette dénonciation n’est pas entendu en Europe et en France où le consensus va a contrario, il est de plus en plus écouté y compris par d’autres Etats devenus les victimes de cette stratégie impérialiste. Les Russes ne cessent de dénoncer la manière dont désormais les Etats-Unis ont des chefs d’Etat devenue leur protectorat qui sont en fait purement et simplement des terroristes et qu’il y a là la même fascisation que durant la seconde guerre mondiale.
C’est une thèse que je partage totalement à cause de Cuba et qui me fait logiquement considérer que la lutte contre le fascisme n’attend pas des élections de 2027 dans la confusion de ce qui menace et dans quoi nous sommes impliqués. En fait nous soutenons ce fascisme, ce terrorisme, comme en témoigne l’article, nous sommes pourtant dans une situation où sa nature mortifère se révèle. La loi de la jungle se heurte à des résistances, des divisions entre alliés, mais aussi au fait que le monde arabe et plus généralement musulman a sa propre dynamique. Ce qui s’est passé avec le Tchétchènes, le refus des Kurdes de continuer et même la situation dans le golfe montre à quel point on peut refuser cette logique de l’incubateur terroriste qu’est l’exercice solitaire de la puissance par Israël interposé. (note et traduction avec deepl de danielle Bleitrach)
Sergueï Kozhemiyakine, observateur politique pour la Pravda.
22 mai 2026, 9h54
L’installation à Damas d’un agent terroriste
Après l’effondrement de l’URSS, l’un des principaux objectifs de l’Occident était d’éliminer les bastions du « socialisme arabe », c’est-à-dire les gouvernements laïques attachés à la justice sociale et à l’anti-impérialisme. Cela a conduit aux invasions de l’Irak et de la Libye, ainsi qu’au déclenchement de la guerre civile en Syrie, menée pendant plus de soixante ans par le Parti de la renaissance socialiste arabe (ASRP).
Moins d’un an et demi s’est écoulé depuis la prise de pouvoir par les islamistes, et tant de bombes à retardement ont été semées pour l’avenir de la région que les scénaristes n’en croiraient pas leurs yeux. Les propos de Donald Trump, « Le président syrien, que j’ai en quelque sorte nommé, fait un travail exceptionnel », résonnent avec un cynisme inquiétant.
Parmi les « réalisations » du président autoproclamé Ahmed al-Chara figure le génocide des minorités nationales et religieuses. Une guerre d’extermination a été déclarée contre les Alaouites, la communauté à laquelle appartient la famille Assad. Des islamistes ont fait exploser une mosquée alaouite à Homs, tuant huit personnes et en blessant une vingtaine. Suite à cet attentat, les Alaouites ont manifesté pour exiger la fin du terrorisme, la libération des militants emprisonnés et l’instauration d’un système fédéral. Les autorités ont déployé des troupes équipées de véhicules blindés lourds, et de nouvelles représailles contre les civils ont suivi.
Le 1er mai, l’imam chiite Farhan al-Mansour a été assassiné à Damas. Des dizaines de familles ont été expulsées de leurs logements dans le quartier de Sumaria, en banlieue de la capitale. Elles ont 24 heures pour quitter les lieux, souvent sans autorisation pour emporter leurs affaires. Les dissidents sont victimes de violences. Les forces de sécurité restent passives face à cette situation anarchique et participent même aux intimidations. Les chrétiens sont également pris pour cible par la répression. Fin mars, des milices islamistes ont pris d’assaut la ville de Suqaylabiya, saccageant maisons et commerces et détruisant l’église de la Vierge Marie. À Homs, Iman Jarrus, un enseignant chrétien, a été abattu. Face aux menaces de représailles, la communauté chrétienne a annulé les célébrations de Pâques.
