Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

un dialogue entre Cuba et la CIA au vu et au su de tous, sa signification selon un citoyen ordinaire….

Dans ces temps où la politique est asphyxiée en France par la propagande et la censure, sans parler de l’électoralisme et des nains prétendants, c’est un plaisir, un luxe d’écouter ce qui se dit à Cuba. Voici bien longtemps que je ne suis pas revenue dans cette île magique mais je retrouve cette intelligence collective parce que je suis littéralement bombardée par des envois qui passent quand internet marche, quand ils ne sont pas plongés dans une crise énergétique et qui me restituent ces discussions sans fin autour d’une partie de domino (je n’en ai jamais gagné une mais j’ai pris des leçons de politique pour lesquelles je suis peut-être plus douée que pour la danse ou pour les dominos). (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Osvaldo De Jesús Figueroa Pérez

2 h ·

Un dialogue qui n’a pas eu lieu dans l’ombre : pourquoi le directeur de la CIA a atterri à La Havane (et, à son retour, n’a pas annoncé l’effondrement)

Tentons une analyse approximative :

A l’aube du dimanche 17 mai le pays reste plongé dans la crise énergétique ; nous subissons actuellement une panne de courant. Hier, comme tous les samedis, je suis sorti faire mes courses habituelles du week-end, et en chemin, un ami m’a interpellé. Il avait lu un article que j’avais récemment écrit pour mes étudiants et mes amis, qui sont de grands lecteurs, et, sans trop de formalités, il m’a demandé mon avis sur la visite du directeur de la CIA à La Havane.

Ce n’est pas première fois personne qui m’aborde à ce sujet . Vendredi dernier, à l’université, un débat a eu lieu entre collègues, suscitant des opinions diverses. Aujourd’hui à Cuba, chacun s’interroge, en ayant sa propre interprétation, sur un événement extraordinaire : la visite du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à La Havane le 14 mai 2026.Les récits individuels reflètent une certaine tension, ce qui est compréhensible compte tenu du contexte politique complexe des relations entre Cuba et les États-Unis. Une fois de plus, j’écris mes réflexions du dimanche pour mes étudiants et mes amis qui prennent plaisir à les lire.

Selon des sources fiables, une délégation américaine de haut niveau s’est rendue sur l’île pour la deuxième fois en moins de six semaines. La première délégation provenait du Département d’État (10 avril) ; la seconde, était dirigée par la CIA. L’initiative provient de Washington, elle a été acceptée par La Havane. La Direction révolutionnaire a approuvé cette visite et la rencontre avec son homologue du ministère de l’Intérieur, afin de contribuer au dialogue politique entre les deux nations dans le cadre des efforts déployés pour remédier à la situation actuelle.

La première communication de Cuba, au-delà de tout acte protocolaire, présente un choix politique qui établit le cadre de la souveraineté cubaine sur le dialogue lui-même. Les informations présentées lors des échanges avec la délégation américaine ont démontré catégoriquement que Cuba ne représente aucune menace pour la sécurité nationale des États-Unis et qu’il n’existe aucune raison légitime de l’inscrire sur la liste des pays prétendument soutenant le terrorisme.

Cette rencontre constituait, à mon sens, une victoire tactique pour la diplomatie révolutionnaire de résistance, sans capitulation. Quelques jours auparavant, des sources proches du président Donald Trump avaient exprimé sur les réseaux sociaux leur frustration de constater que, malgré la pression maximale et l’étouffement total, la Révolution, qui avait tout fait pour l’anéantir, tenait bon. Ce qui est un contraste flagrant avec les déclarations répétées selon lesquelles Cuba est un État failli et également avec les conseils obsessionnels — jusqu’à présent infructueux — donnés au président américain d’appliquer des mesures extrêmes au peuple cubain, des mesures conçues par le secrétaire d’État Marco Rubio et l’envoyé spécial pour l’Amérique latine Mauricio Claver-Carone.

Ces deux personnalités influentes, d’origine cubaine, sont liées à la politique perverse menée à l’égard de Cuba par l’extrême droite cubano-américaine dont les racines plongent dans la tyrannie de Batista (le dictateur chassé lui et la mafia qui faisait de Cuba un bordel et un casino pour les richissimes aux USA, possédant les plantations de cannes à sucre et tout ce que l’île détenait NDLT) , une politique qui a pesé de tout son poids sur la politique étrangère des États-Unis depuis plus de soixante ans, épuisant une fois de plus l’arsenal répété des agressions contre la plus grande des Antilles et cherchant à entraîner l’administration actuelle dans une invasion de l’île.

