Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Les Tchétchène, d’ ennemis jurés aux soldats fanatiques de Poutine

Si Histoireet societe a un sens c’est bien celui de restituer à chaque événement, en l’occurrence la rencontre entre Xi et Poutine, une dimension à la fois historique et géopolitique dont la propagande occidentale prive le citoyen français et occidental faisant de la démocratie une procédure formelle. Cet article d’un Hongrois lui-même pris dans une relation contradictoire avec la Russie, analyse la manière dont en Tchétchénie, le Jour de la Victoire commémore non seulement la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, mais aussi un événement tragique survenu en 2004. Ce jour-là, le 9 mai, Akhmad Kadyrov, alors président de la Tchétchénie, qui s’était réconcilié avec Moscou, fut assassiné. Trois ans plus tard, son fils Ramzan lui succéda. Comment les Tchétchènes sont-ils passés d’ennemis jurés de la Russie à être de fervents partisans de Poutine ? Cette question ne vaut pas seulement pour la Tchétchénie, l’habilité de Poutine, c’est d’assumer l’héritage soviétique qui donne à la Russie une position privilégiée dans l’Asie centrale, en Inde, mais aussi au Moyen Orient, en Afrique et en Amérique latine et le partenariat Chine-Russie joue un rôle déterminant dans les BRICS. C’est aussi ce qu’il faut avoir en mémoire dans la rencontre entre Xi et Poutine le 19 et le 20 mai à Pékin. Ici(note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Au point18 mai 2026

#placeMoscou

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Écrit par Márk Hidegh pour #moszkvater.com

La photo montre le président tchétchène Akhmad Kadyrov (à droite) et son fils Ramzan devant la maison de ce dernier à Tsentoroy, village natal de Kadyrov, à environ 40 km de Grozny, la capitale tchétchène, le 30 janvier 2004. #moskvater

Le président tchétchène Akhmad Kadyrov (à droite) et son fils Ramzan sont photographiés devant la maison de Ramzan à Tsentoroy, village natal de Kadyrov, à environ 40 km de Grozny, la capitale tchétchène, le 30 janvier 2004.
Photo : EUROPRESS/AFP

Akhmad Kadyrov a parcouru un long chemin depuis la première guerre de Tchétchénie, lorsqu’il devint le président loyal à Moscou de la république caucasienne. Lors de ce conflit, qui éclata fin 1994, Kadyrov combattit les Russes au sein de l’armée tchétchène indépendante dirigée par le président Djokhar Doudaïev et le général Aslan Maskhadov, luttant pour la sécession de la région. Il était alors Grand Mufti, la plus haute autorité religieuse de Tchétchénie. Il aurait déclaré : « Il y a un million de Tchétchènes et 150 millions de Russes ; si chaque Tchétchène tue 150 Russes, alors nous aurons gagné. » On ignore si cette déclaration fut réellement faite, mais comme nous le savons, les combats brutaux qui durèrent près de deux ans – certaines estimations font état de 100 000 morts – se soldèrent par un désastre pour Boris Eltsine et la Russie. L’indépendance de la Tchétchénie devait être reconnue de facto conformément à l’accord de Khasavyurt, et les troupes russes devaient être retirées.

« Cette ancienne superpuissance, qui a longtemps été l’égale des États-Unis et qui était crainte et/ou respectée par le monde entier, s’est avérée incapable de rétablir l’ordre dans l’une de ses régions les plus importantes, tout en s’enfonçant de plus en plus dans la crise économique et financière. »

Mais en Tchétchénie, malgré la paix, rien n’avait été résolu. Pendant la guerre, le président Doudaïev fut tué lors d’une attaque de missile, et la rivalité entre les différentes milices tchétchènes et les groupes de moudjahidines qui les soutenaient et affluaient en nombre croissant s’intensifia. La Tchétchénie devint un foyer d’anarchie, de criminalité et de violence. Les prises d’otages se multiplièrent, des attentats terroristes furent perpétrés dans plusieurs régions russes, et la zone se transforma en un désert aride. Bien que le président Maskhadov ait tenté d’instaurer une certaine stabilité, il ne put rien faire contre des chefs de guerre comme Chamil Bassaïev ou le chef moudjahidine Ibn al-Khattab, qui nourrissaient déjà des ambitions expansionnistes.

« Tout cela désillusionnait de plus en plus Akhmad Kadyrov, qui avait jusqu’alors combattu pour l’indépendance de la Tchétchénie. »

Il était préoccupé par la présence d’islamistes étrangers qui déstabilisaient de plus en plus la région et commençaient à redessiner sa carte culturelle et religieuse. Par exemple, ils propageaient de plus en plus agressivement le wahhabisme au détriment de l’islam soufi considéré comme traditionnel dans cette région.