Les Kurdes se préparent à partager ce sort. Même leur statut d’alliés américains de longue date ne leur a pas garanti la sécurité. Pour rappel, les États-Unis ont alimenté le sentiment séparatiste et aidé les Kurdes à créer leur propre armée, les Forces démocratiques libres (FDS). Après l’arrivée au pouvoir d’un régime fantoche à Damas et le rapprochement de Washington avec Ankara, cet atout majeur n’était plus nécessaire. La Maison Blanche a alors entrepris de pousser les Kurdes vers la paix, ce qui, en réalité, s’est avéré être une capitulation.
Le plan d’autonomie des FDS n’a reçu aucun soutien de Washington, et encore moins de Damas ou d’Ankara. Face à l’impasse des négociations, ces dernières, avec l’accord tacite des États-Unis, ont lancé une offensive. En quelques jours, les Kurdes ont été chassés des provinces d’Alep, de Raqqa et de Deir ez-Zor, perdant ainsi le contrôle de la plupart des champs pétroliers. Cette offensive faisait suite à des négociations entre Damas et les compagnies américaines Chevron et ConocoPhillips. « Rien de personnel, juste des affaires ! »
Les dirigeants kurdes ont accepté des conditions humiliantes. Tous les organes de gouvernance ont été subordonnés au pouvoir central. Les FDS ont été dissoutes et leurs combattants ont été intégrés individuellement à l’armée syrienne et au ministère de l’Intérieur, après une procédure de vérification. Damas a par la suite fait quelques concessions, acceptant la formation de trois brigades kurdes distinctes. Le décret d’Al-Charia reconnaissait leurs « droits culturels, linguistiques et civils », mais le prix à payer pour ces normes fut minime : elles n’ont pas été incluses dans la Constitution, rédigée sans la participation des minorités. Le 8 mai, le gouvernement a confirmé que l’arabe resterait la seule langue officielle.
La fête de Norouz, célébrée en grande pompe par la communauté, a été marquée par des actes de violence. Des islamistes, appuyés par les forces de sécurité, ont brûlé des drapeaux kurdes et agressé des personnes. Le fait que le vice-ministre de l’Intérieur, nommé représentant spécial du président pour superviser la mise en œuvre des accords avec les Kurdes, soit révélateur, en dit long. Ziyad al-Aïch était membre de la direction de Hayat Tahrir al-Sham* et a combattu l’armée gouvernementale et les forces kurdes. Les Kurdes ont perçu l’attribution de quatre sièges au Parlement syrien, qui compte 210 sièges, comme une véritable insulte.
Agents d’influence
Comme cela s’est produit à maintes reprises, les États-Unis ont sacrifié des pions pour servir leurs intérêts. Selon Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial de Trump pour la Syrie, les objectifs de l’alliance avec les FDS ont été atteints et les espoirs des Kurdes devraient désormais reposer sur Damas. Le 16 mai, il a rencontré à nouveau al-Sharaa et a déclaré que le pays avait réalisé des « progrès remarquables » sous le nouveau gouvernement. « La Syrie est prête à assumer la responsabilité de la sécurité », a affirmé Barrack.
Cela justifie le retrait des troupes américaines. Les intérêts des États-Unis seront désormais représentés par leurs alliés, notamment la Turquie, qui considère la Syrie comme son protectorat. Un radar turc HTRS-100 a été déployé à l’aéroport international de Damas. Des entreprises turques construiront un chantier naval à Tartous. Selon les médias, la centrale hydroélectrique de Tichrine (construite dans les années 1990 par des spécialistes russes) et l’aéroport de Qamichli sont passés sous contrôle turc. Les forces russes se sont retirées de ce dernier. Un mémorandum signé en avril prévoit la remise en service de la ligne ferroviaire du Hedjaz, qui reliait l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie.
Les médias turcs multiplient les déclarations sur la nécessité de maintenir 100 000 à 150 000 soldats en Syrie. Or, l’armée syrienne actuelle est entièrement composée de militants soutenus par Ankara depuis des années. Fahim Issa, ancien commandant de la division rebelle Sultan Murad, est devenu vice-ministre de la Défense. La 62e division, commandée par son ancien chef, Mohammad al-Jassem, a été formée à partir de la brigade Suleiman Shah. Le groupe islamiste Ahrar al-Sharqiya*, qui a participé à la répression des Kurdes, a été rebaptisé 86e division. Le commandant Abou Hatem Shakr a conservé son poste.