Ces derniers jours, les déclarations faites à leur retour au Capitole par les membres du Congrès américain qui se sont récemment rendus à Cuba trouvent un écho particulier, concernant la situation humanitaire difficle du pays, victime du blocus pétrolier, ce qui a été confirmé par les services de renseignement et d’autres secteurs politiques du pays.

Une invasion de Cuba serait une erreur aux conséquences inimaginables pour les deux pays et même pour la région des Caraïbes, car elle provoquerait un effondrement humanitaire inévitable et, par conséquent, un exode migratoire massif vers le sud de la Floride que le Bureau ovale de la Maison Blanche ne souhaite absolument pas.

Tout semble indiquer, d’après mon analyse, que l’envoi du directeur de la CIA relève d’une initiative impériale dictée par la nécessité : « L’empire a exercé une pression maximale (…) et Cuba tient bon. »« Le dialogue est donc désormais conseillé. » L’ancien directeur de la CIA et ancien secrétaire à la Défense, Robert Gates, a déclaré dans l’émission Face the Nation que la véritable menace que Cuba représente pour les États-Unis n’est pas militaire, mais un effondrement qui pourrait engendrer un « nouveau Mariel ».

Cet avertissement, émis le jour même du retour de Ratcliffe, est interprété par Gate comme un message direct à l’administration Trump : « Attention à ce que vous faites. » Cette décision prime sur le projet personnel du secrétaire d’État et semble davantage servir les intérêts américains. Le paradoxe de la pression maximale implique de prendre en compte le calcul du coût des migrations, ce qui inscrit ces événements dans la logique du pouvoir à Washington.

La réunion a mis en lumière la constance et la cohérence de la position historique de notre pays à travers les actions du gouvernement cubain et de ses autorités compétentes pour faire face au terrorisme et le condamner sans équivoque sous toutes ses formes et manifestations, et ce, jusqu’à sa condamnation.

Il a été démontré que Cuba ne devrait pas figurer sur la liste des États soutenant le terrorisme, et je le répète à maintes reprises : elle ne représente aucune menace pour la sécurité nationale de notre voisin du nord. Il a été prouvé une fois encore que l’île n’abrite, ne soutient, ne finance ni ne tolère aucune organisation terroriste ou extrémiste, et qu’aucune base militaire ou de renseignement étrangère n’est implantée sur son territoire. Elle n’a jamais soutenu d’activité hostile contre les États-Unis et ne permettra jamais qu’une quelconque action soit menée depuis Cuba contre une autre nation. .

Cependant, dans le contexte des vols de drones ou d’aéronefs surveillant notre vie quotidienne, des navires présumés frôlant les eaux territoriales et d’une avalanche de guerre psychologique, il est clair pour les Cubains que la CIA représente le danger d’ingérence dans la souveraineté, de violations des droits de l’homme et de l’appareil de désinformation et de manipulation qui a façonné les récits sociaux pour les aligner sur les intérêts géopolitiques des États-Unis. La CIA n’est pas notre amie, et Ratcliffe n’est pas venu pour nous « embrasser » : il est venu à La Havane sous couvert de dialogue, par nécessité et par pragmatisme politique, mais aussi pour étudier le terrain et évaluer nos capacités et nos compétences dans ce contexte.

Cependant, à la déception de certains au Nord, M. Ratcliffe n’était pas venu parler de démocratie ni de changement de régime ; cela était clair dès le départ. Il était venu parler de migration. Il était venu « tester si Cuba pouvait contenir les flux migratoires » afin d’éviter un désastre électoral pour les Républicains lors des élections de fin 2026.

Paradoxalement, Cuba devient un acteur dont la simple capacité de survie peut infliger à ses adversaires un coût politique interne intolérable. Washington se trouve face à un dilemme épineux : « continuer à durcir le ton et s’exposer à des crises migratoires, ou modérer sa politique et affronter la colère de l’extrême droite à Miami ». À un moment particulièrement complexe pour les États-Unis, Ratcliffe est venu, pour l’instant, tenter de « plaire à la fois à Dieu et au diable ».