Ceci nous amène au 7 août 1999, lorsque des militants tchétchènes, menés par Bassaïev et Khattab, attaquèrent la république russe voisine du Daghestan, à majorité musulmane, dans le but d’établir un califat et de faire sécession de la Russie avec les autres territoires musulmans. Cependant, ils n’avaient pas tenu compte de deux éléments. D’une part, la population du Daghestan opposa une résistance farouche aux envahisseurs et, d’autre part, le 9 août, un tournant se produisit au sein du pouvoir politique russe, alors en pleine crise. Boris Eltsine nomma Vladimir Vladimirovitch Poutine, alors chef du FSB, Premier ministre. L’ancien agent du KGB, réputé pour sa fermeté, n’hésita pas et la contre-attaque russe fut lancée presque immédiatement. Cette opération, bien plus vaste et mieux organisée que la précédente, permit non seulement la libération du Daghestan, mais aussi, au printemps 2000, la quasi-totalité de la Tchétchénie contrôlée par l’armée russe.

« Les terroristes survivants se sont repliés dans les montagnes et ont entamé une guérilla. Parallèlement, début septembre 1999, plusieurs attentats à la bombe ont eu lieu à Moscou, faisant plus de 300 victimes. »

Surtout en Occident, une légende circule selon laquelle le FSB aurait orchestré ces actions contre sa propre population pour appuyer l’attaque en Tchétchénie. Ces récits occultent le fait que la guerre au Daghestan avait déjà commencé un mois auparavant et que, par ailleurs, peu avant les attentats contre les maisons, Ibn al-Khattab avait menacé les Russes d’attaquer leurs villes et d’anéantir l’ennemi sur tout son territoire. On a ensuite assisté à la prise d’otages du théâtre de Dubrovka, puis aux attentats de Beslan. Bref, cette théorie du complot est loin d’être crédible. Tout comme celle selon laquelle les Américains se seraient attaqués eux-mêmes le 11 septembre.

« Après la seconde guerre, Akhmad Kadyrov fait enfin son apparition. »

Poutine reconnaissait qu’il ne pouvait garantir un contrôle stable et une paix durables en Tchétchénie qu’en coopérant avec les forces locales. Kadyrov, quant à lui, voulait empêcher le retour des moudjahidines et reconstruire la Tchétchénie, alors réduite à un amas de ruines. « L’ennemi de mon ennemi est mon ami », dit le proverbe, et cela se vérifiait encore cette fois.

« Kadyrov, l’ancien grand mufti, s’est rangé du côté de Moscou. »

La conversion de l’ancien chef religieux fut un véritable coup de maître militaire. À sa suite, de nombreux habitants et anciens combattants se retournèrent contre le régime de Maskhadov. La population était exaspérée par la guerre et les destructions, d’autant plus qu’elle avait subi des conséquences bien plus graves sous le régime islamiste.

Kadyrov devint chef de l’administration tchétchène et le processus de tchétchénisation commença. Il s’agissait essentiellement de former des Tchétchènes pro-russes pour maintenir l’ordre et de créer une puissante armée régionale, garantissant ainsi la domination de Moscou, tandis que les forces armées russes se retiraient progressivement. L’élément central de cette force armée était les « Kadyrovtsy » (Кадыровцы), qui se composaient initialement de plusieurs groupes paramilitaires indépendants, mais qui forment aujourd’hui une armée privée unifiée sous le contrôle de la famille Kadyrov. Akhmad Kadyrov devint officiellement président de la Tchétchénie le 5 octobre 2003.

« Puis, le 9 mai 2004, une bombe a explosé dans la tribune VIP du stade de la capitale tchétchène, à proximité de Kadyrov, qui célébrait le jour de la Victoire. »

Le président fut tué, ainsi que 30 autres personnes, et 56 autres furent blessées. Bassaïev revendiqua par la suite l’attentat. Il s’avéra que le stade avait été récemment rénové et que, durant ces travaux, les explosifs avaient été dissimulés trois mois avant la cérémonie. Kadyrov eut pour successeur Alu Alkhanov, puis, trois ans plus tard, son fils Ramzan. Ce dernier avait déjà acquis une grande influence au sein des forces armées tchétchènes durant le règne de son père et, après sa mort, il gouverna de facto la république. Cependant, la loi interdisant la fonction de président aux moins de 30 ans, il dut attendre trois ans avant d’être élu.