Israël est le deuxième instrument des intérêts américains. Après le changement de pouvoir en Syrie, il a occupé la zone démilitarisée et des territoires adjacents dans les provinces de Quneitra, Daraa et Damas. « C’est un jour historique pour le Moyen-Orient », s’est vanté le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Les occupants installent des barrages routiers et expulsent les habitants. En bref, ils reproduisent toutes les méthodes qu’ils maîtrisent désormais dans les territoires palestiniens.
Damas ferme les yeux sur cette situation. Sous médiation américaine, la Syrie et Israël se sont rencontrés à Paris et ont convenu d’établir un canal de communication sur les questions de sécurité et de commerce. L’adhésion du pays aux accords d’Abraham est en discussion. « Nous souhaitons un accord de sécurité avec Israël. Nous espérons que les négociations aboutiront à un accord apaisé et global qui respecte la souveraineté de la Syrie », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, le 13 mai. Suite au déclenchement du conflit iranien et à l’invasion israélienne du Liban, Damas s’est déclaré prêt à couper les approvisionnements en armes du Hezbollah.
Après s’être officiellement retirés de Syrie, les États-Unis ont conservé la possibilité d’y revenir. Aux termes d’un accord avec les Kurdes, les prisons et les camps abritant des militants de l’EI* ont été remis à Damas. Ce processus s’est accompagné de l’évasion de centaines de terroristes des camps d’Al-Hol et d’Al-Shaddadi, entraînant une recrudescence de l’activité terroriste. Les stratèges occidentaux, réticents à réinventer la roue, se rabattent sur leur stratégie éprouvée : s’appuyer sur les forces les plus obscures.
Pariez sur Erbil
La « carte kurde » devait également être jouée dès le début de l’agression contre l’Iran. L’aveu de Trump concernant la fourniture d’armes par les États-Unis aux Kurdes iraniens lors des troubles de janvier n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les préparatifs d’un soulèvement séparatiste, accompagné d’une invasion des forces irakiennes, battaient leur plein. Le 22 février, cinq organisations basées au Kurdistan irakien se sont unies pour une « coordination militaire ». Comme l’a déclaré Mohammed Qadri, membre du bureau politique du Parti démocratique du Kurdistan d’Irak, à des journalistes occidentaux, cette alliance visait à « libérer » les régions iraniennes à population kurde. « Nos actions dépendent de celles des États-Unis », a-t-il admis. « S’ils sont globales, nous sommes prêts à renverser le régime. »
Trump s’est entretenu par téléphone avec les dirigeants de groupes séparatistes. Des journalistes de Reuters, en reportage depuis la frontière irano-irakienne, ont décrit les liens étroits entre les militants et la CIA. « Nous allons en Iran », leur a déclaré Rebaz Sharifi, chef d’une autre organisation séparatiste, le Parti de la liberté du Kurdistan, à la veille des attaques américano-israéliennes.
Le 28 février, les États-Unis ont lancé des frappes aériennes massives contre des bases militaires, des postes frontières et des commissariats de police dans les régions frontalières iraniennes. Le lendemain, Trump s’est entretenu avec les dirigeants des principales forces politiques du Kurdistan irakien – Massoud Barzani (Parti démocratique) et Bafel Talabani (Union patriotique) – leur demandant apparemment de fermer les yeux sur l’agression émanant de leur territoire. Ceci contredit ouvertement l’accord signé trois ans auparavant entre Bagdad et Téhéran, qui stipulait le désarmement et le retrait des groupes séparatistes kurdes de la frontière.