Discuter de l’ouverture économique, de la déréglementation de l’État dans la mesure où elle ne compromet pas les principes du projet de construction nationale que nous défendons, de la portée de l’initiative privée, et aborder les questions de cybersécurité, de lutte contre le trafic de drogue, le crime organisé, le paramilitarisme et les migrations – une priorité pour la nation cubaine et une raison de mener une diplomatie avec les pays voisins, dans le strict respect du droit international.

Conformément aux principes constitutionnels et directeurs de la politique étrangère de la Révolution, le gouvernement ne cédera pas et est ouvert à tout dialogue fondé sur l’égalité des droits et le respect mutuel, et non sur des impositions humiliantes et inacceptables. Accepter cette visite et engager le dialogue témoigne de notre force, non de notre faiblesse.

En outre, l’intérêt des deux parties à développer une coopération bilatérale entre les forces de l’ordre et les organismes d’application de la loi a été clairement exprimé, en se fondant sur la sécurité des deux nations et sur la sécurité régionale et internationale.

Pour les exilés de l’ère Batista, menés par l’extrême droite cubano-américaine basée en Floride du Sud, le discours de leur appareil médiatique constitue une offensive de « guerre cognitive ». La visite de Ratcliffe a été présentée simultanément comme une « capitulation » cubaine et comme le prélude au « coup final ». Pour le public exposé à ces médias et plateformes haineuses, le message comporte deux interprétations contradictoires qui coexistent, car le but n’est pas d’informer, mais de maintenir le contrôle et un état d’attente émotionnel.

La publication par CiberCuba d’une image générée par une IA concernant la prétendue célébration d’un changement de régime le 20 mai est l’exemple le plus grossier de la manière dont une réalité visuelle est construite pour une thèse politique préétablie qui insiste sur un effondrement qui n’arrive pas et qui, dangereusement, génère une « lassitude des attentes ».

excitation, déception et anesthésie

Elle nuit à son public, qui structure sa perception de la réalité autour d’un cadre erroné, influençant ainsi ses décisions de vie concrètes. Cette méthode – qui consiste à créer une réalité parallèle grâce à l’IA et à des sources invérifiables – discrédite toute analyse sérieuse, la qualifiant de rhétorique politique entachée de préjugés haineux et dépourvue de toute valeur informative.

En conclusion, l’arrivée du directeur de la CIA à La Havane ne confirme pas le récit de l’effondrement imminent du gouvernement cubain, un récit promu par l’empire médiatique d’extrême droite fasciste du sud de la Floride. Au contraire, cela révèle que Washington reconnaît le gouvernement cubain comme un interlocuteur stable et nécessaire, précisément parce que l’effondrement que souhaite ardemment la contre-révolution de Miami engendrerait, selon ses propres stratèges, un scénario indésirable en raison de ses conséquences pour les intérêts électoraux de l’administration Trump.

Dans ce contexte, toute évaluation objective considérerait le dialogue entre les représentants de Cuba et le directeur de la CIA comme très positif, car il facilite la visualisation des scénarios possibles pour les décideurs à Washington et contribue à éviter la politisation induite par la mafia cubano-américaine dans les rapports de renseignement.

Cuba ne représente pas une menace pour les États-Unis ; au contraire, elle est une garantie de leur sécurité nationale. Ce qui s’est passé lors de la réunion est bien loin d’un prétendu effondrement de Cuba ou d’un règlement imminent du conflit par la violence.

Les deux parties, qui ne s’étaient pas parlé directement depuis des décennies, ont tenu deux pourparlers en six semaines, tous deux à l’initiative de Washington. Lors de ces rencontres, Cuba a réaffirmé sa souveraineté comme condition préalable au dialogue. Loin d’annoncer un effondrement, ce récit témoigne clairement du contraire.

Fuentes: Cubadebate / Granma / Gates, Robert. Entrevista en Face the Nation, CBS (mayo de 2026). / Razones de Cuba / La Joven Cuba / CBS News / Reuters / AP /Axios / teleSUR / RT en Español.

#Cuba#EEUU#CIA#JohnRatcliffe#Diplomaci

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