Entre-temps, les attaques terroristes tchétchènes sont devenues plus rares car, au fil des années, les autorités russes ont traqué les terroristes – Khattab a été liquidé en 2002, Maskhadov en 2005 et Bassaïev en 2006 – et la Tchétchénie a été entièrement reconstruite avec le soutien du Kremlin.

« Ramzan Kadyrov règne comme un petit roi »

Il a promulgué des lois islamistes, gouverne avec intolérance – les organisations de défense des droits de l’homme ont signalé à plusieurs reprises des cas de torture et d’exécutions – et, selon une loi de 2021, la vie de son père est devenue une lecture obligatoire, et il a nommé son fils chef de la sécurité à l’âge de 17 ans.

Kadyrov est considéré comme le plus fidèle soldat de Poutine. Il a soutenu le président russe en toutes circonstances, allant même jusqu’à le qualifier de second père. Bien que la Tchétchénie ait été entièrement reconstruite – Grozny est une ville magnifique –, elle reste considérée comme pauvre selon les critères russes et dépend donc totalement du soutien de Moscou.

« Kadyrov s’est véritablement imposé sur la scène médiatique occidentale dominante pendant la guerre en Ukraine. »

D’une part, parce que la Tchétchénie voulait prouver sa loyauté lors de la guerre en Ukraine – et que de nombreux anciens terroristes tchétchènes avaient combattu aux côtés des Ukrainiens –, il a envoyé des milliers de combattants en Ukraine dès le début de l’offensive russe. Leur plus grand succès a eu lieu entre février et mai 2022, lorsqu’ils ont joué un rôle déterminant dans la prise de la ville portuaire de Marioupol, qui comptait autrefois 400 000 habitants. La chute de la ville a coupé les Ukrainiens de la mer d’Azov et a établi une liaison terrestre entre la Crimée et le Donbass.

« Quant à l’avenir, pour l’instant, le pouvoir de Kadyrov n’est pas menacé sur le plan politique. »

Du moins jusqu’à ce que le maître du Kremlin change d’avis quant à son soutien. Ces dernières années, la presse occidentale a commencé à répandre la rumeur qu’il serait atteint d’une maladie incurable, mais hormis quelques spéculations, rien ne le confirme pour l’instant. Dès 2023, des informations circulaient selon lesquelles le Kremlin cherchait déjà un successeur en raison de sa maladie. Or, Kadyrov est toujours en vie en 2026 et sa dernière apparition publique remonte au 30 avril, lors d’une visite chez Poutine. Comme nos chers lecteurs s’en souviennent peut-être, durant la première année de la guerre, le président russe lui-même a fait l’objet d’articles incessants concernant ses prétendus nombreux cancers métastatiques, et certains ont même suggéré qu’il était décédé et qu’il était remplacé par des doublures. Inutile de préciser que Poutine est toujours vivant et, de fait, en bonne santé pour son âge. Comme je l’ai mentionné, le fils de Kadyrov, Adam, âgé de 17 ans, est devenu chef de la sécurité, ce qui laisse penser à beaucoup qu’il pourrait lui succéder. Cependant, comme le président tchétchène lui-même n’est pas âgé – il aura presque cinquante ans en octobre –, sa succession n’est pas encore considérée comme une priorité en République tchétchène. Du moins, s’il est en bonne santé.

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5 Commentaires

  • Martinez
    Martinez

    Excellent.
    (Il y a juste une correction à faire dans l’avant dernièr paragraphe où des erreurs de frappe se sont produites et elles compliquent un peu la compréhension du texte)

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  • Mercredi13
    Mercredi13

    Excellent en quoi , s’il vous plaît. ? ..
    Je comprends la position et l’intérêt de Moscou, mais la politique menait par Kadyrov est à mes yeux horrible, si je me base uniquement sur l’article.