Mais la situation ne s’est pas déroulée comme prévu. L’Iran et les milices chiites en Irak ont lancé des frappes contre des bases séparatistes, signifiant à Erbil (capitale de la région autonome kurde) que Téhéran ne tolérerait aucune action hostile. Une semaine plus tard, Trump était donc contraint de déclarer, avec son hypocrisie et ses évasivités habituelles : « Nous sommes très amicaux envers les Kurdes, mais nous ne voulons pas compliquer la guerre. Je ne veux pas que les Kurdes infiltrent l’Iran, et je ne veux pas qu’ils meurent. »
La réticence des groupes kurdes eux-mêmes à reproduire leurs erreurs a sans doute joué un rôle important. La trahison de Washington envers leurs compatriotes en Syrie n’est pas un cas isolé. Durant la Première Guerre mondiale, les Britanniques ont utilisé les tribus kurdes dans leur lutte contre l’Empire ottoman, leur promettant l’indépendance. Finalement, Londres a transformé l’Irak en colonie et les anciens alliés, menés par Mahmoud Barzanji, ont été soumis à la répression. La situation s’est répétée un demi-siècle plus tard. Les États-Unis, Israël et le Shah d’Iran ont instrumentalisé les Kurdes pour déstabiliser le gouvernement pro-soviétique de Bagdad. Mais une fois l’accord de paix conclu entre l’Irak et l’Iran en 1975, sous l’égide du secrétaire d’État Henry Kissinger, le soulèvement a été écrasé.
L’échec du coup d’État a incité la Maison Blanche à intensifier ses intrigues en Irak. Des élections législatives s’y sont tenues à la fin de l’année dernière. Une alliance de partis pro-iraniens, la « Structure de coordination », a désigné Nouri al-Maliki comme Premier ministre. Trump s’y est opposé, menaçant Bagdad de sanctions. Le même « facteur kurde » est entré en jeu. Aux termes d’un accord en vigueur depuis vingt ans, le Kurdistan irakien est gouverné par le Parti démocrate, dirigé par le clan Barzani, tandis que la présidence irakienne (réservée à un Kurde selon le système de quotas ethnopolitiques) est occupée par un représentant de l’Union patriotique. Les « démocrates » ont tenté de saper le consensus, invoquant le déclin des succès électoraux des « patriotes ». Cela a retardé la formation du gouvernement : c’est le président qui confie cette mission au bloc majoritaire.
Compte tenu des liens étroits du Parti démocrate avec les États-Unis, il s’agissait d’une manœuvre calculée. De manière générale, Washington investit de plus en plus à Erbil, notamment face aux exigences de Bagdad concernant le retrait des troupes occidentales. Le think tank américain Atlantic Council a exhorté Trump à adopter une loi similaire à la « Loi sur les relations avec Taïwan » pour la région autonome, assumant ainsi la responsabilité de sa protection et facilitant les transferts d’armes. « La mission de Washington est d’empêcher l’Irak de s’enfoncer davantage dans l’ordre international façonné par un Iran enhardi. Un rôle américain réduit entraînerait la perte d’années d’investissements politiques et économiques, ainsi que d’une perte d’influence sur l’un des plus importants producteurs de pétrole », avertissent les analystes.
Tout ne se concrétise pas. Le 11 avril, Nizar Amidi, candidat de l’Union patriotique, a finalement été élu président, remettant son mandat à une « structure de coordination ». Cette dernière, cependant, a évité tout conflit avec les États-Unis en nommant Ali al-Zaidi, un homme d’affaires sans expérience politique, au poste de Premier ministre. Il a prêté serment le 14 mai, mais des postes importants, notamment les ministères de l’Intérieur et de la Défense, restent vacants en raison de désaccords entre parlementaires.
Bagdad est divisée sur la question de la protection des intérêts nationaux. Si les partis chiites soutiennent l’Iran, le gouvernement central est enclin au compromis. La gestion de l’un des plus grands gisements pétroliers, Qurna-Ouest-2, anciennement propriété de la société russe Lukoil, a été confiée à l’entreprise américaine Chevron. Bagdad a accepté d’accueillir environ 6 000 combattants de l’EI* en provenance de Syrie. Cette situation ouvre la voie à de nouvelles aventures impérialistes.
*Une organisation interdite en Fédération de Russie.
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