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    • admin5319
      admin5319

      ce qui m’intéresse dans cet article dont l’auteur manifeste toujours un certain cynisme mais une ouverture peu commune enfin sous nos climats moralisateurs à comprendre les logiques sociales et de civilisations qui soustendent less relations réelles… En l’occurrence nous avons ici un monde clanique développé dans des zones d’affrontement entre empires et il règne une vision que nous dirions féodale et que l’on trouve dans la méditerranée également. Kadirov a le souci de son peuple comme s’il s’agissait d’un clan et la relation avec Poutine est un mélange de ce rapport féodal et clanique dans lequel la confiance est déterminante. Il y a la confiance mais également que Moscou continue à être le seul débouché économique réel. Quand on connait l’Asie centrale on sait qu’il y a partout cette relation avec la Russie. La Chine qui apporte des marchandises et des circuits marchands a besoin de la Russie qui a hérité de l’URSS une relation avec ses modes d’échange et de respect. En Asie centrale, le retrait de la Russie, la fin de la zone rouble a été un drame ancore aggravée par les bases des Etats-Unis et il faudra un jour que l’on comprenne le facteur de stabilité de l’équilibre actuel Chine-Russie. Kadirov n’est pas quoiqu’on en dise une catastrophe pour son peuple et il laissera probablement le souvenir d’un grand dirigeant.

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    • Lafleur
      Lafleur

      Cet article explique comment la Tchétchénie est passée d’une république en guerre contre Moscou dans les années 1990 (volonté par les Etats-Unis de démembrement par le Caucase Nord de la Fédération, jouant les apprentis sorciers avec un islam whabbite) à un des soutiens les plus fidèles de Fédération russe aujourd’hui, ceci à travers l’évolution de la famille Kadyrov (culture soufi). L’analyse peut être cynique. Mais elle est « excellente » mettant en exergue plusieurs raisons : Le rejet du chaos islamiste des années 1990 (cela fait écho à la situation en Chine au passage, ou l’occident soutient une forme de séparatisme islamiste intégriste et violent) ; la reconstruction massive financée par Moscou : Grozny a été rebâtie par un financement de la Fédération russe. De « sécessionnistes », la République Tchétchène est devenue une force loyaliste stable préservant sa culture musulman soufi et s’intégrant à la Fédération Russie, ayant participé activement à la guerre en Ukraine, notamment à Marioupol reliant le Donbass à la Crimée d’où la mer d’Azov. Cela n’était pas écrit à l’avance quand la famille Kadirov et d’autres étaient utilisés comme des proxy « occidentaux » pour démanteler la Fédération Russe (cf. L’UCK avec l’ex-Yougoslavie). Le texte défend l’idée que Vladimir Poutine a réussi là où le cher Eltsine avait échoué : en combinant force militaire, alliances locales, reconstruction économique, et récupération de l’héritage soviétique. Vous avez une lecture « normale », étant baigné dans une vision occidentale moralisatrice. Pour la République de Tchétchénie, ce n’est pas la fin de l’histoire. L’intérêt pour citer Churchill (qui n’est pas un bolcho) considérer que c’est la fin du début de l’hégémon américain né de la chute/trahison de l’URSS. En effet, l’auteur insiste beaucoup sur le fait qu’après la première guerre de Tchétchénie, la région était devenue anarchique, ultra-violente,
      dominée par des chefs de guerre, infiltrée par des islamistes étrangers, minée par les enlèvements et le terrorisme. Leur victoire aurait continué à déstabiliser la Fédération (cf. Daghestan etc.). Cela n’aurait pas été le « paradis  » mais bien « l’enfer » : Somalie, Libye, Afghanisant etc. Martinez dit « excellent » car l’article explicite dialectiquement que cette stratégie explique aussi l’influence actuelle de la Russie dans plusieurs régions du monde et son partenariat avec la Chine au sein des BRICS. Rome ne s’est pas fait en un jour ! 😉 Le peuple vivant en Tchétchénie est heureux de ne plus vivre dans un climat de guerre civile. Demandez aux Libanais et à de nombreux autres pays … et ce n’est pas juste la position ou l’intérêt de « Moscou » et tant le père Kadirov que le fils ont représenté et représentent un état de droit local et stable ; dans un temps donné à une époque donné etc. Rome ne s’est pas faite en un jour ! L’histoire continue et la politique du pire pour le peuple tchétchène et les peuples de la fédération fut évitée d’un point de vue matérialiste et d’un point de vue réaliste vu les dynamiques de l’impérialisme.

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  • Franck Marsal
    Franck Marsal

    La politique de l’impérialisme est claire : il s’agissait de reproduire avec la Russie ce qui, pour eux, a été le succès de l’Afghanistan contre l’URSS : attirer la Russie dans un guépier où elle s’épuise pour l’affaiblir et la démanteler.

    Pourquoi ? A mon avis, il y a deux raisons : tous les pays qui ont fait des révolutions doivent être punis à jamais (idem pour Haïti, Cuba, la Yougoslavie, et pour certains même la France, il ne faut pas le négliger). Et la Russie est le coeur de la révolution soviétique. Ensuite, parce que le démantèlement de l’URSS n’a pas stabilisé la Russie dans l’orbite impérialiste. Dès 1993, les communistes russes redressent la tête, font des scores importants et l’opinion et la société montent en opposition à la soumission, aux privatisations … L’impérialisme sait qu’il a besoin de prendre le contrôle de la Russie pour assurer son pouvoir et la « fin de l’histoire » selon ses intérêts.

    Il vont mener cette politique en Tchétchénie, puis plus tard en Géorgie, en Ukraine, et aujourd’hui, ils continuent de le tenter avec l’Arménie et préparent les Pays baltes et la Moldavie à être sacrifiés à leur tour.

    Ceux qui n’aiment pas ce qu’est devenue la Tchétchénie doivent tourner leurs yeux vers l’Afghanistan, là où le projet occidental a le mieux réussi et est allé le plus loin. Ils ont fait la même chose contre la Yougoslavie (avec la Croatie, la Bosnie et le Kosovo), contre la Chine avec le Tibet, le Xingjiang et Honk Kong … Au début de la campagne de guerre contre l’Iran, Trump et Nétanhyaou espéraient créer un foyer de guerre intérieure dans les régions kurdes de l’Iran.

    Déjà, cette stratégie signifie quelque chose, et je pense que Poutine (quoiqu’on en pense) l’a compris le premier : l’impérialisme attaque ses ennemis de biais, pas frontalement. Il ne se sent plus suffisamment fort pour le faire. La guerre froide est restée froide pour cela. La cinglante défaite allemande face à l’URSS a probablement été une leçon pour tous les impérialistes, au delà de la dissuasion nucléaire. Le simulacre de la guerre des étoiles (par lequel Reagan menaçait l’Union Soviétique de rompre l’équilibre géostratégique) était un bluff et ce bluff indiquait la même chose : peur d’un véritable affrontement. Le succès de la manoeuvre d’Afghanistan a trompé les occidentaux. Ils ont crû détenir une arme magique. Les russes ont pris le temps d’analyser, de réfléchir et de travailler. Face au bluff de la « guerre des étoiles », les russes ont fait travaillé leurs ingénieurs et ils ont – pour beaucoup moins cher que ce Reagan prévoyait de dépenser – développé des systèmes anti-missiles plus efficaces que les Patriot états-uniens, et des systèmes de missiles qui font pencher l’équilibre de la dissuasion de leur côté.

    Ils ont aussi été amené à chercher des solutions face au projet d’introduire la division par le facteur ethnique ou religieux. Ce qui est intéressant, c’est que le projet Tchétchène, qui est passé très près de réussir a finalement échoué et s’est retourné en son contraire, une alliance solide entre la Tchétchénie et la Russie. Le pouvoir de division de l’ethnicisation n’est pas sans limite, il n’a rien de magique et peut être combattu et vaincu par une politique adéquate, mélant l’intérieur et l’extérieur, exactement comme l’agression et la politique de division mèle l’intérieur et l’extérieur.

    La situation en Géorgie, sans passer par le même niveau de criticité, a connu une évolution similaire : manipulation du sentiment national et appui impérialiste aux forces les plus réactionnaires, radicalisation jusqu’à la violence pour provoquer une situation de guerre. Mise en échec de cette politique et aujourd’hui, le sentiment de l’utilité d’une solide alliance avec la Russie semble acquise dans ce pays. Je l’ai déjà dit et je le maintiens : l’Ukraine pourrait suivre un chemin similaire. Peu à peu, les illusions se dissipent et les ukrainiens prennent conscience qu’ils ont été manipulés, pour mener une guerre contre la Russie à peu de frais. Ils peuvent désormais observer en toute clarté la corruption de leur soi-disant gouvernement, le cynisme des occidentaux (et pas seulement les USA) et pourraient trouver un jour que la Russie est certes dure, mais finalement fiable et se rappeler que leur pays doit son existence même, ses frontières, sa langue, nombre de ses usines, de ses infrastructures et de ses bâtiments et beaucoup d’autres choses à l’Union Soviétique.

    Il ne reste à l’occident que de tenter d’agiter des critiques, comme la critique de Kadyrov, ce qui est à la fois facile et sans intérêt. La Tchétchénie de Kadyrov doit être comparée avec ce qu’a été l’Afghanistan depuis le départ des soviétiques et la chute de Najibullah : plus de 30 ans de guerre et un massacre pour les droits des femmes. La politique impérialiste n’a cessé de renforcer les factions islamistes les plus radicales et a obtenu les talibans.

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